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FAITS DE GUÉRISON SUE L'HOMME ET SUR LES ANIMAUX

La troisième catégorie de faits observés sur l'homme et sur les animaux renferme les cas de guérison après l'introduction bien constatée de l'air dans les veines, pendant une opération chirurgicale.

Ces faits sont au nombre de quatorze.

Le premier fait de la troisième catégorie, le plus remarquable sous tous les rapports, est celui de M. John Warren. Il est inséré dans la Gazette Médicale, 1833, n. 35.

Extirpation d'une tumeur cancéreuse occupant le côté droit de la face et du cou ; au commencement de l'opération, entrée de l'air avec bruit par l'ouverture d'une petite veine de communication entre la jugulaire externe et la jugulaire interne ; symptômes graves dissipés par l'ouverture de l'artère temporale ; sept jours après, on termina l'opération pendant laquelle le malade eut une syncope qui fut bien différente de celle qu'il éprouva lors de l'accident de l'introduction de l'air.

« M. William Burill, de Salem, âgé de soixante ans, fut admis à l'hôpital général de Massachusets, le 16 octobre 1830, pour une affection cancéreuse occupant le côté gauche de la

face et du cou; elle avait de trois à quatre pouces de diamètre, ulcérée au centre, dure sur ses bords, de couleur rouge livide, fort douloureuse, et ayant déjà exercé, sur la santé générale, une fâcheuse influence ; la glande parotide, la sousmaxillaire, la sous-linguale et tous les tissus ambians, à l'exception de l'os, étaient envahis ; on crut même, au premier abord, que l'os maxillaire inférieur participait à la maladie; le contraire fut démontré plus tard. Dans un tel état de choses, je sentais qu'il y avait bien peu d'espoir d'extirper la maladie, et je n'aurais pas tenté l'opération, si le malade ne l'avait pas sollicitée lui-même.

» Considérant que l'étendue du mal exposerait à léser des vaisseaux importans, savoir : les artères faciale et sublinguale, probablement aussi la temporale, et même la carotide externe, je pensai qu'il convenait, avant tout, de s'assurer du tronc de la carotide. Une incision fut donc commencée au niveau du cartilage thyroïde et portée à deux pouces plus bas. Le muscle peaucier fut divisé et le bord du sterno-mastoïdien mis à découvert et disséqué. Jusque-là, il n'était sorti que quelques gouttes de sang; j'étais arrivé sur la gaine des gros vaisseaux, lorsqu'une petite quantité de sang veineux se répandit sous le bistouri et fit obstacle à l'opération. Au même instant, on entendit un brait fort distinct, semblable au bruit que font des bulles d'air qui traversent Ceau. Nous aperçûmes quelques bulles dans ce sang veineux, dont on arrêta l'écoulement aussitôt, en appliquant le doigt sur la plaie, et le malade s'écria : je me trouve mal! En le regardant, je lui trouvai la fa^e non point pâle, mais livide et presque noire, et les muscles agités par des mouvemens convulsifs. La respiration était profonde, laborieuse et stertoreuse, comme dans l'apoplexie,

Confiant la compression de la veine au docteur Hayward qui m'assistait, j'examinai le pouls au poignet, et le trouvai distinct, mais très lent. La plaie ne saignait point et le malade n'avait perdu que peu de sang. En conséquence, j'ouvris sans hésiter l'artère temporale, d'où le sang jaillit avec une grande facilité. A mesure qu'il coulait, la respiration devenait plus fréquente et moins laborieuse, et le pouls au poignet plus naturel. La couleur plombée des joues s'effaçait et prenait une teinte plus vive ; les symptômes alarmans s'étaient évidemment améliorés. 30 minutes s'étant écoulées durant ce s changemens, je jugeai qu'il serait convenable de reporter le malade à son lit; il y demeura deux heures, dans un état d'insensibilité. Au bout de ce temps, il revint à lui, comme d'un profond sommeil, conservant toutefois la respiration apoplectique. La nuit se passa sans accident. Le lendemain matin, il était revenu à son état de santé ordinaire, à l'exception d'une douleur modérée à la poitrine et à la tête.

» Sept jours après l'accident que je viens de décrire, je procédai à l'opération, sans lier l'artère carotide. Les parties malades furent renfermées dans une incision elliptique qui, s'étendant du lobule de l'oreille à la partie supérieure du cou, comprenait les glandes sous-maxillaire, linguale et parotide, qui toutes étaient affectées et désorganisées; l'os maxillaire inférieur était sain. L'hémorrhagie fut abondante, mais elle s'arrêta bientôt; il ne resta qu'une grosse veine profondément cachée sous la mâchoire, et par sa position échappant à la ligature qui continua de donner du sang; on la comprima à l'aide d'une éponge. Pendant l'opération, le docteur Hayward eut soin de comprimer les veines situées au-dessous de la plaie. Le malade éprouva une légère défaillance qui se dissipa

promptement ; aucun symptôme fâcheux ne suivit, et le 10 décembre la plaie était presque guérie ; il demanda sa sortie qui lui fut accordée.

> Dans les réflexions qui suivent, M. Warren dit : « La veine ouverte était une petite branche de communication entre la jugulaire médiane externe et la jugulaire interne, du moins j'ai tout lieu de le présumer, le peu d'étendue de l'incision n'ayant pas permis d'en acquérir la complète certitude. Cette petite veine, disposée transversalement et tendue par ses deux terminaisons, se trouvait, par là même, dans une position favorable à l'entrée de l'air lors, de l'aspiration de l'oreillette. »

Le deuxième fait de la troisième catégorie est de M. Clémot. Il a été inséré dans la Lancette Française, 1830, lom. iv. n. 24.

Extirpation d'une tumeur de l'aisselle; pendant l'opération, bruit de soufflet ou d'aspiration ; syncope ; ligature de la veine par laquelle l'air avait pénétré avec bruit ; guérison.

Ce fait est rapporté de la manière suivante :

« Dans la dissection d'une tumeur de l'aisselle , on entendit tout-à-coup un bruit remarquable de soufflet ou d'aspiration. Les assistans crurent que M. Clémot avait ouvert la poitrine. Le malade se plaignit vivement et tomba en syncope. Effrayés de l'accident, les assistans se retirèrent, et laissèrent M. Clémot seul auprès de l'opéré qui revint à lui au bout de quelques temps. M. Clémot lia la veine par laquelle l'air avait pénétré. »

Le troisième fait de la troisième catégorie est encore de M. Clémot. Il a été inséré dans la Lancette Française, 1830, tom. iv, pag. 24.

Ligature de l'artère sous-clavière ; entrée de l'air avec bruit par une petite veine ouverte; on a bouché l'ouverture avec le doigt; puis on a fait la ligature de cette petite veine; guérison.

Ce fait est rapporté de la manière suivante :

« Dans la ligature de la sous-clavière, après l'ouverture d'il ne petite veine, un bruit d' aspiration assez faible, mais distinct, se fit entendre. M. Clémot mit le doigt sur la veine, le bruit cessa ; il ôta le doigt; nouvelle aspiration et nouveau bruit qu'il fil ainsi cesser et reproduisit plusieurs fois sans danger, la veine étant d'un très petit volume. La ligature en fut faite et aucun accident ne survint, s

Le quatrième fait de la troisième catégorie est de M. Mott.

II a été inséré dans la Gazette Médicale, 1831, n. 42.

Extirpation d'une glande parotide squirrheuse; ouverture de la veine faciale au commencement de l'opération , entrée de l'air avec bruit. Symptômes graves; convulsions. Guérison.

< Dans une opération que je pratiquais, dit M. Mott, pour l'extirpation d'une glande parotide squirrheuse, j'ouvris la veine faciale, au point de son trajet où elle passe sur la base de la mâchoire inférieure, dès le commencement de l'opération, avant même qu'aucune artère eût été lice, et lorsque je disséquais la peau, pour la séparer de la tumeur. A l'instant même où ce vaisseau fut ouvert, l'attention de toutes les personnes présentes fut frappée d'un bruit de gargouillement, semblable à celui produit par l'air, traversant une petite ouverture.

» En même temps la respiration du malade devint difficile et laborieuse; le cœur battait violemment et avec des irrégularités ;

ses traits étaient contournés, et il lui survint aussitôt, par tout le corps, des convulsions si considérables, qu'il l'ut impossible de le maintenir sur la table. Il resta dans cet état, sur le plancher , pendant environ une demi-heure, dans le plus grand danger. Cependant les convulsions cessèrent graduellement ; la bouche resta déviée, et il en résulta une hémiplégie complète. Il s'écoula une heure et plus avant qu'il pût articuler, et un jour entier avant qu'il eût recouvré l'usage du bras et de la jambe. La conviction où lurent tous les assistans, que tous ces effets dépendaient de l'admission de l'air dans les vaisseaux sanguins, me rappela à l'instant même, une série d'expériences que j'avais faites au moins vingt ans auparavant sur des chiens, dans lesquelles je faisais arriver de l'air dans la circulation en faisant pénétrer l'extrémité d'un soufflet dans une grosse veine superficielle de la cuisse, et je fus fortement frappé de l'identité des résultats, j

M. Valentine Mott qui a observé, depuis, plusieurs faits de mort subite par l'Introduction accidentelle de l'air dans les veines, m'a écrit la lettre suivante :

Monsieur,

« Je suis charmé, dans l'intérêt de la science, que vous soyez occupé, comme je l'ai appris par les journaux, à des recherches sur un sujet aussi curieux et aussi important, que l'introduction de l'air dans le cœur, par la circulation veineuse. Je suis, pour ma part, depuis longtemps convaincu de la vérité du fait, comme de la mort presque instantanée qu'il produit dans certaines opérations chirurgicales. Deux fois, nous avons vu expirer les malades sur la table de l'amphithéâtre, et un troisième sujet survécut environ deux heures à l'opération.

i J'appelai l'attention sur ce sujet intéressant, par quelques

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expériences que je fis sur des chiens, il y a plus de trente ans. Un chalumeau introduit dans la veine fémorale superficielle, j'insufflai, dans le sens de la circulation, de une à trois ou quatre bouchées d'air. L'effet fut instantané dès la première bouchée, et le degré de souffrance de l'animal en proportion de la quantité d'air qui, du reste, ne fut jamais suffisante pour tuer les chiens.

» Ouvrant immédiatement la poitrine de l'animal, encore sous l'influence de l'insufflation, j'ai pu voir l'air et à l'état libre et mêlé dans le ventricule droit du cœur au sang qu'il rendait très écumeux.

» Comme il n'est pas probable qu'un animal puisse vivre longtemps avec l'air libre dans les vaisseaux ou mêlé à son sang, il doit y avoir quelque puissance (probablement mise en jeu dans son passage à travers le poumon) qui combine l'air au sang et lui fait perdre sa forme gazeuse.

« Je tire cette conclusion , parce que je n'ai jamais trouvé d'air dans l'un ni dans l'autre des états ci-dessus mentionnés, dans l'oreillette ou le ventricule gauche. Il est donc probable, que chez les hommes et les animaux qui ont survécu à son introduction, tout l'air libre et tout l'air mêlé au sang ont été chassés du ventricule droit dans l'artère pulmonaire et les poumons, où leur changement d'état s'est effectué.

» Il y a environ dix ans, je rencontrai, pour la première fois, un cas où l'air pénétra dans les veines pendant une opération (c'est le fait qui précède). Il ne resta pas le moindre doute dans mon esprit, ni dans celui d'aucun des assistans, sur la cause des accidens effroyables qui se manifestèrent. C'était évidemment l'introduction de l'air. Tous entendirent le bruit particulier de l'air à son entrée dans la veine. C'était exactement le même qu'occasionne son passage à travers un trou dans la

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vessie qui recouvre le récipient à demi vidé d'une machine pneumatique ; et je vis distinctement, moi-même, une dépression dans les tissus voisins de l'ouverture, dépression causée par la rapidité du passage de l'air et par la pression atmosphérique.

» Les effets furent vraiment affreux. Le patient, doué d'un grand courage et d'une remarquable fermeté, couché tranquillement sur la table, fut saisi de convulsions quelques secondes après que nous eûmes entendu ce bruit et s'élança à terre, avec des mouvemens que jene saurais comparer qu'aux contorsions brusques d'un poisson, et telle fut leur rapidité, qu'il échappa aux mains de plusieurs aides, debout près de la table.

» Jamais je ne vis de spasme aussi soudain, de convulsions aussi violentes. Il se roula à terre, 10 ou 15 minutes, sous l'empire de ces horribles contorsions que rien ne pouvait maîtriser.Cependant, elles diminuèrent d'intensité, l'écume coula de la bouche tirée à droite, et je m'aperçus aussitôt que le bras et la jambe gauche étaient paralysés. On le coucha. De quelques heures, il ne put parler, et il fallut plusieurs jours pour dissiper son hémiplégie.

> Tous ces symptômes avaient été produits par la lésion de la veine faciale, au point où elle croise la base de la mâchoire, dans une opération dont le but était d'enlever la glande parotide dégénérée. La veine fut ouverte au commencement de l'opération, lorsqu'on écartait la peau et l'aponévrose de la face antérieure du kyste, avant qu'il eût été nécessaire de lier une seule artère. La veine me parut ramper plus près que de coutume de l'angle de la mâchoire.

» Pour donner plus de lumière à l'opérateur, la tête du malade avait été dirigée de telle façon, que la veine dut nécessairement être tendue , et l'ouverture du vaisseau étant presque transversale, cette tension favorisa singulièrement l'entrée de

l'air- Pour moi, je crois que si une veine coupée n'est pas placée dans des circonstances à peu près analogues, il n'entrera pas d'air dans sa cavité.

» Le malade couché, la plaie fut réunie par des bandelettes agglutinatives et se cicatrisa par première intention. Peu après il retourna chez lui , à peu près quatre cent milles de distance (cent soixante-dix lieues), refusant, après ce qui lui était arrivé, de se soumettre aux chances d'une nouvelle opération pour le délivrer de sa tumeur.

» Au bout de huit mois, il revint me voir avec un carcinome considérable et ulcéré, et il mourut moins d'un an après la première tentative d'excision de la masse. C'était, au reste, un sujet fort, d'une bonne constitution, âgé de vingt-cinq à trente ans ; il ne savait à quelle cause attribuer le développement de sa maladie.

» Trois cas de mort, par l'introdution de l'air dans les veines ouvertes, se sont présentés à mes confrères en Amérique. Deux malades moururent sur la table d'opération, et le troisième, peu de temps après qu'on eut achevé la sienne. Dans cette dernière circonstance, la veine axillaire fut ouverte pendant l'enlèvement de ganglions dégénérés et squirrheux, le bras levé, ce qui tendait toutes les parties. Dans les deux premiers cas, il s'agissait de tumeurs du cou. Je fus témoin de l'un d'eux; les accidens naquirent de l'ouverture d'une des veines thyroïdiennes inférieures, considérablement dilatée. J'aidais l'opérateur. La malade était une dame, qui mourut sans un seul effort, au moment de l'ouverture de la veine. J'y appliquai un morceau de charpie, et mon doigt étant encore appliqué sur le trou, elle expira.

» Agréez, etc.

» Signé V. MOTT. »

Décembre 1857.

FAITS OBSERVÉS SUR l/nOMME. 101

Le cinquième fait de la troisième catégorie est de M. Dela-

porte, médecin de l'hospice de Vimouliers. L'observation de

ce lait a été adressée à l'Académie royale de médecine , et

M. Larrey a fait un rapport, lu dans la séance du 2 janvier

Extirpation d'une tumeur occupant la partie supérieure et latérale droite du cou; à la lin de l'opération, entrée de l'air par une veine coupée; sifflement à l'ouverture de la veine et gargouillement dans la poitrine. Symptômes graves. Guérison.

t Dans les premiers jours de juillet, une femme de la campagne, âgée de soixante-trois ans, vint me consulter pour savoir s'il y avait possibilité de lui enlever une tumeur qu'elle portait à la partie supérieure latérale droite du cou. Je commençai par m'informer de | l'état antérieur de la consultante, et je n'appris rien qui partit motiver une contr'indication à l'opération. En outre, cette femme disait que sa tumeur, après être restée stalionnaire dix années, s'était accrue lentement, de manière à atteindre presque la grosseur d'une orange, et qu'elle en souffrait surtout depuis deux ans, ce qui l'avait décidée à chercher quelqu'un qui voulût l'en débarrasser. Dès lors, j'examinai la tumeur de forme à peu près ronde, mobile, sans changement de couleur à la peau, paraissant, en un mot, de même nature que les tumeurs enkystées ; du moins, en la saisissant avec la main, je pus me convaincre de son insensibilité et de son isolement. Or, l'extirpation de cette production organique me sembla praticable, tant à cause de la bonne condition morale dans laquelle la malade se trouvait, que parce que je ne croyais pas qu'il m'arriverait un contretemps pareil à celui qui est l'objet de ce mémoire.Cependant, je connaissais les principaux faits relatifs à l'histoire de l'introduction accidentelle de l'air dans les veines; ce qui serait prouvé, au besoin, par le témoignagne des confrères qui m'ont

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prêté l'appui de leur zèle et de leur talent dans cette pénible circonstance; mais une volonté ferme, exprimée par la malade qui était en proie à l'idée d'un cancer, me fit accepter la responsabilité de l'opération.

» Enfin, après avoir ajourné celle-ci à quinze jours, pour donner le temps de la réflexion à la malade et à ses parens, auxquels je ne laissai pas ignorer que l'opération chirurgicale la mieux dirigée n'est pas toujours exempte de danger (cette conduite était encore nécessaire dans la prévision d'une mauvaise confraternité, si fréquente parmi les gens de l'art), je me rendis, avec le docteur Périca, médecin à Caen, le mardi, 26 juillet, auprès de la patiente, qui fut placée sur une chaise au grand jour, et tenue par des aides, de peur qu'elle ne fît quelques mouvemens insolites. Alors je pratiquai une incision parallèle au bord de la mâchoire qui divisa les tégumens dans toute l'étendue de la tumeur (la laxité de la peau rendit l'incision composée inutile), puis je la disséquai avec beaucoup de ménagement; mais, arrivant aux dernières adhérences qu'elle avait contractées du côté de la région parolidienne,wz bruit de sifflement se fit entendre à tousles assistans avec un gargouillement dans la poitrine, et la malade s'écria : « Ah! j'ai le sifflet » coupé, je suis perdue. » Aussitôt, celte malheureuse éprouve quelques accidens nerveux, perd connaissance, et ne donne aucun signe de sensibilité comme à la suite d'une violente attaque d'apoplexie. Sans exagération, les phénomènes observés furent ceux d'une affreuse agonie ; aussi je fus fort ému de cette scène douloureuse et déchirante. Néanmoins, je ne me déconcertai pas au point de négliger les choses utiles, et à l'aide des divers moyens usités en pareil cas (de l'éther dont j'étais pourvu fut également administré) la connaissance, ou plutôt le sentiment revint, et l'on vit, sinon quelque espoir de

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salut, du moins la possibilité de terminer l'opération. Pendant tout ce temps , c'est-à-dire quatre heures après, arriva un second confrère (M. Cochain) qui, ayant plus de sang froid que le premier, me seconda activement lorsqu'il fallut, après l'ablation de la tumeur, arrêter le sang veineux qui s'échappait en nappe du fond de la plaie , car il devint urgent d'employer une compression manuelle assez longtemps. Dès lors, je commençai à reprendre haleine, et le reste de la journée se passa mieux que je ne m'y attendais.

» L'opérée n'a conservé aucun souvenir de tout ce qui s'est passé autour d'elle, depuis le commencement où elle tomba en syncope, jusqu'à 7 ou 8 heures du soir; toutefois, durant le deuxième temps de l'opération, elle poussa trois ou quatre gémissemens plaintifs, comme si elle eût eu du sentiment, sans avoir la conscience de son existence.

» Dans la crainte du retour de l'hémorrhagie, je ne quittai la malade que le lendemain matin, et j'eus la satisfaction de lui entendre dire qu'elle avait dormi paisiblement; du reste, sa parole et encore plus sa déglutition étaient gênées.

> Les autres symptômes qu'elle présenta sont les suivans : pâleur de la face et faiblesse du pouls; déviation de la bouche à gauche, sans que la langue y participât ; fourmillement, engourdissement même dans les deux mains, ainsi qu'à la poitrine au-dessous de l'aisselle gauche.

» Comme la malade n'avait ni céphalalgie ni fièvre, que ses forces étaient épuisées et qu'elle sentait le besoin de prendre un peu de nourriture, je lui permis du bon bouillon. Le 28, qui était le surlendemain de l'opération, je revis cette femme, dont la position augmenta mes espérances, quoiqu'elle n'eût pas recouvré la faculté de mouvoir les doigts et qu'elle éprouvât toujours de la difficulté à nommer des choses ou des personnes qu'elle connaissait pourtant bien. Alimentation plus

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forte. Lavemens de son et de mauve. Le 29, je levai le premier appareil, en présence des confrères qui m'avaient assisté le jour de l'opération. La suppuration était commencée et provenait d'une plaie grisâtre, que je pansai régulièrement chaque jour avec l'onguent digestif simple, jusqu'au 10 août que je cessai mes visites et recommandai des pansemens simples, aidés d'une compression convenable, puisque la cicatrisation marchait rapidement. Gomme moi, ces messieurs médecins purent juger des conséquences de cette opération, et notre opinion fut unanime, pour attribuer à une congestion sanguine du cerveau la perte de la mémoire, et les autres phénomènes qui sont apparus à la suite du long évanouissement dans lequel est restée notre malade; au surplus, l'amélioration a continué. La preuve, c'est que la malade vint me voir le 21 du même mois, pour me témoigner elle-même sa reconnaissance, en me disant, néanmoins, qu'il manquait à son bonheur de pouvoir s'habiller seule. « Je mange et dors bien, ajouta-t-elle, mais l 'engourdissement que je sens encore au bout des doigts de la main gauche m'empêche dénouer les cordons de mes vëtemens. > La même incommodité existe aux environs de la cicatrice, et nul doute qu'elle ne soit dépendante de la lésion de quelques filets nerveux. Cette lésion traumatique, n'est-elle pas aussi cause que la torsion de la bouche a persisté?

»En définitive, nous avons publié ce fait à dessein, pour prouver qu'il convient d'éviter, dans la pratique chirurgicale, toutes les opérations qui peuvent avoir une issue funeste, quand, surtout, elles ne sont pas commandées par la spécialité des cas pathologiques. Ce principe est d'autant mieux fondé, qu'il arrive quelquefois que la vie se trouve compromise à la suite de la moindre opération : mais, pourtant, le praticien ne doit pas trop s'effrayer de ces événemens, qui sont en dehors des faits les plus ordinaires; car la science et l'humanité s'en trou-

veraient très mal. Ainsi, par exemple, il existe des observations qui prouvent que, dans certaines opérations graves, la douleur peut être assez forte pour faire périr les malades. D'autre part, une hémorrhagie, due à la position anormale des vaisseaux, peut encore déterminer la mort pendant la durée de l'opération; et parce que tout cela est dans les choses possibles, il faudrait rester iuactif ! certainement non. Il est d'expérience, que la pratique timide de quelques médecins ou chirurgiens est presque aussi dangereuse que la témérité de quelques autres.

» Maintenant, quel jugement portera-t-on contre moi qui ai bravé les dangers de l'introduction de l'air dans les voies circulatoires, en opérant une tumeur placée dans le voisinage du cœur et du cerveau? Pour justifier ma conduite, je dirai, que si j'avais su ne pas pouvoir éviter cette catastrophe, j'aurais résisté aux sollicitations pressantes de la malade. J'ai donc agi dans le but d'effectuer une double action, qui fût avantageuse à la malade et non nuisible à ma réputation. Ensuite, ne devais-je pas tenir compte de la possibilité d'une dégénérescence cancéreuse? L'examen de la tumeur que j'ai mise dans l'alcool, et dont l'envoi accompagnera cet historique, confirmera ou infirmera mon assertion. Je terminerai ce mémoire par l'indication des sources où j'ai puisé les documens relatifs à la présence de l'air dans les veines, comme complication des opérations.

» Cet accident est plus commun dans la médecine vétérinaire. En effet, tous les vétérinaires instruits conviennent, devant des juges compétens, que la saignée de la jugulaire a été souvent mortelle chez les chevaux, sans que le public se soit doute de la véritable cause de la mort. Ils se tirent d'affaire par un subterfuge, sachant bien que la franchise ne fait pas

fortune auprès du monde. Nous autres, médecins, nous ne sommes pas à l'abri de la critique, lorsque nous avons le malheur d'éprouver des revers. Pauvre espèce humaine! que tu es injuste!

» On peut dire qu'il n'était rien paru de solide sur ce point de pathologie avant la publication du mémoire du docteur Forget, alors rédacteur des Transactions médicales ( tom. x, pag. 75 ). Cet honorable confrère, après avoir signalé lé développement spontané des gaz dans plusieurs parties de l'économie animale, et établi, par la voie de l'expérimentation, les accidens occasionnés par l'introduction artificielle de l'air dans les vaisseaux, ajoute : « On avait bien vu des morts subites » frapper de consternation les opérateurs stupéfaits; mais on » accusait la douleur, la terreur, l'hémorrhagie, la syncope, » et les chirurgiens faisaient tous leurs efforts pour ensevelir » dans l'oubli des catastrophes dont leur réputation eût pu » souffrir ; mais, en 1821, un fait exploité par un habile phy- » siologiste mit sur la voie de la vérité. » Suit l'observation qui offre de l'analogie avec les faits qui se sont passés en novembre 1822 à l'Hôtel-Dieu de Paris, puis à celui de Montpellier en 1823.

» Dupuytren et Delpech ne sont pas les seuls chirurgiens célèbres qui aient eu chacun, dans ces circonstances malheureuses, l'occasion de s'assurer des résultats terribles dont il s'agit. Ils ont été aussi constatés par des praticiens étrangers, parmi lesquels figurent les docteurs Graëfe, Warren, etc., puis par M. Clémot en 1830 (1), et Roux; le premier fait en sep-

(1) Ce chirurgien en chef de la marine de Rochefort, au rapport de M. Forgel, dans son mémoire loco cilato, assistait un jour à une leçon clinique de M. Dupuytren, et là, devant un nombreux auditoire, il rapporta plusieurs observations tendant à prouver combien peut être dangereuse l'ouverture des veines dans les opérations faîtes ailleurs que sur le cou.

tembre 1832 et le deuxième au mois d'avril dernier, ainsi qu'il résulte du compte rendu de la clinique de ce professeur, publié dans le numéro de septembre du journal des Connaissances médico-chirurgicales.

» On trouve deux exemples semblables dans le 2e tome des Transactions médicales, puis dans le tome 2" du journal des Connaissances médicales pratiques qui ont été empruntés à un journal américain; mais c'est la Gazette Médicale qui parait avoir produit le plus d'articles sur les effets de l'introduction de l'air dans les veines. Enfin, dans la séance du 6 septembre de l'Académie de médecine, M, Lafargue a fait une communication, indiquant les moyens de prévenir des événemens pareils pendant les opérations chirurgicales qui se pratiquent au cou. II est à souhaiter que le public médical connaisse au plus tôt ce travail, que l'Académie a soumis aux lumières d'un de ses membres, M. Hervez de Chegoin. »

Le sixième fait de la troisième catégorie est de M. Malgaigne; il a été publié dans la Gazette médicale de 1836, page 166.

Extirpation d'une lumeur cancéreuse de la mâchoire; introduction d'air par la veine jugulaire; état satisfaisant durant trois jours ; mort au quatrième jour par accumulation d'écume dans les bronches.

Sur un charretier, âgé de cinquante-sept ans, M. Malgaigne pratiqua l'extirpation d'une énorme tumeur cancéreuse de la base de la mâchoire ; pendant la dissection qui fut assez pénible, une veine fut blessée et l'introduction de l'air eut lieu. Voici comment s'exprime M. Malgaigne :

t La dissection à gauche ne fut pas moins pénible ; un ganglion squirrheux recouvrait la jugulaire externe; malgré tous nies soins, un coup de bistouri ouvrit cette veine, et le redou--

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table gargouillement qui annonce l'entrée de l'air fut distinctement entendu par tous les assistans. Je me hâtai de pincer le vaisseau entre deux doigts, et sur ses deux bouts je fis appliquer des ligatures. Aucun effet ne résulta de cet accident, et le malade fut probablement le seul qui n'en eût point été alarmé. »

Le malade est mort, le quatrième jour, par accumulation d'écume dans les bronches. On n'a pas constaté la présence de l'air dans les vaisseaux, c'est la raison pour laquelle nous avons classé ce fait dans la troisième catégorie. Si on eût trouvé de l'air dans les vaisseaux, on aurait pu attribuer la mort à l'influence de l'air sur un malade dont l'opération avait duré plus de 2 heures, et alors nous aurions classé cette observation dans la première catégorie, comme nous l'avons fait pour celle de M. Roux.

Le septième fait de la troisième catégorie est de M. Rigacd; il a été publié dans sa thèse intitulée : Quelques faits de pratique chirurgicale. Paris, 1836, page 166.

Anévrisme de Tarière axillaire ; ligature de la sous-clavière au-dessus de la clavicule; ouverture d'une veine, probablement de la jugulaire externe; introduction, avec bruit, de quelques bulles d'air; mort six semaines après l'opération ; pas d'autopsie.

Sur un homme âgé de trente-un ans, de bonne constitution, affecté d'un anévrisme de l'artère axillaire, qui pendant longtemps fut méconnu, M. Rigaud fit la ligature de l'artère sous-clavière au-dessus de la clavicule.

Après avoir établi le diagnostic différentiel, voici comme il s'exprime en décrivant l'opération : « Je pratiquai une incision longitudinale sur le côté du cou, parallèle au muscle scalène antérieur, et un peu en dehors, suivant le procédé du professeur Dupuylreu. Elle descendait jusqu'à la clavicule et

FAITS OBSERVÉS SUR l'hOMME. 169

avait deux pouces de longueur; je parvins, en divisant le tissu cellulaire jusqu'aux muscles scalènes, au plexus brachial, précisément entre ces deux organes; deux petites artères furent seules divisées, et deux ligatures aussitôt placées sur elles. La plaie était parfaitement dépourvue de sang; mais le plexus brachial était fortement accolé au muscle scalène; le doigt parvenait avec assez de peine jusqu'à la première côte, qui était profondément située , à cause du soulèvement de la clavicule par la tumeur. Je cherchai vainement à sentir la saillie du tubercule osseux, indiqué par M. Lisfranc; je ne sentis point non plus les pulsations de l'artère. En écartant d'un côté le plexus brachial, de l'autre le scalène, mon œil plongeait jusqu'au fond de la plaie, aucune goutte de sang ne la baignait et je n'aperçus rien qui pût être regardé comme étant le vaisseau. L'incision extérieure me parut trop petite à cause de sa profondeur. Je n'hésitai pas à me mettre à mon aise, en faisant à l'angle inférieur de la plaie une incision transversale parallèle à la clavicule, suivant le procédé de M. Lisfranc; j'eus ainsi une incision en T renversé, telle que M. Marjolin l'a indiquée, ce que j'ignorais alors. Dans ce temps de l'opération, une veine fut divisée, je pense que c'était la veine jugulaire externe; elle fournissait une assez grande quantité de sang. J'entendis alors un bruit d'aspiration de l'air par trois fois différentes.Les personnes présentes l'entendirent comme moi. J'ai vu même, à l'extrémité du bord inférieur du vaisseau , le liquide soulevé, déplacé par l'air. Je me rappelai les accidens arrivés entre les mains de MM. Dupuytren et Delpech. Je pinçai sur-lechamp et à la fois les deux bouts du vaisseau avec deux pinces à disséquer, et des ligatures furent placées dessus. Je regardai le malade. Je le croyais mort, puisque de l'air avait été absorbé par une veine que je croyais être la jugulaire externe, et

sans doute était arrivé jusque dans le cœur. Je l'avais appris ainsi, depuis la fameuse observation de Dupuytren. Je lui parlai; il me répondit avec sa voix ordinaire. Je procédai à la recherche de l'artère sous-clavière, etc. » M. Rigaud continua l'opération, qui ne présenta rien autre chose de particulier. Aucun accident ne survint jusqu'à la fin de décembre. Le malade mourut le 5 janvier 1836, six semaines après l'opération.

« L'autopsie, continue M. Rigaud, aurait pu démontrer la nature de la tumeur; mais c'était inutile; elle nous aurait montré le travail de la nature pour l'oblitération du vaisseau ; c'eût été un fait de plus dans la science, d'autant mieux que c'eût été, je crois, le seul de son espèce sous le rapport du vaisseau oblitéré; enfin nous aurions vu quelle veine superficielle du cou avait été ouverte, sans que la mort eût été la suite de l'introduction de l'air dans sa cavité. Pour moi, c'est la jugulaire externe, ou l'une des deux branches qui la remplacent assez souvent ; car c'était sa direction, son calibre, sa situation, etc. C'est surtout sous ce rapport que nous devons regretter que, malgré tous mes efforts, il m'ait été impossible d'obtenir la facilité de faire l'autopsie, s

De ce fait M. Rigaud a conclu : « Que l'absorption de quelques bulles d'air, par l'une des principales veines superficielles du cou, n'est pas nécessairement mortelle. »

Le huitième fait de la troisième catégorie est de M. BÉgin; il a été inséré dans la Presse médicale, 22 juillet 1837, n° 58.

Extirpation d'une tumeur cancéreuse occupant le côté droit du cou ; entrée de l'air avec bruit, par une ouverture faite à la veinejugulaire interne ; accidens graves; compression de la veine; guérison.

Ce fait est relatif à un individu auquel M. Bégin a enlevé

FAITS OBSERVÉS SUR l'hOMME. 171

une tumeur cancéreuse au côté droit du col. Voici ce qu'on rapporte :

« M. Bégin, en cherchant à séparer la tumeur des parties profondes auxquelles elle adhérait, divisa, dans un mouvement inconsidéré du malade, la veine jugulaire interne; un flot de sang s'en échappa aussitôt, et aussitôt on entendit cette espèce de glouglou qu'il est, selon nous, toujours facile de reconnaître, et qui a été signalé comme l'indice de la pénétration de l'air dans les veines : grand fut notre effroi et celui des assistans; le malade seul, ignorant le danger, continua à parler; une compression fut exercée au même instant et l'opération continuée ; celle-ci une fois terminée, on substitua à la compression que jusque-là nous avions pratiquée avec nos doigts, une compression méthodique, et la guérison, malgré la division d'un vaisseau aussi important, ne fut traversée par aucun accident et eut lieu assez promptement. »

La neuvième observation de la troisième catégorie est celle que j'ai communiquée à l'Académie, le 4 juillet 1837. Elle se trouve consignée dans le procès-verbal de cette séance et dans les journaux de l'époque ( Gaz. M éd. tom. v, 1837, n. 27,. pag. 431).

Extirpation d'une tumeur énorme du sein droii ; à la fin de l'opération qui avait duré plus d'une demi-heure, entrée de l'air avec bruit répété par une veine pectorale ouverte au-dessous de la clavicule gauche; symptômes graves ; compression de la poitrine ; amélioration de l'état de la malade ; ligature de la veine; guérison.

Madame Brunet, de Lagny, âgée de quarante-sept ans, d'une forte constitution, jouissant habituellement d'une bonne santé, s'aperçut, il y a environ deux ans, de la présence dans

1 72 INTRODUCTION DE i/aIR DANS LES VEINES.

le sein droit d'une petite tumeur dure, douloureuse, développée sans cause appréciable et à laquelle elle n'apporta pas beaucoup d'attention. Il y a à peu près un an, les progrès toujours croissans de cette tumeur et les douleurs lancinantes dont elle était le siège décidèrent madame Brunet à consulter des gens de l'art ; mais tous les traitemens qu'ils conseillèrent furent sans succès. Enfin, elle vint à Paris, et là elle consulta plusieurs chirurgiens dont les avis furent partagés entre la nécessité de l'opération et la temporisation ; ce dernier avis prévalut, et alors la malade se confia aux soins de M. le docteur Canquoin qui parvint, par une compression méthodique, sinon à détruire le mal, au moins à le limiter.

Vers la fin du mois de juin dernier, appelé en consultation par ce médecin, je me prononçai de suite sur l'urgence de l'opération, seule chance de salut. Alors, la tumeur s'étendait de haut en bas de la clavicule droite à la sixième côte et transversalement du milieu du sternum à la partie postérieure de l'aisselle; sa dureté était ligneuse, sa couleur violacée, et la peau qui la recouvrait et qui y adhérait présentait quelques phlyctènes. La malade se rendit à mon avis, et l'opération, qu'on ne pouvait différer plus longtemps sans danger, eut lieu le 1er juillet 1837, en présence de MM. les docteurs Canquoin, Iszenard, Braux et de MM. Tessereau, Forest, Gibon et Le Vaillant.

Je commençai par circonscrire la tumeur par deux incisions semi-lunaires, puis je la disséquai et l'enlevai en masse. Je coupai ensuite, tant avec le bistouri qu'avec les ciseaux courbes, une grande quantité de tissus dégénérés. L'opération durait depuis plus d'une demi-heure , puisqu'il m'avait fallu dénuder presque tout le côté droit de la poitrine, et je pour-

suivais les restes du mal qui se prolongeaient du côté opposé, lorsque, en coupant en dedans et au-dessous de la clavicule gauche une agglomération de granulations suspectes, j'entendis un bruit distinct et saccadé d'air qui s'introduit en même temps qu'un liquide par une ouverture étroite ; je pensai d'abord avoir ouvert la poitrine. Tout-à-coup, la malade , qui avait jusqu'alors supporté l'opération avec un grand courage et qui n'avait pas perdu beaucoup de sang, se plaignit d'un malaise indéfinissable, éprouva un sentiment de suffocation, pâlit et dit quelle allait mourir.

A peu d'intervalle de ce bruit, perçu aussi par MM. Iszenard, Forest et Le Vaillant, le même phénomène se reproduisit, et alors tous mes doutes étant levés sur l'accident grave et souvent funeste qui venait d'arriver (introduction de l'air dans les veines) , je m'empressai d'appliquer le doigt sur l'endroit d'où le bruit était parti. Dans cet instant, la malade dit plusieurs fois : « je m'en vais, je suis sûre que je vais passer; » son visage pâle se couvrit d'une sueur froide, ses yeux se tournèrent fortement en haut, etje pensai ainsi que les personnes qui m'assistaient qu'elle allait mourir. Mon angoisse fut grande, comme doivent le coucevoir tous les chirurgiens. Convaincu de plus en plus, et par le bruit et par les symptômes, qu'il y avait eu introduction d'air dans le cœur par une veine béante, je fis tous mes efforts pour le chasser en favorisant l'expiration par la compression de la poitrine, en laissant libre l'ouverture de la veine, qui fut ensuite maintenue fermée par la main d'un aide. Peu à peu, la malade se remit, ses angoisses diminuèrent , et j'achevai l'opération en énucléant deux ou trois ganglions volumineux, évidemment dégénérés, qui avoisinaient le plexus brachial et les vaisseaux axillaires. Plusieurs artères furent tordues, et enûn je fis, avec une aiguille courbe et du fil, une ligature médiate sur un bouchon de graisse, autour du point où

174 INTRODUCTION DE ï/aIR DANS LES VEINES.

était la veine qui avait donné accès à l'air. La plaie qui avait la figure d'une grande raquette fut pansée à plat, et la malade, vu la faiblesse où elle se trouvait, fut laissée sur le lit où l'opération avait eu lieu. Son état s'est amélioré de jour en jour, et aujourd'hui (15 août) sa santé est excellente. La cicatrice a diminué la plaie, de ses deux tiers au moins.

Le fait de guérison que je viens de rapporter et qui a donné lieu à la discussion et à ce travail est un des plus circonstanciés.

Immédiatement après la cessation de l'accident, j'ai interrogé la malade sur ce qu'elle avait éprouvé et si c'était une syncope. Elle me répondit que non, qu'elle s'était évanouie plusieurs fois après des saignées, par exemple, et que dans l'évanouissement le mal venait d'en haut, tandis que dans ce quelle venait d'éprouver, le mal venait d'en bas. Quelques jours après, je l'interrogeai de nouveau; elle me dit qu'elle n'avait pas perdu connaissance, et qu'elle se rappelait très bien ce qui s'était passé ; elle me répondit : « C'est au moment où vous ve- » niez de me couper quelque chose, que j'ai senti tout d'un » coup que je m'en allais; j'ai éprouvé un grand malaise, j'ai > senti ma poitrine plus resserrée , une gêne, une angoisse , » quelque chose enfin qui me suffoquait. » Ces renseignemens bien précis tendent à démontrer la différence qui existe entre une syncope ordinaire et l'espèce de syncope produite par l'introduction de l'air dans le cœur.

Le dixième fait de la troisième catégorie est de M. Mussey, de New-York; il a été publié dans la Gazette Médicale de Paris, du 23 juin 1838, n°25, page 394.

Ablation du bras, de l'omoplate et de la clavicule, par plusieurs opérations successives. Introduction de l'air dans les veines. Guérison.

« Un homme, âgé de 46 ans, avait été opéré et guéri par

FAITS OBSERVÉS SUR l'hOMME. I7f>

M, Mussey, à l'âge de 27 ans, d'une exostose du volume d'un œuf de poule, placée sur le métacarpien du pouce, et d'une autre, moins grosse, au côté externe du métacarpien du petit doigt, toutes deux à la main droite.

» Deux ans après, le malade a éprouvé des douleurs d'apparence rhumatismale dans l'avant-bras correspondant, qui se continuent pendant onze ans et s'étendent au bras. A cette époque, les parties molles de l'épaule se gonflent; une tumeur s'organise dans cette partie et les souffrances deviennent intenses. La désarticulation du bras est jugée indispensable ; elle est pratiquée en 1831, treize ans après la première opéralion. Le malade guérit également. La tumeur était une sorte d'ostéosarcome. En 1836, cinq ans après la dernière opéra-* tion, repullulalion de la tumeur à l'épaule; l'omoplate et la clavicule paraissent impliquées dans la maladie. Nouvelle opération en septembre 1837. La tumeur est énorme ; elle a quatorze pouces dans le sens vertical, dix pouces dans l'horizontal. L'opération est pratiquée en présence de plusieurs médecins et d'un grand nombre d'élèves. M. Mussey dissèque les tégumens de la clavicule, désarticule cet os du sternum et le sépare du muscle sous-clavier; un aide comprime l'artère sous-clavière. Ensuite il dissèque rapidement l'omoplate et enlève la totalité de la masse morbide. Il passe ensuite à la ligature de l'artère sous-clavière, puis de la veine du même nom.

» Pendant ce dernier acte, un bruit de glouglou léger s'est fait entendre (slight gurgling noise), des bulles d'air sont vues se précipiter dans la veine ; le malade jette un cri de détresse, ses yeux se tournent et restent fixes, le cou et la face se couvrent de sueur froide, pouls imperceptible, perte de connaissance pendant 8 à 10 minutes. Application d'ammoniaque et de camphre aux narines. La respiration se rétablit et on continue l'opéra-

lion. On pratique la suture de la plaie et l'on achève le pansement. Guérison.

Le onzième fait de la troisième catégorie est de M. Toulmouche ; le résumé de l'observation, de ce fait se trouve dans le Bulletin de l'Académie, tome 2, p. 146.

Extirpation d'une tumeur cancéreuse du sein ; entrée de l'air avec bruit ; accidens graves ; guérison.

« En opérant une femme d'un cancer au sein, et pendant qu'il engageait sa malade à écarter le bras du tronc, M. Toulmouche a remarqué que l'incision pratiquée par M. Duval fut à l'instant suivie d'un sifflement analogue au bruit d'une respiration bruyante un peu prolongée. La malade eut une syncope, et les assistans la crurent morte ; mais elle revint bientôt et finit par reprendre tout-à-fait ses sens, j

Le douzième fait de cette catégorie est de M. Mayor, de

Lausanne, qui a eu l'obligeance de me le communiquer tout

récemment.

Extirpation d'une tumeur volumineuse située à la partie latérale droite du cou, sur une femme âgée de trente-huit ans ; entrée de l'air avec bruit par une veine profonde; accidens graves ; compression brusque et saccadée de la poitrine; cessation des accidens; guérison.

t Clerc, Jeanne, mariée, âgée de trente-huit ans, d'une très belle santé, s'aperçut, il y a une année, à la partie latérale droite du cou, d'une tumeur comme une noisette, et qui continua, dès lors, à faire de rapides progrès. Il y a trois mois elle devint le siège de douleurs lancinantes, rougit et donna lieu à plusieurs ouvertures, qui fournirent un pus séreux et se couvrirent de végétations fongeuses.

» Le 11 février dernier, cette femme entra à l'hospice Cantonnai pour l'extirpation d'un mal qui prenait chaque jour un

FAITS OBSERVÉS SLR l'hOMME. 177

plus mauvais caractère. Il s'offrait alors, sous la forme d'une dureté irrégulière, longue de trois pouces sur deux et quart de largeur, et était situé sur le trajet et en arrière du sternocléi do-mastoïdien, qui, lui-même, était compris dans cette dégénérescence.

i L'opération eut lieu le 14 février 1839, de la manière suivante :

» Une incision, longue de quatre pouces, fut pratiquée le long du bord interne de la tumeur, lequel correspondait au bord interne du sterno-cléido-mastoïdien. Elle s'étendait depuis l'apophyse mastoïde, jusqu'à quinzelignes au-dessusde la clavicule. Une seconde section des tégumens fut dirigée perpendiculairement, derrière et sur la première, et avait environ trois pouces. La dissection des deux lambeaux mit à nu la tumeur, ainsi que le muscle précité, et ne laissa plus aucun doute sur l'étroite connexion qui existait entre les deux, et sur la nécessité de sacrifier toute la partie supérieure du muscle. Mais le tout ensemble avait contracté des adhérences intimes, par sa face postérieure, avec les organes voisins; de sorte que nous dûmes procéder, tout d'abord, à sa séparation d'avec ces derniers, au moyen de la prudente et minutieuse dissection que voici :

j Deux érignes à deux et trois crochets, fort peu recourbés et très courts, furent implantés par moi, vers les confins de la tumeur et un peu en dedans du sterno-mastoïdien. Je tirai fortement sur ces érignes, comme si j'eusse voulu entraîner le muscle en dehors et le renverser sur lui-même , c'est-à-dire dans le but d'écarter la tumeur des parties voisines, et de tendre vigoureusement les tissus qui l'attachaient aux régions annexées. Le docteur Récordon, qui m'aidait dans cette opération comme il l'avait déjà fait dans un assez grand nombre d'autres, en tout

plus ou moins semblables, profitait des fortes tractions que j'exerçais, pour couper les adhérences ainsi tendues, à mesure qu'il pouvait le faire sans aucun danger. Or, il n'hésitait guère à faire agir son instrument, parce qu'il était bien entendu, entre nous, qu'il devait toujours en tourner le tranchant contre la tumeur elle-même, sur laquelle se trouvaient couchées les brides qu'il importait précisément de couper en travers.

» Lorsque, de cette manière, nous crûmes avoir suffisamment séparé ce qui pouvait recouvrir et masquer les gros troncs vasculaires et nerveux, ou leur dangereux voisinage, je coupai le muscle en travers, tout près de son attache supérieure, et j'achevai de le disséquer par derrière, ainsi que les autres tissus anormaux qui composaient l'excroissance; mais au moment où je donnai le dernier coup de couteau, le bruit terrible de ronflement, qui révèle l'entrée de l'air dans une veine, partit du bout de mon instrument et se fît entendre de tous les assistans. La femme Clerc cessa aussitôt de respirer et de donner le plus léger signe de vie. L'un des assistans a comparé ce bruit au râle, un autre à celui que produit la hanche d'un hautbois, un troisième à ce qui se passe quand un entonnoir finit par se vider dans un tonneau, et nous verrons bientôt que M. (le docteur Pellis parle de glouglou (portes et fenêtres furent à l'instant ouvertes, pour établir un courant d'air frais, et on lança de l'eau froide sur le visage de l'asphyxiée, comme c'est l'habitude lors d'un profond évanouissement).

» Mais ces faibles secours devaient être sans effet, et nous aurions eu infailliblement une mort subite à déplorer, si, presque aussi rapidement que le bruit sinistre se fit apercevoir, je n'eusse porté le pouce de la main gauche sur l'endroit d'où jaillissait le sang veineux, et si en même temps je n'eusse opéré des pressio?is rapides, fortes et saccadées sur le tiers inférieur"

FAITS OBSERVÉS SUR L'HOMME. 17t>

du sternum. Aussi à la troisième ou quatrième de ces opérations brusques et si bien de circonstance, l'opérée reprit toutà-coup la connaissance, ainsi qu'une respiration toute naturelle; de sorte qu'elle revint, de la mort à la vie, avec la même rapidité qu'elle était passée de la vie à la mort.

» Je continuai à maintenir la pression avec le pouce, pendant qu'on retranchait ce qui devait paraître suspect, et qu'on arrangeait les lambeaux le mieux qu'on put. Alors je substituai lestement à ce pouce une grosse éponge mouillée que je pressai fortement, et quand je me fus assuré qu'elle arrêtait tout écoulement sanguin, on en garnit les côtés avec du coton cardé, et on fixa le tout avec deux cravates, l'une passant lâchement autour du cou; et l'autre, prenant son point d'appui sous l'aisselle opposée, peut être suffisamment serrée pour exercer une compression convenable. Cet appareil fut maintenu en place pendant trois jours, après lesquels on n'eut besoin que des pansemens ordinaires et simples avec le coton. Rien de particulier n'est venu s'opposer à la guérison, qui est complète aujourd'hui (17 mars 1839).

» La cicatrice de la plaie longitudinale est linéaire; mais l'incision en travers et qui intéressait l'ulcération fongueuse s'est guérie par suppuration, après avoir été cautérisée plusieurs fois el fortement avec le nitrate d'argent.

» Mais revenons un instant sur quelques points' de cette opération.

» Premier point, les crochets de mes érignes.

» Ils sont longs d'un à deux lignes seulement, et fort ouverts, parce qu'ils sont, dans cet état, plus faciles à diriger, à implanter et à sortir partout, et qu'ils suffisent ordinairement, et parce que leur long développement est loin d'offrir le moindre

180 INTRODUCTION I)K L Atft DAINS LES VEINES.

avantage dans la plupart des opérations, et surtout lorsqu'il s'agit de la dissection délicate de tumeurs profondément situées. Leur embarras est ici manifeste, car ces crochets doivent, en quelque sorte, imiter l'action de nos ongles, et nous n'avons pas besoin, pour nous servir de ceux-ci, de les avoir longs et bien crochus. Au contraire, nous aurions peine à les placer et déplacer lestement et à en tirer alors tout le parti désirable.

» Deuxième point, conduite des érignes et du bistouri.

t Dans les dissections plus ou moins dangereuses, la sagesse veut que, pour ne hasarder aucun coup de bistouri, le tranchant de ce dernier soit constamment tourné contre la tumeur même qu'il s'agit d'extirper. Mais, pour cet effet, il est indispensable que cette tumeur prête bien le flanc, et ne cesse de se découvrir, à mesure qu'on coupe les tissus qui la lient aux parties voisines. On arrive à ce double but au moyen des érignes judicieusement conduites. Ainsi, dèsque,par ces sections réitérées, la tumeur cède, en se séparant des organes adjacens, l'opérateur.retire une des érignes pour la fixer plus avant, afin de renouveler des tractions sur d'autres endroits. L'aide, de son côté, suit ces manœuvres et agit à son tour avec le bistouri, dont il dirige constamment le tranchant sur les érignes et leur convexité. Ces sections doivent donc être envisagées comme simples et faciles, pourvu que leur marche soit bien tracée par les érignes; et voilà pourquoi c'est au chirurgien en chef à se charger de la direction de ces dernières.

» Deux de cesinslrumens, au moins, doivent être simultanément en action, soit pour s'entr'aider, soit pour se frayer réciproquement leur route, et une troisième ou un crochet mousse peuvent également être confiés à l'un des aides. Ainsi, deux

opérateurs, proprement dits, sont nécessaires, en pareil cas, et ils doivent s'entendre et s'éclairer mutuellement, afin de procéder toujours avec calme et certitude.]

» La confiance est entière alors; aussi, le hasard ayantvoulu que, dans moins d'une année, j'aie eu à faire six opérations pareilles à celle de la femme Clerc, je n'ai pas éprouvé le moindre accident. Il eût même été facile d'éviter celui dont il est ici question, en me rappelant cette règle de prudence, qu'il faut se défier, en face de certains développemens anormaux, de la place qu'occupent et du calibre que peuvent acquérir la plupart des vaisseaux sanguins. Car, en procédant à la dissection a l'aide desérignes, on peut facilement apercevoir et épargner tel filet nerveux, et tels vaisseaux, ou lier au besoin ces derniers, avant de les ouvrir.

» Troisième point. Section des muscles.

> Dans l'extirpation des tumeurs volumineuses et profondes de la région latérale du cou, il est assez nécessaire de couper des muscles en travers et de faire entre autres la résection d'une partie du sterno-mastoïdien. Aussi arrive-t-il, dans ce dernier cas, que les deux tendons inférieurs du muscle disparaissent par leur distension complète et qu'on ait peine à les retrouver. Cependant, chose singulière, la tête ne s'incline nullement du côté opposé ; elle reste droite et peut être fléchie dans tous les sens, tout comme si le muscle en question était intact. L'angulaire et le splénius, au contraire, sont fortement dessinés et tendus, et les opérés y accusent une douleur particulière et une faiblesse, qui les empêchent de porter facilement la main derrière et sur la tête. Cette sensation douloureuse diminue graduellement; mais la tension ou l'expression des deux tendons claviculaire et sternal ne reparaît plus, et la région inférieure du cou se trouve par là sensiblement déformée

182 INTRODUCTION DE l'AIR DANS LES VEINES.

Cette difformité est surtout sensible au compas d'épaisseur; car si on en applique une branche sur l'apophyse épineuse d'une cervicale, l'autre branche présente un écartement d'un pouce et quelques lignes déplus du côté de l'opération, écartement qui provient de la saillie et du soulèvement remarquable du splénius. Le moignon de l'épaule, de ce même côté, est d'ailleurs un peu plus bas et plus en avant que celui du côté opposé (il est entré depuis quelques jours à l'hôpital, et pour un commencement de tumeur blanche au genou, la femme Meyer, qui avait subi, il y a huit mois, une opération semblable à celle de Jeanne Clerc. Nous avons confronté quelquefois ces deux opérées, et constaté l'identité parfaite des symptômes ci-dessus, chez l'une et l'autre).

» Quatrième point. Introduction de l'air dans les veines.

» Je n'avais jamais observé ce fatal accident que sur des animaux opérés par M. Amussat. J'avoue même que la difficulté que l'air avait assez souvent de pénétrer dans la jugulaire, bien qu'elle fût largement ouverte, et la lenteur avec laquelle la mort survenait, après avoir injecté forcément ce fluide; j'avoue, dis-je, que je ne redoutais que médiocrement ce phénomène traumatique. Cependant, je me tenais pour averti, et j'étais constamment sur mes gardes chaque fois que j'avais une opération importante à faire à l'aisselle et au cou. Je dirai plus : ma ligne de conduite était toute tracée d'avance et depuis longtemps. Aussi l'éclair ne fut pas plus prompt que le déploiement de mes deux mains, pour venir au secours de cette femme ; l'une, afin d'arrêter du même coup l'entrée de l'air et la sortie du sang, et l'autre, pour forcer l'air de sortir du poumon et d'y rentrer alternativement à chaque pression brusque que j'opérais.

» Ces pressions saccadées du thorax pouvaient-elles avoir

FAITS OBSERVÉS SUR l'hOMME. 183

un autre effet que celui que je viens d'assigner? Ou est-il besoin de recourir à cette autre hypothèse : qu'elles auraient agi, sur la colonne d'air engouffré, de manière à le pousser en avant? Ou bien encore, doit-on admettre le concours de ces deux causes, pour expliquer la résurrection de notre opérée? L'air, du moins, n'a pu ressortir du corps, parce que je l'en empêchai trop bien ; et une respiration artificielle rapide et assez fortement prononcée pouvait amplement suffire pour ranimer le souffle mal éteint de la vie. Or, une semblable respiration a bien eu lieu, en effet, avec les manœuvres brusques auxquelles je me suis livré; attendu que la pression vigoureuse des côtes, au moyen de celle du sternum, devait équivaloir à une expiration ; tout comme aussi le retour instantané de l'appareil élastique à sa position première, lorsque je cessai de le comprimer, ne pouvait manquer d'agrandir sur-le-champ la cavité pectorale, et de forcer l'air à s'y précipiter, à l'instar de ce qui se passe dans l'inspiration.

» Ce jeu de souffle, exécuté à temps, et soutenu un moment, peut donc être recommandé en pareille circonstance, et devrait, au lieu d'être négligé, si peu connu ou méconnu peutêtre, se trouver au premier rang des meilleurs moyens propres à lutter contre les morts subites et contre celles qui peuvent n'en avoir que les apparences.

j> Le sujet de l'absorption de l'air dans les veines acquiert de jour en jour plus de gravité, et fait ressortir toujours mieux le mérite des nombreuses et belles expériences de M. Amussat, et de sa ténacité à les faire tourner au profit de la chirurgie opératoire. Il avait prévu, m'a-t-ii dit, la possibilité de cas analogues à celui que je vais rapporter et que je dois à la complaisance d'un jeune ami, M. le docteur Pellis, médecin de notre hospice des aliénés. » (Voyez à la 5e catégorie.)

184 INTRODUCTION DR l'AIR DANS LES VEINES.

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