OBSERVATIONS RECUEILLIES SDR LES CHEVAUX
Les observations relatives à l'introduction accidentelle de l'air dans les veines, recueillies sur les animaux, méritent aussi d'être consignées ici.
Ces observations sont au nombre de deux.
On cite aussi des faits analogues de MM. Girard, Barthélémy et Leblanc ; mais je ne peux que les mentionner, puisque ces observations n'ont pas été publiées.
La première observation recueillie sur un cheval est de M. le professeur Verrier. Elle est insérée dans le recueil des procès-verbaux de l'école vétérinaire d'Alforl, année 1806, page 9.
Saignée de la jugulaire sur un cheval ; entrée de l'air au moment où on cessa la compression qu'on exerçait au-dessous de l'ouverture; accidens graves, dissipés par plusieurs saignées, faites sur-le-champ
« Avant d'être professeur, dit M. le rédacteur du procès-verbal, M. Verrier avait fait part à l'établissement d'un accident survenu à la suite d'une saignée pratiquée à la jugulaire d'une jument; et par la rareté du fait, ce cas mérite ici une place. En cessant subitement de faire la compression sur le vaisseau ouvert, afin d'arrêter la saignée, il s'introduisit dans la veine une certaine quantité d'air, avec un gargouillement assez fort pour avertir l'opérateur de ce qui se passait, et le mettre en garde sur l'état futur de l'animal. Bientôt, il se manifesta des convulsions semblables à celles qui surviennent à la suite de l'insufflation faite dans la jugulaire d'un animal que l'on veut faire périr. Sans perdre un instant, M. Verrier eut recours à la saignée, qu'il réitéra plusieurs fois; en peu de temps, il rétablit le calme et dissipa tous les accidens qui annonçaient la mort dp l'animal. »
La deuxième observation sur les chevaux est de M. Bouley jeune. Elle a été publiée dans le journal de physiologie de M. Magendie (tome 1er, page 198).
Saignée delà jugulaire sur un cheval; en cessant la compression qu'on exerçait au-dessous de l'ouverture de la veine, entrée de l'air avec bruit particulier ; on ferme la veine et aussitôt accidens très graves ; on l'ouvre de nouveau et à mesure que le sang s'écoule, l'animal se ranime.
« Le 4 mars 1819, je fus appelé, dit M. Bouley, par M. de Ch., propriétaire à Paris, pour donner des soins à l'un de ses chevaux qui, depuis la veille, était malade. Cet animal, âgé de six ans, mangeait peu, toussait quelquefois, respirait avec peine et avait le pouls plein et dur. Je prescrivis pour la journée une diète sévère, un électuaire adoucissant et quelques lavemens. Le 5, les symptômes observés la veille ayant augmenté d'intensité et tous les signes d'une pneumonie commençante étant bien prononcés, je pensai qu'une saignée était nécessaire, et je la pratiquai selon la méthode ordinaire, c'està-dire au moyen de la flamme, et je ne remarquai] rien dans l'opération qui pût donner lieu à aucun accident.
» Le vase dans lequel on recevait le sang n'ayant point une capacité assez grande pour contenir la quantité que j'en désirais tirer, lorsqu'il fut plein je suspendis la compression que j'exerçais au-dessous de la veine, pour donner le temps à mon aide de jeter le sang que contenait ce vase. Au moment même où je cessai la compression, j'entendis un bruit particulier que j'avais déjà eu occasion de remarquer dans ma pratique, sans qu'il en fût résulté rien de fâcheux et auquel je ne fls par conséquent que peu d'attention. Je terminai ma saignée, je réunis les bords de la plaie comme à l'ordinaire, au moyen d'une épingle que j'environnai de crins, et je fis rentrer l'animal a l'écurie. A peine y fut-il placé, qu'un tremblement général
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s'empara de lui, la respiration devint laborieuse et plaintive, le pouls petit, irrégulier et très accéléré; enfin l'animal poussa de profonds gémissemens et tomba dans sa stalle comme frappé de la foudre.
» Je ne chercherai point à dissimuler la frayeur que me fit éprouver l'apparition de symptômes aussi graves et les craintes que je conçus pour la vie de l'animal. J'avais à redouter que l'on m'attribuât sa mort, si elle fût arrivée immédiatement après une phlébotomie que j'avais indiquée et pratiquée moimême. Cependant, dans un cas aussi pressant, les circonstances qui avaient précédé, accompagné et suivi la saignée se présentèrent promptement à mon esprit; je me rappelai surtout le bruit que j'avais entendu au moment où j'avais cessé de comprimer la veine, et ce fut pour moi un trait de lumière. Je ne doutai plus dès lors que tous les symptômes que je venais d'observer ne fussent la suite de l'introduction de l'air dans la veine.
» Dans cet état de choses, je pensai que la cause pouvait devenir le remède et que la saignée était le seul moyen à mettre en usage. Je me hâtai donc d'enlever la ligature et de donner une nouvelle issue au sang; à mesure qu'il s'écoulait, l'animal paraissait prendre une nouvelle vie. Il fit d'abord des efforts inutiles pour se relever; mais il y parvint facilement, cinq ou six minutes après la nouvelle saignée. Lorsqu'il fut debout, son pouls se développa sensiblement et perdit de sa vitesse. La respiration devint moins précipitée et plus étendue; enfin une demi-heure après l'accident, tout danger paraissait dissipé, H l'état de la bête le môme qu'avant la première saignée. Un nouveau symptôme assez remarquable s'était montré. L'animal éprouva jusqu'au soir une sensibilité extrême de tout le côté droit du corps (côté opposé à celui où la saignée avait été pra-
FAITS OBSERVÉS SUR LE CHEVAL. Ui7
tiquée), accompagnée d'an prurit très violent; il se couchait à terre et se renversait, pour se frotter sur tous les objets qui lui présentaient quelque résistance. La maladie primitive (la pneumonie) continua sa marche ordinaire et se termina favorablement. Le trentième jour, le cheval reprit son service habituel, et depuis celte époque il n'a donné aucun signe de maladie. »