‹ Recherches sur l'introduction accidentelle de l'air dans les veines, et particulièrement sur cette questionChapitre 26 sur 46 · VEINES · texte numérisé non relu

VEINES

Le premier fait douteux est de M. le docteur Barlow de Blakburn ; il a été publié dans la Gazette Médicale, 1831, n. 42.

Extirpation d'une tumeur squirrheuse couverte de veines variqueuses, située sur la joue; au commencement de l'opération, accidens graves que l'on attribua à l'entrée de l'air dans les veines ; guérison.

« Une dame portait depuis neuf ans sur la joue une tumeur de nature squirrheuse, venue à la suite d'une morsure accidentelle de la membrane muqueuse de la bouche. Sa surface était couverte d'un réseau de veines variqueuses ; l'artère faciale de ce côté offrait de forts battemens. Après plusieurs traitemens différens et qui furent sans succès, M. Barlow consentit à l'opérer; mais à peine avait-il commencé à disséquer la peau, pour la séparer de la tumeur, que la malade fut prise d'une syncope subite, et semblable à la mort, qui dura plusieurs minutes, avec un pouls extrêmement petit et tremblant, une sueur froide, une pâleur effrayante, et la suspension de la respiration. L'opération suspendue fut reprise aussitôt que la malade eut recouvré les sens, et terminée heureusement. Neuf mois après, la joue présentait son aspect naturel, et rien n'indiquait que la maladie dût récidiver.

» Ce fait, bien que très simple, et que la syncope pût autant être attribuée à l'hémorrhagie, résultant de l'ouverture des veines nombreuses et dilatées qui recouvraient la tumeur, qu'à l'entrée d'une petite quantité d'air dans le système circulatoire, en rappela un autre à l'auteur. » (Voy. à la deuxième catégorie, page, 148.)

FAITS OBSL.KYÉS SUH l/llOMME. 189

Le deuxième fait douteux est de M. Velpeau; l'observation est insérée dans une lettre de M. Velpeau sur l'introduction de l'air dans les veines (voy. Gaz. Méd. tome 6, 1838, page 113).

Extirpation d'une tumeur du cou; syncope attribuée plus tard à l'introduction de l'air par la veine jugulaire interne , ouverte pendant l'opération.

« A l'époque où M. Amussat communiqua son l'ait, j'avais recueilli de mon côté, dit M. Velpeau, une observation de ce genre que je communiquai à l'Académie (bulletin, tome 1, p. 890). Au moment où je détachais par sa partie profonde une tumeur du cou qui pénétrait jusqu'aux vaisseaux carotidiens chez une femme âgée de trente-six ans environ, j'ouvris la veine jugulaire interne; un sifflement manifeste eut lieu; puis une sorte de bouillonnement se fit remarquer au fond de la plaie; la malade, qui s'écria aussi qu'elle mourait, tomba effectivement en syncope. Je fis placer un doigt sur l'ouverture delà veine, et terminai d'un coup de bistouri la section de la tumeur. Je me hâtai de recourir aux moyens employés contre les syncopes ordinaires, et les accidens disparurent bientôt. Cette femme sortit de l'hôpital, un mois après le jour même où M. Amussat vint communiquer son observation à l'Académie. »

J'ai classé celte observation dans les faits douteux, parce que M. Velpeau l'a présenté ainsi lui-même, lorsqu'il l'a raconté à l'Académie à la suite de ma communication. Après avoir récusé complètement mon fait, M. Velpeau a dit : a Et moi aussi, je » pourrais attribuer à l'entrée de l'air dans les veines un acci- » dent grave, éprouvé par une malade que j'ai opérée dernière- » ment, etc. > Depuis, il a publié cette observation comme un fait beaucoup plus positif que le mien !

Le troisième fait douteux est de M. Maugeis.

Saignée; mort subite; pas d'aulopsie.

Dans une lettre adressée, par ce médecin, au rédacteur de la Gazette des Hôpitaux et publiée dans le numéro 149 de ce journal, 21 décembre 1837, on lit l'observation suivante :

« Il y a dix ans, je fus appelé auprès de la femme Alexis Peaumier, de la commune d'Herblay, enceinte de sept mois et atteinte, depuis deux heures, d'une hémorrhagiequi allait toujours en augmentant.

» Cette femme, d'une forte complexion, accusait de violentes coliques à la suite desquelles, le sangcoulait abondamment par la vulve. Le col était très dur, et son orifice permettait à peine l'introduction du doigt. Dans l'espoir d'arrêter la perte et de dissiper la rigidité du col, je pratiquai une saignée. A peine avais-je tiré huit onces de sang, que la malade, qui était assise sur son séant, poussa un cri plaintif et tomba à la renverse.

» Je crus d'abord que ce n'était qu'une syncope; mais à ma grande surprise, je m'aperçus que la vie avait cessé si promptement, qu'on eût dit que la foudre venait de frapper cette femme. Si cette mort n'est pas due à l'introduction de l'air dans la veine, à quelle cause peut-on l'attribuer? Certes ce n'estpas à l'épuisement de la malade, car elle était pleine de force, la perte n'étant pas assez abondante pour l'épuiser. Un quartd'heure après cet accident, nous finies l'opération césarienne dans l'espoir de sauver l'enfant ; mais il avait également cessé de vivre.

On trouve dans l'ouvrage de Zaculus Lusitanus (de Praxi medica admiranda, lib. 3, p. 109, ob. 55) le récit d'un fait, qui a. quelque analogie avec le précédent, et qui n'a pas plus de valeur.

« Deux médecins appelés à donner des soins à un vieillard atteint d'une violente céphalalgie, l'un d'entre eux pensai 6 qu'il fallait pratiquer une saignée, s' appuyant sur le développement du pouls et le gonflement des veines ; le second s'y opposait ; mais l'avis de son antagoniste ayant prévalu , on pratiqua une saignée; mais le malade, tombant en syncope, mourut au moment même de la section de la veine. Le médecin, qui avait insisté pour qu'on lit la saignée, se retira tout honteux. »

DEUXIÈME SÉRIE

FAITS DOUTEUX ANTÉRIEURS A LA DÉCOUVERTE DE LA POSSI- BILITÉ DE L'INTRODUCTION SPONTANÉE DE L*>AIR DANS LES VEINES BLESSÉES.

Avant de citer les faits qui composent celte série, je crois devoir transcrire ici un passage extrait des œuvres de Fabrice d'Aquapendente (chap. 96, page 347), où il est question des causes de morts subites pendant les opérations.

Voici ce passage :

« Dans une opération, on observe deux phénomènes inévitables, l'écoulement de sang par suite de la blessure desgros vaisseaux, etunedouleurinsupporlableàlaquelle se joignent aussitôt des convulsions, résultant de la lésion de nerfs volumineux. Pendant que j'étais jeune et que pour mon instruction je suivais les autres chirurgiens, j'ai vu ces deux phénomènes amener la mort pendant l'opération. D'ailleurs Celse a dit également (liv. v, chap. 26), que souventles malades qui subissaient une opération mouraient dans l'opération même, d'hémorrhagie ou de syncope. *

// n'est pas inutile de faire remarquer que depuis que l'on connait la possibilité de l'introduction spontanée de l'air dans les veines blessées, les accidens signalés par les anciens ne s' étant pas présentés, il est permis de conclure que beaucoup de faits cités par eux, comme des exemples de morts subites par hèmorrhafjie ou par syncope pendant les opérations, peuvent être attribués maintenant à L'introduction de l'air dans le cœur; toutefois, lorsqu'il s'agit d'opérations faites dans la région dangereuse.

Le premier fait de la deuxième série des faits douteux est de M. Bonnefoy. lia été publié dans un mémoire qui est inséré dans le tome v des prix de l'Académie royale de chirurgie, 1783.

Extirpation d'une tumeur cancéreuse du sein ; mort subite pendant l'opération.

« Une femme âgée de quarante-cinq ans, d'un tempérament bilieux, et très irritable, avait un cancer àla mamelle; elle nese décida à se laisser opérer qu'avec la plus grande peine. Dans l'instant de l'opération, elle éprouva divers accidens; ainsi, pâleur cadavérique du visage, raidissement des muscles, serrement des mâchoires, etc., et elle mourut en présence des assistans, entre les mains du chirurgien, dans l'instant où après avoir fait les deux sections, il commençait à disséquer la tumeur. »

Le deuxième fait de cette série est de M. Briot ; il est inséré dans les mémoires de la Société médicale d'émulation (1816, tome 8, page 243).

Extirpation d'un énorme cancer; mort subite, immédiatement après l'opération.

« Une dame d'Auxonne, à qui je faisais l'extirpation d'un

cancer énorme et ancien, éprouva aux premières incisions une douleur qu'elle manifesta surtout par une contraction épouvantable et simultanée de tous les muscles de son corps ; six hommes forts eurent beaucoup de peine à la contenir, et je fus un instant obligé de discontinuer l'opération. Cette horrible contraction ne dura pas plus de deux minutes ; dès lors la malade cessa de manifester de la sensibilité ; elle parut l'avoir épuisée tout entière dans ce court espace de temps ; elle ne fit plus aucun mouvement et ne proféra aucune plainte; l'opération terminée, la plaie ne saignait point : elle fut laissée un instant exposée à l'air, pendant qu'on s'occupait à ranimer la malade ; le sang ne donna point. L'appareil appliqué, la malade placée dans un lit parut indifférente à tout, ne parla pas, mais manifesta le désir de reposer; ce qu'on lui permit. J'étais avec mes confrères présens à l'opération, dans une chambre voisine de celle de la malade, lorsqu'on vint nous dire qu'elle mourait. Nous courûmes aussitôt auprès d'elle, nous lui donnâmes les soins les plus empressés, mais les plus inutiles : elle avait fermé les yeux pour la dernière fois. D'officieux confrères qui croyaient qu'à la suite d'une opération grave on ne pouvait mourir que d'hémorrhagie, dirent que j'avais ouvert de gros vaisseaux, que je n'avais pu arrêter le sang, que j'avais tué la malade. Hélas! j'aurais bien désiré qu'elle eût pu perdre beaucoup de sang! »

Les faits qu'on va lire, quoique douteux, offrent plus de probabilités que les précédens, parce qu'ils ont une grande analogie avec les faits positifs de la cinquième catégorie, comme on le verra plus loin.

Le troisième fait est de Pelletan. Il est inséré dans le lome 1" de sa Clinique chirurgicale, 1810, page 34.

Suicide ; plaie transversale du cou , mortelle par la simple hémorrhagie des veines jugulaires externes.

« Une jeune dame, chagrinée des infidélités de son mari, s'enferma dans sa chambre un matin ; ses gens ne la voyant pas paraître au milieu de la journée, on fit ouvrir sa porte, et on la trouva étendue sur le parquet, la face en dessous, et ayant une plaie large et profonde au devant de la gorge. La plaie béante laissait voir toute son étendue. La dissection des parties découvrit que les veines jugulaires externes étaient seules ouvertes; mais étant coupées en travers, le sang s'en était écoulé jusqu'à la mort.

t Sans doute aussi, cette terminaison avait été facilitée par la situation pénible de cette malheureuse , dont l'état des vêtemensannonçait qu'elle s'était débattue fortement et longtemps.

j> La clef de sa chambre, fermée à double tour, et le couteau dont elle s'était servie, trouvés auprès d'elle, prouvèrent le suicide. »

Le quatrième fait est aussi de Pelletan. Il est inséré dans le tome 1er de sa Clinique chirurgicale, 1810, page 33.

Suicide ; plaie transversale du cou, mortelle par l'ouverture de la veine jugulaire externe et par le passage du sang dans la trachée artère.

« On trouva, vers le milieu de la nuit, sur le carreau d'une salle de l'Hôtel-Dieu, un homme étendu sur le ventre et baignant dans son sang, sans que l'on sût s'il y était depuis longtemps; il s'était fait une plaie transversale à la gorge. La longueur et la profondeur en étaient considérables ; cependant cet homme fut remis dans son lit; on le pansa méthodiquement et on n'eut pas de peine à le faire revenir de la faiblesse où l'avait

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jeté la perte de son sang. Le premier usage qu'il fit de l'efficacité des secours qu'on lui avait donnés, quand il se vit seul un moment, fut de déchirer l'appareil mis sur la piaie ; et quelques minutes après, on le trouva mort.

j> La dissection des parties montra que les veines jugulaires externes du côté gauche avaient pu seules fournir l'hémorrhagie; mais le sang tombé dans la trachée artère avait produit la suffocation, la faiblesse du blessé n'ayant pas permis que les efforts de la toux rejetassent au dehors le sang tombé dans ce canal, et arrivé jusque dans les ramifications bronchites. »

Les faits douteux auraient pu être supprimés, mais je pense qu'ils servent aussi à leur manière, en faisant ressortir davantage ceux qui ne le sont pas.

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