BLESSURES DE LA RÉGION DANGEREUSE
D'après tout ce qui précède, il est évident qu'une blessure accidentelle ou volontaire des veines de la région dangereuse peut occasionner la mort par l'introduction spontanée de l'air, comme dans une opération. Il est très probable que dans quelques cas de blessures des veines de la partie inférieure du cou, surtout lorsque les blessés ont perdu peu de sang,lamort a été déterminée plutôt par l'entrée de l'air que par l'hémorrhagie.
On doit diviser les faits de cette catégorie en deux séries ; l'une des blessures involontaires et l'autre des blessures volontaires.
Les faits de cette catégorie sont encore peu nombreux; mais il est très probable qu'ils se multiplieront, maintenant que l'attention des praticiens est éveillée sur la possibilité du fait.
19G INTRODUCTION DE l'AIR DANS LES VEINES.
Je ne possède encore que deux observations; elles appartiennent à la deuxième série, c'est-à-dire aux suicides par blessures du cou. Ces deux observations confirment pleinement ce que j'avais soupçonné.
Le premier fait de suicide est de M. Handyside ; il a été publié dans le journal Méd. etChir. d'Edimbourg, volume 49, première partie , page 408, et traduit de l'anglais, par M. Daniel Maccarthy, interne provisoire des hôpitaux de Paris.
Suicide; blessure du cou ; ouverture des veines jugulaires ; mort ; à l'autopsie, on a trouvé de l'air dans la plupart des vaisseaux sanguins, et du sang écumeux dans l'artère pulmonaire et dans ses divisions.
« Samedi, 18 février 1837, à dix heures et demie du matin, je fus appelé , dit M. Handyside, pour M. John Doherty, étudiant en médecine, âgé de trente-six ans , qui habitait Edimbourg depuis un an, et qui venait de mourir par suite de plusieurs blessures graves faites au cou avec un rasoir.
j> Le corps, que je vis dix minutes après que les blessures qui causèrent la mort eurentété faites, était tout habillé, étendu sur le parquet de la chambre à coucher, la tête vers la porte. La face antérieure du corps et le dos des mains étaient en contact avec le parquet; et un rasoir taché de sang gisait à environ deux pouces de la main droite ouverte.
» La respiration était arrêtée, les artères et le cœu ne battaient plus. Il n'y avait pas d'hémorrhagie, à peine un suintement sanguin, et les vaisseaux divisés n'avaient pas fourni plus d'une livre et demie d'un sang qui était même en grande partie veineux; ce liquide, à demi coagulé, formait trois taches distinctes sur le parquet de l'appartement.
» J'employai aussitôt, mais sans aucun résultat, une des méthodes que l'on met ordinairement en usage pour dissiper
FAITS OBSERVÉS SUR L,'llOMME. 197
les effets de l'asphyxie produite par l'entrée de l'air dans le cœur.
» J'examinai alors les deux blessures irrégulières que je trouvai au cou. La plaie du côté gauche était la plus petite, et le concours de plusieurs circonstances me portèrent à penser qu'elle avait été faite la première. Elle suivait une ligne oblique en bas et en avant, qui, partie du lobule de l'oreille, venait tomber sur la jonction du corps et de la grande corne gauche de l'osjhyoïde, en laissant à un pouce au-dessus de sa partie moyenne l'angle correspondant de la mâchoire. Cette plaie pouvait avoir deux pouces et demi de long. — A droite, l'incision plus grande présentait une longueur de quatre pouces. Deux plaies superficielles et une profonde avaient été faites en même temps qu'elle, et la forme des lèvres de la plaie démontrait jusqu'à l'évidence qu'elle avait été faite, sinon par une autre personne, au moins par la main droite du suicidé luimême. Cette blessure, comme celle du côté gauche, correspondait par son milieu à l'angle de la mâchoire, dont elle était séparée seulement par un demi pouce de distance, et dont la peau avait été légèrement entamée par l'instrument vulnérant.
» Quoiqu'il résultât de mes recherches que M. Doherty était ambidextre , cependant, à cause de la situation singulière des plaies, et à cause de quelques autres circonstances, je crus devoir m'aider des conseils du docteur Christison, qui tomba d'accord avec moi qu'une enquête juridique était nécessaire.
» J'obtins aussitôt une permission de faire l'ouverture du corps, afin de découvrir la cause de la mort, et je procédai à l'autopsie, aidé de MM. Hutcheson, chirurgien, le docteur Houseman, Askin et quelques autres, après nous être munis de tous les moyens de faire avec exactitude certaines expé-
f 98 INTRODUCTION DE L AIR DANS LES VEINES.
riences sur les vaisseaux, qui pourraient être jugées nécessaires, dans le cas où nous découvririons que l'introduction de l'air dans leur calibre avait causé la mort.
j> Autopsie. — 26 heures après la mort.
» Temps sec et froid. — Aucune trace de putréfaction.
» Les tégumens qui entouraient les plaies et qui en faisaient partie ayant été disséqués avec soin et mis de côté , leur forme fut aussitôt moulée en plâtre.
s On vit alors qu'à gauche le peaucier, dans une étendue de deux pouces, les deux tiers antérieurs dusterno-mastoïdien., le tronc du nerf accessoire de Willis, et le bord inférieur de la glande parotide avaient été largement divisés.
» Au-dessous, l'origine commune des artères occipitale et auriculaire postérieure et la veine faciale postérieure étaient coupées en travers, et par la cavité de ce dernier vaisseau, plusieurs bulles d'air atmosphérique avaient pénétré dans la veine jugulaire interne.
■» A droite, l'incision plus profonde, et faite évidemment à trois reprises différentes, avait mis à nu l'apophyse transverse de l'atlas, et ouvert l'espace qui sépare celle-ci de l'apophyse transverse de l'axis, en découvrant l'artère vertébrale.
» Le peaucier, dans une étendue de quatre pouces, le sternomastoïdien, le tronc du nerf spinal, les veines jugulaires interne et externe, et les branches cervicales superficielles et auriculaire de la troisième paire rachidienne, les veines faciales antérieures et postérieures, le bord inférieur de la glande parotide, et le bord postérieur de la glande sous-maxillaire avaient été largement entamés. — Les muscles digastrique et stylohyoïdien, — l'angulaire de l'omoplate, — le bord antérieur du splénius, — le pneumo-gastriqueet la branche descendante de la neuvième paire crânienne étaient compris dans la division,
FAITS OBSERVÉS SUR l/llOMME. 199
ainsi quel'attèreauru nlaire postérieure; la faciale près de son origine avait reçu une légère atteinte.
» En examinant avec une grande attention l'état des vaisseaux, je reconnus que les veines jugulaires internes, quoique vides de sang, étaient légèrement distendues par de l'air. L<?s artères du cou étaient généralement vides à l'exception de la carotide gauche qui contenait une quantité d'air fort considérable. Les veines thyroïdiennes, inférieure et moyenne, et (comme on le vit quand le thorax fut ouvert), les veines innommées, la veine cave descendante et la veine azygos outre un peu de sang fluide, étaient en partie distendues par de l'air.
» Le péricarde ouvert, nous trouvâmes le cœur affaissé, presque vide ; l'oreillette droite parfaitement exangue , à l'exception d'un très petit caillot au trou de Botal, qui était perméable. Nous trouvâmes un peu d'air dans cette cavité.
» Dans la veine cave ascendante, il y avait de l'air et du sang non coagulé.
» Dans les veines coronaires et le ventricule droit, de l'air, mais pas de sang.
» L'artère pulmonaire et ses ramifications capillaires contenaient une très petite quantité de sang écumeux, incapable d'en maintenir séparées les parois, qui étaient affaissées. Tandis que, par opposition, les veines pulmonaires depuis leur origine jusqu'à l'oreillette gauche étaient distendues. Les veines pulmonaires droites contenaient du sang noir, fluide, et de l'air atmosphérique.
s Le tissu pulmonaire était évidemment emphysémateux. Les cavités gauches du cœur, vides de sang, étaient, comme les cavités droites, partiellement distendues par un peud'air. Les artères coronaires, vides de sang, contenaient quelques bulles d'air. La couleur du cœur était plus pâle que dans l'état normal.
200 INTRODUCTION DE l'AIR DANS LES VEINES.
> En ouvrant l'abdomen, nous trouvâmes la veine cave et les gros troncs veineux plus ou moins distendus par de l'air, et ne contenant qu'une très petite quantité d'un sang liquide.
» Le foie coupé sous l'eau (c'est ainsi qu'on avait procédé et qu'on procéda pour les autres organes) le foie laissa échapper des bulles d'air des veines hépatiques. La rate et le rein donnèrent un résultat semblable. Il en fut de même du pancréas et des veines coronaires stomachiques.
» L'aorte abdominale, isolée avec soin, dans une étendue de trois pouces , au moyen de deux ligatures placées en haut et en bas, ses branches collatérales ayant été pareillement liées, l'aorte fut ouverte sous l'eau, et il s'échappa plusieurs bulles d'air.
i> Les artères fémorales, poplitées, brachiales, traitées de même, en fournirent également.
» Tous les viscères du thorax et de l'abdomen étaient sains, à l'exception de quelques légères adhérences pleurales et de quelques plaques anciennes de lymphe plastique sur le côté droit du cœur.
» Le foie, la rate, le pancréas et l'estomac étaient plus pâles que dans l'état normal. L'estomac était vide, et la vésicule du fiel distendue par la bile.
» Les muscles, à l'exception du cœur, étaient d'une couleur et d'un aspect sensiblement normal. »
Ce fait est fort remarquable. Quoique M. Handyside ne soit arrivé qu'après l'événement, il n'a pas trouvé que la quantité de sang répandu fût assez grande pour expliquer la mort, et il a soupçonné une autre cause, l'introduction de l'air dans les veines. Effectivement, il a constaté la présence de ce fluide dans le cœur et dans les gros vaisseaux. On peut dire, d'après le sang
FAITS OBSERVÉS SUR L'HOMME. 20t
écumeux, trouvé dans l'artère pulmonaire, que l'air s'est introduit pendant la vie.
Ainsi, d'après l'autopsie bien faite, il est évident qu'on doit attribuer la mort autant et plus peut-être à l'introduction de l'air qu'à l'hémorrliagie.
Ce fait est le premier publié; mais il est très probable que beaucoup d'autres de cette espèce sont passés inaperçus, parce qu'on n'a pas fait l'autopsie ou parce qu'elles n'ont pas été faites avec assez de soin. Ces remarques s'appliquent parfaitement aux faits de Pelletan, cités précédemment.
Le deuxième fait de suicide est de M. le docteur Pellis; je le dois à l'obligeance de M. Mayor de Lausanne.
Suicide ; blessure profonde de la région sus-hyoïdienne droite, et ouverture de la veine jugulaire externe ; entrée de l'air avec bruit de glouglou par celte veine ; mort subite ; à l'autopsie, le cœur mis dans un baquet d'eau, surnage, et à l'incision du ventricule droit et du ventricule gauche, il s'échappe une grande quantité de bulles d'air qui furent recueillies.
c Le 7 octobre, à sept heures du matin, je fus appelé (c'est M. le docteur Pellis qui parle) à donner des soins à M. D... qui venait d'attenter à ses jours. Arrivé dans la chambre du blessé, je le trouve assis sur une chaise, la tête penchée à gauche et soutenue par un de ses amis. Devant M. D... est un vase qu'il avait placé pour recevoir le sang, le plancher aussi en est, inondé. Sur la table de nuit est un rasoir ensanglanté. A deux pas du blessé, on voit écrit sur le plancher en lettres de sang : vivent la France et la Suisse! (1) Il existe à la région sus-hyoïdienne droite une plaie transversale profonde, et dont les
(1} « M. D. . . . était du canton de Vaud, mais exempt du service militaire. L'événement eut lieu au moment ou le ministère français menaçait la Suisse et où nous elions tous sous les armes. »
bords sont très écartés. Du sang s'écoule par plusieurs arlérioles, mais surtout par la jugulaire externe, qui est largement ouverte et dans laquelle on dislingue par momens le reflux du sang. Je me hâte de ramener la tête du côté droit pour fermer la plaie, puis je fais approcher de la fenêtre la chaise sur laquelle est le malade. Le pouls, quoique faible, est très distinct.
» Avant d'aller plus loin, je crois devoir rapporter quelques circonstances de ce suicide. Depuis quelques jours M. D... était tombé dans une profonde mélancolie; il recherchait la solitude, mais on le gardait à vue, parce que son état donnait des craintes d'autant mieux fondées, que plusieurs années auparavant il avait voulu s'ôter la vie. Le 7 octobre, il trompa la vigilance dont il était l'objet, et se coupa la gorge. L'hémorrhagie causa d'abord un demi évanouissement, mais pas assez fort pour faire tomber le blessé. Peu à peu les forces revinrent et ce fut alors que M. D... traça les mots trouvés sur le plancher. A peine avait-il fini d'écrire que quelqu'un entra dans la chambre. M. D...lui ditde se retirer, et voulut même essayer de lutter pour l'y obliger ; mais il fut promptement saisi, et placé sur la chaise où je le trouvai. Pendant qu'on venait me chercher, M. D... eut une nouvelle défaillance plus forte que la première; il commençait à revenir à lui lorsque j'arrivai. Ainsi que je l'ai dit, le malade fut amené près d'une fenêtre; l'air frais lui fit plaisir. Tandis que je préparais à la hâte ce qui était nécessaire pour le pansement, M. D... fit un mouvement de tête en arrière, en même temps qu'une forte inspiration. A ce moment, il se fit dans la plaie un bruit de glouglou assez fort pour être entendu dans toute la chambre, et le blessé tomba mort à l'instant. Je demandai l'autopsie, il ne me lut permis d'examiner que le cœur; ayant découvert les
organes thoraciques à la méthode ordinaire, tendu le péricarde et soulevé légèrement le cœur, je passai derrière lui un lien, j'étreignis fortement les vaisseaux qui parlent ou arrivent à cet organe, et je les coupai tous au-delà de la ligature. Le cœur, ainsi séparé, fut plongé dans un baquet d'eau de la contenance de trois litres environ. // surnagea avec la plus grande légèreté. Le fixant d'une main au fond du vase, je fis avec un bistouri une ponction dans le ventricule droit. Aussitôt, des bulles se dégagèrent en grande quantité. Elles furent recueillies dans une éprouvette par M. Bischoff fils, pharmacien de cette ville, qui avait bien voulu m'aider dans cette circonstance. Quelques bulles ne purent être saisies; quand il ne s'en dégagea plus, j'abandonnai le cœur, qui revint à la surface; je le ramenai au fond, j'incisai le ventricule gauche, et de nouvelles bulles sortirent, mais en bien moins grande quantité que du ventricule droit. Dès ce moment, le cœur resta au fond du vase. L'air recueilli a rempli une éprouvette d'un pouce deux lignes de diamètre dans une étendue de deux pouces trois lignes.
» La grandeur de l'ouverture faite à la jugulaire, la quantité de sang que le blessé avait perdu, sa position assise et la forte inspiration qu'il fit, voilà autant de circonstances que M. Amussat a indiquées comme favorisant l'introduction de l'air et qui se retrouvent ici. »
Ce fait est beaucoup plus remarquable encore que le premier; la blessure de la veine jugulaire externe a eu lieu au-dessus du point ou se fait ordinairement le reflux du sang, et cependant ce phénomène a été observé par M. Pellis.
Le bruit de glouglou très fort, qui caractérise l'entrée précipitée de l'air, a été entendu distinctement, et à l'autopsie on a trouvé le cœur tellement rempli d'air, qu'il surnageait sur l'eau avant d'avoir été ouvert. Il est donc bien démontré, dans ce cas, que
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la distension du cœur et des gros vaisseaux, par l'introduction spontanée de l'air, a été la cause immédiate de la mort.
Les deux faits de celte catégorie méritent d'être relus et médités ; ils peuvent éclairer plusieurs points imporlans de physiologie et de médecine légale.
RÉSUMÉ ET STATISTIQUE DES FAITS OBSERVÉS SUR L'HOMME ET SUR LES ANIMAUX.
Pour juger les faits dans leur ensemble et dans leurs rapports, faisons la statistique des observations que nous avons citées. Nous trouvons d'abord que le nombre total est de trenteneuf, sans compter les faits rapportés dans la lettre de M.Molt. Nous les divisons en cinq catégories :
La première renferme dix faits que nous appelons irrécusables.
La deuxième, six faits analogues aux précédens, mais sans autopsie.
La troisième, quatorze faits de guérison, douze sur l'homme, deux sur les animaux.
La quatrième, sept faits douteux.
Et la cinquième, deux faits de suicide, par blessures du cou.
Considérées sous le rapport des maladies et des opérations, nous trouvons :
1° Neuf tumeurs du cou;
2° Sept opérations sur l'épaule ou l'aisselle; savoir .-deux tumeurs de l'épaule droite; trois extirpations du bras, l'une pour un fongus hématode de tout le bras; l'autre pour une brûlure profonde du membre supérieur, et la troisième pour un ostéosarcome; et deux tumeurs de l'aisselle ;
3° Six tumeurs du sein;
FAITS OBSERVÉS SUR i/H0MNE. 205
4° Deux ligatures de la sous-clavière ;
5° Quatre tumeurs de la face ;
6° Cinq saignées de la jugulaire, deux sur l'homme et trois sur le cheval ;
7° Quatre blessures (suicides) des veines jugulaires;
8° Deux faits sans indication positive de la nature de l'opération.
En considérant les observations sous le rapport des veines qui ont donné lieu à l'introduction de l'air, nous trouvons :
1° Que par la blessure de la veine jugulaire interne le phénomène a eu lieu quatre fois ;
2° Par la veine jugulaire externe, douze fois ; quatre fois pour des saignés du cou ;
3° Par des veines du cou canalisées, quatre fois ;
4° Par la veine sous-clavière, une fois ;
5° Par la veine axillaire , trois fois ;
6° Par la sous-scapulaire ; deux fois ;
7° Par une veine se débouchant dans la sous-clavière, une fois ;
8° Par des veines pectorales, trois fois ;
9° Par la faciale, une fois.
10° Et six ou huit fois les veines ouvertes n'ont pas été indiquées.
Considérées sous le rapport de la durée et de l'époque des opérations, nous trouvons que la mort a eu lieu huit fois, l'accident survenant à la fin d'opérations longues et laborieuses, qui ont affaibli les opérés sous le rapport de l'hémorrhagie et de l'inervation ; et surtout en terminant l'opération, au moment où on soulève la tumeur.
Deux fois cependant la mort a eu lieu, l'accident s'étant produit au commencement de l'opération. Nous devons dire
aussi que la mort est d'autant plus prompte, que les malades sont plus affaiblis, comme on le voit sur les opérés de Delpecli, de Castara et de M. Roux.
Sous le rapport de la durée de l'accident, nous trouvons que sur seize morts, les auteurs des observations disent huit ou neuf fois que la mort a eu lieu subitement, sans dire la durée
réelle.
Une fois une minute après (Ulrich) ;
Une fois un quart d'heure après (Beauchêne).
Une fois quelques heures après (Clémot).
Une fois trois heures et demie après (Mirault).
Une fois, sept jours après (Roux).
Dans beaucoup de cas de guérison, c'est presque toujours au commencement de l'opération que l'accident a eu lieu.
Cependant, dans le fait que j'ai rapporté, c'est à la fin d'une opération longue et très laborieuse qu'est arrivé l'accident ; mais il est entré peu d'air, parce que le vaisseau était petit, je crois , et que j'ai promptement fermé l'ouverture.
Considérées sous le rapport du sexe et de l'âge, les observations nous donnent dix-sept hommes de vingt-un à soixante ans ; dix-sept femmes de dix-huit à soixante-huit ans ; deux faits dans lesquels l'âge et le sexe ne sont pas indiqués, et trois chevaux.
Du reste, je dois prévenir que les relevés statistiques sont fort difficiles à faire, et ils ne peuvent pas être complets, parce que beaucoup d'observations manquent des détails indispensables.
Faisons quelques réflexions générales sur les données statistiques.
Remarquons d'abord que c'est toujours en pratiquant des opérations graves près du sommet de la poitrine, au dessus,
FAITS OBSERVÉS SUR l'hOMME. 207
au dessous, ou sur les côtés, que l'accident de l'introduction de l'air a eu lieu par les veines jugulaires ou sous-clavières, ou par des veines très rapprochées de ces gros troncs, là où s'opère le pouls veineux ; une seule fois le phénomène a été observé sur la faciale.
Observons, enoutre,que l'accident est d'autant plus promptement funeste, que les malades sont plus affaiblis, soit par la maladie ou la durée de l'opération elle-même, comme nous l'avons déjà dit.
Une autre remarque assez intéressante, qui ressort immédiatement des données statistiques, c'est que le phénomène n'a pas été observé chez les enfans, peut-être parce qu'à cet âge on a moins souvent l'occasion d'opérer dans la région dangereuse.
En résumé, nous ne possédons que trente-cinq faits, recueillis depuis que le phénomème a été établi; sans doute ily en a un plus grand nombre, mais ils n'ont pas été publiés ou même reconnus. Sans contredit, les veines ont été blessées un bien plus grand nombre de fois; mais il importe de ne pas oublier qu'il faut beaucoup de conditions pour que le phénomène se produise.
Sans doute aussi beaucoup de faits de la même espèce ont eu lieu avant la connaissance du phénomène. On les attribuait alors à la syncope ou à toute autre cause, comme nous l'avons fait remarquer précédemment. Du reste, ces faits sont bien rares dans les auteurs; ils sont d'ailleurs fort peu circonstanciés.