‹ Recherches sur l'introduction accidentelle de l'air dans les veines, et particulièrement sur cette questionChapitre 30 sur 46 · PRODUCTION DU PHÉNOMÈNE SUR LES CADAVRES · texte numérisé non relu

PRODUCTION DU PHÉNOMÈNE SUR LES CADAVRES

Pour démontrer, d'une manière plus évidente encore, qu'il n'est pas possible de confondre le phénomène que nous décrivons, même avec la présence d'une grande quantité d'air dans

le cœur, il suflit de faire l'expérience suivante sur un cadavre comme sur un animal vivant. Si, après avoir ouvert l'une des veines jugulaires ou sous-clavières très près de la poitrine, on presse alternativement les parois de cette cavité pour simuler la respiration, alors le phénomène de l'introduction de l'air a lieu, parce que la poitrine fait l'office de soufflet ou de pompe. Si on ouvre la poitrine et le péricarde avec soin, on trouve les cavités droites distendues, boursoufflées par de l'air, et les cavités gauches dans leur état ordinaire. En ouvrant les cavités droites, l'air s'échappe en masse et elles s'affaissent. En ouvrant les cavités gauches, on n'observe rien de semblable. Dans ce cas, les cavités droites sont distendues par de l'air'; mais cet air n'est pas mêlé au sang. Le sang n'est pas écumeux , caractère essentiel qui établit une différence entre l'air introduit pendant la vie et l'air introduit après la mort. Cette expérience que j'ai répétée plusieurs fois et toujours avec succès, notamment en présence de MM. Guéneau de Mussy et Bouillaud, étaie singulièrement toutes les propositions relatives à l'introduction spontanée de l'air dans les veines des animaux vivans. J'espère que les expériences dont je vais donner la relation jetteront encore une vive lumière sur tous les phénomènes qui se rattachent à la question qu'il nous importe de résoudre.

Expériences faites à l'Hôtel-Dieu le 15 juillet 1837, en présence de M. Guéneau de Mussy, et de plusieurs autres médecins.

PREMIÈRE EXPÉRIENCE

Sur un cadavre, on a ouvert la veine jugulaire externe d'un côté à la partie inférieure du cou et on a ensuite exercé une forte compression sur la poitrine, qui a déterminé la sor=?

tie d'une certaine quantité de sang non mélangé d'air. La poitrine ayant été abandonnée à elle-même, l'air s'est précipité par l'ouverture de la veine,

Après avoir ainsi plusieurs fois simulé les mouvemens que font les parois thoraciques pendant l'acte respiratoire, et ayant acquis la certitude que l'un de ces mouvemens avait déterminé l'entrée de l'air par le même mécanisme que pendant la vie, c'est-à-dire à l'instant où la poitrine se dilate, on a ouvert le cadavre.

Les cartilages costaux étaient en partie ossifiés.

Le côté droit du cœur était ballonné, et l'oreillette ainsi que le ventricule contenaient beaucoup d'air, et un peu de sang.

Le ventricule gauche seul contenait quelques bulles d'air.

DEUXIÈME EXPÉRIENCE

Sur un autre cadavre, après avoir ouvert la veine jugulaire externe à la partie inférieure du cou, on a comprimé la poitrine avec force , ce qui a produit la sortie d'une certaine quantité de sang par l'ouverture de la veine. On a ensuite abandonné la poitrine à elle-même et au moment où elle s'est dilatée, débarrassée qu'elle était alors de la compression, l'air s'est précipité avec bruit dans la veine. Cette expérience ayant été répétée plusieurs fois, toujours avec le même résultat, on a ouvert le cadavre.

Le côté droit du cœur était très distendu, tandis que le côté gauche était petit et revenu pour ainsi dire sur lui-même. Cette différence était due à ce que les cavités droites contenaient une grande quantité d'air, tandis que les cavités gauches n'en contenaient pas une bulle.

Sur un troisième cadavre dans un état de putréfaction assez avancé, on a ouvert la veine jugulaire externe du côté droit

qui était énorme et de laquelle il ne s'est échappé que du sang. Puis on a fait la ligature de la veine et on a ouvert le thorax, sans avoir comme sur les deux autres cadavres simulé les mouvemens respiratoires. Le cœur était dur, non ballonné, aucune de ses cavités ne contenait d'air.

Troisième expérience, faite dans l'amphithéâtre de l'hôpital de la Charité, en présence de M. Bouillaud (1) et de ses élèves.

Sur un cadavre/après avoir ouvert la veine jugulaire externe à la partie inférieure du cou, j'ai comprimé avec force la poitrine,et fait sortir du sang par l'ouverture de cette veine. Puis j'ai comprimé et cessé alternativement la compression de la poitrine. En simulant ainsi les mouvemens que font les parois thoraciques pendant l'acte respiratoire, tout le monde a pu voir qu'en se dilatant pour revenir sur elles-mêmes, elles produisaient une aspiration d'où résultait, comme dans l'état de vie", l'entrée de l'air par l'ouverture que je venais de faire à la veine jugulaire.

Ce phénomène ayant été constaté plusieurs fois, j'ai ouvert le cadavre et examiné le cœur. Les cavités droites étaient distendues et rénitentes. En les ouvrant, il s'en est échappé beaucoup d'air et il restait dans leur intérieur une petite quantité de sang avec des bulles d'air. Les cavités gauches n'avaient guère que la moitié du volume de celles du côté droit et ne contenaient ni air, ni sang.

(1) Je saisis avec empressement l'occasion de donner à mon collègue M. Bouillaud, une marque publique de haute estime pour le rapport consciencieux qu'il a fait à l'Académie sur mes expériences. (Voir bulletin des 30 novembre et 15 décembre 1837, n"s 4 et 5, page 182.)

EXAMEN DOUZE OU VINGT-QUATRE HEURES APRES LA MORT D'ANIMAUX AYANT ÉTÉ SOUMIS A L'EXPÉRIENCE DE L'IN- TRODUCTION SPONTANÉE DE L'AIR DANS LES VEINES.

Si on examine, douze ou vingt-quatre heures après la mort, le cœur des animaux qui ont succombé par 1 introduction spontanée de l'air dans les veines, on trouve presque toujours du sang écumeux, comme on va le voir par les expériences qui suivent :

EXPÉRIENCES SUR LES CHIENS

PREMIÈRE EXPÉRIENCE

Introduction spontanée de l'air par une ouverture faite à la partie inférieure des veines jugulaires; mort 16 minutes après ; à l'ouverture faite 16 heures après la mort, les cavités droites seules contenaient des bulles d'air.

Sur une chienne braque de forte taille, on fait d'abord la laryngotomie. Immédiatement après, on met la veine jugulaire droite à découvert dans une grande étendue et on voit le reflux du sang jusque dans les veines faciale et jugulaire interne.

A6 heures 10 minutes, ouverture de la jugulaire droite à un pouce de la faciale. Le sang qui sort du bout inférieur n'a pas une coloration différente de celui qui vient du bout supérieur. On n'entend aucun bruit. L'ouverture de la veine est fermée, \ minutes après son ouverture.

A 6 heures 15 minutes, on isole entièrement la veine jugulaire droite. Elle se plisse dans l'inspiration.

A 6 heures 16 minutes, on ouvre cette veine dans un des points où elle est isolée et on n'entend aucun bruit.

A 6 heures 18 minutes, l'air entre par l'ouverture de la veine avec un bruit bien distinct. En même temps, l'auscultation fait reconnaître un gargouillement dans le cœur.

A 6 heures 20 minutes, on coupe la veine avec des ciseaux dans la moitié au moins de son calibre, et alors le bruit est beaucoup plus fort, et la respiration devient de suite très accélérée.

L'animal a perdu beaucoup de sang. Il en sort par l'ouverture ainsi que des bulles d'air.

A 6 heures 23 minutes, il urine.

A 6 heures 24 minutes, quelques respirations rares.

A 6 heures 26 minutes, déjections alvines.

A 6 heures 29 minutes, l'animal respire plus facilement. 11 fait desmouvemensibrusques.

A 6 heures 30 minutes, on ouvre la veine jugulaire gauche dans le point où a lieu le reflux du sang. Aussitôt, introduction d'air avec bruit. L'animal fait des mouvemens et sa respiration s'accélère beaucoup. On ouvre cette veine très largement et l'air s'y précipite en produisant un bruit très fort. En même temps la respiration devient de plus en plus difficile.

A 6 heures 31 minutes, quelques respirations à de grands intervalles.

A 6 heures 34 minutes, l'animal meurt, 16 minutes après le commencement de l'introduction spontanée de l'air.

Pour empêcher l'écoulement du sang , on applique des ligatures sur les points où les veines jugulaires ont été ouvertes.

Ouverture du cadavre faite le lendemain, seize heures après la mort. Les poumons sont sains; pas d'emphysème, le cœur est gros. En palpant le ventricule droit on le trouve dur, rénitent. Il contient de l'air à l'état libre, ainsi que l'oreillette. Quelques bulles seulement se trouvent à la surface du sang contenu dans ces deux cavités.

11 semble que l'air ait servi de moule au ventricule droit, en

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effet, il conserve sa forme, malgré les incisions cruciales qu'on vient de faire.

Le ventricule gauche et l'oreillette de ce côté contiennent un peu de sang, mais pas d'air.

On trouve de l'air dans les veines coronaires.

EXPÉRIENCES SUR LES CHEVAUX

PREMIÈRE EXPÉRIENCE

Introduction spontanée de l'air par une ouverture faite à la partie inférieure de la veine jugulaire d'un cheval; mort 14 minutes après; à l'ouverture faite 24 heures après la mort, les cavités droites contenaient beaucoup de sang écumeux.

Sur un cheval âgé de cinq ans, assez vigoureux, on ouvre, à 8 heures 48 minutes, la veine jugulaire droite à la partie inférieure du cou, comme pour une saignée. Le phénomène n'a pas lieu ; il se produit avec un bruit très fort, dès qu'on soulève la peau. La respiration s'accélère. Il s'écoule une assez grande quantité de sang, quoiqu'on ait fait d'abord la ligature du bout supérieur.

A 8 heures 51 minutes, l'animal s'agite, sa respiration devient très accélérée. Le phénomène n'a plus lieu , la veine étant fermée par un caillot.

A 8 heures 57 minutes, on fend la veine en long dans l'étendue d'un pouce, à partir du point où elle avait été ouverte. Le phénomène recommence avec une grande intensité. La respiration s'accélère beaucoup. L'animal fait de grands efforts d'expiration qui déterminent la sortie d'une abondante quantité de sang écumeux.

A 9 heures, l'animal s'étend et se raidit, sa respiration de-

vient convulsive, et la mort a lieu à 9 heures 2 minutes, 14 minutes après l'ouverture de la veine.

Autopsie 24 heures après la mort. Le péricarde contient de la sérosité rougeâtre. Le cœur est très distendu. L'oreillette droite contient des bulles d'air et du sang liquide. Le ventricule droit contient du sang liquide et des caillots audessus desquels on trouve une grande quantité de mousse qui ne diffère que par sa couleur noirâtre de celle qu'on trouve, lorsqu'on examine le'cœur immédiatement après la mort.

L'oreillette et le ventricule gauche contiennent des caillots et de nombreuses bulles d'air. Les veines pectorales contiennent des bulles d'air.

DEUXIÈME EXPÉRIENCE

Introduction spontanée de l'air par une ouverture pratiquée à la veine jugulaire d'un cheval ; mort 25 minutes après ; autopsie 24 heures après la mort; les cavités droites du cœur contenaient des caillots au-dessus desquels il y avait une grande quantité de bulles d'air et un peu de sang écumeux. Les cavités gauches étaient vides , quelques bulles d'air adhéraient à leurs parois.

Sur un cheval, on ouvre à la partie inférieure du cou la veine jugulaire. L'air s'introduit aussitôt par cette ouverture, en produisant un bruit à peu près semblable à celui que l'on entend habituellement. La respiration s'accélère ensuite, puis l'animal tombe, se débat, et meurt 25 minutes après le commencement de l'expérience.

Autopsie 24 heures après la mort. Les cavités droites du cœur étaient remplies de caillots autour desquels existaient une grande quantité de bulles d'air et une petite quantité de sang écumeux.

Les cavités gauches ne contenaient pas de caillots ni de sang écumeux, mais quelques bulles d'air adhéraient à leurs parois.

TROISIÈME EXPÉRIENCE

Faite en présence de MM. Chervïn (1), Poiseuille et Lucien

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