PRÉVOIR DANS QUEL CAS L'ACCIDENT PEUT ARRIVER
D'après les faits observés sur l'homme et les expériences comparatives sur les animaux vivans et les cadavres, le fait me semble hors de doute; maintenant,*;voyons les inductions qu'on en peut tirer pour la pratique de la médecine opératoire.
Il est établi, d'après les faits malheureux déjà observés et par les expériences, que l'accident n'est vraiment à redouter que lorsqu'on pratique des opérations sur le cou, la partie supérieure de la poitrine, l'aisselle et l'épaule. Enfin, c'est particulièrement au-dessus et au-dessous de la clavicule, dans une région assez circonscrite où s'observe le flux et le reflux du sang ou le pouls veineux ; mais l'état particulier des veines dans les tumeurs et l'étendue plus ou moins grande de la respiration peuvent faire varier et étendre un peu au-delà la possibilité du phénomène en question, comme tendent à le prouver quelques-uns des faits que nous avons cités.
Dans l'état actuel de la science, lorsqu'on pratique une opération grave, on n'est guère préoccupé que d'un seul genre d'accidens, c'est l'hémorrhagie ; toutes les précautions sont prises pour l'empêcher; mais dorénavant, la possibilité de
l'introduction de l'air dans les veines étant bien démontrée, il faudra se précautionner aussi contre ce genre d'accidens qui est plus redoutable encore que l'hémorrhagie.
Ainsi, toutes les fois qu'on opérera dans le voisinage des veines jugulaires, sous-clavières, et même des axillaires, le chirurgien devra se tenir sur ses gardes et prendre ses précautions. La meilleure, selon nous, consiste à comprimer le tronc veineux principal, entre le cœur et la partie sur laquelle on opère ; c'est aussi ce que l'on fait pour prévenir l'hémorrhagie. Dans un cas, c'est pour empêcher le cœur de donner du sang ; dans l'autre, c'est pour l'empêcher de recevoir de l'air.