PRÉCEPTES APPLICABLES A DES CAS SPÉCIAUX
Appliquons ce précepte à des cas spéciaux et commençons par l'opération la plus simple et la plus commune, la saignée de la jugulaire. D'après mes recherches sur le phénomène de l'introduction spontanée de l'air dans les veines et nos expériences directes sur la saignée de la jugulaire, il résulte que l'accident n'est en général à craindre, que lorsqu'on ouvre cette veine très bas, là où le reflux est le plus évident, et encore l'accident ne peut avoir lieu si on comprime constamment au-dessous de l'ouverture, et il faut encore qu'il y ait un parallélisme complet entre l'ouverture de la peau et celle de la veine. Ces préceptes ont été parfaitement indiqués par M. le baron Larrey, dans sa Clinique chirurgicale, t. 1er, page
Dans les maladies du cœur, comme me l'a fait judicieusement remarquer, tout récemment, mon confrère et ami, le docteur Lombard, de Liège, on doit redouter davantage cet accident, parce que le pouls veineux, dans ces cas, remonte beaucoup plus haut.
Lorsqu'on pratique la ligature de l'artère carotide à la partie inférieure du cou, l'accident est à craindre si on blesse la veine jugulaire interne; pour le prévenir on doit, par précaution, faire comprimer cette veine aux deux extrémités de la plaie. Cette précaution a encore l'avantage de favoriser la recherche de l'artère carotide.
Lorsqu'on opère une tumeur dans cette région, on doit prendre les mêmes précautions sur les veines jugulaires, internes et externes.
On doit agir de même, pour les veines axillaires et sous-clavières, quand on fait la ligature des artères correspondantes, quand on opère sur l'épaule ou dans l'aisselle, et enfin quand on opère un énorme cancer du sein, ou mieux, quand le cancer ou la tumeur avoisinent les veines sous-clavières et axillaires.
Sans doute, la possibilité de l'introduction de l'air dans les veines étant bien démontrée, la crainte d'un pareil accident rendra peut-être trop timides et trop circonspects beaucoup de chirurgiens, et toutes les fois qu'une opération pourra les exposer à un accident aussi grave, ils reculeront devant le danger.
On ne peut blâmer cette grande réserve des chirurgiens des petites localités, car la jalousie exploite le moindre insuccès; mais, dans ce cas, ils doivent appeler des chirurgiens habitués à la pratique des grandes opérations : pour ceux-là, je ne crains pas de le dire, une pratique timide et trop réservée en présence des cas les plus graves de la chirurgie est aussi funeste que la témérité de quelques autres. D'ailleurs, il est un moyen de se fortifier, c'est de répéter l'opération sur les animaux , quelques jours avant de la pratiquer sur l'homme. C'est un conseil que je donne aux chirurgiens consciencieux et dont ils tireront un grand profit.