‹ Recherches sur l'introduction accidentelle de l'air dans les veines, et particulièrement sur cette questionChapitre 41 sur 46 · ADDITION · texte numérisé non relu

ADDITION

MORTS SUBITES APRÈS L'ACCOUCHEMENT, ATTRIBUÉES A L'ENTRÉE DE L'AIR DANS LES VEINES.

Au moment de terminer l'impression de cet ouvrage , j'ai assisté par hasard à une séance du comité médical de l'association protestante de prévoyance, dont j'ai l'honneur de faire partie comme chirurgien consultant. Après avoir entendu la lecture du procès - verbal de la séance précédente dans laquelle MM» Henry, Duhamel, Charpentier, Camus, Cordier et La Corbière avaient cité plusieurs faits de morts subites à la suite de l'accouchement, sans qu'on pût attribuer la mort à l'hémorrhagie , j'ai pensé qu'on pourrait peut-être expliquer ces morts subites par l'introduction de l'air dans les veines, et M. le docteur Vosseur, qui avait la même idée, nous donna lecture des observations de Legallois.

Voici ce que dit M. Legallois fils, dans un mémoire sur les maladies occasionnées par la résorption du pus, inséré dans le Journal hebdomadaire du 25 janvier 1829.

« Dans le cours d'une longue suite d'expériences sur les d questions les plus délicates de la pratique des accouchemens s et de la physiologie du premier âge, mon père a vu trois » fois l'air pénétrer dans le système sanguin par les veines » utérines et occasionner instantanément la mort des femelles. * J'extrais de son mémoire inédit le détail de ces observations » curieuses. Une femelle de lapin éprouva, après la parturi- » tion, deux renversemens successifs et complets de la matrice » qui ne fut réduite qu'avec beaucoup de peine. Je lavais pla- » cée près de moi, dit mon père, pour observer si cet accij> dent ne reparaîtrait pas. Elle était assez bien remise et » commençait à manger, lorsque vingt-deux heures après » l'accouchement je l'entendis tout à coup se débattre con- » vulsivement; elle expira en moins de trois minutes. Je trou- » vai l'oreillette droite du cœur pleine de bulles d'air; les » deux veines caves antérieures et l'artère pulmonaire n'en » contenaient que dans le voisinage du cœur; mais la veine » cave postérieure en était remplie, et en la suivant dans le i> ventre, je trouvai qu'elle en contenait jusqu'au lieu où elle » reçoit les veines des cornes de la matrice et point au-delà. » Ces veines en étaient elles-mêmes remplies, surtout la plus » grosse de la corne droite. Cette corne, qui était d'un rouge » foncé et un peu livide, présentait à sa surface intérieure » plusieurs boursoufflures pleines d'air. La gauche, qui n'at vait pas été renversée, n'avait ni cette apparence, ni ces » boursoufflures, et cependant ses veines contenaient aussi des » bulles d'air. Du reste, la matrice et ses deux cornes étaient » a peu près dans leur situation naturelle et la réduction en

j avait été complète. Ce n'est pas la seule fois que j'ai vu l'air

> passer ainsi des cornes de la matrice dans la veine cave. » J'ai rencontré la même chose dans deux autres cas. Dans » ceux-ci, il n'y avait point eu de renversement de matrice; » les femelles avaient été expérimentées par hémorrhagie; i celle dont on vient de lire l'observation l'avait été par ab- » stinence. Je ne m'arrêterai pas à rechercher si l'abstinence » et l'hémorrhagie ont contribué à cette absorption de l'air » dans les veines ; mais je ferai remarquer que bien des fois

• à la suite d'accouchemens laborieux on a vu des femmes » périr subitement et au moment où on s'y attendait le moins. » (Dans l'espace de six ans, disait M. Chomel, dans une de » ses dernières leçons, Clinique des Hôpitaux, tom. 2, n. 39, » pag. 154, sur quatre cent cinquante individus morts à la » Charité,- sept ont succombé d'une manière tout «à-fait inat- » tendue, sans que les recherches cadavériques les plus minu- » tieuses aient rien fait découvrir qui pût expliquer cette brus-

• que et fatale terminaison. J'ai aussi observé ce terrible » accident dans ma pratique civile. Les sujets de ces obser- » vations ont toujours été de jeunes femmes récemment accou- » chées, dont l'état était en apparence des plus saiisfaisans. » On a presque toujours attribué la mort, dans ces cas, à une » hémorrhagie interne ; cette hémorrhagie en a sans doute été !• souvent la véritable cause ; mais je ne crois pas qu'on l'ait

• vérifiée par l'examen du cadavre toutes les fois qu'on l'avait » soupçonnée. Ne se pourrait-il pas que la mort eût été due,

> dans plusieurs de ces cas, à des bulles d'air qui avaient pé- » nétré de la matrice dans Les vaisseaux sanguins? C'est un » point de pathologie qui mériterait singulièrement d'être

> éclairci. Parmi les dangers que l'on signale comme pouvant ■> être produits par des manœuvres trop peu ménagées pou-

» dant l'accouchement, je ne sache pas qu'on ait fait mention » de celui-là, et ce serait cependant le plus redoutable de

> tous.) »

Ces faits et cette lecture me firent me rappeler que dernièrement en communiquant à l'Académie les observations de MM. Mayor etPellis, pages 176 et 201, parmi les objections qui me furent adressées, il s'en trouvait une qui mérite d'être rapportée ici. M. Baudelocque, pour appuyer l'opinion de ceux qui prétendaient que l'air pouvait s'être introduit après la mort , dans le fait de M. Pellis, dit (Gazette Médicale du Ie juin 1839, page 346):

« Sur deux femmes mortes d'hémorrhagie après l'accouche- » ment, et qui furent ouvertes cinq ou six heures seulement » après la mort, j'ai trouvé, dit M. Baudelocque, une certaine » quantité de gaz dans le cœur et les principaux vaisseaux ;

> ne pourrait-on pas dire que les choses se sont passées ainsi,

> par le fait de l'hémorrhagie chez le malade de la seconde » observation rapportée par M. Amussat (Pellis)? »

D'après ce qui précède, je suis porté à penser, contrairement à l'opinion de M. Baudelocque, que l'air s'est introduit pendant la vie, et non après la mort, comme il le suppose. Car il est bon de remarquer que les ouvertures ont été faites cinq ou six heures seulement après la mort.

Si on eût fait l'analyse du fluide, on aurait pu dire si c'était du gaz ou de l'air. Il est bien plus probable que c'était de l'air. Pour décider s'il s'est introduit pendant la vie, il aurait fallu constater s'il était libre ou combiné avec le sang, sous la forme de mousse. Dans des cas analogues, il faudrait se hâter de procéder à l'ouverture et de faire les observations indiquées, toutefois après avoir bien constaté la mort, par l'incision d'u» orteil, par exemple.

De la discussion qui s'est élevée dans la réunion des médecins de la Société protestante de prévoyance, il résulte qu'après l'accouchement il importe de s'opposer aux causes qui peuvent favoriser l'introduction de l'air dans les veines de l'utérus : d'abord, en faisant rapprocher les cuisses, comme l'a judicieusement observé notre collègue M. Ledeschaut, et comprimer l'hypogastre avec un bandage de corps.

Dans le cours de notre discussion à l'Académie sur l'introduction de l'air dans les veines, j'avais rejeté les faits de Legallois, parce qu'ils s'éloignaient trop de ceux qui étaient arrivés dans la région dangereuse, et qu'ils ne pouvaient s'expliquer par la même loi. Mais en cherchant depuis à me rendre compte du phénomène de l'introduction de l'air dans les veines de l'utérus, j'ai pensé qu'on pourrait peut-être aussi l'expliquer par le même mécanisme que pour la région dangereuse, c'est-àdire par les mouvemens respiratoires qui se font sentir jusques sur l'utérus par le flux et le reflux des intestins; on conçoit dès-lors que si l'utérus n'est pas revenu sur lui-même, comme une bouteille de caoutchouc vide, et que les vaisseaux de ses parois soient encore béans, on conçoit, dis-je, que l'aspiration de l'air peut avoir lieu comme au cou et dans la région dangereuse, sans doute moins facilement; mais dès qu'une bulle d'air est entrée, on comprend qu'un grand nombre d'autres peuvent pénétrer rapidement et produire les mêmes phénomènes qu'au cou.

Je livre à la hâte ces réflexions aux praticiens, afin d'éveiller leur attention, et de les engager à éclairer cette question importante.

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Et pour la discussion qui a eu lieu à l'Académie de médecine, voyez les Bulletins de l'Académie et la Gazette médicale de 1837 et 1838.

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