RÉSUMÉ DES EXPÉRIENCES DE LA PREMIÈRE SÉRIE
D'après les faits de la première série d'expériences, on peut établir que l'introduction spontanée de l'air par une veine blessée près du sommet de la poitrine, sur des animaux de volume fort différent, produit presque toujours la mort d'une manière plus ou moins subite.
Sur 26 animaux soumis récemment à ce genre d'expériences,
24 sont morts.
2 ont résisté.
Les lapins sont morts après 1 minute et demie, 2,3,5 minutes.
Les chiens, après 1,3,6, 10, 16,24, 27 minutes; 2 ontrésisté.
Les moutons, après 19, 56 minutes.
Les chevaux, après 14, 15, 17, 26, 28, 35 minutes, 1 heure 44 minutes, 1 heure 50 minutes, 2 heures 30 minutes; un seul a résisté, parce qu'étant tombé le cou appuyé contre un arbre, il s'est formé un caillot qui a bouché l'ouverture delà veine ; le caillot ayant été enlevé, il est mort 26 minutes après.
Règle générale, la durée de chaque expérience est comprise entre l'instant de l'introduction de l'air et la mort. Dès que les paupières ne font plus de mouvemens, lorsqu'on place un doigt dans l'œil de l'animal, nous constatons alors que la vie a cessé.
Dans presque toutes ces expériences, les cavités droites du cœur seules contenaient du sang écumeux.
Les poumons étaient sains.
Les veines du cerveau contenaient rarement quelques bulles d'air.
DEUXIÈME SÉRIE
SOUSTRACTION D'UNE CERTAINE QUANTITÉ DE SANG ARTÉ RIEL OU VEINEUX AVANT DE PRODUIRE L'INTRODUCTIOX SPONTANÉE DE L'AIR PAR UNE VEINE RLESSÉE.
Nous allons maintenant examiner une circonstance importante pour la question qu'il s'agit de résoudre, c'est de constater, sur des animaux vivans, l'influence de l'affaiblissement par la soustraction d'une certaine quantité de sang, sur le phénomène de l'introduction spontanée de l'air, afin de mettre les animaux à peu près dans les mêmes conditions que los individus de l'espèce humaine, sur lesquels est arrivé l'accident en pratiquant une opération grave.
EXPÉRIENCES SUR LES CHIENS
PREMIÈRE EXPÉRIENCE
Introduction spontanée de l'air par une ouverture pratiquée à la partie inférieure de la veine jugulaire droite d'une chienne, après avoir affaibli l'animal ; mort au bout d'une minute; les cavités droites du cœur étaient remplies de sang écumeux.
Sur une petite chienne, vieille, pleine, on a fait la laryngotomie et la torsion des artères un peu volumineuses, ensuite une ponction a été faite à l'un des côtés du thorax. Malgré toutes ces opérations, l'animal était encore plein de vie, lorsqu'on a ouvert la veine jugulaire droite , dans un point trèsrapproché de la poitrine. Aussitôt un bruit de gargouillement annonçant l'introduction de l'air s'est fait entendre et il a continué jusqu'à la mort, qui a eu lieu 1 minute après l'ouverture de la veine jugulaire.
autopsie faite immédiatement. — Le cœur se contracte en-
INTRODUCTION SPONTANÉE. 3i"i
core. Le péricarde est collé sur la surface du cœur qui est très-gros relativement à la taille de l'animal. Les cavités droites sont distendues et rénitentes; elles contiennent beaucoup de sang mousseux qui ressemble, tant par sa couleur que par sa consistance, à de la crème battue, au chocolat. Les cavités gauches sont petites, ridées et elles ne contiennent ni air ni sang.
La veine cave supérieure contient des bulles d'air qui se déplacent facilement, lorsqu'on appuie la main sur le ventricule droit du cœur.
DEUXIÈME EXPÉRIENCE
Introduction spontanée de l'air par une ouverture faite à la partie inférieure de la veine jugulaire gauche d'une chienne, après avoir affaibli l'animal; mort au bout d'une minute ; les cavités droites du cœur étaient remplies de sang écumeux.
Après avoir fait sur une petite chienne la torsion des artères carotides, axillaires et crurales, et ayant produit une hémorrhagie traumatique à la cuisse, par la blessure de l'artère crurale, la veine jugulaire gauche a été ouverte à la partie supérieure du cou, alors que l'animal était encore plein de vie. Aucun phénomène n'a été observé. Une nouvelle piqûre a été faite à un pouce plus bas et rien encore n'a eu lieu. Enfin, l'ouverture de la veine ayant été faite à environ un pouce du sternum, précisément à l'endroit où on apercevait le reflux du sang, le bruit annonçant l'introduction de l'air s'est fait entendre. En même temps, l'oreille appliquée sur la région du cœur a perçu un bruit analogue à celui du coassement de la grenouille. A peine 1 minute s'était écoulée que l'animal est mort. Aussitôt après la carotide fut ouverte et le sang qui en sortit était rouge, spumeux et tel qu'il est habituellement dans les artères ; aucune bulle d'air n'est sortie de ce vaisseau.
,'{(j INTRODUCTION DE L AIR DANS LES VEINES.
Le péricarde était. collé sur la surface du cœur- qui était très-volumineux. Les oreillettes se contractaient encore, tandis que les ventricules présentaient seulement un mouvement vermiculaire.
Le côté droit du cœur était très-distendu et rénitent. Ses cavités contenaient du sang écumeux.
Les cavités gauches remarquablement affaissées ne contenaient qu'un peu de sang rouge. -
Les poumons étaient très-petits et ne présentaient point d'emphysème.
L'artère pulmonaire et ses divisions étaient remplies de sang écumeux, en tout semblable à celui que contenaient les cavités droites du cœur.
La veine azygos, les veines caves supérieures et inférieures, les veines iliaques et hypogastriques contenaient des bulles d'air.
TROISIÈME EXPÉRIENCE
Introduction spontanée de l'air par une ouverture faite à la partie inférieure de la veine jugulaire d'un chien ; mort quatre minutes après ; les cavités droites du cœur seules étaient remplies de sang écumeux.
On cherche à affaiblir un chien noir de forte taille pour le mettre à peu près dans les mêmes conditions qu'un opéré. Ainsi, on lui ouvre d'abord la membrane crico-thyroïdienne,et l'on entend un sifflement produit par l'air bien différent du bruit du lapement perçu lorsqu'on ouvre la jugulaire. On fait la torsion des artères carotides droite et gauche (bouts supérieur et inférieur ). On lie et on tord l'artère crurale droite et on produit sur la gauche, en la piquant, un anévrisme faux consécutif qu'on ouvre après. On met deux épingles sur les bords de la plaie et on les lie de manière à arrêter l'hémorrhagie. On ouvre ensuite la veine jugulaire droite à sa par-
tie intérieure ; aussitôt on entend un grand nombre de fois des bruits de lapement très-distincts. Au bout de 1 minute 15 secondes, l'animal se raidit, il respire convulsivement. Après 4 minutes et demie, la respiration avait cessé ainsi que les batlemens du cœur.
Autopsie. — A l'ouverture du péricarde on constate le ballonnement des cavités droites et des contractions faibles dans l'oreillette de ce côté; le maximum de cette contraction semble être dans l'auricule.
Le sang contenu dans la veine cave inférieure tranche, par sa couleur d'un noir bleuâtre, avec la couleur lie de vin du sang de la veine cave supérieure. La veine iliaque primitive droite ayant été ouverte, il s'en échappa des bulles d'air. Après 38 minutes, l'oreillette droite est ouverte, elle battait encore faiblement; on n'y trouve qu'une écume rougeâtre analogue à la lie de vin battue avec de l'air ; il y existait aussi de l'air libre. Les mêmes phénomènes ont lieu après l'ouverture du ventricule droit; on y trouve en outre un caillot noirâtre de formation récente.
Le ventricule gauche ouvert ne renferme ni liquide ni bulles d'air; il existe un sang écumeux dans l'artère pulmonaire et non dans les veines du même nom.
QUATRIÈME EXPÉRIENCE
Introduction spontanée de l'air par une ouverture faite à la partie inférieure de la veine jugulaire gauche d'un chien, affaibli par une expérience précédente ; mort six minutes après ; les cavités droites du cœur seules contenaient du sang écumeux.
Sur un chien déjà affaibli par une autre expérience, on fait, a 4 heures, une large ouverture à la partie inférieure de la veine jugulaire gauche. On entend aussitôt le bruit de lapemont et aucune agitation ne se manifeste. Après une demi-mi-
nuie, l'animal, qui jusqu'alors avait été couché, est placé dans une position verticale. Il s'agite aussitôt, sa respiration s'embarrasse et il rend ses urines. A 4 heures 2 minutes et demie, il se raidit, s'affaisse comme dans la syncope, ne peut soutenir sa tête et urine encore. On le remet alors dans la position horizontale , et un instant après on le relève. Son œil est fixe, immobile, et l'animal donne à peine quelques signes de vie. Des mouvemens tétaniques ont lieu immédiatement, la tête se fléchit sur la poitrine, et fa mort arrive 6 minutes environ après le commencement de l'expérience.
Autopsie. — Les veines mammaires ne contiennent point d'air; les cavités droites sont distendues. L'oreillette de ce côté est remplie par un caillot de sang au milieu duquel existent de nombreuses bulles d'air. Le ventricule droit contient une grande quantité d'un sang spumeux.
CINQUIÈME EXPÉRIENCE
introduction spontanée de l'air par une ouverture faîte à la veine axillaire droite d'un chien, après l'avoir affaibli; mort vingt-cinq minutes après; les cavités droites du cœur seules étaient remplies de sang écumeux.
Sur un griffon de moyenne taille dont le pouls offre quatrevingt-quatre à quatre-vingt-huit pulsations , on ouvre à 3 heures 18 minutes, dans le but de l'affaiblir, l'artère crurale gauche. La respiration, après l'ouverture de l'artère, est assez régulière et ne parait pas embarrassée. On produit, comme dans une autre expérience, un anévrisme faux consécutif et on se conduit de même pour empêcher l'hémorrhagie.
Le pouls, après cette opération, est de quatre-vingt-seize à cent, et notablement plus faible.
On commence ensuite à découvrir la sous-clavière droite : on remarque que la veine se gonfle pendant l'expiration et
affaisse pendant l'inspiration. Mais la respiration étant devenue calme, on aperçoit un mouvement de flux et de reflux isochrone aux battemens du cœur.
A 3 heures 3,"> miaules, on fait à la sous-elavière une petite ouverture oblique d'une ligue de diamètre. On n'entend pas tic lapement ; cependant, au bout d'une demi-minute, la respiration s'accélère et s'embarrasse, et on a vu sortir, presque immédiatement après la piqûre, quelques bulles d'air mêlées au sang. A 3 heures 37 minutes, le bruit de lapement se fait entendre, et la respiration devient encore plus gênée. Le lapement est isochrone aux mouvemens inspirateurs ( il faut noter que, pour obtenir ce bruit, la patte a été fortement écartée du tronc et les bords de la plaie écartés aussi). A 3 heures 10 minutes, la respiration se calme notablement; cependant on a plusieurs fois épongé la plaie et favorisé l'introduction et la sortie de l'air. 8 minutes se sont écoulées depuis l'ouverture : la patte est rapprochée, remise dans sa position naturelle et la plaie couverte. Les battemens du cœur sont auscultés; il existe un beau bruit de souffle accompagné d'un bruit humide. < >n ne sent pas l'impulsion ni les battemens de l'artère crurale. L'animal geint, redresse la tête, éprouve des convulsions dans les membres; quelques inspirations convulsives. A 3 heures 58 minutes, on l'abandonne à lui-même. Il n'y a plus que quelques mouvemens lents du diaphragme sans respiration réelle. A 4 heures, c'est-à-dire 25 minutes après l'ouverlure de la veine, l'animal est mort.
Jutopsie faite un quart d'heure après la mort. — Le cœur droit est ballonné comme dans les expériences précédentes. Il v a de l'air dans la veine jugulaire droite. Les cavités droites n'ont offert aucune contraction. On ouvre l'oreillette de ce côté : il on sorl de l'air pur et du sang en grande partie liquide et en
plus faible proportion, battu avec de l'air. On ouvre le ventricule droit; le sang est ici plus écumeux; on y trouve en outre des caillots dont quelques-uns sont spongieux. Les cavités gauches contiennent beaucoup plus de sang que dans les précédentes expériences. Ce liquide y est en partie caillé, noir et sans bulles d'air.
Le poumon droit est sain, sans emphysème; le gauche offre seulement une petite rougeur à sa base.
SIXIÈME EXPÉRIENCE
Introduction spontanée de l'air par une ouverture faite à la partie inférieure de la veine jugulaire d'un chien, après avoir retiré dix onces de sang artérie à peu près; l'animal a éprouvé tous les accidens ordinaires, mais il a survécu.
Sur un chien de moyenne taille, on coupe l'artère carotide. Après avoir fait la torsion du bout supérieur et après avoir laissé couler par le bout inférieur environ dix onces de sang, on abandonne l'animal à lui-même. Il se lève et regarde d'un air étonné. A 4 heures 32 minutes, on ouvre la veine jugulaire à sa partie inférieure, et on entend aussitôt le bruit de lapement qui annonce l'introduction de l'air. Une minute après la respiration s'accélère ; puis l'animal crie, s'agite et rend de l'urine.
A 4 heures 34 minutes, il fléchit la tête ;
A 4 heures 36 minutes, la respiration se ralentit; tremblement convulsif, surtout du côté droit;
A 4 heures 39 minutes, l'animal cherche à se relever ;
A 4 heures 51 minutes, il se relève enfin et se promène.
Nota. L'animal n'a perdu qu'une petite quantité de sang parla veine; on avait fait la ligature du bout supérieur de ce vaisseau.
Septième expérience.
Introduction spontanée de l'air par une ouverture faite à la veine axillaire, après avoir retiré deux palettes environ de sang artériel ; trente minutes après, on a fait mourir l'animal pour s'assurer s'il était bien entré de l'air; les cavités droites du cœur seules étaient remplies de sang écumeux.
Sur une chienne braque d'une taille au-dessus delà moyenne, on ouvre l'artère axillaire et on lire deux palettes environ de sang artériel. A 4 heures 3 minutes, la veine axillaire est ouverte : on n'y distingue pas de pouls veineux, ni de mouvemens correspondais à ceux de la respiration. L'épaule est tenue un peu écartée et le membre à demi-fléchi, de manière à ce que la veine soit tendue et son orifice béant. Après une demi-minute on entend distinctement le bruit de lapement, et le sang sort écumeux de la veine ; en même temps la respiration s'accélère et s'embarrasse. Les bruits du cœur qu'on ausculte sont imperceptibles. L'introduction et la sortie de l'air cessent quand un caillot se forme au-devant de la plaie, et ces phénomènes recommencent lorsqu'on enlève cet obstacle au moyen d'une éponge. A 4 heures 12 minutes (9 minutes après l'ouverture de la veine), le lapement cesse d'avoir lieu, bien que la plaie soit nettoyée, et il ne sort plus de sang par cette plaie; la respiration est en ce moment un peu moins embarrassée, quoique toujours fréquente.
A 4 heures 15 minutes, on abandonne l'animal à lui-même : il est plein de vie; son œil est animé; il a seulement un léger frisson.
A 4 heures 30 minutes, le chien se remet complètement, et suivant toutes les apparences, il serait revenu à une santé parfaite si, pour juger des lésions intérieures, on ne l'eût sacrifié, à 4 heures 34 minutes, 37 minutes après le commencement de l'expérience, en lui faisant deux larges ouvertures à la
42 INTRODUCTION DE l'air dans LUS VEINES.
poitrine; l'air s'introduit largement dans les cavités d< la plèvre; on voit sortir une portion de poumon par les ouvertures pratiquées. L'animal contracte le diaphragme à de rares intervalles, et ne donne aucun autre signe de vie.
Autopsie. — Le sternum enlevé, le cœur se contracte par une sorte de mouvement vermiculaire ; à travers les parois de ce viscère, on aperçoit un mouvement analogue à une sorte de tourbillon, et se passant dans un mélange de liquide et de bulles (ines de gaz. En ouvrant largement l'oreillette et le ventricule droit, il s'en écoule un sang liquide, lie de vin, avec petites bulles d'air très-fines aperçues par quelques-uns desassistans. Une petite quantité de sang écumeux a été trouvée adhérente aux parois du ventricule droit, et en plus grande quantité dans l'artère pulmonaire. Rien de notable dans les autres organes.
EXPÉRIENCES SUR LES MOUTONS
PREMIÈRE EXPÉRIENCE
Introduction spontanée de l'air par une ouverture faite à la partie inférieure de la veine jugulaire droite, après avoir retiré du sang artériel; mort sept minutes après; les cavités droites du cœur étaient remplies de sang écumeux.
Sur un mouton bien portant, âgé de quatre ans, on ouvre l'artère carotide , puis on en fait la ligature après avoir laissé couler une quantité de sang qui peut être évaluée à la moitié de celle qu'il faudrait pour faire périr cet animal par hémorrhagie. Après l'avoir ainsi affaibli, on le met en liberté, il se lève, mais reste tranquille sur ses quatre pattes.
2 minutes après, on le reprend , et à 2 heures, on ouvre la veine jugulaire droite à la partie inférieure du cou; presque
aussitôt le bruit de lapement se fait entendre et la respiration s'accélère.
A 2 heures 3 minutes , on n'entend plus ce bruit ; mais dès qu'on maintient avec des pinces l'ouverture de la veine béante, il reparait avec une grande intensité. Le cœur présente dès lors un bruit de coassement remarquable, et un instant après la respiration est presque convulsive et plutôt abdominale que pectorale.
A 2 heures 5 minutes , le phénomène de l'introduction de l'air n'a plus lieu. On lâche l'animal, il se débat et crie sans pouvoir se soutenir sur ses pattes ; enfin il est pris de mouvemens convulsifs et la mort arrive à 2 heures 7 minutes, 7 minutes après l'ouverture de la veine jugulaire.
Autopsie faite immédiatement, — Les poumons sont durs et distendus par de l'air, comme si on les avait à moitié insufflés.
Les cavités droites du cœur ainsi que l'artère pulmonaire sont remplies de sang écumeux. Le ventricule contient en outre un caillot.
Les cavités gauches ne renferment que quelques bulles d'air.
DEUXIÈME EXPÉRIENCE
Introduction spontanée de l'air par une ouverture faite à la partie inférieure de la veine jugulaire droite d'un mouton après avoir retiré du sang artériel; mort seize minutes apçès ; les cavités droites étaient remplies de sang écumeux.
On commence par couper l'artère carotide droite, et après avoir fait la torsion du bout supérieur, on laisse couler, par le bout inférieur, une quantité de sang qui peut être évaluée approximativement au tiers de celle qu'il faudrait pour faire périr l'animal par hémorrhagie. La torsion de cette artère étant faite, on met l'animal en liberté. 11 se lève, marche et cherche à s'enfuir.
44 INTRODUCTION DE L'aIR DANS LES VEINES.
Un instant après , à 3 heures 10 minutes, on ouvre la veine jugulaire droite vers le milieu du cou, aucun phénomène ne se produit.
A 3 heures 12 minutes, une autre ouverture est faite à celte veine dans un point très rapproché de la poitrine ; aussitôt le bruit de lapement annonçant l'introduction de l'air se fait entendre, et presque en même temps la respiration s'accélère.
A 3 heures 13 minutes, on écarte les lèvres de l'ouverture de la veine pour favoriser l'entrée de l'air ; bruit particulier à la région du cœur , respiration anxieuse , plaintes , gémissemens.
A 3 heures 14 minutes, il sort pendant l'expiration, par l'ouverture veineuse , de grosses bulles d'air; bruit plus fort, excrétion de l'urine.
A 3 heures 17 minutes, respiration convulsive, langue pendante hors de la bouche.
A 3 heures 20 minutes, respiration abdominale, tantôt précipitée, tantôt suspendue, cris très forts.
A 3 heures 22 minutes, on bouche avec le doigt l'ouverture de la veine, qui un instant après est remise à nu.
A 3 heures 26 minutes, 16 minutes après le commencement de l'introduction de l'air on met l'animal dans la position verticale, en le tenant sur ses deux pattes de derrière, et presque aussitôt il meurt.
Autopsie. —Sang écumeux dans les cavités droites du cœur, ainsi que dans l'artère pulmonaire.
Sang liquide non mélangé d'air, en très petite quantité dans les cavités gauches.
INTRODUCTION SPONTANÉE. 4-rj
EXPÉRIENCES SUR LES CHEVAUX
PREMIÈRE EXPÉRIENCE
Introduction spontanée de l'air par une ouverture pratiquée à la veine jugulaire gauche d'un cheval, après avoir retiré du sang artériel; mort trois minutes et demie après ; les cavités droites et gauches du cœur contenaient du sang écumeux.
Sur un vieux cheval, destiné à être abattu, on coupe l'artère carotide entre deux pinces, et après avoir fait la torsion du bout supérieur, on laisse couler par le bout inférieur une quantité de sang qui peut être évaluée au tiers de celle que perd un animal de la même force lorsqu'il meurt par hémorrhagie. La torsion de cette artère étant faite, on ouvre à 8 heures 22 minutes et demie la veine jugulaire gauche à la partie inférieure du cou, et quoique dans ce point il soit impossible d'apercevoir le reflux du sang, l'air s'introduit cependant en produisant un bruit très-fort.
Une demi-minute après, l'animal tombe comme frappé de la foudre, et sa respiration est d'une fréquence extrême.
A 8 heures 24 minutes, flexion de la tête , puis extension convulsive.
A 8 heures 26 minutes, 3 minutes et demie après, il meurt.
Autopsie faite immédiatement. — En coupant les tissus qui recouvrent la poitrine, il sort par les veines du sang mêlé de bulles d'air.
Le cœur est très-distendu. Les cavités droites contiennent peu de sang et beaucoup d'écume.
Les cavités gauches renferment un peu d'écume, ainsi que l'artère pulmonaire, les veines pulmonaires et l'aorte.
Les artères et les veines coronaires, les artères et les veines du cerveau sont remplies de bulles d'air.
introduction spontanée de l'air par une ouverture faite à la partie inférieure de la veine jugulaire droite d'un cheval, après avoir retiré du sang artériel ; mort neuf minutes après; les cavités droites du cœur contenaient du sang écumeux.
On commence par ouvrir l'artère carotide droite et on laisse ■rouler une quantité de sang qui remplit le quart d'un seau. Malgré cette saignée, l'animal se promène et mange de l'herbe.
On ouvre ensuite, à 7 heures 52 minutes, la veine jugulaire droite, à la partie inférieure du cou. On entend aussitôt le bruit indicateur de l'introduction de l'air; la respiration s'acrélère,et2 minutes après, l'animal tombe, se débat violemment, tremble , relève un peu la tête, puis ne peut la soutenir. Quelques minutes après, il se plaint, urine ; enfin il meurt à 8 heures 1 minute, c'est-à-dire 9 minutes après l'ouverture de la veine.
Autopsie. — En coupant les tissus qui recouvrent la poitrine, il s'est échappé par les veines une grande quantité de sang écumeux, et par les artères du sang rouge non mêlé d'air.
Beaucoup d'écume et de sang liquide dans lescavités droites du cœur; dans les cavités gauches, beaucoup de sang sans une bulle d'air. L'aorte contenait un caillot à la surface duquel on voyait çà et là quelques bulles d'air. Les artères et les veines coronaires renfermaient du sang écumeux. Les vaisseaux fémoraux et la veine cave inférieure contenaient des bulles d'air. On en trouvait aussi dans les veines de la convexité du cerveau et dans l'un de ses ventricules.
Les poumons étaient aplatis, revenus sur eux-mêmes, et ne présentaient aucune trace d'emphysème.
TROISIÈME EXPÉRIENCE
InlroduclioD spontanée de l'air par une ouverture faite à la partie intérieure de la Teine jugulaire, après avoir retiré du sang artériel; mort douze à treize minutes après; les cavités droites du cœur contenaient beaucoup de sang écumeux.
Sur un cheval, on coupe l'artère carotide, et après avoir lait la torsion du bout supérieur, on laisse couler par l'inférieur une quantité de sang qu'on évalue à un quart de seau.
On promène ensuite l'animal qui marche facilement. Un instant après, on ouvre, à 4 heures 38 minutes, la veine jugulaire a la partie inférieure du cou, et on passe une ligature autour du bout supérieur. Aussitôt l'air pénètre avec bruit, et au bout de 2 minutes, la respiration s'accélère.
A 4 heures 42 minutes, on fait marcher l'animal. Bientôt il respire plus fréquemment, chancelle, tombe sur ses genoux, et reste un instant dans cette position , puis tombe tout-àlai t.
A 4 heures 49 minutes, il ferme les yeux, ouvre largement les naseaux, respire avec la plus grande difficulté et s'étend convulsivement. Il meurt à 4 heures 50 minutes, 12 à 13 minutes après l'ouverture de la veine.
Autopsie. — Cavités droites du cœur très-distendues, contenant du sang écumeux et des caillots. Point d'air dans les cavités gauches. Les veines de la convexité du cerveau et le sinus longitudinal supérieur contenaient des bulles d'air.
Poumons revenus sur eux-mêmes, non emphysémateux.
48 introduction de l'air dans les veines.
quatrième expérience.
Introduction spontanée de L'air par une ouverture faite à la partie inférieure; de la veine jugulaire droite, après avoir retiré du sang veineux ; mort douze minutes après ; les quatre cavités du cœur contenaient du sang écumeux.
Sur un cheval entier, morveux, on ouvre vers le milieu du cou la veine jugulaire droite, et on laisse couler une quantité de sang équivalente à une saignée ordinaire faite sur les animaux de la même espèce. Au moment où l'on cesse la compression exercée au-dessous de l'ouverture veineuse, un bruit annonçant l'introduction de l'air se fait entendre.
A 4 heures 14 minutes, ouverture longitudinale de la même veine, à la partie inférieure du cou; immédiatement après, entrée de l'air avec bruit; puis, accélération de la respiration et sortie de grosses bulles d'air pendant l'expiration.
A 4 heures 20 minutes, l'accélération de la respiration est plus grande: l'animal tombe sur les genoux, le cou courbé; il s'étend convulsivement; sa physionomie exprime la colère; œil hagard, rétraction des lèvres laissant les dents à nu, abaissementdes oreilles : il a, disent les équarrisseurs, l'aspect d'un cheval enragé.
A 4 heures 23 minutes, respiration convulsive, physionomie inanimée.
A 4 heures 27 minutes, 13 minutes après la dernière ouverture faite à la veine, l'animal meurt.
Autopsie. — Les veines du thorax contenaient beaucoup d'air.
Les poumons étaient affaissés et ne présentaient aucune trace d'emphysème.
Le péricarde était collé sur la surface du cœur, tant celuici était distendu.
Les cavités droites contenaient beaucoup de sang; à sa superficie on voyait de l'écume en assez grande quantité.
Les cavités gauches renfermaient peu de sang liquide, mais beaucoup de sang écumeux.
L'artère pulmonaire a offert aussi du sang écumeux.
Les veines de la convexité du cerveau contenaient quelques balles d'air.
CINQUIÈME EXPÉRIENCE
Introduction spontanée de l'air par une ouverture faite à la veine jugulaire, après avoir retiré du sang artériel ; mort treize minutes après ; les cavités droites étaient remplies de sang écumeux; les cavités gauches contenaient quelques bulles d'air.
Sur un cheval, on ouvre l'artère carotide et on relire environ trois à quatre livres de sang. On prévient, par la torsion d-e î'artère, l'écoulement ultérieur du sang.
A 4 heures 51 minutes, on fait une large ouverture à la partie inférieure de la veine jugulaire, et l'air s'y introduit aussitôt avec bruit de glouglou ou de gargouillement. Au bout de 2 à 3 minutes, la respiration s'accélère, s'embarrasse, devient suspirieuse, et l'animal urine.
A 4 heures 59 minutes, il chancelle comme dans l'ivresse.
A 5 heures, il tombe en poussant des soupirs et des gémissemens bruyans et en agitant ses membres.
A 5 heures 1 minute, les gémissemens deviennent plus plaintifs ; il survient une extension convulsive du cou et des membres antérieurs.
A 5 heures 4 minutes, l'animal expire, 13 minutes après le commencement de l'introduction de l'air.
Autopsie. — Grande quantité de sang écumeux dans les cavités droites distendues; bulles d'air sur les parois des cavités gauches; mêmes bulles en très grande quantitédans les veines
coronaires; mousse sanglante dans l'artère pnlmonaire, analogue à ces crèmes rosées qu'on sert sur nos tables ; bulles d'air dans le sang que contient l'aorte. La surface du cerveau, du cervelet etdelaparlie supérieure de la moelle est hérissée d'innombrables bulles d'air, les unes déposées au-dessous de l'arachnoïde, les autres contenues dans les veines; en pressant celles-ci, après en avoir fait l'incision, les bulles s'en échappent en abondance. Rien de notable dans les poumons.
Nota. Au bout de 10 à 12 minutes, le sang retiré de l'artère carotide formait un caillot bien pris, comme organisé en chair, et assez semblable, quand on le coupait, à du saucisson de Lyon, ou à la substance de la rate. Il était recouvert d'une couenne d'un gris ambré qui pénétrait dans son intérieur en y formant des intersections.
SIXIÈME EXPÉRIENCE
Introduction spontanée de l'air par une ouverture faite à la partie inférieure de la veine jugulaire, après avoir retiré du sang veineux; mort seize minutes après; les cavités droites et gauches du cœur contenaient du sang écumeux.
Sur un cheval, onrelire, par la veine jugulaire, quatre livres environ de sang. Après quoi, on ouvre à 9 heures 31 minutes cette même veine, à la partie inférieure du cou, et l'air y pénètre, s'y engouffre, pour ainsi dire, avec bruit de gargouillement et de flot. Au bout d'une minute, la respiration commence déjà à s'embarrasser.
A 9 heures 39 minutes, l'animal chancelle, tombe d'abord sur ses jambes de devant, puis sur le côté.
A 9 heures 45 minutes, il étend convulsivement ses membres et il meurt à 9 heures 47, minutes 1G minutes après le commencement de l'introduction de l'air.
Autopsie. — Distension des cavités droites du cœur, dans lesquelles on ne rencontre, au lieu de sang, qu'une écume
sanglante; même écume dans l'artère'pulmonaire; sang écumeux dans les artères et les veines coronaires; beaucoup d'écume et pas de sang dans les cavités gauches ; sang liquide et bulles d'air dans l'aorte ; bulles d'air dans les vaisseaux du cerveau ; médiocre quantité de bulles sous l'arachnoïde.
Nota. — Le caillot du sang provenant de la jugulaire n'offrait pas de couenne, ou du moins en offrait à peine quelques vestiges, et il ne présentait pas une organisation aussi décidée que le caillot provenant du sang de la carotide.
SEPTIÈME EXPÉRIENCE
Introduction spontanée de l'air par une ouverture pratiquée à la partie inférieure de la veine jugulaire d'un cheval, après avoir retiré du sang artériel ; mort au bout de vingt-trois minutes ; les cavités droites et gauches du cœur contenaient du sang écumeux.
On commence par ouvrir l'artère carotide et à faire perdre à l'animal une certaine quantité de sang, dont on arrête ensuite l'écoulement, en faisant la torsion de ce vaisseau.
Un instant après, l'animal, ainsi affaibli, mais marchant encore très-bien, est repris.
On ouvre alors, à 8 heures 10 minutes, la veine jugulaire à la partie inférieure du cou; aussitôt on entend un bruit de gargouillement très fort, annonçant l'introduction de l'air.
A 8 heures 14 minutes, la respiration est très accélérée d'abord, puis convulsive.
A 8 heures 20 minutes, l'animal chancelle, fait pendant plusieurs minutes de grands efforts pour résister , et tombe enfin, 15 minutes après l'ouverture de la veine. Dans cette position l'animal se raidit, fléchit la tête, respire convulsivement.
A 8 heures 33 minutes il meurt, 23 minutes après l'ouverture de la veine jugulaire.
Autopsie. — Le côté droit du cœur est énormément
distendu, ses cavités contiennent beaucoup de sang écumeux. Les cavités gauches contenaient aussi du sang écumeux, mais en bien moins grande quantité que du côté droit.