DIVERSES BRANCHES DES SCIENCES MEDICALES
Des maladies qui peuvent compliquer la galej et des modifications qu elles doivent apporter au traitement.
Les maladies qui peuvent compliquer la gale sont de deux sortes : ou bien ce sont des affections cutanées qui viennent s’ajouter à elle , ou bien des phlegmasies plus ou moins importantes des membranes et des organes parenchymateux.
Ces complications reconnnaissent pour causes : 1° une violence inusitée dans lés phénomènes inflammatoires de la gale; 2° l’emploi de remèdes irritants; 3° la négligence dans le traitement; 4° les écarts de régime.
Les affections cutanées qui compliquent le plus ordinairement la gale sont :
t° Le lichen , qui survient surtout chez les sujets jeunes , sanguins , robustes, lorsque la peau devient lé siège d’une vive irritation ;
2° L’eothyma, si l’irritation cutanée est plus vive , plus intense ;
3" Une éruption furonculeuse , lorsque l’inflammation pustuleuse pénètre dans l’intérieur du derme;
4° L'eczéma, qui se montre surtout lorsque , dans le traitement de la gale, on a fait emploi de substances trop irritantes.
• jf*
En ce qui concerne les phlegmasies des organes intérieurs , quand elles surviennent et quelles atteignent un haut degré, les vésicules de la gale se flétrissent et disparaissent : c’est ce qu’on a désigné sous le nom de rétrocession. On a accordé à ce phénomène une importance exagérée, suivant Biett et J. -P. Frank, qui le considèrent comme effet et non comme cause des accidents qui peuvent arriver.
La gale peut survenir chez un individu atteint de syphilis, de scrofules ou de scorbut, et réciproquement. Dans le plus grand nombre des cas , elle conserve sa physionomie propre; mais elle peut quelquefois, surtout lorsqu’elle coïncide avec une diathèse scorbutique, revêtir des caractères qui participent de la nature de cette affection générale.
Quant aux modifications que les maladies qui la compliquent apportent dans le traitement de la gale, il est facile d’en saisir 1 indication. Elles dépendent surtout de la cause de ces complications et de leur nature.
Traiter de l'ophthalmie blennorrhagique.
On dit d’une ophthalmie quelle est blennorrhagique lorsqu’il est possible d’attribuer son apparition à l’influence actuelle d’un écoulement uréthral.
Elle survient: 1° par le contact direct de la matière blennorrhagique avec la conjonctive: inoculation ;
2° Par disparition brusque d’un écoulement uréthral : métastase ;
3° Dans quelques cas elle se montre sans qu’on puisse l’attribuera l’une de ces deux causes.
Dans sa marche et dans ses symptômes, cette affection a la plus grande analogie avec l’ophthalmie d’Egypte. Son attaque est brusque;
les douleurs qu’elle provoque sont déchirantes., intolérables. Les paupières se tuméfient considérablement, surtout la paupière supérieure. Un écoulement très-abondant, épais , jaunâtre , verdâtre, s’accumule au-dessous d’elles, s’écoule sur les joues , et en excorie parfois la peau : la conjonctive oculaire, boursouflée outre mesure, forme chémosis autour de la cornée. Si l’inflammation n’est pas arrêtée dans sa marche , elle amène presque certainement et en fort peu de temps l’ulcération et la désorganisation de la cornée, et, enfin, la fonte de l’oeil.
Ces symptômes tout locaux peuvent exister seuls, et c’est ce qui arrive le plus ordinairement ; mais, dans les cas les plus graves, ils sont accompagnés de phénomènes généraux, tels que fièvre intense, violent mal de tête, douleurs générales, insomnie fatigante.
La blennophthalmie gonorrhéique , toujours fort grave, l’est principalement lorsqu’elle est due à une métastase : alors aussi elle affecte plus souvent les deux yeux à la fois. Les auteurs qui ont traité de celte maladie , à l’exception de Beer et de Bénédict , ne l’ont jamais observée qu’à letat aigu.
Le traitement doit être, comme on le conçoit, d’une grande énergie. 11 consiste surtout dans la saignée du bras, que l\l. Lusardi a répétée trois fois dans la même journée , dans les vésicatoires à la nuque et au bras. Eisseri , qui rejette complètement les sangsues sur l’œil à cause de l’irritation qu’occasionnent les morsures, regarde le calomel uni au jalap ou à la magnésie comme le révulsif par excellence: il conseille d’insister sur son emploi jusqu’à produire une affection qui détourne vers elle l’effort des réactions organiques.
Dupuytren joignait à la saignée et aux sangsues des instillations de laudanum et des insufflations de calomel. Gassaud est le seul qui ait conseillé les frictions mercurielles. On comprend les succès qu’il a obtenus par ce moyen : les sujets dont il donne les observations, outre un écoulement uréthral, avaient encore des chancres. Bénédict joignit aux antiphlogistiques l’usage des sédatifs: 5 centigrammes de calomel uni à 3 centigrammes d’opium toutes les trois heures.
Lorsque l’ophthalmie est métastatique, on a conseillé de rappeler l’écoulement uréthral. Ce moyen peut être bon, mais ne doit pas inspirer une confiance si grande qu’on puisse négliger tous les autres. Dans le cas même où la blennophthalmie n’est pas métastatique, on peut , dès son apparition, voir diminuer la blennorrhagie de l’urèthre. Cette circonstance pouvant être fâcheuse, il est prudent d’entretenir cette dernière.
Les topiques sont rarement utiles; mais, lorsque l’écoulement de l’œil aura disparu , on emploiera avec avantage les collyres astringents.
Différence des artères et des veines.
En général, on entend par artère un vaisseau qui part du cœur et vient se résoudre dans un système capillaire; sous le nom de veines on comprend les vaisseaux dont l’origine est aux systèmes capillaires, et dont la terminaison est au cœur.
Ces définitions, bonnes en elles-mêmes, ont cependant besoin d’être expliquées. A chaque instant , l’examen des particularités que présente le système vasculaire dans la série animale soulève des difficultés réelles. D’une part, nous voyons la grande artère des poissons tirer, du moins en apparence, son origine de vaisseaux capillaires branchiaux; et d’autCe part, les veines portes du rein et du foie s’y ramifient en mailles fines de réseaux intermédiaires. Ainsi, nous aurions une artère naissant d’un réseau capillaire, ce qui est le propre d’une veine, et des veines se ramifiant à l’infini dans la trame des organes, ce qui est le propre des artères.
Heureusement, ces difficultés disparaissent devant une analyse plus approfondie. M. de Blain vil le a surtout contribué à jeter une grande
lumière sur ce sujet difficile (1). Le tronc artériel unique du cœur des poissons ne représente point une artère pulmonaire, mais plutôt un tronc aortique. Au niveau des branchies, celte artère se subdivis.ven plusieurs rameaux parallèles aux arcs branchiaux ; mais ces rameaux ne s’épuisent pas dans les réseaux capillaires des branchies; ils leur donnent seulement quelques artéirolcs, et vont se réunir plus loin pour constituer i’aorte proprement dite. Le sang, poussé par la prétendue artère pulmonaire, passe directement du cœur dans l’aorte; quant aux artères du réseau branchial, elles se terminent en radicules veineuses d’où naissent les veines branchiales, en sorte que le sang qui a circulé dans les réseaux respiratoires ne passe point directement dans le tronc aortique, mais revient par les veines au cœur, où s’opère son mélange avec le sang appauvri des autres veines.
L’aorte des poissons a donc réellement son origine au cœur; la môme description peut également convenir aux têtards adultes de batraciens.
Quant aux veines, malgré les exceptions apparentes que présentent les différents systèmes de veines portes qu’on découvre dans la série animale, il sera facile de les comprendre toutes dans l’exposition générale d’un système rentrant ou centripète. Car tous ces réseaux capillaires où se résolvent les veines caudales des reptiles et les veines mésaraïques de tous les vertébrés, ne donnent point naissance à des artères, mais à des veines nouvelles, en sorte que, malgré l’anomalie de la distribution, tout est veineux dans ces réseaux. Je puis affirmer cette proposition par rapport aux veines portes rénales, dont la communication avec les veines rénales proprement dites est facile à découvrir.Tout le monde a vu une pareille continuité dans le foie, en sorte que les systèmes vasculaires du rein et du foie pourraient être considérés comme des réseaux admirables veineux amphicenlriques , arrivés à un tel état de division, que l’œil , au premier abord, n’y découvre que la forme -r-loïkV ^ ' qr s o • -O- -• , m; m ~ uni
(I) Bulletins de la Société philomathique.
capillaire. Ainsi , dans ces réseaux, le courant centripète du sang n’est point interrompu. Ce courant se divise, il est vrai, presque à l’infini dans certains organes ; mais il est reconstitué au delà. Tout ce' système est rentrant dans son essence, et partant, toutes ses parties sont de véritables veines. On voit comment, à l’aide d’une analyse délicate, on ramène ici les exceptions à la règle générale qui en triomphe, pour en tirer une évidence nouvelle.
On voit dès lors comment la division en vaisseaux rentrants ou centripètes et en vaisseaux centrifuges peut être formulée dans une expression éminemment générale, par rapporta un centre ou sinus commun, foyer d’où le sang s’échappe incessamment pour y revenir toujours, donnant tour à tour et recevant la vie dans ce torrent presque infini de mouvements et de métamorphoses.
Les vaisseaux rentrants se distinguent en deux grandes catégories^: la première comprend les veines blanches ou lymphatiques ; la seconde, les veines à sang noir. Nous n’avons point à parler des premières. On sait généralement aujourd’hui les distinguer d’avec les autres veines. Klles ne tirent point leur origine des réseaux capillaires, mais proviennent probablement des espaces intercellulaires. Dans les réseaux les plus petits, elles n’ont peut-être pas toujours des parois propres. Dans les vaisseaux plus gros, ces parois s’organisent et limitent des troncs et des sinus quelquefois énormes, souvent pulsatiles, comme l’a démonté M. Panizza. Ces vaisseaux sont le plus souvent cloisonnés par des valvules, sur la disposition desquelles M. Mojon avait fondé sa singulière théorie. La structure en est fort simple : une membrane interne épithéliale, revêtue d’une lame mince avec des noyaux allongés de cellules qu’enveloppe ensuite une troisième membrane celluleuse à fibres circulaires. H y a évidemment ici , ainsi que M. Henle l’a remarqué, une certaine analogie de structure avec celle des veines véritables. On connaît toutes les incertitudes qui régnent encore touchant leur origine, leur trajet, leurs fonctions et leur importance physiologique: quant à leur origine, les injections au mercure peuvent induire en erreur. L’injection aqueuse de M. Lacauchie prouve davantage. J’ai
déjà proposé à cet égard l’hypothèse qui me paraît la plus probable.
La seconde catégorie de vaisseaux rentrants est beaucoup mieux connue. Notre comparaison aura donc plus spécialement pour objet les artères et les veines. Cetie comparaison devra être instituée au point de vue :
t° De la distribution, 2° du nombre, 3° de la proportion, 4° de la composition , 5° enfin de la texture et du développement des vaisseaux.
1° Distribution. — En général, au moment où un système artériel est constitué , il forme un tronc unique. Ce tronc se place dans l’axe du corps de l’animal sous la série des corps vertébraux : le plus souvent à gauche, comme dans les mammifères, et parfois à droite, comme cela a lieu dans les oiseaux; à droite et à gauche il fournit une artère a chaque espace intercostal; à sa partie inférieure il donne autant de troncs principaux qu’il y a de grandes associations deviscères. Dans les membres et aussi dans les régions appendiculaires de la tête, la distribution des artères est assez exactement subordonnée à celle des pièces du squelette. Une artère principale correspond à chaque pièce osseuse d’un membre, et ces troncs fournissent en général autant de branches fondamentales qu’il y a dans le membre fie couches ou plutôt de grands faisceaux musculaires. Le plus souvent ces rameaux sont simples à leur origine; leurs ramificniions ne naissent pas toutes au même lieu, mais ils s’épuisent graduellement, fournissant sur leur passage des émanations successives. Cette proposition subit toutefois des exceptions nombreuses. Parfois on voit les artères se subdiviser tout à coup en un grand nombre de petites branches, qui marchent associées en faisceaux plus ou moins épais d où se détachent successivement les artérioles destinées aux différents organes. Telle est la disposition que MM. Carlisle, Meckel, Baër et Wrolick ont observée dans quelques vaisseaux des loris, du tarsier, des bradypes.drs fourmiliers, du lamantin, des cétacés et peut-être aussi, suivant M. Wrolick, dans la jambe du dindon.
1 845. — Cratiolet.
D’aulresfois, après une division semblable, les arlères sc rasse mblent de nouveau en un seul tronc. Ces diverses formes ont été comprises par les auteurs sous le nom de réseaux admirables. JV1. Muller les divise en monocentriques et en amphicenlriques. Il fait remarquer que ces réseaux ont parfois un volume énorme , comme on le voit surtout aux artères intercostales des dauphins.
Les artères dans leur trajet ont une tendance essentiellement excentrique et rayonnante. Rarement on voit deux troncs artériels, venant du cœur, se réunir en un seul. Cette disposition est néanmoins quelquefois observée. Nous citerons la réunion des deux artères vertébrales en une seule, l’artère basilaire. La fusion des deux troncs carotidiens en un seul dans les emydosauriens , fusion déjà préparée par le rapprochement ou même l’anastomose des deux carotides dans les oiseaux et plus particulièrement dans le butor. Celle des deux grands arcs aortiques en une seule aorte abdominale dans les chéloniens , les batraciens et même dans les sauriens; la terminaison de tous les arcs branchiaux d’un côté, du côté du corps en une artère pulmonaire, comme on le voit dans les têtards adultes de batraciens. Toutefois, cette disposition n’est extraordinaire que dans les gros troncs , car vers la terminaison des artères, les fusions et les anastomoses successives sont fréquentes.
Les troncs artériels occupent en général les régions profondes du tronc ou des membres. Parmi les arlères du second ordre, un petit nombre seulement sont superficielles, elles se disposent autour des membres de manière à correspondre autant que possible aux angles rentrants des articulations pendant les mouvements de flexion.
La centralisation est beaucoup moins marquée dans le système veineux, et l’opposition entre les branches et les troncs bien moins évidente. 11 y a moins ici un ensemble de racines ou de ramifications, qu'un vaste réseau dont les mailles sont subordonnées à quelques courants principaux. Ces courants occupent en général , comme les artères, les parties les plus profondes. Mais la plupart des veines, et parmi elles on en compte de fort considérables, occupent indifférem-
ment les parties profondes ou superficielles. On voit souvent une veine cheminant de la périphérie vers le cœur, se subdiviser en deux ou trois troncs secondaires qui se réunissent ensuite, soit entre eux, soit avec les troncs voisins. Ces dispositions n’ont d’ailleurs rien de constant et de régulier, et , sauf les principaux courants, il y a autant de variétés que d’individus. La fixité dans la distribution est bien plu# grande parmi les artères.
Par rapport aux artères, on peut aisément distinguer les veines en collatérales et en indépendantes. Les collatérales suivent la distribution des principales artères. Les indépendantes sont très-variables, même dans les régions principales, et je n’en donnerai point d’autre exemple que les veines du pli du bras : les réseaux admirables des veines se distribuent comme ceux des artères et souvent se fasciculent avec eux. Sur un lori du Bengale et dans un lori grêle que j’ai disséqués sous la direction de M. de Blairivilie, les deux ordres de vaisseaux ne présentaient ancune différence appréciable, au point de vue de la distribution.
Les artères suivent en général un trajet assez direct, mais aux environs des articulations, autour des cavités à diamètres variables, vers la tête, elles présentent des flexuosités normales. Les maladies produisent souvent des flexuosités dans les artères. Je n’en ai point jusqu’à présent observé dans les veines d’un certain calibre , sinon dans le# plexus pampiniformes.
On voit assez souvent les veines , après avoir présenté une dilatation considérable , prendre tout à coup un diamètre beaucoup moindre sans aucune cause appréciable. Dans les artères , je n’ai rien vu de semblable, du rnoyis chez les animaux à sang chaud. Les artères conservent assez exactement leur calibre quand elles n’émettent point de branches, et je n’y connais qu’une seule exception, qui ne me paraît point avoir été notée.
Elle m’a été offerte par l’artère pulmonaire gauche d’un boa arlequin. On sait que chez ces animaux le sac pulmonaire gauche demeure dans un état d’atrophie relative, et diminue de plus en plus, en sorte
que, dans les couleuvres, il est réduit à une petite vésicule, et disparaît complètement dans les vipères. L’artère qui se distribue d^ns les poumons subit une dégradation proportionnelle , et cependant sa racine est égale en grosseur à la branche pulmonaire droite. Dans le boa arlequin que j'ai disséqué, cette racine se terminait brusquement en un cul-de-sac arrondi, du sommet duquel partait la petite artère pulmonaire. Dans les pythons, la même disposition existe; mais celte brusque transition n’a point lieu , et l’artère diminue graduellement et atteint le volume normal avant d’avoir émis aucune branche.
Ces artères, pour le dire en passant, sont très-flexueuses , et elles le sont dans tous les animaux à grands sacs pulmonaires. Les monitors, les lézards indigènes, les batraciens, m’ont présenté celte disposition à un très-haut degré.
Mais si j’ai vu souvent des al tères flexueuses , je n’en ai jamais vu qui fussent tordues sur elles-mêmes en spirale ou en colonne torse. Je ne parlerai point ici des artères hélicines des organes érectiles, qui appartiennent presque aux réseaux capillaires, ni des glomérùles des réins. Je parle des gros troncs, qui m'occupent spécialement.
Les veines sont en général dans le même cas que les altères; toutefois, je ne puis m’empêcher de signaler ici la veine porte des sauriens, qui est fort régulièrement tordue sur elle-même dans toute l’étendue de son trajet , en sorte que sa cavité décrit une spire allongée autour d’un axe idéal. Cette disposition en hélice que INI. Amussat a signalée dans le conduit excréteur delà vésicule biliaire, que tous les auteurs ont décrite, dans l’intestin des squales, que j’ai découverte également dans l’intestin médian des hirudinés, et plus particulièrement dans celui de la sangsue médicale et de l’hemopis vorax, paraît plus propre à ralentir le cours des liquides qu’à l’accélérer; mais elle aide singulièrement leur mouvement ascensionnel , de même que ce mouvement est favorisé dans les veines par les valvules. Quoi qu’il en soit de9 raisons qui déterminent la nature à ces formations spiroïdes, c’est la seule fois que j’ai aperçu cette forme caractéristique dans un tronc veineux , et je ne crois point qu’elle ait été signalée.
2° Nombre. — J’ai déjà dit que les artères tendaient à une centralisation assez grande. Les veines sont beaucoup plus nombreuses. Outre des veines indépendantes, dont le nombre très-variable est néanmoins toujourMrès-grand , nous trouvons pour chaque artère principale deux troncs veineux au moins, qui s’enlacent parfois autour de l’artère en formant entre elles des anastomoses successives. 11 y a toutefois à cette règle une exception bien connue : elle nous est offerte par la veine ombilicale, qui est la plupart du temps unique, tandis qu'il y a deux artères ombilicales. D’ailleurs , à mesure qu’on se rapproche des réseaux capillaires, on voit le nombre des veines correspondre davantage à celui des artères, en sorte que, clans les réseaux eux-mêmes, les deux systèmes s’équilibrent parfaitement.
3° Proportion. — Certains organes sont pénétrés dans tous les sens par des veines énormes, et dont la capacité l’emporte infiniment sur celle des artères. Tel est le (oie, qu’on pourrait regarder comme un ganglion veineux. Le poumon présente le cas inverse, dans ce sens que la capacité artérielle s’y trouve égale, ou peu s’en faut , à celle des veines en général; en effet, celle des veines l’emporte parce que le sang y chemine plus lentement, et le nombre et la largeur des canaux doivent suppléer à la rapidité de l’écoulement.
Les artères présentent quelquefois des dilatations considérables : je citerai l’aorte du phoque, encore qu’on l’ait singulièrement exagérée. La plupart du temps ces dilatations sont anormales et pathologiques, comme celles de l’aorte des pécaris. Mais il n’en est pas de même de celles que présente le système veineux, et dont l’importance est extrême. La veine cave en reçoit une capacité extraordinaire au niveau du foie dans les phoques, les loutres, le desman, le rat d’eau, le castor, l’ornithorinque, et même, au dire de Cuvier, dans le plongeon. Cette disposition paraît correspondre à la faculté de plonger et de rester longtemps sous l’eau sans respirer. Enfin , le nombre des anastomoses, bien plus fréquentes dans le système veineux que dans le système artériel, contribue à augmenter beaucoup cette capacité relativement à celle des artères.
Quoi qu’il en soit, elle paraît être jusqu’à un certain point proportionnelle au ralentissement que la marche du sang doit subir quand il circule dans les plus longues veines. Aussi , les plus courts de tous les troncs veineux, à savoir les veines pulmonaires, offrent-ils, par rapport aux artères qui leur correspondent, la capacité la moins considérable.
4° Composition. — Les artères et les veines sont des tubes formés de parois élastiques ou extensibles. La rigidité particulière aux parois artérielles fak qu’après la section elles demeurent béantes, tandis que dans les mêmes circonstances les veines s’affaissent sur ellesmêmes; aussi les parois de celles-ci sont-elles bien plus minces que les parois de celles-là. Dans les phoques, les choses paraissent tendre à une proportion inverse, l’épaisseur des veines augmentant beaucoup, tandis que celle des artères diminue ; mais cette diminution n’arrive jamais au point de les mettre . à cet égard , dans un état d’infériorité relative. Ces faits sont connus de tout le monde. Je les ai constatés à mon tour sur un phoque de Milbert, dont M. de Blainville m’avait confié l’étude et que j’ai disséqué de concert avec M. Louis Sénéchal.
En général , la couleur des veines est beaucoup plus foncée que celle des artères, ce qui tient d’une part à la couleur plus foncée du fluide qu’elles contiennent, et de l’autre à la transparence plus grande de leurs parois. On les distingue aisément, sur l’animal vivant, à leur souplesse et à l’absence complète de ces pulsations isochrones qui distinguent les artères.
Si l’on divise avec précaution une veine et une artère dans le sens de leur longueur, on voit que la surface interne de celle-ci, celle qui est en contact avec le sang, est parfaitement lisse et uniforme, du moins dans l’état de santé , tandis que celle des veines offre de distance en distance de petits replis semi-lunaires ou valvules en forme de nid d’oiseau, dont la découverte a préparé sans doute celle de la circulation. Il est facile de trouver la signification physiologique des val-
rules : elles impliquent la nécessité exclusive d’un mouvement centripète dans les veines , et sont d’autant plus nombreuses que ce mouvement trouve plus d’obstacles. Aussi sont-elles au maximum de développement dans le département de la veine cave inférieure , un peu moins nombreuses dans celui de la veine cave supérieure, et presque nulles dans les veines pulmonaires, où on ne les rencontre pas toujours. Dans certains organes, elles sont si rapprochées les unes des autres, qu’à peine peut-on injecter par les troncs quelques millimètres de leurs veines. Sous ce point de vue, les grandes veines du trayon de la vache sont très-remarquables.
On s’est livré aux plus singulières théories touchant la signification anatomique de ces organes. Partant de celte idée, que les vaisseaux sont formés d’une succession de cellules, on a supposé que les vaisseaux lymphatiques offraient au plus haut degré la forme élémentaire et primordiale, et que les veines présentant dans les valvules un vestige des cloisons qui séparaient les cellules originelles, étaient par cela même des organes moins parfaits que les artères, sinon par rapport aux usages qu’elles doivent remplir, du moins eu égard au degré de leur formation générale.
Une pareille théorie est certainement ingénieuse, et il n’en saurait être différemment puisqu'elle émane de M. Carus. Mais malheureusement elle s’écroule aussitôt qu’on la soumet à une analyse un peu sé vère. Car, d’une part, quand l’intérêt de l’organisation le réclame, les artères ne sont point dépourvues de valvules; elles en conservent encore au point de leur implantation sur le cœur chez des animaux dont les veines en sont absolument dénuées ; et, d’autre part , chez les mammifères eux-mêmes, certaines veines en sont normalement dépourvues. Telle est , par exemple, la veine porte, et la plupart des veines viscérales sont dans ce cas. Ce n’est pas tout. Si la théorie de M. Carus était vraie, les valvules devraient être d’autant plus nombreuses dans les veines qu’on se rapprocherait davantage, soit des degrés inférieurs de l’échelle animale, soit des premiers états de la vie embryonnaire. Or, l’observation directe conduit à un résultat tout différent.
Les valvules, en général très-nombreuses dans les veines des ani-
maux mammifères, le sonl bien plus encore dans les oiseaux; mais, parmi les vrais reptiles , à peine en trouve-t-on quelque trace dans les tortues et dans les crocodiles. Au-dessous, c’est-à-dire dans les vrais sauriens, dans les ophidiens, dans les nudipellifères , les veines peuvent être injectées sans aucun obstacle , du cœur vers les systèmes capillaires. La même absence de valvules peut être constatée dans les poissons osseux et cartilagineux. Enfin, dans les animaux articulés extérieurement et dans les malacozoaircs , l’imperfection du système vasculaire est si grande, qu’à peine y peut-on définir le système veineux. Encore moins pourra t-on songer à y découvrir des valvules.
En prenant ab oco le développement du fœtus, nous arriverons à des conséquences semblables. Sans nous égarer ici dans celte grande question soulevée par Dœllinger, si les premiers courants veineux ont on non des parois indépendantes des tissus ambiants, je m’en tiendrai à cette observation vulgaire, que les premiers de tous les vaisseaux , à savoir, les veines omphalo-mésentériques et allamoïdiennes , sont dépourvues de valvules. Au surplus, si, comme l’avance Burdach , les vaisseaux ne sont que l'expression clu sang dans l'espace , s’ds s’organisent autour des courants sanguins qui se frayent une voie dans le tissu blasteux primordial , comme autour d’un moule qu’ils doivent plus tard envelopper, comment accorder une pareille théorie avec celle du développement par la cellule. N’esl-ce pas confondre deux choses distinctes, en assimilant un peu trop les vaisseaux des animaux aux formations vasculaires végétales ?
Ainsi les valvules ne seront point considérées comme des vestiges utilises d’une formation ancienne et incomplète, mais tout au contraire comme des organes d’une perfection plus grande, que la nature façonne çà et là pour régler les mouvements intérieurs du sang, et la succession des grands phénomènes qui se rattachent à la circulation. Nous sommes loin de blâmer les efforts des physiologistes qui cherchent à ramener toutes les formations organiques sous la dépendance des forces originelles de la cellule primaire; mais au-dessus de la cellule vivante, il y a une intelligence qui lui donne la vie et qui la gouverne à son gré. Or, comme la nature de l’intelligence est d’agir pour
une fin; celte fin, quand elle nous est connue, peut être prise pour cetie intelligence elle-même, et nous donne, mieux que toutes les considérations mécaniques possibles, la raison générale des formes et de la disposition intérieure des parties dans les corps vivants et organisés.
5° Texture. — Au point de vue de la texture, les veines diffèrent beaucoup des artères. Dans la théorie simple et lumineuse de Bichat, cette différence était facile à concevoir : le sang, chassé par la puissante contraction du cœur, devait trouver dans les parois artérielles une résistance, une force de réaction suffisantes, supérieures à celles que doivent opposer les veines à l’effort lent et continu du courant qui les parcourt. Une nécessité mécanique domine donc toute cette structure. La présence du cœur explique la texture, elle rend raison de toutes les différences. Cette théorie si simple semble au premier abord en partie erronée. L’aorte des poissons a une texture artérielle, et cependant elle ne fait point, dit-on, suite à un cœur; mais celte négation est fondée sur une simple apparence, elle naît véritablemant du cœur. J’ai dit plus haut ce qu’il en fallait penser; il est vrai que ses parois sont moins puissantes : mais si l’épaisseur des parois d’un vaisseau artériel est à certains égards proportionnelle à la force d’impulsion du cœur, il n’est pas vrai peut-être que sa texture en dépende également.
Les vaisseaux, d’après M. Henle, sont essentiellement formés de six membranes. La plus essentielle de toutes, celle qui limite le courant sanguin , se rapproche par sa composition des membranes séreuses. Les auteurs modernes affirment qu’elle est dépouvue de vaisseaux, et qu’on doit la rattacher aux formations épithéliales. « Elle limite, dit Burdach , l’organisme par rapport au sang.» Bichat en a bien connu toute l’importance. Il a montré qu’elle forme un tout continu dans le système vasculaire, tapissant les cavités de l’artère [pulmonaire, suivant ses moindres ramifications, pénétrant dans les réseaux capillaires, passant de là dans les veines pulmonaires , dans le cœur, dans l’aorte, 1845. — Gratiolet. 8
dans les vaisseaux capillaires généraux, et revenant au cœur parles veines caves; achevant ainsi un cercle aussi complet que celui du sang qu’elle limite de toutes parts. Dans les tissus transparents des parenchymes, autour des culs-desacs glandulaires, quand le sang, passant par des couloirs d’une délicatesse extrême, semble entrer en contact avec les trames vivantes et se mêler à leur substance, il demeure cependant comme revêtu de cette tunique diaphane, autour de laquelle quelques noyaux de cellules remplacent les tuniques surajoutées qui fortifient celle-ci dans les gros troncs vasculaires.
La deuxième tunique, tunique striée de M. Henle , entoure immédiatement la tunique épithéliale, formée d’un tissu fin, cassant, clair comme de l’eau, dont les stries délicates, serrées, se ramifient et s’enlacent sous des angles aigus. L’acide acétique ne l’attaque point et la rend plus visible.
Des fibres longitudinales composent la troisième tunique, qui n’est bien apparente que dans les plus gros vaisseaux; elles ont les plus grands rapports avec les fibres- élastiques.
La quatrième est formée de fibres annulaires courbées en cercles incomplets, plates et se superposant de manière à constituer une couche qu’on peut artificiellement diviser en un grand nombre de lamelles. Ce tissu n’esl point musculaire , et cependant il manifeste des propriétés qui le distinguent d’avec le simple tissu élastique. Il est en effet contractile, et souvent après que cette contraction a persisté pendant quelques secondes, elle cesse tout à coup et le vaisseau reprend son diamètre. Il est donc impossible de confondre un pareil phénomène avec la rétractilité dont l’effet n’est jamais inégal et intermittent , mais uniforme et continu , dont les propriétés indépendantes de la vie s’exercent encore après la mort. Parfois même, ces fibres jaunes et sèches deviennent rouges, molles, arrondies; un développement interstitiel en modifie les caractères; elles revêtent ceux des fibres musculaires, et leur contraction plus active presse dans les grands animaux la circulation des plus larges courants vasculaires.
Une cinquième couche, élastique, feutrée, dartoïde, d’une blan-
cheur ouatée, enveloppe la tunique annulaire; scs fibres forment un réseau serré. Une sixième tunique adventice , ce.lluleuse, la recouvre, et la forme vasculaire la plus complète se trouve ainsi achevée.
Mais ce tableau de la texture d’un vaisseau sanguin est pour ainsi dire complètement idéal, rarement un seul vaisseau possède ainsi six tuniques lamelleuses. Les unes sont plus apparentes dans les artères et les autres dans les veines. Ainsi la couche à fibres annulaires caractérise plus particulièrement les artères, *et celle dont les fibres sont longitudinales prédomine Su contraire dans les veines. Il est toutefois des régions où la différence est moins appréciable; les fibres" annulaires se réduisent jusqu’à disparaître dans les artères cérébrales ; plus minces, plus transparentes, elles semblent douées d’une activité moindre, de peur que le sang en parcourant trop rapidement ses canaux retienne quelques-uns des principes nécessaires à la composition de la substance nerveuse. On voit également les veines, réduites à leur tunique interne, perdre leurs fibres longitudinales, et recevoir des membranes entre lesquelles elles cheminent, des tuniques étrangères qui les soutiennent énergiquement; tels sont, par exemple, les grands sinus des os et ceux de la dure-mère.
Je n’ai rien à dire des vaisseaux qui nourrissent les parois vasculaires; ces vaisseaux n’ont point été encore suffisamment étudiés : les nerfs ne sont guère mieux connus. MM. Lucæ et Pappenlieim prétendent les suivre jusque dans les tuniques moyennes des artères. Rappellerons-nous ici la singulière opinion de Dugès, suivant laquelle les nerfs artériels formeraient les parois des vaisseaux capillaires, parois sensibles, irritables, dont l’extrême susceptibilité expliquerait les singuliers mouvements d’où résulte l’inflammation : hypothèse que l’observation n’a point confirmée.
Les nerfs influent sans doute sur la contractilité des vaisseaux, mais cette influence est irrégulière et obscure ; elle est toutefois prouvée par ces effets singuliers des passions qui retentissent, pour ainsi dire, du cerveau dans les plus lointaines profondeurs de l’économie. La physiologie expérimentale apporte à son tour quelques preuves,
ou plutôt elle développe quelques présomptions. Les nerfs sont nombreux autour des artères où leur mode de terminaison est complètement ignoré. Ils sont très-rares dans les veines. J’ai plusieurs fois suivi des filets déliés du plexus hépatique dans le sinus de la veine porte de l’homme. Ces filets sont faciles à démontrer chez les jeunes faons de cerfs. Leur existence semble justifier à certains égards les idées de Bichat, touchant a signification anatomique de ce sinus remarquable.
Développement. — Le développement des veines omphalo-intestinales précède celui du cœur et des artères. Les autres veines apparaissent plus tard. Il ne paraît pas que la formation du système nerveux ait avec celle du système vasculaire primordial une connexion aussi intime qu’Autenriefh l’avait présumé. Les veines ombilicales ou placentaires, sont absolument dépourvues de nerfs ; ceux qu’Everard Home et quelques autres anatomistes ont poursuivis dans le cordon, suivent le développement des artères ombilicales autour desquelles leur existence a été longtemps problématique.
Je n’ai point eu l’idée d’écrire une monographie des veines et des artères; ce sujet eût exigé d’immenses développements. Mon travail n’étant qu’un exposé rapide de faits la plupart connus, je crois par eela même parfaitement inutile d’en donner ici un résumé.
Reconnaître un composé d'antimoine et d'une matière organique.
Les substances minérales les mieux caractérisées sont généralement assez difficiles à reconnaître, lorsqu’elles se trouvent mélangées à des matières organiques solides ou liquides. Cette complication, qu’il est essentiel de faire disparaître dans la plupart des cas, se présente justement dans le problème que nous avons à résoudre. Étant donné un mélange d’un composé antimonié et d’une matière organique quelconque, on pourra toujours constater la présence du métal, en ramenant la question à une simple recherche d’analyse qualitative, c’està-dire en se débarrassant de la matière organique qui gênerait les réactions; on peut obtenir ce résultat par des moyens différents. Dans certains cas, un courant de chlore suffira. D’autres fois, on carbonisera par l’acide sulfurique ; ailleurs, pn emploiera l’acide nitrique ou un nitrate alcalin.
Une fois cette opération préliminaire terminée , on engage l’antimoine dans une combinaison soluble, si toutefois on ne l’a pas déjà à cet état, et or» soumet la dissolution aux réactifs de ce métal. L’acide sulfhydrique et les sulfhydrates alcalins donnent un précipité jaune orangé de sulfure d’antimoine, que l’on ne peut confondre avec aucun autre corps. Il est soluble dans les alcalins caustiques, avec lesquels il forme des combinaisons définies; il se dissout en outre dans l’acide hydrochlorique concentré , et il y a dégagement d’acide sulfhy-
La dissolution de l’antimoine dans l’acide chlorhydrique se trouble quand on l’étend d’une grande quantité d’eau; une partie se dépose à l’état d’oxychlorure, sous forme de flocons blancs, qui sont solubles dans un grand excès d’acide hydrochlorique.
L’acide tartrique dissout l’oxyde et l’oxychlorure d’antimoine, ainsi
que l'acide anlimonieux. Ces dissolutions sont remarquables en ce qu’elles ne sont point troublées comme la précédente par l’eau. Cette propriété se retrouve dans l’émétique, qui est composé d’oxyde d’antimoine, d’acide tartrique et de potasse.
Si la quantité d’antimoine qu’on suppose exister dans une matière organique était très-petite, on introduirait la dissolution métallique dans l’appareil de Marsh; on enflammerait le jet d’hydrogène antimonié, et on recueillerait sur une soucoupe en porcelaine des tache* d'antimoine réduit, faciles à distinguer des taches arsénicales que l’on obtient dans des circonstances semblables.