‹ Recherches sur l'organe sensoriel latéral des TéléostéensChapitre 19 sur 35 · VI. — PHYSIOLOGIE · texte numérisé non relu

VI. — PHYSIOLOGIE

Aux renseignements fournis par l'anatomie comparée, l’histologie et l'embryologie, il importe d'ajouter ceux que donne la physiologie en cherchant à préciser le rôle des organes latéraux dans la vie du Poisson.

Les organes sensoriels latéraux du corps sont faciles à atteindre par l’expérimentation. k

Pourtant les faits observés et les nombreux essais tentés à ce sujet ne procurent que des indications incertaines et controversées. C’est que tout n'est pas simple dans l'interprétation de ces expériences et la difficulté augmente en raison des facteurs inhérents au milieu liquide ; cette circonstance rend tout particulièrement indispensables les précautions destinées à éviter les causes d’erreur. i

En faisant la bibliographie de la ligne, latérale, j'ai mdiqué,

que les expériences de physiologie dataient de Paul pe Sèpe DE Liéoux.

Pour essayer de comprendre le rôle des organes te les différents auteurs ont procédé de deux façons :

Recherche des résultats obtenus après section du nerf ou destruction des organes.

2° Recherche du stimulus des organes latéraux.

Je vais m'étendre sur ces deux points en indiquant d’abord les méthodes employées et les résultats obtenus et, pour chacun de ces deux points, j'apporterai des expériences personnelles qui me permettront de discuter les résultats précédemment acquis.

ORGANE SENSORIEL LATÉRAL DES TÉLÉOSTÉENS b9

A. — Destruction de la ligne latérale. (

Elle à généralement été effectuée par cautérisation des organes ou section du nerf de la ligne.

Pau pe SÈve (81) constate que, chez les Perches, la section du nerf latéral, qu'il enlève sur une certaine longueur, amène « une certaine difficulté à se guider » (page 57).

Ricgarp (70) fait des expériences sur le Cyprin doré. Il enlève les écailles « latérales ». Remis dans l’eau, le Poisson ne peut plus se maintenir sans effort en un point entre la surface et le fond. L'animal meurt 5 jours plus tard.

Dans une seconde expérience, Ricaarb cautérise la ligne latérale par le nitrate d'argent et constate les mêmes résultats.

Il conclut que ces expériences montrent une relation entre la ligne latérale et la vessie natatoire. La ligne latérale serait le point de départ sensitif du reflexe qui amène des variations de quantité de gaz dans la vessie, pour permettre à l'animal de se maintenir en un point donné avec le minimum d'efforts, en modifiant chaque fois sa densité.

Quelque temps après les expériences ci-dessus, P. Bonnie (11) discute le procédé de Ricaaro.

Pour lui, les résultats obtenus par Ricaarp ne proviennent que des traumatismes exercés par l’opération. À son tour, il fait des expériences en ne détruisant que la périphérie de l'organe et admet que la ligne latérale joue un rôle dans la perception et l'orientation des ébranlements qui traversent le milieu où baigne l'animal. Il appelle cette perception « seisesthésie »: Je mentionnerai encore un autre travail, bien que cette fois il n’y ait pas destruction de la ligne latérale, mais seulement anesthésie : en 1926, Caanvoz (17) fait des essais très intéressants d’anesthésie de la ligne latérale à l’aide de cocaïne, éther, chloroforme, alcool, sur différentes espèces de Poissons Tanches, Perches, Épinoches.

I observe deux effets :

1° Décoloration de la peau.

20 Déséquilibre du Poisson une fois remis dans l'eau.

En mettant à part les phénomènes de décoloration qui ne nous intéressent pas, remarquons que ces quatre auteurs arrivent sensiblement aux mêmes résultats par des expériences diverses ;

60 ù PAUL RODE

ils obtiennent des phénomènes de déséquilibre, qu ils interprètent du reste différemment. | | ÿ Il me reste maintenant à montrer, par des expériences personnelles, qu'il y a, à la base-de ces expériences, un grave défaut de technique, dû à l'oubli d’une précaution indispensable en la circonstance. | à

J’insiste tout d’abord sur ce fait que tous les phénomènes

observés sont des phénomènes de déséquilibre. Or, est-il vraiment nécessaire, pour obtenir le déséquilibre du Poisson de léser sa ligne latérale ? Deux séries d'expérience vont me permettre de répondre. Dans la première série, les Poissons sont opérés par un procédé identique à celui qui a été employé par Les

expérimentateurs cités plus haut : les Poissons sont sortis de

l’aquarium, opérés sur une table et remis en aquarium après l'opération. Dans la seconde série les Poissons sont opérés sous l’eau avec les précautions suivantes :

Pour pratiquer la section du nerf ou son extirpation, je laisse le corps de l'animal tout entier dans l’eau en le maintenant de la main gauche au fond d’un cristallisoir, et en opérant de la droite. û

Je fais, près de l’opercule, une incision courte et nette, perpendiculaire à la ligne latérale et de 2 millimètres de profondeur environ. Entre les deux lèvres de la plaie, j'introduis Les deux mors d'une pince pour saisir le nerf que je coupe du côté de la tête. Je tire lentement le bout périphérique qu'il est alors facile d'extraire lentement. L'opération ne laisse aucuné trace

- visible.

S'il s’agit de cautérisations ou d’anesthésies, opérations qui ne peuvent se faire sous l’eau, je dispose Le Poisson de façon que sa tête et ses branchies soient entièrement recouvertes. Il est alors facile de sécher le corps pour travailler au galvanocautère ou pour passer le long de la ligne latérale un tampon imbibé d’anesthésique.

Dans les diverses expériences que je vais rapporter, j'ai fréquemment employé le procédé de l’extirpation du nerf de la ligne latérale ou du nerf latéral. Ce procédé, à ma connaissance, n’a pas été utilisé : il est cependant fort simple. Après section, près de l’opercule, le nerf de la ligne latérale s'enlève

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avec une extrême facilité : il suffit de tirer lentement avec des pinces. Ce procédé me semble plus démonstratif que la section simple ; s'il devait se produire vraiment perte d'équilibre après la destruction de la ligne latérale, cette extirpation permettrait de la mettre en évidence d’une façon nette. Nous allons voir que cette perte d'équilibre n’a pas lieu.

1 série d'expériences. — Les Poissons sont extraits de l'aquarium et opérés sur une table (section du nerf de la ligne latérale ou cautérisation des organes suivant les cas), puis remis dans l'aquarium. ;

1. Truite. Résection du nerf sur une longueur de 3 centimètres sur un côté du corps. L'opération dure 3 minutes.

Remis dans l’eau, l’animal retrouve difficilement son équilibre, se tient au fond de l'aquarium et meurt six jours plus tard.

2. Tanche. Même opération. Même durée. Perte d'équilibre pendant quelques heures. L'animal survit.

3. Truite. Section des deux nerfs et extirpation suivant la technique précédemment indiquée. Durée : 2 minutes.

Déséquilibre momentané. Puis l'animal se met à nager Rai ne

. Truite. Extirpation des deux nerfs latéraux. Durée : À a

Mouvements désordonnés de l'animal dans l’aquarium. Perte complète de l'équilibre. L'animal meurt le lendemain.

5. Truite. Cautérisation (au cautère électrique) de la ligne latérale sur un côté du corps. Durée : 3 minutes.

Perte d'équilibre. La Truite meurt le lendemain.

6. Truite. Cautérisation des deux côtés du corps : Durée : une minute et demie : léger déséquilibre, puis l'animal se remet à nager normälement.

7. Gardon. Anesthésie de la ligne latérale sur r les deux côtés du corps par la stovaine il animal est séché au préalable, puis l'anesthésique est passé sur le corps à l’aide d’un pinceau, suivant la technique employée par Caarvoz). Durée : 3 minutes.

Le Gardon remis dans son aquarium, perd son équilibre, puis se tient au fond, et meurt deux jours après.

8. Sargue. Extirpation de toutes les écailles latérales des deux côtés du corps. Durée : 4 minutes.

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