ANS
rapport aux autres. Nous pouvons ajouter que la coloration de la bile ne se modifie pas tant qu’elle séjourne dans la vésicule, même après un temps très considérable. D'autre part, extraite, elle ne change pas non plus, mais à la condition d'être recueillie et conservée purement à l’abri des germes. Sous l'influence des bactéries de la putréfaction elle vire rapidement du vert à l’orangé, puis tend à la décoloration progressive.
On se rend compte de la couleur d’une bile sans qu'il soit besoin d'ouvrir la poche biliaire, en examinant la vésicule après l'avoir débarrassée de la couche de graisse qui l'entoure fréquemment. Par transparence la teinte de la bile apparaît nettement.
Il ne semble pas que l’alimentation ait une influence certaine sur cette coloration ; sur des animaux provenant du même élevage et soumis au même régime alimentaire on trouve des biles vertes et d’autres orangées.
Quoi qu’il en soit, le spectre à deux bandes dans le jaunevert, À = 572 et À = 535 correspond aux biles orangées (VIIL, fig. 4) ; celui à quatre bandes (VIE, fig. 4) = 572,1 = 535, À = 660, À — 726 appartient aux biles vertes. Les colorations intermédiaires se traduisent par des variations dans l'intensité relative des deux groupes de bandes : lorsque le vert augmente, le groupe optique du rouge acquiert plus d’étendue et d’opacité ; au contraire lorsque c'est l’orangé le groupe jaune-vert prédomine.
Ce dernier existe dans tous les échantillons ; 1l constitue donc le spectre fondamental de la bile.
Cette notion de proportionnalité de l'intensité des bandes à la quantité de substance active est sans doute bien connue, mais ici elle frappe plus vivement l'esprit parce quelle permet d'apprécier d’une façon approximative le mélange des deux teintes. C’est un procédé de colorimétrie indirecte.
Ces variations très nettes conduisent à cetté conclusion que le spectre de la bile, chez le bœuf, n’est pas dû à un seul et même pigment. S'il en était ainsi, il existerait une harmonie
UT
et un synchronisme parfait au point de vue du nombre dés bandes et de leur intensité. Or, au contraire, nous avons constaté une indépendance très grande et qui peut même être complète entre le groupe du vert et celui du rouge. Il existe donc, dans la bile nature, au moins deux pigments pour expliquer cette discordance. De ces faits il résulte que l'hypothèse de Mac-Munx, sur la présence d’un seul pigment, la cholo-hématine, doit être rejetée. s
Les biles de bovidés jeunes (veau) et de mouton donnent lieu exactement aux mêmes observations et aux mêmes conclusions.
Bile d'oiseau. — Poulet (gallus domesticus). — Bile peu visqueuse, de coloration vert brunâtre ou parfois seulement orangé brun.
Sous une faible épaisseur on observe les bandes (À = 572) et (À == 545).
Après dilution (à = 600).
Avec éclairage à la lampe Nerwsr et forte duos en tube long les bandes du rouge axe 63 (À — 726) et axe 79 (À — 660) (fig. 3, spectre IV).
Bile de poisson. — Colin (merlucius vulsaris Guv.), — Bile extrêmement visqueuse, presque solide, de coloration verte très riche ; chaque vésicule contient à peine de 0,8 à r cc. 6.
Aucun examen ne peut être fait sans dilution préalable.
Une faible dilution doit être observée dans la cave triangulaire au niveau de son épaisseur moindre, On constate l'existence des deux bandes, axe 107 (X — 572) et axe rar (x= 535); dans le rouge absorption totale qui gagné la moitié de l’orangé.
Avec éclairage à la lampe Nérnsr on isole nettement une large plage obscure qui s'étend de 56 à 85 dans la graduation micrométrique et laisse à gauche une étroite fenêtre rouge.
Si l’on dilue fortement en présence de NaF on dédouble cette plage en deux bandes séparées par un espace franchement lumineux.
Pour ramener ces bandes à leur axe, il faut réaliser une
ONE énorme dilution : dans ces conditions la plus extrème possède comme axe 63 (À — 726) et l’autre axe 79 (À = 660 {fig. 3, spectre IT).
Conclusions. — On remarque qu'il existe dans le spectre des différentes biles à côté des bandes variables d’autres bandes permanentes. Ces ‘bandes constantes sont axe 107, À == 672 etaxelr21s 59:
Comparées aux bandes vertes de l’'hémoglobine on constate une identité presque complète. Au point de vue situation dans le spectre, mêmes rapports :
bande « axe : À — 575 \ AXC D UE Hémoglobine Bile |
bande $ axe: — 0355 axe : À — 535
Mèmes relations au point de vue intensité; la bande o& dans les deux spectres est la moins étendue et la plus opaque. On voit dès lors combien devient délicate toute différenciation spectroscopique, problème qui cependant se pose fréquemment en médecine légale et en clinique.
Sans parler des procédés chimiques on parvient toujours à une solution certaine en utilisant notre réaction, déplacement de la bande axe À — 634 à axe À — 612 sous l'influence du fluorure de sodium, phénomène spécifique du sang et de son pigment.
Pendant nos recherches optiques sur le sang et la bile nous avons eu l’occasion d'examiner, au spectroscope, des solutions de chlorophylles, dans l'alcool, le sulfure de carbone, l’éther de pétrole, préparées par M. Erarp, ainsi que des feuilles vivantes de plusieurs végétaux. En comparant les spectres des pigments les plus importants du monde végétal et animal: sang, bile, chlorophylle, nous avons remarqué une relation très intéressante entre la coloration objective de ces substances et la position de leurs bandes d'absorption.
Les matières pigmentaires vertes (chlorophylle, bile) ont leurs bandes principales groupées dans la région rouge du spectre ; ce sant : |
pour la chorophylle : le groupe des bandes compris entre Dent 2
axe : À = 1720
pour la bile verte 7
axe: 1), ==,060.
Au contraire les matières pigmentaires rouges ou orangées ont les leurs dans le jaune et le vert ; ce sont :
2 PNA AXC iD D pour l’hémoglobine ; ca Œaxe AE 090 La bil INAXE SA == 072
our la bile orangée P js Gaxe re À = 535
Les premières, vertes, ont donc leurs bandes dans la couleur complémentaire le rouge.
Les secondes rouges ou orangées, ont leurs bandes dans la complémentaire verte.
Ces faits semblent donc bien en harmonie avec la théorie classique des couleurs complémentaires et d’une façon plus particulière avec la couleur des objets.
Sans insister sur ce côté purement physique de la question il se dégage une conclusion pratique de ces remarques; c'est qu'étant donné une substance colorée, 1l y a beaucoup de chances pour que dans son spectre se trouvent des absorptions localisées au niveau de sa couleur complémentaire; c’est donc dans la complémentaire qu'il faut d’abord chercher.
Au point de vue biologique.le rapprochement sur le terrain optique des deux pigments les plus répandus dans le monde des êtres vivants, l'hémoglobine et la chlorophylle, mérite les quelques lignes suivantes.
Ils ont des caractères physiques et fonctionnels très différents :
L'hémoglobine est rouge, ses bandes principales sont
(1) Nous sommes profondément reconnaissant à M. P. Lamsenr d’avoir bien voulu mettre à notre disposition sa belle installation de spectrophotographie. Ces figures sont pour la plupart des reproductions de ses remarquables clichés.
MAO RL situées dans le vert, elle préside à la respiration (fixation de l'oxygène par les tissus, dégagement de CO?).
La chlorophylle est verte, ses bandes fondamentales sont situées dans le rouge, elle préside à l’assimilation chlorophyllienne (fixation de carbone et libération d'oxygène).
Ce sont donc deux pigments complémentaires dans toute l’acception du terme.