SÉPARATION DES DIVERS ÉLÉMENTS DE LA BILE
Les méthodes de traitement de la bile ont été surtout des méthodes analytiques.
Les deux plus employées en physiologie jusqu’à présent peuvent se résumer en quelques lignes.
Historique. — Procédé d’'Hüfner. — On ajoute à la bile extraite de la vésicule biliaire son volume d'alcool à 83° centésimal. De cette façon on précipite la mucine, une partie des sels et des traces de pigments biliaires. On sépare par filtration un précipité et une liqueur. Le précipité est séché puis pesé, On incinère et on pèse de nouveau. On obtient ainsi le poids des substances minérales. La différence donne la quantité de mucine.
La liqueur filtrée contient les substances grasses, Îles cholestérines, lécithines, graisses, savons alcalins et sels biliaires. On évapore et on redissout dans l’eau les savons et les sels biliaires ; Les graisses neutres restent insolubles.
La solution aqueuse est épuisée à l'éther qui enlève les cholestérines, lécithines et les graisses.
L'extrait éthéré est traité pour déterminer la proportion relative des graisses, cholestérines et lécithines; on distille l’éther, et le résidu pesé est divisé en deux portions qui servent à doser les cholestérines et lécithines ; on calcule les graisses par différence. Une partie est traitée par l'alcool à 80°; on chauffe au bain-marie après addition de potasse jusqu à
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saponification complète. On évapore à sec pour chasser tout l'alcool puis on reprend par l’eau qui dissout seulement les savons. Par épuisement à l'éther on enlève les cholestérines qui peuvent être séchées et pesées.
La seconde partie sert à doser les lécithines. Pour cela on calcine en présence d’un mélange de carbonate de soude et de nitrate de potassium.
Le phosphore passe à l’état de phosphate alcalin que lon précipite sous forme de phosphate ammoniaco-magnésien et que l'on pèse à l’état pyrophosphate de magnésie. Du potes de P°0* trouvé on déduit celui des lécithines.
Les graisses sont données par un calcul de différence. On peut aussi acidifier les savons alcalins, recueillir dans l’éther les acides gras et les peser directement.
La solution aqueuse contenant les sels biliaires est acidifiée par l'acide chlorhydrique. On précipite ainsi les acides gras et les acides biliaires. Un traitement à léther permet de séparer les deux.
Procédé classique. — On mélange la bile avec un quart de son volume de noir animal ; on agite et on laisse en contact, puis le mélange est évaporé à sec au bain-marie. On reprend par l’alcool fort et à chaud ; on filtre. L’épuisement doit être complet.
Le résidu formé de charbon a retenu la mucine, pseudomucine, sels minéraux et pigments. On le lave à l'eau pour lui enlever les sels minéraux qui seront pesés après dessiccation.
La solution alcoolique contient les sels biliaires, les graisses et la cholestérine. Par addition d’éther les sels biliaires sont précipités à l’état amorphe pouvant cristalliser (Bile de PLATTNER).
Dans l’éther se trouvent graisses et cholesthérines que l’on isole par saponification des graisses.
Une autre partie de la bile est séchée à poids constant pour obtenir le résidu sec. Par incinération de ce résidu on obtient les cendres.
Enfin sur un troisième prélèvement on isole les mucines et les pigments. On y parvient en évaporant, à sec, au bainmarie, un volume connu de bile et en épuisant le résidu sec avec l’alcool.
Comme nous l'avons déjà dit, ces techniques sont surtout des méthodes théoriques d'analyse et non de traitement de la bile devant permettre d'isoler exactement les différentes substances qu'elle contient.
Les points délicats, séparation des sels biliaires, isolement des divers pigments, sont laissés dans l’ombre. Même au point de vue chimique elles ne présentent pas toutes les garanties ; en outre, un certain nombre d'éléments sont dosés par différence, c’est-à-dire, simplement calculées.
Ces méthodes classiques ne répondent donc qu’imparfaitement aux exigences théoriques et sont insuffisantes au point de vue pratique.
Nous plaçant uniquement sur le terrain biologique nous avons cherché à instituer une technique qui conduise à une séparation méthodique des divers principes de la bile.
Déjà dans nos travaux sur le sang (1), en collaboration avec A. Vira, nous avons inauguré l'application systématique de l'isolement progressif des principes immédiats.
Partant du globule sanguin, grossièrement séparé par décantation du plasma, nous l’avons soumis à des lavages dans la solution physiologique de NaCI à 8,5 0/00, suivis de centrifugations jusqu'à complète élimination de substances étrangères. Puis il a été scindé rigoureusement en ses deux portions principales ; hémoglobine et stroma (2), grâce à un nouveau procédé de laquage, qui consiste à provoquer l'hématolyse par l’éther, en liqueur isotonique, et non plus en présence d’un grand excès d’eau distillée qui dissout partiellement le stroma et entraîne en solution une forte proportion des substances minérales intra-globulaires. Dans ces condi-
(1) Pigrrre et Via, C. Ji. Académie des sciences, loc. cit. (>) Visa et Prerrne, C. R. Académie des sciences, p. 787, t. IL, 1906.
tions bien spéciales d’isotonie globulaire l’éther réalise lentement l’hématolyse et soustrait à l'action de l’eau le stroma aussitôt libéré, en même temps qu'il dissout les matières grasses, acides, savons, graisses, cholesthérines et lécithines qui entourent plus ou moins l'hématie. Toute l’hémoglobine passe dans la liqueur salée-d'où on peut l'obtenir en magnifiques cristaux par addition d’alcool et refroidissement. Tandis que les techniques classiques négligent, tantôt le pigment sanguin pour obtenir son substratum albuminoïde, tantôt au contraire ce dernier pour isoler le premier, notre méthode ne sacrifie aucune des substances : hémoglobine, stroma avec ses sels, matières grasses qui les accompagne.
L'hémoglobine à son tour, la plus importante des substances du globule sanguin, a été séparée en ses deux principes immédiats, la globine, matière albuminoïde, incolore, amorphe, et l’hématine colorée et ferrugineuse.-obtenue pour la première fois à l’état cristallisé par A. Vrca et nous-même (1).
Enfin l’hématine elle-même soumise à des saponifications répétées se scinde en deux portions, une substance riche en azote, et un groupe de matières ternaires, sans fer ni azote, de composition très voisine des acides gras élevés de la série alliphatique.
On peut donc ainsi, étant donné une individualité histologique, en suivre le dénombrement progressif en ses différentes parties constituantes, étudier tel ou tel terme plus particulièrement ou encore déterminer les variations d’un élément au cours des séparations analytiques.
Dans le cas du pigment sanguin, par exemple, ou le fer est un élément d’une importance primordiale, on voit que partant du globule sec peu riche en fer, on sépare l’hémoglobine contenant chez le cheval 0,395 p. 100 de Fe et enfin l’hématine cristallisée dont la teneur s'élève à 9,20 p. 100.
Il est un autre point capital en matière de biologie et qui découle comme une conséquence des considérations précé-
(1) Perrre er Vita. Comptes rendus, p. 1047, t. IL, 1905.