CHAPITRE II
ACIDES CHOLALIQUES
[. Historique. — Nous avons vu comment STRECKER préparait l'acide cholalique en hydrolysant par la baryte aqueuse les sels de plomb des acides biliaires.
Myrius dans un premier travail essaya, en se basant sur les recherches de Bucuxsr, de préparer l'acide cholalique à parür de la bile putréfiée. Il laissait putréfier de la bile-de bœuf puis précipitait les acides biliaires par l'acide acétique. Ce précipité était dissous dans la lessive de soude ; la solution, après saturation de la soude caustique par l’acide carbonique, était évaporée par siccité.
Le résidu repris par l'alcool était enfin précipité par l’éther.
Après une série d'essais insuffisants Myzius recourut à lhydrolyse directe de la bile par les alcalis caustiques et institua la méthode suivante devenue classique.
On fait bouillir la bile de bœuf avec la cinquième partie de son poids d’une solution de soude à 30 0/0, dans un vase de fer, pendant 24 heures, en ayant soin de remplacer de temps en temps l’eau évaporée.
La liqueur alcaline est ensuite saturée de gaz carbonique et évaporéé presque à siccité. La masse restante est traitée par de l’alcoo! fort.
Le cholalate de soude reste en solution, tandis que le carbonate de sodium est précipité. La solution alcoolique contient pourtant en dehors du cholalate de sodium, du choléate de sodiuñ et un sel de sodium à acide gras. On obtient la séparation du cholalate en faisant les sels de baryum. Le cho-
léate de baryum et le sel de baryum à acide gras sont inso-
Se icon
lubles dans l’eau, tandis que le cholalate de baryum se dissous dans 30 parties d’eau.
Pour réaliser cette séparation par les sels de baryum, la solution alcoolique biliaire estadditionnée d’une grande quantité d’eau, de sorte qu’elle ne contient plus que 20 0/0 d’alcool ; puis on traite par une solution étendue de chlorure de baryum qu’on ajoute aussi longtemps qu'il se forme un précipité. On filtre ensuite ; l'opération est rapide car les sels de baryum se déposent facilement. Par addition de HCI, l'acide cholalique se précipite à l’état de pureté de la liqueur filtrée.
La masse visqeuse prend ordinairement au bout de quelques heures la texture cristalline ; elle contient encore des parties amorphes, colorées, odorantes et a besoin encore d’une purification qu'on réalise par une cristallisation dans l’alcool.
Comme l'acide cholalique forme l’alcoolate CH*°0° +. C’H5O qui est décomposé par l'eau, il convient donc d’éviter la présence de l’eau et de prendre comme solvant l'alcool absolu, car autrement la formation de ces cristaux est contrariée.
Pour débarrasser l'acide cholalique de l’eau incorporée il est bon de le pétrir dans un vase en porcelaine avec un peu d'alcool, sur un bain-marie. L'alcool se combine immédiatement ; à sa place se sépare dans la masse visqueuse, de l’eau qu’on élimine par décantation.
On répète l'opération, avec une nouvelle quantité d'alcool jusqu'à ce qu’il n’y ait plus élimination d’eau.
Ordinairement la masse est obtenue à l'état cristallin. On la dissout à chaud avec la plus petite quantité possible d'’alcool et on laisse refroïdir la solution filtrée. On débarrasse des eaux mères la masse cristalline à l’aide de la trompe; ces eaux mères sont toujours brunes et visqueuses ; elles contiennent une grande quantité d’acide cholalique.
Mszius ne put constater si, à côté de l'acide cholalique, il y avait un autre acide voisin ne formant pas un alcoolate cristallisable,
De ques
Lassar-Conx (1) tout récemment a modifié la technique de Myzins. | |
A cinq litres de bile de bœuf on ajoute 300 grammes de soude dissoute dans 900 centimètres cubes d’eau et on fait bouillir le mélange 24 heures, dans une marmite en fer, munie d’un couvercle couvrant bien. En réglant bien Ja flamme, il n'est pas nécessaire de rajouter de l’eau. Ensuite on enlève le couvercle et on porte pendagt une heure à une vive ébullition. Puis on verse le contenu de la marmite dans une capsule de porcelaine qu’on chauffe légèrement. On sature par CO* la soude restée libre. Après cinq ou six heures le contenu de la capsule est devenu complètement huileux et on le fait couler brülant dans trois litres d'alcool à 96 0/0, contenu dans un vase haut de forme. On abandonne au repos pendant 24 heures ; le sel de soude se dépose en grande partie. On filtre ensuite, on recueille ainsi sur filtre le sel de soude qui est devenu sableux, granuleux et qu'il est par suite facile de bien laver avec de l’alcool.
On dilue le filtrat avec quatre parties d'eau ; on le précipite avec une solution diluée de BaCP. On laisse déposer le sel de baryum, on décante le liquide qui le recouvre en le jetant sur un filtre jusqu’à ce qu’on obtienne un filtrat clair. On précipite ce filtrat par l'acide acétique, on obtient l’acide cholalique sous forme de résine.
L’acide cholalique brut ainsi préparé est purifié par la méthode de Myrius exposée plus haut.
De ces trois méthodes la première en date, celle de SrrEc- Ker, hydrolyse par la baryte aqueuse, est la plus scientifique ; elle lui a permis de séparer, au moins en partie, les deux termes de l’hydrolyse, acide cholalique et, glycocolle ou taurine. Les deux autres, au contraire, reposent sur une attaque brutale de la bile nature avec ses pigments, ses matières grasses, ses substances azolées. Tout l'azote est sans doute libéré à l’état d'AzH® mais sans qu’il soit possible de savoir si
(1) Lassan-Coux, loco-citato, pages 31 et suivantes (traduction du Dr C. Piettre).
Piettre 10
cet azote est enlevé aux sels biliaires eux-mêmes ou aux acides amidés après hydrolyse et, dans ce dernier cas, ce que devient le reste de ces groupes amidés.
Pour nous la seule méthode rigoureuse est l’hydrolyse par les acides, hydrolyse portant sur les acides ou sels biliaires préparés à l’état de pureté.
Sans dvute elle. présente l'inconvénient de fournir des acides cholaliques qui, pour des raisons encore mal'connues, ne cristallisent pas ou très difficilement, et ce point avait été d'ailleurs bien constaté avant nous. En effet, l’hydrolyse, par l'acide chlorhydrique, de l’acide glycocholique, par exemple, avait donné aux auteurs deux acides non cristallisés, acide cholonique de Müzper et acide cholidinique de STRECKkER.
Mais l'hydrolyse acide a lPavantage de pouvoir réaliser une scission quantitative du composé biliaire en ses deux compo sants principaux. :
C’est cette méthode que nous avons adoptée pour préparer les acides cholaliques de diverses origines.
Le premier résultat important a été de constater que ces noyaux cholaliques ne sont pas absolument identiques, qu'ils ne possèdent pas exactement les mêmes propriétés et qu’il y a nécessité de les séparer désormais dans la nomenclature chimique et physiologique.
Pour cés raisons nous proposons d’appeler acides glycocholaliques les acides cholaliques provenant de l'hydrolyse des acides glycocholiqües et acides tauro-cholaliques ceux qui résultent du dédoublement des acides taurocholiques.
Il. Acide glycocholalique. — Nous avons indiqué déjà sa préparation à partir de l'acide glycocholique pur de la bile de porc, par hydrolyse sulfurique.
Sous l’influence de l'acide, tout l’Az du sel biliaire se sépare, comme nous l'avons déjà montré, à l’état de glycocolle qui cristallise. L’acide glyco-cholalique est résineux, blond, sans aucune saveur, insoluble dans l’eau, les acides, l’éther, le chloroforme, soluble dans les alcalis, les alcools. Il se ramollit
MATE Te
dans l’eau bouillante, puis devient sec, friable par refroidissement.
Les essais de cristallisation dans l’alcool n’ont pas été satisfaisants.
Combustion
[. Matière = 0,2927 Acide carbonique — 0,8035
Eau — 0,2482 I. Matière — 0,2449 Acide carbonique — 0,0683 , Eau — 0,2096 soit en centièmes :
CSD 10 H — 9,4 O0
Ces résultats correspondent à la formule C?SH#0: calculée pour :
C—= 74,62 He 010 OT 5;02
L'équation classique du dédoublement de l’acide glycocholique :
CYHENO* + H:0 = C*H#°0* + CHSNO* (1) devient donc dans nos expériences :
CHENO= CH 0" CHNO? (2)
Il y a entre les deux équations une simple différence d’une molécule d’eau.
Il est possible que l'équation (2) corresponde à la fin de la réaction hydrolytique. Celle-ci, nous l’avons vu page 7, paraît, en effet, très nettement se faire en deux étapes; la première est très rapide et dure à peine 3 à 4 heures c'est la phase de- libération du noyau cholalique avec fixation d’eau très probablement; la deuxième se produit pendant le chauffage prolongé de l’acide cholalique en milieu relativement très riche en acide, c’est la phase de déshydratation qui se traduit par un brunissement de la matière et une insolubilisation progressive dans les alcalis.
La propriété la plus intéressante de l'acide elycocholalique
est de distiller à la pression ordinaire ou mieux sous pression réduite.
Dans une expérience nous avons soumis à la distillation, à la pression atmosphérique, 20 grammes d’acide cholalique provenant d'une hydrolyse à 30 0/0.
La matière séchée à poids constant est mise dans un ballon de Wurrz, muni d’un thermomètre.
Par chauffage elle se ramollit et prend l’aspect d'une huile blonde épaisse, visqueuse. À partir de 300° il se dégage une petite quantité de vapeur d’eau qui se condense dans le ballon récepteur, puis vers 350° des fumées blanches s'élèvent au-dessus du bain liquide. Entre 360 et 4oo° il passe en abondance une huile qui se solidifie très vite sous forme d’une masse vitreuse, blonde. Il reste dans le ballon un résidu goudronneux très foncé.
On recueille 11 gr. 5 de distillat.
On le redistille aussitôt sous une pression réduite de 18 mm. de mercure.
Entre 200° et 250° léger départ d’eau avec chute de pression ; puis de 290° à 310° passe la presque totalité de la substance avec les mêmes caractères que plus haut.
On obtient ainsi 7 grammes d'une substance à peine colorée qui après refroidissement a acquis la consistance d’une gomme résine. Elle ne possède aucune saveur; sous la dent elle s'écrase, se ramollit sans se dissoudre et donne l’impression de la colophane.
Elle est soluble dans l’éther, l'alcool, l'acide acétique concentré.
Sa fonction chimique est celle d’un acide faible; on lui donne par passage à l’état de sel alcalin, suivi de précipitation par les acides, une forme solide qui le rend facile à manier. Cest alors une matière très légèrement jaunâtre qui après pulvérisation est séchée puis analysée.
Combustion
Acide carbonique = 0,8418
\ I. Matière — 0,2958 Eau = 0,2568
IL Matière — 0. 3013 Acide carbonique — 0,8552
x Eau = 0,260 soit en centièmes :
EU 730 = Q:7 OP 7 Calculé pour C#H3#083 :