FAMILLE IV
NUCULIDÉS
NUCULA Lam.
La /V. nucleus L. est assez commune au Petit Nord, près du laboratoire maritime du Muséum à St-Waast-la- Hougue. Elle est très petite, car sa coquille possède à peine un centimètre de longueur. Aussi n’ai-je pu étudier que le cœur et les tenants.
Le cœur offre des caractères tout particuliers et des rapports très différents de ceux du groupe. Cet animal étant très ancien au point de vue géologique, je pouvais espérer y trouver des faits curieux et intéressants pour la phylogénie des bivalves. Mais son anatomie semble, au contraire, venir à l’encontre des théories universellement admises.
Le cœur, placé très en arrière, est allongé suivant la largeur de l'animal. Il n’est pas immédiatement sous le raphé, mais exactement en arrière du foie et au milieu de la glande génitale. La poche péricardique, très petite, est limitée par un péricarde dont la ligne d'insertion est à concavité antérieure, et qui présente deux grandes pointes latérales.
Le ventricule (fig. 19, V) à environ 1 1/3 de longueur et un demi de largeur. Il n'est pas traversé par le rectum, mais placé au-dessus. On aperçoit celui-ci par transparence, un peu sur la droite de la ligne médiane du ventrieule. De chaque côté il est renflé en massue, aux points
Fig. 19. Cœur de la Nucula nuclëus (Gr. 20).
où les oreillettes s’abouchent avec lui. Il offre une asymétrie assez accentuée en ce qui concerne l'origine des deux troncs aortiques. Il donne naissance à une aorte antérieure (fig. 19, 1) qui part à gauche du rectum et non au-dessus ; elle traverse le péricarde et s'enfonce immédiatement dans les viseères où je n'ai pu la suivre. Quant à l'aorte postérieure (fig. 19, £). elle se rapproche de la ligne médiane et va plonger sous le rectum seulement après son départ du ventricule.
Les oreillettes prises séparément ressemblent à celles du Taret (fig. 24, O): mais leur disposition est complètement différente : ici. elles sont transversales par rapport à l’animal, tandis que dans le Taret, par suite des modifications de forme qu'il a dû subir, elles se trouvent placées longitudinalement et lune à côté de l’autre. Les oreillettes renflées près de leur origine vont dans la Nueule en s’amincissant pour se continuer par une sorte de tube qui se rend à lumbo et à la branchie: en sorte qu'elles n’offrent pas de portion concrescente avec les. parois de l'animal. Elles sont plus grandes que le ven{ricule.
Cette disposition du cœur de la Nucule, inconnue jusqu à
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ce jour, est très importante ; car la Nucule étant un animal aussi ancien géologiquement que l'Arche, on pourrait admettre que sa structure est originelle, et avec d'autant plus de raison que la Nucule à conservé plus de caractères de simplicité que l'Arche. Ainsi sa branchie est plus simple que celle de l'Arche. La Nucule offre des deux côtés des lames branchiales étroites, réunies sur leur ligne médiane, mais constituées seulement par les feuillets directs. On dirait un bateau suspendu par sa quille. De chaque côté de la quille partent des tiges soutenant des canaux assez larges, membraneux, dans lesquels le sang vient respirer. Ils se regardent par leurs faces aplaties comnre les feuilles d'un livre et flottent, du côté externe pour la lame externe, du côté interne pour la lame interne. Ces branchies représentent celles de l'Arche dont les feuillets réfléchis ne se seraient pas développés.
C'est ce qu'on est forcé d'admettre malgré la différence des supports. Dans les Nucules il y en a deux par canal respiratoire. [ls sont accolés longitudinalement, mais séparés dans le vaisseau efférent où ils limitent un orifice pour le passage du sang. Faut-il conclure de ces faits, comme l'a fait Mitsukuri, que la branchie originelle des Lamellibranches était primitivement représentée par des tubercules vasculaires qui se sont développés à mesure que le besoin de respirer s'est fait sentir, sur un bourrelet longitudinal renfermant le vaisseau efférent ? On peut par conséquent supposer que ces tubercules eu s’allongeant sont devenus les filaments qui, trop longs, se sont ensuite repliés pour donner les feuillets réfléchis. (V. chap. IV, Branchies.)
Ce peu de développement des branchies peut s’'expliquer par la disposition particulière des palpes des Nucules Si les branchies, trop peu développées, ne servent plus guère à la préhension des aliments, elles sont aidées dans cette fonction par un filament tentaculifère terminant postérieurement les palpes: il est creusé d’une gouttière et
AT — très allongé. Les palpes. en outre, peuvent parfaitement servir d'adjuvants aux organes respiratoires dans leur fonction.
La Nucule qui a vécu du silurien aux temps actuels est donc un type très ancien dont les caractères anatomiques doivent être pris en sérieuse considération pour établir une filiation des êtres de ce groupe. Sa branchie offre une structure bipectinée et un aspect rappelant beaucoup celui de la branchie de l'Haliotide. Faut-il chercher là le passage aux Gastéropodes ? Mais dans ce cas on serait forcé d'abandonner les relations qu’on à cru voir entre les Gastéropodes et les Avicules. en s'appuyant sur l'existence d'un rudiment céphalique (79). En outre l'idée de lassimilation de l'opercule des Gastéropodes, quelque peu probable qu'elle paraisse, à une valve de Lamellibranche, aurait gagné du terrain. C'est ce que je ne puis ni ne veux décider. Les recherches anatomiques ultérieures fixeront les rapports entre ces deux groupes:
J'ai complété l'étude des Nuculidés par des recherches sur les Leda (L. pernula et quelques autres) ; mais comme l'appareil branchial est identique à celui de la Yoldia limatula décrit par Mistukuri et à celui des Halletia Desm. étudié par Pelsener, je crois inutile d'en parler longuement. Je rappellerai seulement qu'il a un caractère plus primitif que celui des Nucules.