FAMILLE XI
CARDIIDÉS
CARDIUM L.
J'ai étudié les espèces suivantes : C. edule L., C. tuberculatum L.. C. echinatum L., C. norvegicum Spengler et C. tumoriferum Lam, mais les différences anatomiques qu'on peut trouver entre elles sont trop peu sensibles pour que j'aie à tenir compte de l’espèce étudiée.
Le cœur est un cœur typique de Lamellibranche. Grobben a retrouvé la glande péricardique dont les orifices sont au même endroit que ceux de l'organe rouge brun de l’Anodonte, c’est-à-dire qu'à la partie la plus antérieure de l'oreillette on aperçoit un trou ovale et profond percé dans le plancher péricardique et qui conduit dans la glande.
L’aorte antérieure sortant du ventricule, passe immédiatement sous un muscle qui réunit les deux crochets du manteau ; elle donne les mêmes rameaux que dans les autres genres de la classe avant d'aller se bifurquer en deux marginales dans les lobes du manteau.
L'artère pédio-viscérale qui se détache en arrière de l’adducteur antérieur est intéressante à étudier. Sans par-
ler des artères des lèvres et des palpes qui sont communes ici aux palpes de chaque côté, il en naît une grosse artère viscérale qui irrigue l'estomac tubulaire, pendant que ses branches se rendent sur les circonvolutions nombreuses de l'intestin, en passant comme un pont de l’une à l’autre.
Quant à la pédieuse, elle est appuyée sur un plan mus- ‘eulaire (fig. 39, 5) très développé et fait saillie dans le sinus qui est au-dessous de la crète antérieure du pied. Au coude du pied, elle donne deux grosses branches aux parois postérieures, la postérieure étant récurrente. Le ganglion pédieux est situé à cet endroit et appuyé contre l'artère. Elle s'enfonce ensuite (lig. 40. 5) entre les faisceaux musculaires. Toutes ses branches, nombreuses. sont fines et à angle droit avec sa direction. Elles vont se perdre dans les parois.
L’aorte postérieure est tout à fait particulière ; aussi ce n'est qu'après de nombreuses injections et des dissections très délicates que j'ai réussi à élucider ces faits et que j’ai cru à cette singularité d'organisation.
Dans une injection même poussée avec précaution on voit toujours se remplir un renflement cordiforme situé autour de l'intestin, touchant l'adducteur postérieur et placé au-dessus de l'organe de Bojanus. Je me suis demandé longtemps si ce fait n'était pas dùû à des déchirures accidentelles, car la dilatation communique avec les sinus veineux du muscle et de l'organe de Bojanus. La matière y pénètre par la face supérieure de lintestin. Tout le pourtour de celui-ci est enserré par l'extrémité postérieure du ventricule , excepté à l'endroit où la paroi se. prolonge en une valvule relativement allongée et-qui forme ainsi un canal venant s'ouvrir dans la dilatation. Le sang ne peut donc pas refluer dans le ventricule.
De la dilatation périrectale, le sang peut se répandre par des canaux non endigués dans les lacunes du manteau, les parois rectales, et de là, si l'impulsion est suffisante,
on peut voir une injection refluer dans l'organe de Bojanus.
HT
SP Fig. 38. Fig. 40.
Fig. 38. Système aortique postérieur du Gardium. Fig. 39. Coupe transversale du pied au niveau de la courbure dans le C. norvegicum. — sa, sinus antérieur.
Fig. 40. Coupe transversale du pied en avant de la courbure. — s&, Sinus antérieur. — sp, sinus postérieur,
Pourtant du même renflement partent deux canaux assez bien délimités, à parois épaisses (1) qui s’échappent à droite et à gauche, passent de chaque côté des ganglions viscéraux au-dessous de l’'adducteur (fig. 38, Gv, AP) pour aller communiquer avec les sinus de ce dernier et les lacunes du manteau par une branche latérale. Chacun des troncs passe à côté de l’ouverture palléale efférente, puis descend vers l’orifice afférent. Ils communiquent par la membrane anale (fig. 38, SZ, SA) ; tous deux vont ensuite de chaque côté se déverser dans le bord marginal (fig. 38, 8, 8”). D'ailleurs le bord palléal et les orifices d'entrée et
(1) Voir Desuaxes, Exploration scientifique de l'Algérie.
de sortie avec leurs tentacules forment une partie excessivement lacuneuse, susceptible d’une turgescence énorme.
Dans le C. tuberculatum. les troncs marginaux se prolongent dans le manteau en conservant leur calibre. Ils sont placés du côté externe et suivent le bord des impressions palléales correspondant aux dents du bord inférieur de la coquille. À chacune des dents correspond un rameau qui part du tronc marginal pour se perdre dans le manteau.
Dans les autres espèces de Bucarde, il m'a été impossible de trouver quelque chose de semblable.
A la partie antérieure de l'animal existe une artère très difficile à injecter, qui remonte en arrière et au-dessus de l’adducteur avant de se bifurquer dans les lobes palléaux. Seulement, comme je n'ai pu suivre assez loin les deux troncs résultant, je ne puis affirmer que dans les Bucardes il y à une artère circumpalléale bien limitée. Je suis porté à croire que non, car la matière colorée se répand toujours avec une grande facilité dans tout le bord palléal et le gonfle énormément sans suivre un chemin bien tracé.
Par leur système vasculaire postérieur peu différencié les Bucardes s’écartent. done beaucoup de leurs voisins dans la classification. Le renflement, déjà figuré par Deshayes, n’est pas entièrement comparable à la dilatation postventriculaire de certains animaux de la classe, mais il est certain qu'il en remplit toutes les fonctions : ainsi il donne naissance à l'artère récurrente du plafond périeardique et du raphé. Il n’y a donc pas d’aorte postérieure à proprement parler: elle est remplacée physiologiquement par la disposition dont j'ai parlé. Peut-on, en s’appuyant sur ces faits, soutenir l'opinion un peu hasardée que le ventricule débouche directement dans des sinus et dans les lacunes postérieures? De nouvelles recherches sur ce point sont encore nécessaires.
Le système veineux présente des particularités intéressantes. Dans le manteau il n’offre rien de spécial. On sait
que le pied est l'organe locomoteur. Quand le Cardium veut changer de place, il allonge son pied du double environ et entr'ouvrant les valves il le projette brusquement en avant, en arrière et latéralement, en sorte que la coquille est entrainée par ces mouvements. Dans ce cas le pied est droit et non plus courbé. Par quel mécanisme la Bucarde peut-elle arriver à un pareil résultat ? Lorsqu'on sectionne transversalement un pied de Cardium norvegicum au niveau de la courbure, on voit antérieurement un grand orifice (fig. 39, sa) donnant dans un sinus qui s’amincit d'un côté pour déboucher dans les lacunes viscérales antérieures et de l’autre pour se perdre avant l'extrémité du pied. Le plancher du sinus est très musculeux, formé de faisceaux transversaux nombreux et c’est sur ce plan musculaire que repose l'artère pédieuse (fig. 39 et 40, 5). Des ouvertures latérales, très visibles dans un animal frais. conduisent dans les petits sinus pédieux latéraux, moins grands.
La même coupe transversale du pied montre en outre près de l’arète opposée un petit orifice (fig. 40, sp) qui n’a pas de plancher musculaire ; il suit le bord du pied, puis l'intestin et il arrive sous le péricarde. C’est le sinus poslérieur qui s’abouche alors avec le sinus viscéral sous-péricardique, juste au niveau de la commissure bojanienne. On trouve à cet endroit deux orifices qui conduisent dans les sinus de l’organe de Bojanus. Ces orifices. assez voisins dans le C. norvegicum, le C. edule, le C. echinatum, le C. tuberculatum, sont très éloignés dans le C. tumoriferum. De plus, comme le plancher péricardique est riche en fibres transversales et longitudinales, on voit les dernières fibres de la lèvre inférieure, arrivées au bord de l’orifice, se replier en arrière ; leur présence explique la forme festonnée des bords. Les fibres transversales et circulaires peuvent amener une occlusion hermétique. Chacun des orifices anastomose ses faisceaux avec ceux de l'autre orifice ; ils doivent done fonctionner ensemble.
Le pe
Is sont d’ailleurs susceptibles d’une dilatation très grande et la quantité de sang qu'ils peuvent laisser passer en peu de temps doit être considérable.
Ces données anatomiques étant bien comprises, il sera très facile de se rendre compte du mécanisme de la turgescence chez ces animaux. Le sang des lacunes viscérales est chassé dans le sinus antérieur grâce à la contraction des faisceaux transversaux. Cet afflux, aidé par le sang de l'aorte et par le jeu des muscles du sinus, force la partie antérieure du pied à se mettre en ligne droite avec l'autre partie ; l’action due aux fibres longitudinales s’ajoutant aux actions précédentes, le pied est capable de prendre l'énorme allongement qui est l'état d'extension total, bien différent de son état d'extension normal où habituel.
Dans le retour à l’état normal, les faisceaux transversaux viscéraux se relàchent, il y a appel de sang. Celui-ci s’amasse dans le sinus postérieur et se rend ensuite dans l'organe de Bojanus par l’orifice cité plus haut. De là il passe, s'il est nécessaire, dans le sinus musculaire. puis dans la partie du manteau avoisinant l’adducteur postérieur, où bien en partie dans les branchies.
Dans les Bucardes les lames branchiales sont de taille très inégale. La lame externe, la plus petite, offre un feuillet réfléchi beaucoup plus long que le feuillet direct. Ce qui a conduit M. Fischer à assimiler morphologiquement la lame persistante de la Telline à une lame branchiale externe, Je discuterai plus tard cette opinion. Pour le moment je me bornerai à donner un aperçu de la circulation.
On remarque en premier lieu, que les septa divisent l'espace interfoliaire en compartiments et qu'ils contiennent tous les canaux afférents, tandis que les intervalles correspondent aux canaux efférents (fig. #1, ca, ce). C'est là un point que l’on n’a pas encore mis en évidence. Les canaux afférents et efférents sont en rapport latéralement
Ier
par des anastomoses qui empêchent un trop grand écartement des bords de la gouttière. De plus, de ces vaisseaux partent des canaux transversaux qui vont relier entre eux les canalicules des gouttières. Par conséquent il y a dans chaque gouttière une moitié afférente, Pautre est efférente.
CP
je
Cr)
Fig. 41. Coupe transversale de deux compartiments secondaires, faite près du bord libre de la branchie de la Bucarde.
Les canalicules ont une paroi formée par un épaississement de la membrane égal sur tout le pourtour. Leur section est ovale (fig. #1. c).
Au bord libre, les canalicules sont plongés dans du tissu conjonctif, en sorte qu'on ne peut voir de dentelures lorsqu'ils passent d’un feuillet à l’autre. Ils sont d’ailleurs, à cet endroit, reliés par un canal qui suit le bord de la lame.
Les coupes transversales (fig. 41 et 50) rendent bien compte de la structure des lames branchiales des Bucardes. Elles montrent que les canaux afférents correspondent aux larges vallées.tandis que les canaux efférents sont au milieu des compartiments.
Dans la lame externe, le canal afférent envoie dès son