FAMILLE X
TRIDACNIDÉS
TRIDACNA Brug., Bénitier.
Les deux espèces (7°. crocea Lam. et T. mutica) que j'ai eues à ma disposition provenaient des collections du Muséum.
Les Tridacna sont des Monomyaires. Tous ces animaux ont dans leur coquille une orientation qui n’est pas habituelle dans le groupe des Pélécypodes. Elle est due à un mouvement du muscle addueteur unique dans le sens postéro-inférieur et en même temps dans le sens supéroinférieur. Donc le déplacement du muscle a lieu parallèlement au bord libre de la coquille, en sorte qu'il est venu se placer au-dessous du pied, en avant de la bouche. L’adducteur qui persiste est le postérieur. comme dans tous les autres Monomyaires. Les organes qui sont en rapport intime avec le musele ont été entraïînés dans son mouvement, mais conservent avec lui leurs connexions de position. Ainsi les deux rétracteurs postérieurs s’appuient sur le muscle ; le cœur entraîné a conservé sa position relative et correspond ici à la partie postérieure du bord libre des valves. Il est donc très loin de la charnière.
Les oreillettes sont toujours latérales et les organes de Bojanus se trouvent à leur place ordinaire relativement aux autres organes. Les branchies commencent toujours près des palpes labiaux, mais elles ont été ramenées en avant par le muscle. Le pied et le byssus se sont considérablement rapprochés de la charnière et ne sont plus inférieurs, mais semblent être devenus tout à fait antérieurs. Les rétracteurs antérieurs ont conservé leur position en avant de la charnière.
Dans la 7. crocea Lam. et la 7. mnutica, le mouvement s’est arrêté là et n’a produit que les modifications indiquées. Mais dans la 7. elongata Lam., la bouche même, ainsi que le montrent les figures de Vaillant (1), a été entraînée et est venue se placer presque en arrière de la charnière, tandis que le pied et le byssus sont restés en avant. Certaines connexions paraissent done y être renversées ; mais en comparant la Tridacne allongée avec les autres espèces du même genre, il est facile de voir qu’elle rentre dans le type lamellibranche général. Ce mouvement du muscle est l’accentuation de celui que j'ai déjà observé dans le Pecten et l'Avicula.
Le muscle qui persiste est donc bien l’'adducteur postérieur, comme dans tous les autres Monomyaires.
Du ventricule s’échappent deux troncs correspondant exactement aux aortes antérieure et postérieure des Bivalves. De l'extrémité postérieure du ventricule part une artère qui s'enfonce immédiatement dans la masse gastrogénitale, se répand sur l'intestin et l’œsophage, dans le pied et dans la glande byssogène ; et pour désigner ce vaisseau, afin de ne pas amener de confusion dans les noms, j'emploierai seulement le nom d’aorte supérieure. 1 s’ensuit que l'aorte supérieure des 7ridacna est l'homologue de l'aorte antérieure des autres Pélécypodes, puisque les
(4) Varzcanr, Recherches sur la famille des Tridacnidés, Ann. des Sciences nat., 1865, t. IV.
origines et les champs de distribution sont identiques. L’aorte inférieure naïît effectivement en avant du ventricule, mais si l’on tient compte du déplacement subi par les organes, elle correspond à l'aorte postérieure des Bivalves. Elle envoie ses rameaux au manteau, aux ganglions viscéraux et à l’adducteur unique. En outre, on trouve près du ventricule une dilatation traversée par le rectum, que Vaillant appelle « bulbe aortique ». et qui peut être regardée comme étant l’origine de cette aorte inférieure. Ce renflement n’est autre chose que l’homologue de la dilatation postventriculaire que j'ai signalée dans les Siphonés, et qui a subi, avec le cœur, un déplacement considérable. Ce qui complète l’analogie, c’est que l’orifice de communication du ventricule et du « bulbe » présente une valvule semi-lunaire, dont la forme et la disposition sont identiques à ce que j'ai trouvé ailleurs. Vaillant ajoute qu'au point de vue de l’aspect et de la structure histologique. ce « bulbe » se rapproche des organes centraux, mais que, sous le rapport des fonctions, il doit être rattaché aux vaisseaux ; car il ne paraït, en effet, agir comme organe actif d'impulsion que dans les cas exceptionnels. Ses pulsations viennent alors en aide à celles du cœur. L'animal que j'ai étudié était en trop mauvais état pour qu'une injection pût me montrer autre chose que les gros vaisseaux à leur sortie du cœur. Mais en suivant la description de Vaillant (1), j'y ai trouvé avec l’Avicule des rapprochements remarquables au point de vue de la distribution des vaisseaux. L’extrémité terminale du bulbe donne immédiatement naissance à trois branches. La branche médiane ou artère récurrente péricardique, qui remonte dans l'épaisseur de la paroi supérieure de la chambre aquifère afférente, gagne l'extrémité postérieure de l'animal où lun de ses rameaux se rend dans la membrane cardinale, tandis que les deux autres, s’infléchissant à droite et à gauche,
(1) Ann. des Sciences nat., 186%, t. IV, pl. IL, fig. 1 et 2.
viennent se placer dans le bord réfléchi du manteau. retournent en avant pour s’anastomoser à plein canal avec les deux autres branches issues de la dilatation périrectale. Ces deux branches sont larges, et appuyées sur le muscle : elles s’écartent à droite et à gauche, envoient un rameau aux ganglions viscéraux, puis chacune donne une branche au muscle. Elles pénètrent ensuite dans l’épaisseur du manteau et vont se jeter dans la cireumpalléale. I] y a done une remarquable analogie, facilement visible, avec la distribution des mêmes vaisseaux dans l'Avicula hirundo.
L’artère récurrente péricardique est l'aorte postérieure proprement dite ; les cireumpalléales postéro-inférieures et antéro-inférieures correspondent à une partie de la circumpalléale. Les deux palléales antérieures sont pour moi les deux artères communicantes de lAvicule ; l’une d'elles. comme dans FAvicule, envoie un ramuseule aux ganglions viscéraux (= artère azyg0s, Vaillant) et chaeune donne une branche musculaire. Cette analogie est frappante. Il est pourtant nécessaire d'ajouter que, si le circuit des circumpalléales inférieures est complet autour de l'ouverture pédieuse, M. Vaillant n’a pas constaté en avant du pied les relations que j'ai découvertes dans lAvicule entre la circumpalléale et Paorte antérieure. C’est un point que j'aurais cherché à élucider dans les Tridacnes, si les spécimens que j'ai étudiés avaient été frais.
La branchie est formée de chaque côté par deux lames de grandeur inégale. Ces organes ont ceci de remarquable qu'ils ressemblent tout à fait par leur forme et leur structure aux branchies des Cardium. Ws se rattachent donc facilement aux mêmes organes de FAvicule.
Des analogies que j'ai signalées il serait peut-être hasardé de tirer des conclusions sur la phylogénie de ces animaux. En tout cas. il est curieux et intéressant de voir des Bivalves qui s’éloignent par leur coquille, leur manteau, et leurs branchies d'un degré supérieur à celles de l'Avi-
cule, offrir certains points de rapprochement gràce à leur byssus, à leur système circulatoire, à la présence d’un seul muscle dont le déplacement, moin$ important dans lAvicule, et beaucoup plus accentué dans les Tridacnes, produit les déformations que j'ai cherché à expliquer.