‹ Recherches sur la circulation des lamellibranches marinsChapitre 30 sur 66 · FAMILLE XII · texte numérisé non relu

FAMILLE XII

LUCINIDÉS

LUCINA Brug.

Dans la Lucina Jamaïcensis Chemniiz et la L. interrupta Lam. que j'ai étudiées à cause de leur grande taille, je n'ai pas pu faire des recherches complètes. Il était important de savoir si la loi de la turgescence que j'ai énoncée se vérifiait dans ce singulier animal, avec son pied vermiforme, cylindracé, allongé, qui lui sert d’organe locomoteur et qui est éminemment propre à devenir turgide. Ce pied a déjà été figuré par Poli.

Quand on ouvre une Lucine, on est frappé de la disposition des adducteurs : l’un, très allongé et étroit, est placé tout à fait en avant et même au-dessous de l'animal, tandis que le postérieur est dorsal et tout près de la charnière ; il est petit, plus ou moins ovale. Si on écarte ensuite les lobes du manteau, on voit une grande lame presque quadrangulaire, épaisse. qui recouvre à peu près tout le flanc. C’est la lame branchiale (fig. 42, Br). Audessous se trouve la masse viscérale comprise entre les rétracteurs du pied et dont l’arète inférieure se prolonge par cet organe singulier. Les rétracteurs antérieurs for-

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ment l’arète antérieure, tandis que les postérieurs, s’insérant sur le talon, sont fixés à la coquille juste en avant de l’adducteur postérieur. Il serait difficile de s’orienter seulement au moyen de la bouche, car les palpes sont réduits à de simples tubercules (fig. 42, 4), et l’orifice buccal lui-même n’est pas plus gros qu'une pointe d’épingle. Heureusement la courbure du pied, constante dans le groupe, peut donner une utile indication.

Fig. 42. Lucina Jamaïcensis. La lame branchiale gauche est rejetée à droite.

Le piedest formé par des anneaux musculaires réunis par des fibres longitudinales, en sorte que contracté il est très plissé et diminué de moitié. Au centre, le pied des animaux immergés dans un liquide conservateur présente un orifice circulaire plus ou moins aplati. Valenciennes (132) admettait que les cavités intérieures qui contiennent le sang sont mises par le canal pédieux en libre communication avec l'élément ambiant. Je m'étais demandé souvent s’il est bien vrai que les Lucines puissent aspirer de l’eau par ce tube pédieux afin d'amener la turgescence de leur corps, ainsi que Valenciennes le dit (132): mais je ne croyais guère pouvoir élucider cette question avec les animaux ayant au moins trente ans d'alcool que j'avais à ma

disposition. En premier lieu, puisque leur pied allongé est susceptible d’un gonflement énorme, je pensais que je devais y retrouver une preuve anatomique de plus à l'appui de la loi de la turgescence. Comme les deux organes de Bojanus communiquent sur la ligne médiane en arrière du cœur, une dissection attentive me montra l'existence de l’orifice bojano-pédieux muni de son appareil de fermeture. Dans une injection générale des lacunes viscérales, on remarque facilement que la masse injectée peut sortir par cet orifice, mais ne sort jamais par le trou central du pied. Celui-ci ne communique donc pas avec les lacunes viscérales (fig. 43, 5). Une injection poussée par le

Fig. 43. Section du pied de la Lucine de la Jamaïque.

ventricule (fig. 42, V) dans le sens postéro-antérieur, me fit voir que du ventricule, traversé par un très pelit rectum (fig. 42, /), il part une large aorte antérieure qui s’enfonce immédiatement dans la glande génitale et qui, à peu près au milieu de la distance de la bouche au ventricule, donne une très large artère descendant presque en ligne droite dans la masse viscérale et s’incurvant légèrement vers l'avant pour se rendre dans le pied (fig. 42, 3). Elle émet latéralement une branche postérieure qui remonte vers l'organe de Bojanus et différentes branches viscérales sur lesquelles il est inutile d’insister après l’étude que j'ai faite de ces ramifications chez les autres Lamellibranches (fig. 42). Je pouvais donc conclure de ce fait que le sang, arrivant par cette large artère pédieuse, intervient pendant la turgescence du pied. Ce résultat acquis, je pris un autre animal, dont le pied était bien conservé; et je poussai avec précaution par l’orifice pédieux une injection centripète vers la masse viscérale ; le cœur se rem-

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