‹ Recherches sur la circulation des lamellibranches marinsChapitre 36 sur 66 · FAMILLE XVII · texte numérisé non relu

FAMILLE XVII

SOLÉNIDÉS

SOLEN L.

D'une façon générale le Solen ensis L. et le Solen marginatus Pulteney (vagina auct.) ont des systèmes circulatoires identiques, mais on trouve pourtant quelques différences de détail.

Le cœur est toujours organe typique. à ventricule fusiforme et à oreillettes latérales triangulaires. Seulement de chaque côté du péricarde, et l’accompagnant dans toute sa longueur, se trouve une glande d’un rouge brun plus ou moins foncé et que Deshayes (34, 2) a appelé organe rouge des oreillettes. Elle est formée par des cœæcums ramifiés remplis de concrétions et débouchant dans les coins antérieurs de la poche péricardique par des orifices difficilement visibles à l'œil nu. Cette glande peut facilement s'injecter, car les cœcums sont séparés les uns des autres par des lacunes sanguines.

L'aorte antérieure, immédiatement après son entrée dans la masse viscérale, donne une artère récurrente qui, dans le plancher péricardique, va jusqu'au delà du sinus du pied, c’est-à-dire au delà de l’organe de Bojanus.

AT

L'aorte suit peu de temps la face dorsale. Dans ce’ trajet elle émet différents rameaux hépatiques ou gastriques, et elle arrive bientôt au-dessus de la bouche ; elle s’incurve alors pour descendre perpendiculairement. Au niveau de la courbure, elle envoie, dans le S. ensis, une branche au lobule hépatique qui se trouve en avant de la bouche. Cette branche va jusqu'aux dents de la charnière, mais s'arrête là après avoir émis plusieurs rameaux superficiels.

Pendant sa descente, l'aorte donne naissance à une grosse artère qui vascularise très abondamment les viscères. Le cœcum reçoit à lui seul deux rameaux qui sont en regard et le couvrent de leurs fines ramifications, tandis que les plus grosses artérioles passent sur les circonvolutions intestinales et s’y terminent.

L'aorte se recourbe alors antérieurement afin de donner des branches labiales, tentaculaires et une branche à chaque rétracteur antérieur bifurqué. Elle revient en avant, passe au-dessous de l’adducteur antérieur, le vaseularise, puis se bifurque dans le manteau, où je pense qu’elle se continue par la circumpalléale, quoique je n'aie pu voir très nettement le raccord. -

Quant à l'artère pédieuse, qui s'échappe au moment où l'aorte s’incurve antérieurement, elle s'enfonce dans les tissus, irrigue les ganglions pédieux, suit Île long du pied au-dessus du sinus longitudinal et émet de nombreux rameaux alternes avant de se bifurquer à la pointe claviforme du pied.

Dans le So/en vagina, le système artériel est différent parce que le corps de l'animal étant moins allongé, aucun lobe du foie ne vient se placer en avant de la bouche. L’aorte antérieure est donc dorsale bien plus longtemps ; au-dessus de l’adducteur antérieur elle se bifurque dans le manteau. En outre, de l'artère pédio-viscérale s'échappe une grosse branche qui vient aussi irriguer les viscères et en particulier le cœcum, lequel entre dans le pied et le

suit dans plus de la moitié de sa longueur. L’artère pédieuse. plus superficielle, donne moins de rameaux, mais au niveau de la courbe terminale de l'intestin, elle émet une grosse branche latérale qui se ramifie entre les faisceaux musculaires du pied.

L'aorte postérieure est plus curieuse à étudier : elle présente la dilatation que l’on ne connaissait encore que dans la Mactre. Dans cet animal, au-dessous du rectum, en arrière du ventricule, et séparée de lui par un assez faible espace, on voit une grosse dilatation musculeuse reposant sur l'organe de Bojanus. Ce renflement est séparé du ventricule par une valvule. Dans le So/en on peut constater le même fait, c’est-à-dire l'existence de la dilatation postventriculaire isolée par une valvule. Mais ici à cause de l'allongement de tout le corps. la dilatation est très longue et s'étend jusqu'au musele adducteur postérieur. en entourant le rectum comme un fourreau et en s’y rattachant par quelques piliers musculaires. Les parois sont recouvertes par un endothélium, musculeuses, un peu plus fortes que celles de l'oreillette. Ce fait est intéressant et je lai retrouvé dans le Solenocurtus (sp?). Je montrerai plus tard que cette gaîne doit jouer un très grand rôle dans les phénomènes de turgescence de la parlie postérieure de l'animal. Comme l'aorte elle-même, ce renflement donne la branche récurrente du plafond péricardique et du raphé.

Près de l’adducteur postérieur il part de l'aorte deux branches qui vont l’une à droite, l’autre à gauche en passant sous le muscle et en communiquant avec les lacunes rectales. Ces rameaux débouchent dans les deux sinus latéraux du manteau. Ils sont situés à la hauteur de la ligne de concrescence des siphons. Ils communiquent d’ailleurs en contournant ces organes, puis ils s’enfoncent dans leurs parois et s’incurvent vers l'avant pour venir dans les bords marginaux soudés. Ils s’y élargissent beaucoup, émettent sur la surface externe un grand nombre de

ASE ramuscules capillaires non fusionnés en réseau et reviennent antérieurement au niveau de la charnière, c’est-àdire de la partie la plus antérieure de la coquille. I n'a été impossible de m'assurer s’il existe à cet endroit un raccord avec l'aorte antérieure. parce que dans l'animal enlevé de sa coquille, cette partie était toujours lésée.

Ces branches de l'aorte postérieure sont-elles de vraies artères ? Je n'ai pu y mettre en évidence un endothélium. En tout cas ce sont des canaux endigués montrant latéralement des orifices qui conduisent dans les lacunes palléales. Partout, dans tous les canaux artériels du manteau, j'ai retrouvé ce caractère. Toutes les artères des Lamellibranches s'ouvrent d’ailleurs dans les lacunes. Mais dans la masse viscérale et le pied. ce ne sont que les fines ramifications ultimes qui ont des parois conjonctives percées de boutonnières. Dans le manteau, ce sont les gros troncs qui offrent ces boutonnières latérales. Ce fait peut s’expliquer par le rapide déplacement que le sang doit y subir parfois : afflux très rapide, départ plus rapide encore. De plus, à cause des fonctions respiratoires dn manteau, le sang doit s’y répandre sur une surface aussi grande que possible. Il sert en outre de réservoir sanguin quand cesse la turgescence du pied.

Je ferai remarquer de plus que les artères sont dans les Solen bien moins endiguées que dans les Bivalves asiphonés, qu'on est généralement convenu d'appeler inférieurs, et il semble qu'on pourrait peut-être trouver là une excellente raison pour placer ces derniers au contraire au sommet de la série des Bivalves, comme quelques auteurs paraissent disposés à le faire. Mais on serait alors forcé d'admettre que les formes Avicules, Arches sont les plus perfectionnées, et puisque ce sont elles qui représentent les premiers Lamellibranches dans les éouches géologiques, il faudrait en conclure que les premiers représentants de cette classe dans le Silurien sont les types les plus élevés en organisation.

Le système veineux dans le Couteau est compliqué et très difficile à débrouiller, comme d’ailleurs chez tous les Pélécypodes. Ce n’est qu'après de nombreuses injections que j'ai pu en quelque sorte le schématiser.

Le pied allongé et en massue est très lacuneux et parcouru par un large canal représentant le sinus postérieur du pied des autres Lamellibranches. Il est presque médian et limité par des faisceaux musculaires longitudinaux et transversaux qui laissent entre eux des orifices par où le sang des sinus secondaires vient s’amasser dans le sinus principal. Le même sinus est bifurqué en avant. En arrière il suit inférieurement la masse viscérale dont il reçoit le sang et, décrivant une courbe, il vient s'arrêter juste en face de l’orifice bojano-viscéral. Dans la rétraction du pied l’orifice s'ouvre et laisse passer le sang à travers l'organe de Bojanus. Ce sang va s’accumuler dans les sinus palléaux d’où il peut être pour ainsi dire aspiré par le cœur s'il est nécessaire à un nouveau gonflement du pied.

Le système veineux dans le manteau ne possède pas de voies bien endiguées. Très lacuneux et très mou, le manteau est capable de recevoir une quantité énorme de sang. Le sang de l’adducteur antérieur s’amasse dans un sinus longitudinal latéro-supérieur qui contourne le muscle et en suit le bord inférieur. Il est en relation avec le sinus marginal.

Dans la partie postérieure du manteau le sang veineux se mélange au sang artériel et s’amasse dans le sinus déjà connu. La turgescence des tentacules siphonaux est facile à expliquer, car ceux-ci présentent de larges lacunes débouchant directement dans le sinus siphonal.

APPAREIL BRANCHIAL.

Les branchies du So/en sont du type de celles du Cardium. Elles sont lamelleuses et plissées.

Le suspenseur branchial porte deux vaisseaux : l'un afférent, l’autre efférent.

Le vaisseau aflérent venant du sinus des ganglions viscéraux recoit une branche antérieure qui, elle aussi, donne des rameaux pectinés aux feuillets réfléchis des deux branchies. Ces rameaux suivent les sepla, en sorte qu'il y a pour un septum deux vaisseaux, à droite et à gauche : l'un correspond au feuillet direct, l'autre au feuillet réfléchi (fig. 52 ca). Le vaisseau collecteur efférent

Fig. 52. Coupe transversale des gouttières d’une hranchie de Solen.

est longitudinal et placé au-dessous du précédent: il débouche dans la partie postérieure de loreillette, en sorte qu'il se compose d’une partie antérieure et d'une partie postérieure. Les canaux efférents (fig. 52, ce) prennent naissance au bord supérieur du feuillet réfléchi, se replient au bord libre avant de se jeter dans le vaisseau collecteur. Ce vaisseau est toujours sur le même septum. moins large que celui qui correspond aux canaux efférents. On remarque donc que le nombre des compartiments est double de celui qui existe dans la branchie des Cardium. Une injection trop complète remplit facilement les septa en entier. Les septa renfermant des canaux afférents et efférents alternent régulièrement. Ils sont réunis par des gouttières ouvertes dans l’espace interfoliaire et

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