‹ Recherches sur la circulation des lamellibranches marinsChapitre 41 sur 66 · FAMILLE -XXI · texte numérisé non relu

FAMILLE -XXI

FTÉRÉDIENTDÉS

TEREDO LI.

J'ai eu à ma disposition les différentes espèces qu'on rencontre dans les mers d'Europe :

19° Le 7. navalis Sellius, commun en Hollande et dont les palettes sont nettement bicornues ;

2° Le T. norwegica Spengler, dont les palettes larges et presque sessiles sont, pour ainsi dire, tronquées à leur extrémité libre. C'est le même que celui que de Quatrefages appelait 7. fatalis et auquel Deshayes a donné le nom de 7. navalis, dans son £xploration scientifique de l'Algérie :

3° Le T. pedicellata de Quatrefages dont les palettes sont plus étroites et plus longuement pédicellées. Il paraït moins fréquent que les autres. car dans les divers envois que j'ai reçus de Hollande, d'Arcachon ou de Naples, il s’est rencontré beaucoup moins souvent.

Mes recherches ont surtout porté sur le 7. navalis Sell.

A cause de sa forme aberrante due à son genre de vie, le Taret est un type particulièrement intéressant à étudier: ses affinités zoologiques ont de tout temps intrigué les

DEMSAUES

naturalistes. Quoique son anatomie ait été complètement étudiée par de Quatrefages (101), j'ai dû m'en occuper pour le comparer aux autres Pélécypodes. Mes dissections minutieuses, aidées par les recherches récentes sur l'anatomie des Mollusques, me permettent de donner une étude complète de son système circulatoire, de faire voir les véritables homologies de ses organes et de montrer qu'il se rattache plus facilement qu'on ne le croyait au type Lamellibranche général.

On sait que chez les Tarets, la coquille est très petite et ne recouvre que la partie antérieure de l'animal (fig. 54). Tous les organes sont rejetés en arrière et ne sont plus couverts par la coquille, qui d'ailleurs n’a plus aucun rôle protecteur à jouer, grâce au tube calcaire que lanimal se sécrète dans le bois.

La structure anatomique des Tarets a donné lieu à bien des discussions. Malgré ce qu'on en a dit jadis, le Taret est un véritable Dimyaire. M. le D' Fischer avait déjà vu les impressions que laissent les muscles adducteurs sur les deux petites valves. Dans mes recherches anatomiques, j'ai montré l'existence de deux muscles, très peu éloignés l'un de l’autre, mais séparés par le rectum et un vaisseau qui l'accompagne. L'adducteur antérieur (fig. 54, AA), très petit est inséré sur le bord cardinal de l’auricule antérieure des valves. Il n’est plus recouvert par la coquille, mais il est protégé par un lobule du manteau qui le recouvre, Sans que sa surface externe se sécrète jamais une couverture calcaire. On peut donc faire un rapprochement remarquable entre le Taret et la Pholade, où l’adducteur antérieur est presque en entier extérieur à la coquille, et où il possède une couverture, les protoplaxes plus ou moins calcifiées suivant les espèces.

Le gros muscle du Taret est donc bien l’adducteur postérieur des valves séparé de l’antérieur par le rectum et l'aorte.

Puisque le Taret possède deux museles insérés sur la

coquille, à quoi peuvent done correspondre les palettes ? D'éminents naturalistes ont homologué à l’adducteur postérieur les muscles sur lesquels elles s'appuient, et le gros muscle du Taret devient pour eux l’adducteur antérieur. Nous savons qu'il n’en est rien. Cette assimilation aurait été facilement reconnue fausse, si l’on avait étudié la musculature de ces organes. Dans des animaux conservés dans” l'alcool, j'ai trouvé trois muscles venant s’insérer sur le pédoneule de chacune des deux palettes, et qui sont les organes actifs des mouvements d'adduction, de diduction et de rétraction dont elles sont susceptibles.

Le premier, le plus gros, emprunte ses fibres aux museles des siphons et vient s'insérer sur la face interne du pédoneule. Le muscle de droite et celui de gauche servent done à appliquer les deux palettes l'une contre l’autre quand les deux siphons se rétractent et à obturer complètement la partie postérieure du tube. Ils sont adducteurs.

Le deuxième musele vient s’insérer sur la face externe du pédoneule ; il écarte la palette et l'applique contre le tube caleaire. Il est diducteur.

Le troisième s'insère exactement sur l’extrémité du pédoneule et sert uniquement à ramener la palette en avant. Comme le Taret possède deux palettes, il y a deux muscles qui sont très longs et très grèles et qui vont se perdre dans le manteau, presque au niveau des ganglions viscéraux. Ils sont rétracteurs. Ces trois paires de muscles n’ont pas d'équivalents chez les autres Lamellibranches. Malgré leur position en face de la ligne de séparation des deux siphons, il est bien évident qu'on ne peut assimiler les palettes à la couche cuticulaire sécrétée par lépithélium externe du manteau et qui relie les siphons au bord postérieur de la coquille chez les Pholades. Les palettes sont donc des organes spéciaux aux Tarets. On doit voir en elles une production calcaire du manteau caractéristique de la famille des Térédinidés, et en rapport avec des fonctions nouvelles dans ce type si modifié.

Lo

Le cœur, situé à la partie du !corps qu'on est convenu d'appeler dorsale chez les Lamellibranches, c’est-à-dire reposant sur le paquet viscéral, a une forme allongée particulière aux Tarets.

En ouvrant le manteau latéralement on arrive au péricarde qui, incisé, laisse voir un ventricule et deux oreillettes placées à sa suite.

La poche péricardique est très allongée, peu large, et elle repose sur les ovaires, tandis qu’elle est limitée supérieurement par le canal anal. En avant. elle offre une pointe qui arrive au muscle, et postérieurement, elle est divisée en deux par du tissu spongieux, qui sépare ainsi les deux oreillettes. Elle va donc du musele aux ganglions viSCÉTAUX.

Les Tarets que j'ai étudiés étaient exsangues par suite des blessures que je leur avais faites pour les extraire de leur tube: ils m'ont présenté un cœur se rapprochant beaucoup de celui décrit par Deshayes. Le ventricule allongé, très aplati, à section longitudinale triangulaire, offre postérieurement une dépression médiane, dont les deux bords se prolongent chacun en une sorte de tube de fun qui se raccorde à l'oreillette fermée par deux replis semi-lunaires.

En avant, le ventricule devient excessivement petit sur une grande partie de sa longueur, mais au point où il plonge dans les tissus, on voit un élargissement, c’est l'origine de l'aorte, qui est fermée par un seul repli semilunaire horizontal.

Les oreillettes, très allongées, sont arrondies, plissées, et non aplaties comme le ventricule. Très amincies à leur exirémité postérieure, elles passent de chaque côté du tissu spongieux divisant en deux la chambre péricardique. Au niveau des ganglions viscéraux, on les voit se continuer directement par le vaisseau branchial efférent tout en s’ouvrant dans le sinus où se trouve le système nerveux

viscéral.

L'injection du vaisseau efférent de la branchie remplit les oreillettes et comme celles-ci crèvent avant de laisser passer la matière colorée dans le ventricule à l'état de contraction, on voit la matière refluer dans le sinus des ganglions et de là, en suivant les nerfs palléaux, elle arrive jusqu'au côté interne du siphon, sans se répandre dans tout le manteau si l’on pousse lentement.

Système aortique. — Tai étudié surtout le 7. navalis Sellius. On pourrait croire que le système aortique postétérieur y manque ; les rapports ordinaires sont simplement masqués par un dispositif spécial comme je le montrerai ; en sorte qu’il sera facile de reconnaître une grande analogie avec les Pholadidés.

Le trajet de l’aorte unique est particulier. D'abord éloignée du tube digestif, elle se rapproche bientôt de l'intestin qui se dirige vers l'avant, puis de l'estomac tubulaire, pour cheminer ensuite appuyée sur l’un et l’autre.

Elie donne plusieurs artères. La première est la plus importante en volume : elle a son point de départ caché sous la valvule. et elle s’injecte assez difficilement avec le reste du système. Mais j'ai pu y arriver directement après avoir élargi l’orifice en tirant sur la paroi de l'aorte ouverte et en lançant un jet de matière colorée sans introduire la canule à cause de la délicatesse des tissus.

Cette première artère se divise immédiatement en deux branches. L'une récurrente est tout à fait superficielle. Elle se voit par transparence à travers le péricarde. Elle irrigue les ovaires sur lesquels reposent le péricarde et l'intestin, tandis que l’autre branche traverse le corps perpendiculairement à la plus grande longueur de l'animal. Tout en faisant une courbe à concavité postérieure, au niveau du col du cœeum, elle donne deux artérioles, l’une à droite, l’autre à gauche, que j'ai pu suivre, jusqu’au point où le cœcum s'attache à l’anse intestinale, en faisant progresser la matière colorée grâce à une légère pression exercée avec une aiguille à dissection. Une de

ces artérioles suit le bord externe de la membrane formant une gouttière dans le cæcum. Il y a donc les artères de la surface du cœæcum et celles de la membrane interne. Les branches partent à angle droit sur toute la surface. L'artère viscérale se continue ensuite dans les parois, sur l'intestin et dans le foie, par ses branches antérieures qui s'arrêtent aussi sur la dilatation poststomacale.

La deuxième artère, issue de l'aorte, irrigue l'intestin, l'estomac tubulaire, le fourreau de la tige cristalline et le foie, d’après le mode connu. Les trois branches suivantes sont purement gastriques. L’artère de l’adducteur postérieur part de l'aorte avant son passage au-dessus de l’intestin et s'enfonce, comme elle le fait toujours. perpendiculairement aux faisceaux musculaires.

Les résultats que j'ai obtenus dans le T. naval n'infirment en rien, pour cette partie de la circulation, la description du système circulatoire faite par M. de Quatrefages, dans son excellent mémoire sur le Taret (101), car dans le T. noriwegica Spengler (7. fatalis de Quatrefages) le ventricule donne en effet un tronc non soudé au plancher péricardique et libre jusqu'au niveau de la bouche d'où partent toutes les branches viscérales. Je n'y ai pu voir de valvule à l’origine de l'aorte.

Dans le Taret qui fait plus spécialement l’objet de cette étude, l'aorte unique, au bord de la coquille, laisse passer l'intestin qui va contourner l’adducteur postérieur. Elle euvoie une fine branche qui se ramilie sur le bourrelet pédieux, l’œsophage, l’estomac et qui se continue même jusqu'au cœæcum. Puis l'aorte se courbe pour passer entre les deux muscles. Il s’en échappe alors un faisceau de ranuscules dont les uns vont au capuchon antérieur et aux deux lobes palléaux latéraux recouvrant la coquille, tandis que d’autres sont visibles dans les palpes et dans la partie du manteau qui se trouve sur le bord antérieur de la coquille. L’aorte devient ensuite tout à fait récurrente et passe entre les deux muscles à droite du rectum: elle

envoie des artérioles latérales, plus ou moins importantes et ramifiées, au muscle antérieur et au lobule palléal qui le protège. J'ai parlé plus haut de l'importance de ces faits pour déterminer les homologies des muscles du Taret.

Dès qu'elle a dépassé l’adducteur, l'aorte entre franchement dans le manteau. Un instant avant d'arriver à la hauteur de son origine, elle donne alors, à droite et à gauche et à des hauteurs différentes, deux branches palléales latérales (fig. 54, ap.) bien décrites par de Quatrefages. D'abord dirigées latéralement et en arrière, ces branches reviennent en avant, puis relournent en arrière, de façon à former une courbe à convexité antérieure succédant à deux courbes concaves en avant. Du sommet de la convexité partent trois ou quatre rameaux de grandeur variable, qui se ramifient dans la partie antérieure du manteau. Le tronc proprement dit se dirige obliquement en arrière et se divise bientôt en deux artérioles : une palléale antérieure donnant trois ramuscules antérieurs et un postérieur, et une palléale postérieure, qui envoie quelques branches latérales, pendant son trajet un peu sinueux, tout en se rapprochant de plus en plus de la ligne médiane inférieure, afin de venir. vers les deux tiers antérieurs de l'animal, se réunir à sa congénère du côté opposé pour former la palléale postérieure inférieure que je n'ai pu suivre que sur une longueur très restreinte. .

Les branches des rameaux antérieurs s’anastomosent avec celles qui émanent de la partie plus antérieure de l'aorte pour donner un réseau assez riche.

Quant au tronc postérieur principal de l'aorte, il se place différemment suivant les espèces. Ou bien il suit la face supérieure de l'intestin en lui donnant quelques branches (T. navalis), ou bien il se loge au delà des ganglions viscéraux, comme j'ai pu le voir dans un échantillon unique et incomplet que j'ai ew en main, entre l'intestin et le nerf palléal droit, de sorte qu'il semble même être di-

rectement au-dessus de ce dernier. Il donne des branches latérales qui se dirigent soit en avant, soit en arrière ;

Fig. 54, Circulation dans le manteau du T. navalis Sell.

mais vers la moitié de sa course, il émet un gros rameau qui, passant au-dessus de l'intestin dans une direction

exactement perpendiculaire. arrive jusqu'au nerf palléal gauche où il envoie un ramuscule antérieur récurrent, et un ramuscule postérieur que j'ai pu suivre très loin.

L'aorte se termine à l'origine du siphon par deux rameaux situés du côté interne de ces deux organes. On voit, d’après ce qui précède, que l'irrigation est asymétrique et rappelle la disposition existant dans la Pholade.

Dans le Taret norwégien les palléales latérales prennent naissance un peu en avant de l’origine de l'aorte, mais comme à cet endroit l'aorte récurrente a contourné le musele et se trouve logée dans la paroi supérieure de la cavité péricardique, exactement au-dessus de l'aorte unique, il est facile de croire que les branches latérales s’'échappent de cette dernière. Ce n'est qu'après une injection très complète des branches latérales que j'ai réussi à introduire une matière colorée différente dans la partie antérieure de l'aorte, en sorte que les connexions m'ont apparu très nettement et qu'il m'a été relativement facile de constater que les palléales Fatérales naissent du trone de l'aorte, mais après que l'aorte a contourné le muscle, lorsqu'elle ne représente plus que l'aorte postérieure des autres Lamellibranches.

Cela est si vrai que, dans le Taret naval, les palléales latérales naissent très loin en arrière de l’origine de Faorte antérieure, en sorte que les connexions qué j'ai admises deviennent indiscutables.

En dessous de l'intestin, on voit un canal longitudinal qui se remplit de matière colorée en même temps que les lacunes viscérales et les sinus intermusculaires. J'ai étudié deux Tarets entiers par la méthode des coupes transversales. J'ai reconnu facilement que le canal longitudinal n’est pas seul, mais qu'on trouve d’autres canaux plus petits qui lui sont accolés. L'ensemble compose les deux organes de Bojanus fusionnés. Ils sont placés dans la paroi supérieure de la chambre péricardique. immédiatement en arrière du muscle, au-dessous de l'aorte et un peu

à droite de l'intestin. Leur position n'avait pas encore été précisée.

Dans certains Tarets, Fasymétrie semble ne pas exister, puisque l'artère postérieure est médio-dorsale ; dans le 7. norwegica, l'asymétrie est peu visible, il ne s’agit que d’un faible déplacement latéral de l'aorte, dont la nécessité pourrait s'expliquer par le contournement du corps dans le tube calcaire.

On voit donc que si la forme du corps et la vie de l'animal nécessitent la place des oreillettes en arrière du ventricule, l'irrigation de la partie postérieure du manteau enfermant les branchies est réalisée par une disposition spéciale. Il est en outre intéressant de faire remarquer la riche vascularisation du manteau par des artères nombreuses, à parois excessivement minces et qui s’aplatissent tellement qu'elles ne sont pas visibles sur une coupe transversale. Sur le Taret norwégien, seule l'aorte postérieure se reconnait avec assez de facilité. Son diamètre est d'environ 3 à 4 dixièmes de millimètres.

L'aorte unique du Taret représente les aortes antérieure el postérieure soudées qu'on retrouve chez les autres Bivalves. Cette soudure n’a rien qui doive étonner, car des phénomènes semblables se rencontrent déjà chez des types éloignés du Taret. Mais si on la compare aux genres voisins, cette fusion des deux aortes est très facile à comprendre.

Le cœur de la Pholade est le cœur typique des Lamellibranches., mais l’aorte postérieure est latérale au lieu d'être placée sous le rectum.

Dans la Pholadidea (voir Egger, 37), où il y a rapprochement de l’adducteur postérieur de l'adducteur antérieur, et par conséquent raccourcissement du corps, les oreillettes sont encore latérales ; le ventricule tend à se placer un peu au-dessous du muscle. Le rectum, afin de gagner le bord supérieur du muscle, se courbe dans le ventricule, et les deux aortes, par suite, se confondent presque à l'origine ;

l'aorte postérieure passant à gauche du rectum, qui luimême est latéral. Dans la Jouannetia. le raccourcissement s’accentue et le muscle adducteur postérieur vient se placer en partie au-dessus du ventricule, en sorte que les oreillettes sont déjà étendues vers l'arrière, mais encore un peu latérales. Le rectum remonte dans la masse abdominale s’incurve en avant et traverse le ventricule pour aller passer au-dessus du ‘muscle. Les connexions des deux aortes sont conservées. Donc l'aorte antérieur sera audessous du rectum et l'aorte postérieure, pendant une partie de son trajet, se placera au-dessus pour devenir latérale ensuite, quand elle se recourbe vers l'arrière.

En supposant que cette disposition s'accentue encore, on comprend parfaitement qu'il puisse y avoir soudure des deux aortes sur une étendue plus ou moins considérable, suivant le déplacement du muscle.

Si le mouvement du muscle vers l'avant entraîne seulement le raccourcissement de la partie dorsale, et s'il se complique d'un rétrécissement par suite de l'allongement de la partie inférieure de la masse viscérale, on arrive au cas du Taret. Le rectum ne peut plus traverser le ventricule, il se place à côté et en dessous. Le ventricule est très allongé ; les oreillettes cylindro-coniques viennent S'y attacher en arrière, et les branchies se placent à la suite. I y a donc tendance de tous les organes à se disposer longitudinalement.

On constate en outre un déplacement de l'organe de Bojanus correspondant à ce mouvement. Les deux organes rénaux sont venus se loger dans la partie du manteau limitée par le ventricule et les valves en avant, au-dessous de l'aorte palléale postérieure, comme il est facile de s’en assurer sur des coupes transversales totales.

D'après ce qui précède, on peut dire que l'aorte unique des Tarets représente les aortes antérieure et postérieure soudées des autres Lamellibranches et que le tronc qui passe entre les deux adducteurs représente seul l'aorte

postérieure. On pourrait même pousser la comparaison plus loin et admettre que les deux palléales latérales représentent les deux artères qui partent de l'aorte postérieure, irriguent chemin faisant les muscles des siphons, avant de se réunir à deux branches de l'aorte antérieure pour donner une sorte de circumpalléale, car il existe des anastomoses entre cette artère palléale et celle qui suit le bourrelet antérieur du manteau.

On voit que le système circulatoire du Taret se ramène facilement à celui des Lamellibranches typiques. Les homologies que j'ai établies diffèrent de celles admises par M. de Quatrefages, mais ce sont, je crois, les seules réelles.

Le système veineux est difficile à étudier dans ces animaux à cause de la mollesse extrème de leurs tissus.

Les lacunes interviscérales sont bien connues. Elles débouchent dans deux sinus latéraux et situés à la base d’insertion de la masse viscérale sur le manteau. Les sinus s'élargissent vers l'arrière, et contournant la bosse de Polichinelle, ils confluent en un seul canal qui entre dans l'appareil branchial. Celui-ci le parcourt dans toute sa longueur ; il est placé sur la ligne médiane de façon à réunir les deux branchies. Les deux nerfs branchiaux qui, dans tous les autres Bivalves, sont accolés aux deux vaisseaux afférents inclus dans les suspenseurs, sont rejetés latéralement, mais sans toucher le vaisseau efférent. Les deux nerfs branchiaux des Tarets montrent bien qu'il y a deux branchies comme dans les autres Lamellibranches, mais ces deux organes se sont rapprochés sur la ligne médiane et soudés longitudinalement.

Dans les siphons, le sang arrive par les artères siphonales, s’épanche dans des lacunes, puis tout le sang de la partie postérieure se réunit dans de gros sinus longitudinaux ou veines qui renferment les deux nerfs siphonaux très allongés dans le Taret. Assez faciles à mettre en évidence par une injection, ils viennent déboucher directement dans l'oreillette.

L'injection de ces sinus ne remplit pas directement les branchies. La matière pénètre d'abord dans l'oreillette, puis elle reflue par le vaisseau efférent jusque dans la branchie. On voit donc que le sang du manteau peut se rendre en totalité et directement dans le cœur. Les deux sinus longitudinaux se prolongent en avant pour ramener le sang de la partie antérieure du manteau. Ils se trouvent alors à droite et à gauche de la cavité péricardique et un peu au-dessus des deux sinus latéraux collecteurs du sang des viscères. Ils jouent dans leur court trajet antérieur le rôle de vaisseaux branchiaux efférents, car ils reçoivent le sang provenant des deux pointes antérieures des branchies.

Dans le Taret, la séparation est donc nette, car les branchies ne servent qu'à hématoser le sang des viscères.

Le rectum et le canal anal sont placés (Deshayes) entre les deux sinus palléaux, qui correspondent aux lignes d'insertion des deux branchies avec lesquels ils forment un canal où arrive l’eau qui a traversé les branchies et par où elle s'échappe à l’extérieur grâce au siphon efférent.

Le sang épanché dans les lacunes du manteau ne vient pas se jeter dans Je vaisseau branchial efférent par un certain nombre de veines palléales sinueuses, mais il se rend directement dans l'oreillette ou plutôt, comme dans le Peigne, la veine branchiale se fusionne à l’origine de l'oreillette avec le sinus palléal.

M. de Quatrefages admet l'existence de ces veines et de valvules empèchant le reflux du sang. Pour lui, elles sont placées au point où les veines palléales débouchent dans la veine branchiale. Il s'appuie sur ce seul fait que l'injection d'avant en arrière remplit la branchie, mais jamais le manteau et ses vaisseaux branchio-palléaux. C’est en effet ce que j'ai vu; mais pour moi, le vaisseau branchial efférent est bien fermé et ne communique pas avec les lacunes du manteau: on ne peut donc injecter ces veines d'avant en arrière.

D'ailleurs une injection d’arrière en avant par le vais-

seau branchial efférent passe tout d’abord dans le cœur et quelquefois reflue dans le sinus ganglionnaire, mais jamais elle n'’amène la réplétion des prétendus vaisseaux à valvules. Ils ne peuvent done s'ouvrir dans le vaisseau efférent. Ces veines pourraient même exister, ce qui n’est pas, qu'il serait inutile d'invoquer la présence de valvules pour empêécher le reflux du sang pendant les mouvements de contraction de l'animal ou pendant la systole cardiaque, car la contraction des oreillettes commence postérieurement et lentement, de telle façon qu'elle obture la lumière du canal. Elle se poursuit en avant, et comme il faut une très légère pression pour chasser le sang dans le ventricule, les oreillettes se vident complètement. Elles se dilatent ensuite et se remplissent par une sorte d'aspiration. Dans les animaux conservés dans l'alcool, une pareille injection ne peut évidemment réussir par suite de la contraction des oreillettes.

Quant aux contractions générales de l’animal, elles ne peuvent qu’amener une stase du sang dans les lacunes palléales et le gonflement temporaire du manteau.

APPAREIL BRANCHIAL.

La morphologie générale des branchies des Tarets est bien connue par des travaux antérieurs. Ces organes offrent toujours des dos d’âne séparés par des dépressions dont nous aurons l'explication plus tard,

Une injection faite par le canal médian afférent (fig. 55, va) montre facilement la structure des branchies. On voit la matière passer par des canalicules (fig. 55, c) qui ne s’anastomosent jamais entre eux (fig. 56) et qui, arrivés au bord latéro-supérieur, viennent déboucher dans le vaisseau efférent (fig. 55, ve). Celui-ci est en dehors de la ligne d'insertion de la branchie et proémine fortement sur le côté. D’autres canalicules, sur la face supérieure . ont les nêèmes connexions.

Une section transversale des branchies du Taret présente une forme quadrangulaire (fig. 55).

ve va

Fig. 56.

Fig. 55. Figure théorique de la circulation dans les branchies des Tarets. Fig. 56. Canalicules isolés et grossis.

Le canalicule de la face inférieure descend d’abord très rapidement (fig. 55, e), puis il se dirige sur les côtés pour s’incurver bientôt brusquement, de façon à former un angle très aigu avec sa direction primitive, il revient en dedans afin de reprendre à peu près au milieu de la branchie une direction inverse et débouche dans le vaisseau eflérent. Dans l'angle ainsi formé, il existe une membrane qui réunit les deux portions d’un même filament. De la sorte, le flanc de la branchie porte une gouttière longitudinale (fig. 55, c).

Le filament de la face supérieure. très court, relie simplement par un trajet un peu convexe les canaux afférent et efférent (fig. 55). A priori, il a une importance beaucoup moindre que le filament inférieur, non seulement à cause de sa longueur, mais aussi à cause de sa place, car il ne se trouve qu'en présence d’une eau moins riche en oxygène. Il sert donc surtout à faire écouler, s’il y a lieu, dans le vaisseau efférent le trop plein du vaisseau afférent.

Examinée au microscope, la branchie du Taret est curieuse, surtout si au préalable on a eu le soin de la placer dans le bleu de méthylène. Le squelette de soutien se colore seul et l’on voit sa structure avec une netteté remarquable. Ce qui frappe tout d’abord, lorsqu'on arrache des lambeaux, c’est la fenestration. Chaque canalicule (fig. 56,

e, s) est soutenu de chaque côté par un bâtonnet, et celui-ci se réunit avec son voisin du canalicule adjacent, par une traverse rigide, en sorte qu'il y a une alternance régulière d'espaces fenestrés et d'espaces pleins, ceux-ci souvent plus resserrés que les premiers. Ces fenêtres ont 60 # de longueur et 30 & de largeur, ce qui correspond à la distance de deux canalicules. Les fenêtres sont donc petites. En outre, elles sont tapissées par un épithélium vibratile et ne se correspondent pas exactement. Les canalicules ont une largeur un peu plus grande. Elle est de 45-55 &. Ils font saillie à la surface, car les bätonnets sont situés plus intérieurement. Les bätonnets au bord externe diminuent d'épaisseur, et deux bâtonnets adjacents s’incurvant l’un vers l’autre, viennent se réunir sur la ligne médiane et s'appuyer sur une tige longitudinale (fig. 56). Je dis qu'ils s'appuient seulement, car il m'est arrivé souvent de les voir se séparer de la tige longitudinale, qui elle-même se détache aussi très facilement. Elle supporte une membrane flottante formée de cellules et de fibres conjonctives.

La présence de cette tige explique la forme de la branchie et les dos d'âne y existant. Car, pour que la branchie puisse prendre cette forme, il faut que la tige ait cédé en quelques endroits.

Maintenant que j'ai fait connaître la structure de l’appareil branchial des Tarets, je vais essayer de le comparer à celui des autres Pélécypodes et d’homologuer ses différentes parties à celles des branchies typiques de cette classe.

On sait que les deux branchies de droite et de gauche, séparées antérieurement, réunissent ordinairement leurs suspenseurs en arrière de la bosse de Polichinelle, sans qu'il y ait pourtant fusion des vaisseaux. Schématiquement, un appareil branchial se compose donc de deux vaisseaux efférents communiquant chacun avec les deux feuillets directs de chaque branchie, tandis que deux vaisseaux afférents envoient du sang aux deux autres feuillets.

to

On sait de plus que Valenciennes (132,1) a montré que chez les Corbules et les Lucines la lame externe n’est pas développée: malgré cela, il y a encore deux vaisseaux afférents et deux efférents. Mais supposons que les deux vaisseaux afférents se rapprochent sur la ligne médiane et qu'ils se fusionnent en s’élevant entre les deux lames branchiales internes, cette fusion s’accompagnant d'une réduction considérable de la lame externe, nous aurons le cas du Taret dans lequel la lame externe n’est plus représentée que par le canalicule supérieur du système qui relie presque en ligne droite le vaisseau afférent à chaque vaisseau efférent.

Le Taret possède ainsi un appareil branchial dont les parties internes ont la structure normale. et les lames externes, fort réduites, ne peuvent plus être divisées en feuillet direct et feuillet réfléchi. La forme de eet appareil est toute spéciale au Taret: on comprend que cet allongement et ce rétrécissement ont été rendus nécessaires par son habitat. j

La soudure entre les deux feuillets n'existe done pas comme on l’a admis jusqu'à maintenant. L'appareil branchial des Tarets se place entre celui des Bivalves Monobranches et celui des Hémibranches. Il s'éloigne de celui de la Pholade. L'organisation du Taret tend ainsi à séparer cet animal de la famille des Pholadidés et à le faire placer à côté, dans un groupe spécial.

Il résulte de mes recherches que le Taret est bien un dimyaire :

Que les palettes, mues par trois paires de muscles spéciaux, sont des organes propres aux Tarets, sans équivalents chez les autres Lamellibranches :

Que l'aorte unique du Taret représente en avant les aortes antérieure et postérieure des autres Bivalves, tandis qu'après son passage entre les deux adducteurs, le tronc ne correspond plus qu'à l'aorte postérieure ;

Que, de plus. l'aorte suit la droite du rectum comme

dans la Pholade. Lorsqu'elle le quitte, elle vient se placer au-dessus du nerf siphonal droit ;

Que l'appareil branchial des Tarets a une conformation spéciale : on y trouve un seul canal afférent, deux nerfs branchiaux, deux vaisseaux efférents à parois très délicates, tandis que chaque branchie est constituée par une lame complète et par une portion de la lame externe ;

Que les fenêtres sont toujours ouvertes, grâce à des bàtonnets transversaux qui relient les tiges rigides formant le squelette des canalicules.

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