‹ Recherches Sur La Circulation Sanguine Dans Quelques États PsychopathiquesChapitre 15 sur 24 · APPLICATIONS · texte numérisé non relu

APPLICATIONS

Nous avons recherché les applications que l’on peut faire de nos connaissances des troubles de la circulation dans les élats d’excitation, de dépression et de stupeur, au diagnostic, au pronostic, au traitement, à l'examen médico-légal.

1° Applications au diagnostic

Nous croyons devoir rappeler l'opinion de Clarke, pour lequel les variations de la tension sanguine s'expliquent bien mieux par des modifications d'ordre somatique que par les changements de l'état mental; celle vraiment bien absolue de Weber - pour lequel la lachycardie avec hypertension est symptomatique de folie périodique, la bradycardie avec hypotension de démence précoce; enfin celle de Baller, pour lequel la tension des muscles vasculaires est un symptôme spécifique de la démence précoce susceptible de trancher le diagnostic dans les cas douteux.

Cependant, dès 1906, J. Lépine avait affirmé qu'il est difficile de trouver dans l'étude de la tension sanguine chez les aliénés un élément de diagnostic; dans son travail de 1919, Baudoin se range à cet avis.

En ce qui nous concerne, nous croyons que l'étude de la circulation sanguine peut dans une certaine mesure aider au diagnostic des élats d'excitation, de dépression ou de stupeur. Nous n’envisagerons pas la question au point de vue des trou-

bles circulatoires appréciables à l'examen purement clinique (cyanose, dermographisme, etc...), dont l'intérêt a été signalé, mais simplement au point de vue des données fournies par la méthode 0.-A.

Nous croyons qu'en face d’une malade il faut se demander s'il existe chez elle, en dehors de l'état mental, des causes physiques susceptibles de modifier sa circulation, et, étant données ces causes, quel est le type circulatoire qu’elles doivent déterminer. C'est à ce /ype circulatoire supposé que l’on devra comparer les perturbations du cours du sang que l’on observera : si l’on a soin de faire cette comparaison, on ne fera pas de l'hypertension un signe de la mélancolie, affection qui survient plus fréquemment chez des sujets âgés; on ne fera pas d'une façon absolue de l'hypotension un signe de la démence précoce, qui est plus fréquent chez les sujets jeunes. |

Par rapport au fype circulatoire supposé les modifications seront #nodérées où excessives : des changements modérés de la circulation, dans le sens que nous avons indiqué, plaideront en faveur d'un état de la folie maniaque dépressive, des changements excessifs et l'observation d’un {ype de circulation lorpide, d'un 4ype microsphygmique où d'un {ype de circulation normale chez une malade déprimée seront en faveur de la dissociation mentale. Il n'y a naturellement rien d'absolu dans ces considérations : à un point de vue particulier, il est bien certain que le type microsphygmique, par exemple, n’est pas spécifique de la démence précoce: son caractère de persistance est tout au plus symplomatique d'un état catatonique qui peut se rencontrer en dehors des états dissociatifs.

A un second point de vue, il est intéressant d'étudier, en ce qui concerne le diagnostic, les modifications circulatoires qui surviennent au cours de l'évolution de l'affection mentale ; nous croyons, par exemple, que les réactions cardiaques et vasculaires qui se manifestent nettement par de l'hypertension et sont parallèles aux signes physiques et psychiques de l'anxiété peuvent être considérées comme significatives de l'état d'intégrité de l'affectivité et devenir un signe de la mélancolie anxieuse; chez

MES joe

des malades déprimées et qui ont évolué vers la démence précoce, nous avons noté un affaissement progressif de la courbe O.-A., cel affaissement progressif parait susceptible de confirmer un diagnostic de dissociation mentale.

nlin, sans qu'il soit nécessaire d'insister sur ce point particulier, il est bien certain qu'en présence d’un état d’excitation, de dépression ou de stupeur, l'examen mental de la malade reste au premier plan; mais lorsqu'il s'agit d'un diagnostic aussi délicat que celui des formes si variées de la psychose périodique et de la dissociation progressive des facultés, le médecin spécialiste doit recueillir tous les signes susceptibles de l'éclairer. Nous croyons que l'étude des modifications de la circulalion sanguine est susceptible d'aider à l'édification d’un diagnostic; il suffit de mettre à leur place, dans la hiérarchie des signes tirés de l'examen psychique et somalique, les symplômes qui résultent de l'exploration de la fonction circulatoire.

2 Applications au pronostic

Nous dirons simplement en ce qui concerne les applications au pronostic que les troubles profonds de la circulation du sang, . principalement dans les états dépressifs, nous paraissent un symptôme défavorable; en reprenant les idées de Fr. Frank (45 nous dirons que si les troubles de la circulation ne provoquent pas le mauvais fonctionnement du cerveau. ils peuvent en conditionner la durée, c'est-à-dire, à notre point de vue, devenir l'indication d'un état chronique.

3 Applications au traitement

La connaissance des troubles de la circulation chez les malades excilées, dépriméés où stuporeusés, incite à essayer de modifier chez elles le régime du courant sanguin dans le but de modifier secondairement le fonctionnement du cerveau et peut-être l’état

L'on

Frs

mental. Les /oniques du cœur, les médicaments hypertenseurs, l'opothérapie el enfin la méthode de l'alitement thérapeutique cherchent à atteindre ce but. |

Parmi les toniques du cœur, la spartéine a été préconisée par J. Lépine (59) : dans la mélancolie avec hypotension légère, on obliendrait le relèvement de la pression sanguine et une amélioration de l’état mental, grâce à l’action euphorique du médicament.

Nous avons employé la digitale et nous avons obtenu au moins un bon résultat chez une maniaque scléreuse (Obs. IV) dont le cœur s'affolait au cours de l'accès : V gouttes de la solution de Nativelle pendant dix jours nous ont permis à deux reprises de ralentir et de régulariser les battements cardiaques et aussi de diminuer très nettement l'excitation psycho-motrice. Par contre, nous n’avons obtenu aucun résultat, même d'ordre physique, chez nos mélancoliques et nos démentes précoces.

Nous avons également expérimenté le camphre à la dose de 1 à 2 grammes (injections hypodermiques de la solution huileuse au dixième) répétée pendant quatre ou cinq jours; ce médicament nous paraissait indiqué chez nos mélancoliques à cette dose, tant à cause de ses propriétés cardio-toniques que par son action excitante sur le cerveau et le bulbe (Notnagel et Rossbach); nous avons oblenu généralement une amélioration de l'état physique (Obs. X), mais nous n'avons noté aucune modification du chiffre du pouls ou de l'énergie des systoles; la double courbe nous a montré de la vaso-constriction, la minima s’est élevée légèrement; enfin nous avons noté un redoublement très net de l'anxiété, quelques phénomènes lipothymiques et de la diarrhée ; nous avons abandonné ce traitement.

Parmi les médicaments hypotenseurs, signalons lopium qui est classique dans la mélancolie anxieuse; la {héobromine qui diminuerait l'hypertension des mélancoliques anxieux et améliorerait leur état mental (J. Lépine et Valabrega); enfin la /rinitrine qui a été préconisée chez les mêmes malades par Paoli (76) et Juarros (52), mais qui n’a donné aucun résultat à Baudoin

L'adrénaline à été administrée sans succès par le même auteur aux déprimés hypotendus.

La méthode de traitement par l'alitement thérapeutique, dont l'application est parfois délicate, peut tirer une partie de ses indications et de ses contre-indications de l'étude de la circulation sanguine.

Il n’est pas douteux que l’alitement, qui dispose l'appareil circulatoire selon un plan horizontal, facilite la circulation périphérique (Sérieux et Farnarier (96), fait disparaitre la cyanose et les œdèmes, peut-être facilite la circulation cérébrale (Roubinovitch et Toulouse (91). Cette ressource thérapeutique est donc indiquée dans les formes de la démence précoce qui s'accompagnent de troubles de la circulation périphérique très marqués, mais surtout dans la mélancolie où ces troubles sont fréquents et où l'énergie du myocarde est souvent diminuée.

L'action de l'alitement sur le pouls est moins nette : d'après Bruce (15) et Alexander (1), l’alitement ralentit le pouls accéléré de la mélancolie anxieuse; d'après Guy, Fonssagrives (44) et Lacombe (55) il ralentit le pouls dans toutes les formes mentales, il en résulterait toute une série de contre-indications chez les malades bradycardiques : « N'oublions pas, disait Weir- Mitchell, le promoteur de la méthode dans le traitement de la neurasthénie (1875), que quand nous condamnons une personne au lit nous diminuons au moins de 20 par minute les battements du cœur, c'est-à-dire que nous ralentissons l’action cardiaque, de près du tiers ». D'après Meunier(67)l’alitement dans le traitement des psychoses aiguës ralentit le pouls lorsqu'il est accéléré et l’accélère lorsqu'il est ralenti, de telle façon qu’il le stabilise aux environs de 83 pulsations à la minute. |

Mèmes incertitudes au point de vue de la pression sanguine ; d'après Lacombe, l'alitement élève la pression sanguine, d’après Vaschide et Meunier (114), Bruce et Alexander, il abaisse la

tension dans la mélancolie anxieuse; d’après Turner et Sagrini, il l'abaisse dans toutes les formes mentales.

Nous avons éludié la question au point de vue de l'activité cardiaque déterminée par ses deux éléments, l'énergie $S et le nombre p des systoles; nos résultats sont les suivants : chez les mélancoliques anxieuses (OBS. IX) traitées uniquement par l'alitement, on observe une diminution du chiffre du pouls et de l'énergie des systoles, mais il ne nous à pas été possible de déterminer dans cette diminulion de l'énergie du cœur la part qui revient à l’alitement (hérapeutique; cette méthode de traitement reste de toute façon tout à fait indiquée chez les anxieu-

es. Dans la dépression mélancolique, nous n'avons observé du Fe de l'alitement, ni le relèvement du chiffre du pouls, ni l'augmentation de l'énergie des systoles; ces deux éléments se relèvent tout au moins pendant quelques jours, lorsqu'on fait lever les malades. Nos observalions chez les maniaques ne nous ont donné aucun résultat net.

Pour nous résumer, il nous semble que l'étude de la circulation peut donner pour l'application de l’alitement thérapeutique des indications et des contre-indications qui sont les suivantes : 4° /ndications : troubles de la circulation périphérique, hyperfonctionnement du‘ cœur chez les anxieuses. 2° Contre-indication : hypo-fonctionnement du cœur au cours de la mélancolie, lorsque la circulation périphérique se fait bien et surtout lorsque les malades entrent en convalescence.

k° Applications à l'examen médico-légal

Nous voulons indiquer simplement ici que l'étude des réactions émotives d'ordre circulatoire, assez spéciales dans chacun des états mentaux que nous avons considérés, pourrait donner des indications pour le diagnostic médico-légal de la simulation. Mais nous croyons qu'avant de demander à ces recherches la précision que le médecin légiste doit apporter dans ses conclusions, l'étude que nous avons entreprise devrait être généralisée

CS

et complétée principalement par un travail de statistique qui déterminerait le pourcentage des BypPe circulatoires observés

dans chaque forme mentale. ; 7 Ê L3 , :

“à | DE. RE : “ t # Ja M 4 | 1 | % +21 | 4 Ê

Fed

Page 1