‹ Recherches sur la constitution de la commune à Colmar: augmentée des listesChapitre 17 sur 64 · Archives de Colmar, GG., Saint-Martin · texte numérisé non relu

Archives de Colmar, GG., Saint-Martin

L'obituaire de Paeris mentionne anno 128J, Gertrude tixor

Si/ridi Rebman, civisColmariensis. (Archives du Haut-Rhin).

celui dont la Chronique fait mention, a joué dans la suite le rôle le plus considérable. Le témoignage des actes désignerait en ce cas Sigfrîd. Mais il est préférable de suspendre son jugement, jusqu'à ce que nos archives nous aient fourni plus de lumières sur ce point.

I A fin du XIIP siècle et le commencement du XIV* sont marqués par deux faits de la plus grande importance pour l'histoire du développement communal: c'est l'apparition du bourgmestre et des élus des corps de métiers ou zunftmestres.

Le premier document qui mentionne le bourgmestre est une donation de diverses propriétés au profit des religieuses d'Unterlinden, la veille des Quatre Couronnés (7 novembre) 1296, par Adélaïde d'Ensisheim, donation à laquelle le prévôt, le bourgmestre et le conseil appendirent le sceau de la ville (i).

Le contrat de vente du 18 décembre de la même année, dont je me suis servi ci-dessus (p. 23), nous fournit une seconde mention de ce dignitaire, d'autant plus précieuse qu'elle nomme la personne (2).

1. Vnd dvr ein vrkunde dirre dinge se bitten wir bedenthalp den Schvlthei^fe vnd den Bvrgermeister und den Rat von Colmere gemeinliche das si ir Ingesigel henken an disen brief. (Archives du Haut-Rhin, fonds d'Unterlinden.)

2. Testes interfuemnt C. senior de Berghem, scultetus Columbarice^ Walier de Sle^tat, magister burgensium in Columbaria.

La formule suivante, empruntée à cet acte, me paraît par sa date digne d'intérêt : Renuntiantes pro se ac suis heredibus

La transaction avec Tabbaye de Paeris, dont je viens de parler, qui, pour compenser le dommage que ses entreprises sur le communal avaient occasionné à la ville, lui abandonna ses droits sur trentedeux journaux de prés au canton de Dornach, nous montre, sous la date du i6 octobre i3o2, non plus un, mais jusqu'à quatre bourgmestres, et les dix-huit témoins, dont quatre chevaliers, qui figurent dans Tacte, représentent sans doute au grand complet un conseil plus nombreux que celui que nous avons trouvé jusqu'ici en fonctions (i). De ces quatre bourgmestres deux sont nobles, les deux autres plébéiens,

universiSy omnj actionj, exception] omnjque juris auxilio, canonicij civilis ac consuetudinartj, ac specialiter jurj dicenti gêneraient renunciationem non valere, ac restitutionj in integruni, exceptionj doli malj, ac omnibus juribus per que dicta venditio pure et simpliciter, rite et légitime facta, posset in posterum retractarj, (Archives du Haut-Rhin, fonds de Paeris.)

I. Wir Heinrich von Andelahe der Schultheife, Eberhart von Andelahe y min Bruoder, Cvon^eman fvome Rvoste, rittere, Si frit Rebeman, Burcart der Meiger, Burgermeistere, der

Rat vnd die Burgere von Colmere gemeinliche An disen

dingen warent der namme hie nach geschriben staty der Schulthei^e vnd die Burgermeistere die do vor genemmet sint, Her Walther von Keisersberg , Her Johannes Ortliep von Keisersbergy Her Johannes Schulthei^e, Her Wernher der Walchy Rittere; Wernher von Wittenheim, Walther von Woffenheim, Cvono von Limperg, Erlewin, Heinrich Wollebe, Hesso von Bebilnheim, Peter von Sunthoven, Hug von Wittenhèim. Si/rit von Kïtielsowe, Walther Kussephenning, Heinrich Hôhelin, Wildungy Gerhart von Keisersberg, Niclawes von Keisersbergy Niclawes von Lagelnheim, burgere, (Archives de Colmar, GG., Paeris.)

En s'accommodant avec l'abbaye de Paeris, la ville lui rendit Texercice de ses droits de bourgeoisie à Colmar, que Tacte en question spécifie ainsi qu'il suit:

Les r-eligieux jouiront de tous les privilèges et droits que

et Ton se demande si ce n^est pas au moyen de ce partage, que les bourgeois ont fait accepter à la noblesse la création des nouveaux magistrats, et leur participation à la gestion des intérêts communs.

Le bourgmestre qui figure dès cette époque au second rang, était-il le chef élu par la commune, comme le prévôt est le chef imposé par Pempereur? Je ne le crois point. Dans un acte daté du samedi avant les Rameaux (26 mars) iSiy, par lequel le prévôt, le bourgmestre et le conseil, au nom de la communauté, prennent des mesures au sujet du cimetière de l'hôpital, et qui nomme quelques-uns des personnages qui y prirent part, le bourgmestre-régent n'est cité qu'après les conseillers nobles, mentionnés eux-mêmes immédiatement après le prévôt (i). Ce

la ville tient des rois et des empereurs, comme tous les autres gens d'église qui sont ses bourgeois.

Elle devra les protéger et les défendre à l'égal des autres bourgeois.

S'il leur convient de cultiver leurs terres fob si Bv wellent hinne haben) ils auront droit pour leur bétail au parcours et au pâturage (wunnc vnd tveidc) comme les autres bourgeois.

La ville s'engage aussi à ne pas les soumettre à d'autres règlements [einung ïiber si machen) que le reste des bourgeois et, en cas de danger, ils pourront réfugier leur bétail dans ses murs, et tant qu'il le faudra, ce bétail prendra part au parcours et au pâturage avec le troupeau commun.

Enfin les religieux auront le droit de faire entrer en ville et d'en faire sortir toutes les denrées, blé et vin, à leur usage, sans payer de droit de consommation {yngeît) non plus que les autres bourgeois.

I. Hie bi waren da dis beschah, dise erberen Rittere vnde burger von Colmer, die hie nach geschriben stant : der vorgênante Her Johannes der Schultheisse, Her Wernher von Witienhen, Her Cvnrat von Wittenhen sin bruder, Her

fait semble établir que, dans l^origine, le bourgmestre n^était que le représentant des corps de métiers. Quoi qu'il en soit, après les graves événements de 1293, dus à la prépondérance du prévôt, délégué de PEmpire, et dont la ville n'évita les suites qu'en réagissant contre lui, l'apparition d'un magistrat reconnu, sinon élu, approuvé par la majorité de la population comme son chef, et capable dès lors de contre-balancer jusqu'à un certain point l'autorité du prévôt, est un fait éminemment considérable.

Quant à la question de savoir si cette magistrature fut instituée ou sanctionnée par l'empereur, en l'absence de toute preuve directe, on en est également réduit aux conjectures. On pourrait répondre affirmativement, si, dans les diplômes impériaux contemporains, le bourgmestre était nommé parmi les autres représentants de la commune.

J'ai sous les yeux deux diplômes de Henri VII : l'un, daté de Berne, 5 octobre (quinto mensis octobris) i3io, concède aux religieuses de Sainte-Catherine le droit de mener un petit cours d'eau à travers leur enclos, et s'adresse au maître, au conseil et à l'universalité des citoyens de Colmar (1). Magister civium^ ou simplement magister^ comme dans ce titre, est bien la traduction latine du bourgmestre. Mais je ne puis accorder à la lettre de ce document une confiance absolue. Il n'en existe plus qu'une copie du dernier siècle, sans authenticité ; l'énoncé

Berhtolt von Ongershen, Rittere, Ruleman esel, der in den pten burgermeister war, Burkart der Meyer^ Walther Kussephenningy Clawes Mukteler vnde andcre des rates vnde der burgere gnvge von Colmar, (Les Etablissements de bienfaisance, 1. C, p. 242.) j. Archives du Haut-Rhin, fonds des Catherinette§.

de la date, en ces termes de cinquième du mois d'octobre, suffit pour éveiller des doutes sur la fidélité de la transcription, et il est fort possible que l'on ait mis magistro pour sculteto. Je ne m'expliquerais pas que dans un diplôme de cette époque, l'empereur eût oublié de mentionner le prévôt, d'autant plus qu'Henri VII n'a pu ignorer la constitution de la commune à Colmar, où il a fait, d'après les Regesta de M. Bœhmer, de fréquents séjours : en i3og, du 25 mars au 5 avril, et du 29 octobre au 10 novembre ; en i3io, au commencement d'avril, et du i3 au 25 octobre.

Frédéric le Beau, dans l'unique diplôme de ce prince que je possède, et son compétiteur Louis de Bavière, jusqu'en i33o, omettent de nommer le bourgmestre. Sous cette dernière date seulement, Louis IV, en absolvant la ville de Colmar de sa rébellion contre lui, s'adresse au prévôt, aux bourgmestres^ au conseil et à tous les citoyens. Ainsi donc ce n'est que trente-quatre ans après l'apparition du bourgmestre dans les actes de la commune, qu'il se trouve bien positivement mentionné dans un diplôme impérial. Encore l'année suivante, en répondant à une communication de la ville de Colmar, où il était cependant question de l'élection des bourgmestres, l'empereur n'écrit qu'au prévôt, au conseil et aux bourgeois en général. Dans deux diplômes donnés l'un et l'autre à Haguenau, samedi après la Saint-Gall (23 octobre) i333, l'un mentionne le bourgmestre, l'autre le passe sous silence. Ce dernier cas se rencontre encore dans un diplôme daté de Nuremberg, vendredi avant la Saint-15arthélémy (22 août) 1337.

Le dépouillement tant soit peu minutieux de ces

documents me semble prouver clairement que l'empereur n'eut aucune part à rétablissement du bourgmestre, puisqu'il paraît l'avoir ignoré si longtemps, ou que même le connaissant, il le passe dédaigneusement sous silence. Nous verrons donc en lui un magistrat d'origine plébéienne, une sorte de tribun du peuple, imposé d'abord au prévôt et aux nobles comme une personnification des intérêts plébéiens, et dont le pouvoir, grandissant avec l'influence des corps de métiers, devint peu à peu le signe de l'autonomie de la commune.

)E second fait digne d'être remarqué, l'ap- |parition des chefs des tribus et leur particig'pation aux affaires communales, est constaté bpar la vente du 26 mai i3o4, mentionnée

page 24, faite au nom du prévôt, du bourgmestre,

du conseil, des chefs de tribus et des bourgeois de

la ville de Colmar.(i) La Chronique des Dominicains, à l'occasion du

serment que Rœsselmann fit prêter par la popula-

I. Wir Henrich von Andelahe^ der Sclmltheije, der Burgermeister, der Rath, die Meisterluete vnd die Burger gemeinliche von Colmer.

Je continuerai à me servir du mot de tribu, en usage en Alsace depuis qu'il a fallu donner à nos institutions allemandes des noms français. Il ne désigne pas seulement des jurandes, des corporations d'artisans associés en vue des intérêts communs de leur travail. Dans nos communes il s'entend surtout de subdivisions de la population, formant de véritables corps politiques, auxquels aucun citoyen actif, aucun bourgeois ne pouvait rester étranger. La noblesse

tion, en 1298, à son allié Anselme de Ribaupierre, parle déjà des zunftmestres (magistri ^unftarum) et même des lieux particuliers où chaque métier se rassemblait (i). Les détails quelle donne indiquent une organisation, un mode de réunion et des rapports avec le magistrat, analogues à ce que nous trouvons en usage à des époques biens postérieures. Mais la participation des élus des corps de métiers aux délibérations du conseil, constatée dès l'année i3o4, est une conquête que peu de communes allemandes peuvent faire remonter aussi haut. Il est curieux de ne point voir figurer les chefs de tribus dans Pacte de fondation de la foire de la Saint-Mariin (3 novembre i3o5). Faut-il considérer cette omission comme une preuve que leur coopération se bornait aux actes ayant pour objet Padministration, la vente ou Pachat des communaux ? Le fait est que dans Péchange déjà cité, page 24, du 8 septembre i3o8, entre la ville et le chapitre de Saint-Mariin, d'une rente de cinq livres de Baie, assise sur quatre étaux de bouchers, contre un terrain destiné à Pagrandissement du cimetière, les zunftmestres interviennent de nouveau. Cet acte nous fournit la liste nominative des personnes qui y ont pris part. Ils sont au nombre de vingt-deux, non compris le prévôt, sans qu'il soit possible de reconnaître exactement quels noms appartiennent au conseil, et quels aux chefs de tribus. Seulement les six premiers déformait des associations distinctes, auxquelles Tusage a étendu le nom de tribu, et ce n'est peut-être pas la moindre raison que l'on peut invoquer en faveur d'une dénomination empruntée, comme on le voit, avec assez de justesse, aux traditions municipales des cités antiques.

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