I. Archives de Colmar, AA. Les Rouges et les Noirs
les novemvirs de les protéger à Texpiraiion de leur nouveau mandat, contre les haines que leur administration pourrait soulever ; il menace des peines édictées les révélateurs du secret des délibérations sur les affaires de la ville ; il maintient formellement toutes les dispositions des ordonnances de police déjà rendues, ainsi que les amendes ou compositions qu'elles stipulaient. Comme de raison, il ne parle plus de l'exil prononcé contre les anciens partis, ni des précautions à prendre avant de leur accorder de nouveau l'entrée de la ville.
Ces documents ne laissent aucun doute sur la nature et le caractère des faits généraux qui nous occupent. Les deux partis qui divisaient l'Empire, avaient bien leurs représentants à Colmar ; mais il ne s'agissait pas seulement entre les Rouges et les Noirs des intérêts de Frédéric et de Louis. La mort de Frédéric aurait mis fin à leurs dissensions, et la ville se serait dispensée d'expulser les uns et les autres, et de maintenir pendant dix ans contre eux la dictature des novemvirs.
Il est à supposer que les hommes ainsi frappés appartenaient à la noblesse, de même que ceux qui plus tard, de i24j à i36o, troublèrent la commune par leur résistance opiniâtre à de npuvelles institutions. C'est le gouvernement de la cité qu'ils se disputaient à l'ombre de leurs drapeaux, et c'est grâce à leurs discordes que les corps de métiers purent mettre plus complètement la main sur les affaires communales. Pour justifier ces vues, je n'ai besoin que de faire remarquer la distinction fondamentale établie entre les exilés et le reste de la population ; même après la rentrée des partis, cette distinction est la base d'une nouvelle composition
du conseil ; tout en leur accordant une part à l'administration , la commune prend ses précautions pour leur retirer la prépondérance dans ses délibérations et les attributions du pouvoir. N^est-il pas évident que les Noirs et les Rouges, s'ils avaient pu, en rentrant à Colmar, se refondre dans la commune, auraient rendu le novemvirat inutile? Mais loin de désarmer, la ville maintient cette institution, et même après ^expiration du mandat qu'elle avait confié, elle ne remit pas d'un seul jour le soin de le renouveler, en confirmant tous les règlements de police dont les novemvirs pouvaient s'aider, en y ajoutant même cette défense draconienne de se réunir à plus de quatre personnes.
Quelques-unes des mesures prises ont pour but d'assurer la bonne administration du patrimoine et des revenus communaux. Elles laissent supposer ce que d'autres documents prouvent : le désordre effrayant qu'une si longue anarchie avait introduit dans le ménage de la cité. Je range par exemple au nombre de ces preuves l'établissement d'un octroi sur les denrées entrant en ville, accordé par Louis de Bavière, à Haguenau, samedi après la Saint-Gall (23 octobre) i333 (i). La ville dut en outre se faire autoriser, vers i335, à aliéner ses communaux. Le texte de cette concession n'est pas connu ; mais son existence est suffisamment démontrée par plusieurs actes de vente qui s'y réfèrent, l'un du 3 juin, l'autre du i" juillet, un troisième du 23 août, un quatrième du 10 novembre i335 (2). Même la fortune de