‹ Recherches sur la constitution de la commune à Colmar: augmentée des listesChapitre 6 sur 64 · Ah, diplom., t. I, p · texte numérisé non relu

Ah, diplom., t. I, p

bares. Une vente de communaux, faite en l'année I2i4 par les bourgeois de Colmar à l'abbaye de Paeris, de l'ordre de Cîteaux, fut sans doute déterminée par la nécessité de créer des ressources pour cette entreprise. Cet acte, le plus ancien que l'on connaisse au nom de la commune, ne mentionne cependant pas une administration proprement dite. La vente se fait simplement par Louis, André, Ehrenfrid de Girsberg, sept autres chevaliers et huit bourgeois, agissant au nom du reste de la communauté (i). Est-ce aller trop loin que de conclure de la participation des plébéiens à un acte de ce genre, qu'ils étaient dès cette époque admis à la jouissance des biens communaux?

Cette vente fut approuvée la même année par l'empereur Frédéric II, sur la demande des religieux de Paeris. Le diplôme, daté de Baie, se borne à parler de l'aliénation d'une partie de communal faite par les bourgeois de Colmar, du consentement des prévôts de l'église de Constance et de l'abbaye de Payerne, au diocèse de Lausanne (2). On sait que l'église de Constance et l'abbaye de Payerne étaient

I «Nos burgenses coliimbarienses, videlicet Lodowicus,

Andréas, Erenfridus de Girisperch, Waltherus invertis j Waltlierus Kurjo et /rater eius Wernerus, Henricus de Scovnowe, Rodolfus diueSy Diethmartts, Conradus de Phaffenheim, milites; Waltherus, Waltherus Thelonearij, Rodolfus Zukeshach, Rodolfus Hauenblast, Conradus de Lapide, Sifridus Haltferme, Rodolfus de Appenwilre, Waltherus Buoullin, burgenses, etper nos alij in columbariensium (sic) manentes. » . . . . (Original aux archives du Haut-Rhin, fonds de Paeris.)

2 «A burgensibus columbariensibus emerunt. » ....

(Original aux archives du Haut-Rhin, ibid.)

Ce diplôme, de même que Tacte de vente, n'a d'autre date que le millésime.

devenues à Colmar les ayants-droit de l^ancien fisc royal.

Leur ingérence, dans ce contrat, mérite d'être remarqué. Non pas qu'il y faille voir encore un reste de leur suprématie sur la commune, comme héritiers et successeurs des Carlovingiens : il est probable qu'à ' cette date leur aveu ne fut requis qu'en leur qualité de participants du patrimoine indivis, de Yallemend qu'on démembrait; mais parce que cette intervention nous laisse encore deviner leur rôle dans les origines de la cité. En attendant qu'il me soit donné de l'étudier de plus près, qu'on me permette de citer un seul fait.

Le tonlieu (teloneum) était, comme on sait, un droit qui se prélevait pour la place où les marchandises et les denrées étaient étalées en vente. Il existait à Colmar, et son produit a été longtemps perçu de compte à demi par le prieuré de Payerne et par la prévôté de Constance. Par deux contrats avec contre-lettres, l'un du 28 février— 3i mars iSyi, avec Payerne, l'autre du 26 août— i" septembre de la même année avec Constance, la ville de Colmar prit la perception de ce droit en bail emphytéotique, moyennant un abonnement annuel de soixante florins d'or au profit de chacun des deux bailleurs (i). Cette redevance fut fidèlement acquittée entre les mains du prévôt de Constance, et on en trouve encore des traces jusque dans la seconde moitié du XVIP siècle. Par contre elle disparut de bonne heure dans les comptes de la ville avec Payerne. Or le tonlieu, tel qu'il est défini, suppose l'existence d'un marché public, et à Colmar ce marché ne peut

I Archives de Colmar, CC. Tonlieu.

être que celui du jeudi, dont l'ancienneté n'a jamais été contestée, et que nous faisons remonter ainsi jusqu'à l'époque où les deux établissements, la cour supérieure de Saint-Pierre ou de Payerne, la cour inférieure ou de Constance, étaient encore indivis, c'est-à-dire jusqu'au temps de l'antique fisc de Charlemagne. Tel était le respect qui s'attachait à l'institution de ce marché que, pendant longtemps, il prima les fêtes religieuses, qui ne le déplaçaient pas, quand elles tombaient sur le jeudi : il fallut l'invasion des Armagnacs et l'espoir de désarmer le ciel, qui avait envoyé ce fléau, pour faire rendre au magistrat, le 2 octobre i444, un décret qui transféra au jour suivant les marchés qui tombaient sur l'Ascension et la Fête-Dieu (i).

Dans une transaction du mois de juillet 1226, entre la nouvelle cité et l'abbaye de Payerne, la commune se trouve représentée par un conseil, dont les membres (consules)^ au nombre de douze, siégeant en justice sous la présidence de Walther de Sigolzheim, sont désignés nominativement. Plusieurs d'entre eux appartiennent à des familles nobles de la haute Alsace (2). Il est permis de voir dans ce conseil et dans son chef la forme primitive de l'administration et^de la justice communales. Nous retrouverons

1. X. Mossmann , Matériaux pour servir à l'histoire de Tinvasion des Armagnacs. (Revue d* Alsace, année 1875, p. 169.)

2. « Hanc cowpositionem nos consules, ego Lvdovicvs de Thaincheirij ego Ginseler milites, ego Henricus cornes Salmorum, ego Otho de Wetthelshein, ego Conradus Bulstrich, ego Wolmarits filius Christiani, ego Fridericus Tichman, ego Hechardus de Herinchein, ego Hoso de Sontowe, ego Signebertus, ego Waltherus de Capella, ego Wernerus Inger^ burgenses, totaque communitas Columbarie, ratam et gratam

plusieurs fois encore, dans le courant de ce siècle, le même nombre de conseillers, et il me paraît certain que leur président n'est autre que le prévôt. J'ai sous les yeux un titre qui ne laisse aucun doute sur ce point.

En 1233, le prévôt de Haguenau, désigné seulement par l'initiale W. (Wolfhell?), sur la demande des religieux de Paeris, confirma une donation de certaines vignes, faite en leur faveur et pour le salut de son âme, par Walther, jadis prévôt de Colmar, qui ne peut être que ce Walther de Sigolzheim, mentionne dans la transaction de 1226 (i).

Cependant je dois reconnaître que d'autres chartes presque contemporaines pourraient faire planer des doutes sur l'identité du président du corps muni-

habentes .... Domino Waltero de Sigolseim nobis in iusticia présidente, » (Archives de Colmar, vidimus de i302; cf. Ah. diplom,, t. I, p. 356.

On trouve dans Tobiluaire de Paeris (archives du Haut-Rhin) que Henricus miles de Salm est enterré dans cette abbaye. Serait-ce le même que Henricus cornes Salmorum? On trouve un Henricus de SalmiSy fils du comte Hermann de Salmis, qui avait épousé la sœur de Frédéric pr, comte de Ferrette, in Chronica Alberici Trium fontium, ad ann. iiSS, cité par Trouillat, Mon. de l'histoire de Tévêché de Bâle, t. III, p. 667.

I. « Abbas et conventus de paris, . . »nobis humiliter supplicauerunt ut donationem quarvndam vinearum que pro remedio anime Walterj quondam sculteti columbarie eis collate svnt, confirmare velimus, »

Les termes de la confirmation, empruntés à la chancellerie impériale, font voir de quel caractère le prévôt de Haguenau était revêtu : .... « Easdem vineas auctoritate regia dicto conventuj .... sigillo civitatis nostre confirmamus, Quisquis igitur contra hanc nostre confirmationis paginam eos super donatione predicta uexare presumpserit, sciât se indignationem regiam jncurrisse, » (Archives du Haut-Rhin, fonds de Paeris.)

cipal et du prévôt Ainsi on trouve un acte de 1249, par lequel Stéphanie, veuve du chevalier Ortlieb d'Epfig, fait don aux religieuses d'Unterlinden de ses biens patrimoniaux de Bischwihr. Cette donation fut passée, avec l'assistance du frère de la donatrice Gontram de Mittelnheim, son tuteur ou son avoué, devant le tribunal de Colmar, présidé par Conrad de Bebelnheim, en qualité de vicaire de Jean le prévôt et en présence de ses assesseurs, au nombre de douze (i).

Un autre document sans date, mais probablement de la même année et du même jour, reproduit la même mention quant au président du tribunal. C'est un acte par lequel le même chevalier Gontram de Mittelnheim qui figure dans la donation précédente, renonce à une rente de quinze quartaux de seigle que les religieuses d'Unterlinden lui servaient du vivant de sa mère Agnès de Mittelnheim, Tune des fondatrices et alors encore prieure de leur maison (2). Mais il faut remarquer qu'il s'agit ici,

1. Acta sunt hec anno dominj M.ccxlix in Columbaria, présidente jvdicio Conrado de Bebilinheim, tune vicario Johannis Scultetj ibidem .... presentibus pluribus tam militibus quant aliis fide dignis, videlicet Hessone curfin, Burchardo filio Anne y Conrado de Nordgasce, Marcwardo ce me rueste, Conrado sculteto de Kaisirsber, Magistro Johanne de GerstenberCy Conrado crewel, Immone de lapide, Conrado dicto Asinus, Conrado theloneario, Friderico Romano^ Conrado Weibil et pluribus aliis fide dignis. (Archives du Haut-Rhin, fonds d'Unterlinden.)

2. Ita proies tatus sum in Columbaria , présidente iudicio Conrado de Bebilinheim, tune vicario Johannis Sculteti ibidem, presentibus pluribus tam militibus quam aliis ciuibus fide dignis, videlicet Hessone Curpn, Burchardo filio Anne, Conrado de Nortgascin, Marcwardo ce me Ruesten, Conrado Sculteto de

non du conseil, mais du tribunal, et il est tout naturel que le prévôt qui présidait le premier, ait eu un délégué pour présider le second.

Colmar prit de bonne heure un certain développement dans l'enceinte de ses murs. Avant le milieu du siècle, nous y trouvons établis le chapitre de Saint-Martin, la commanderie de Saint-Jean, le couvent des frères Déchaux, Thôpital, peu après le couvent d'Unterlinden et celui des Dominicains. C'est à cette dernière maison que T Alsace et l'Allemagne doivent un des documents historiques les plus importants de cette époque, les Annales et la Chronique des Dominicains de Colmar, dont M.

G.-H. Pertz a publié, en 1861, une nouvelle édition dans la grande collection des Monumenta Germaniœ historicdy à laquelle il n'a manqué de la part de l'éditeur qu'une connaissance plus exacte des lieux et des chartes. Les Annales mineures et majeures et la Chronique renferment plusieurs faits relatifs à l'histoire de notre ville ; j'y aurai recours, et peut-être en y rattachant quelques pièces d'archives, sera-t-il possible de jeter sur ces faits plus d'intérêt et de lumière.

JE ne m'arrêterai pas à l'histoire du prévôt |Jean Rœsselmann, que la Chronique nous a conservée avec assez de détails (i), quoique l'on s'accorde à y voir un épisode ou même

Kaisirsberch , Magistro J. de GeijeberCy Conrado Crewil, Immone de lapide^ Conrado dicto Esely Conrado Théloneario, Friderico gallico, Conrado Weibel et aliis quam pluribus fide dignis. (Archives du Haut-Rhin, fonds d'Unterlinden.) i. Chronicum Colmar. apud Pertj, Script , t. XVII, p. 254.

l'origine des luttes des corps de métiers et des patriciens. Quoi qu'il en soit, sa mort, en 1262, fut vengée par le massacre de beaucoup de chevaliers, disent les Annales (1), de plus de vingt nobles, dit la Chronique (2), et l'affaiblissement de la noblesse qui s'ensuivit, doit avoir facilité les triomphes obtenus par les plébéiens quelques années plus tard.

Sous la date du 7 juillet 1278, nous trouvons un acte par lequel Colmar, à la demande de Rodolphe de Habsbourg, renonce à tous ses droits sur une partie de communal dont la commanderie de Saint- Jean avait la jouissance. Ces actes d'aliénation, dressés à la diligence des maisons qui en bénéficiaient, sont ordinairement rédigés dans une forme et avec des précautions qui les rendent très utiles pour l'histoire. Dans celui de 1278, on trouve dénommés le prévôt Sigfrid de Gundolsheim et douze conseillers, parmi lesquels figurent Walther, prévôt de Kaysersberg, Louis, prévôt de Tiirkheim, Walther, fils du prévôt, ainsi que Werner Walch et Conrad de Nortgasse, dont nous verrons plus loin la fin tragique, tous qualifiés de seigneurs, puis, à leur suite, dix plébéiens et les autres bourgeois de Colmar (3).

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