‹ Recherches sur la constitution de la commune à Colmar: augmentée des listesChapitre 60 sur 64 · Ibidem · texte numérisé non relu

Ibidem

du dernier greffier-syndic de Colmar, le savant Chauffour^ si versé dans la connaissance des antiquités de la ville. Cet extrait en dira plus que toutes nos réflexions et sera comme la conclusion de ce travail.

« Le 19 aoust (1759) on a procédé au renouvelle-

> ment du magistrat. Il vaquoit deux charges de stctt- » maistre par la mort de MM. Rieden et Brueder ; » la bourgeoisie a élu les sieurs Petit et Foltz. Ce derinier a été élu dans le premier scrutin; mais comme >le sieur Petit étoit le plus ancien conseiller de ville, » il a eu le rang sur Fautre. A cette élection le prê-

> teur s^est arrogé le droit de donner l'exclusion à

> MM. Hiirth et Dors pour brigues ; il n'en a pas été » fait mention dans le procès-verbal, parce que le » magistrat ne reconnoît point du tout au prêteur le » droit d'exclure personne. »

c Le 17 juin (1760) le magistrat reçoit un arrest du

> conseil d'état, rendu en commandement le 17 may » précédent, qui casse les élections des sieurs Petit » et Foltz, fondé sur la brigue, la cabale, le défaut de » fortune et d'état des élus, et nomme en leur place

> MM. Jean-Baptiste Queffemme et Philippe-Théo- »dore Drouyneau; renvoyé les sieurs Petit et Foltz

> à leurs offices de conseillers de ville. »

Voilà ce qu'étaient devenues l'indépendance administrative, la vieille souveraineté de l'antique commune germanique sous nos anciens rois; voilà où on arrive quand le pacte fondamental, l'équilibre nécessaire entre l'individu, la commune et l'Etat sont rompus ! Au quatorzième siècle, l'individu usurpait sur les prérogatives de la commune et de l'Etat: ce fut l'anarchie. Au dix-huitième siècle, l'Etat, absorbant les droits de la commune et de l'individu, en-

gendra le despotisme. Situations également funestes, mais la dernière assurément la pire. L'anarchie ne cause guère que des désastres matériels: au despotisme il faut une litière de fuines morales. Il est toujours possible à des citoyens de réagir contre les dissidences factieuses de leurs pairs, surtout si la commune et l'Etat prêtent leur appui aux efforts qu'ils font pour la défense de la société. Mais que peut-on attendre d'esclaves contre lesquels l'Etat est armé de leurs droits usurpés, de toute la force organique du pays et de leur propre abaissement? Il faut une réaction générale, d'autant plus terrible qu'elle a été plus lente à venir. La Révolution seule put mettre un terme à ce régime, qui remontait aux plus beaux jours du règne de Louis XIV ; mais par une étrange hallucination, persuadée que sa société devait se former, comme celle du despotisme, de haut en bas, et que pour laisser l'avenir prendre son essor, il fallait se séparer absolument du passé, elle acheva de faire disparaître le peu de nos institutions que la monarchie avait laissé subsister. Jusqu'au nom historique de la province, elle l'immola sur son autel En appelant l'esprit public dans le forum et sur les champs de bataille, en la débarrassant de ses administrations locales, où le gouvernement avait vainement cherché à introduire des éléments nouveaux et où tous les abus s'étaient pétrifiés, elle réussit cependant à faire entrer l'Alsace, de tout son cœur et de toute son âme, dans la grande famille française. C'est ainsi que l'histoire d'aujourd'hui se rattache à l'histoire d'hier. Je ne me dissimule point que le sujet que je viens de traiter, est ingrat; mais j'ose croire qu'il n'est pas stérile. Il est toujours bon et moral de rappeler son passé à une commune qui a

le droit d'être fière de ses souvenirs. On peut les oublier ou les ignorer, mais il suffit de lever le voile qui les couvre, pour les raviver. Les grandes actions de nos pères dans uif cadre même modeste,

Facta patrum

antiquœ ab origine gentis,

ce qu'ils ont montré de courage, de force, d'activité, de persévérance, de sagesse et de modération, même avec les intermittences inévitables de la faiblesse humaine, avec les méprises politiques et les erreurs de conduite, doit être l'honneur et l'exemple des générations nouvelles.

Ces institutions vigoureuses, noble fruit de leurs efforts, sorties des entrailles même de la cité, ont dû passer sous le niveau du grand roi et sous celui de la grande révolution. Rien ne jappelle plus autour de nous ce que nos aïeux ont fait pour la liberté de leur travail, l'émancipation de leurs personnes, la sécurité de leurs foyers, l'indépendance de leurs consciences. Il ne reste, pour nous l'apprendre, que quelques documents poudreux, épars dans nos archives. Recueillons avec respect ces glorieux débris qu'un soin pieux nous a conservés; car de tous les biens immatériels d'une commune, je n'en connais pas de plus précieux que son histoire.

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ES catalogues des prévôts, des bourgmestres et des obristmestres que je joins * à ces recherches sur la commune de Colmar, sont le fruit d'un dépouillement de dix ans; il s'est étendu des archives de la ville aux fonds des maisons religieuses, dont les archives du département ont le dépôt. Malgré mes soins, je n'ose pas me flatter de n'avoir plus rien laissé à faire, et qu'un autre ne trouvera pas à combler les lacunes de mon travail. Tel quel, le cadre existe et les séries qu'il renferme n'en ont pas moins leur utilité et leur intérêt.

Je me suis efforcé de les rendre exactes. J'ai transcrit les noms tels que je les ai relevés, et si je n'ai pas indiqué les sources, c'est pour éviter de faire de ces listes un instrument de travail encombrant et désagréable à manier.

Celle qui m'a donné le plus de mal, c'est celle des prévôts. Eclairé par l'expérience, je n'y ai admis que ceux de ces officiers qui m'étaient fournis par les documents. A deux noms près, que je donne en italique, ils confirment l'existence de tous les prévôts mentionnés par les chroniques, il est vrai , pas toujours aux mêmes dates. Quoique ils aient échappé à mes propres recherches, je n'ai pas hésité à intercaler quelques-uns de ces magistrats signalés par

M. J. Dietrich à M. J. Liblin qui, sur ce témoignage autorisé, les a admis dans sa Chronique de Colmar.

Pour cette première série, j'ai pensé qu'il suffirait de la prolonger jusqu'à l'époque (i52i) où le prévôt commence à participer au renouvellement annuel, et n'est plus que stettmestre-

Quant au second catalogue, il comprend tous les magistrats, quelle que soit leur dénomination, dont le libre choix de la bourgeoisie avait fait les représentants élus de la cité. Pour le quatorzième siècle, leurs noms sont très-clairsemés. Ce n'est qu'à partir de i4o8, date à laquelle remontent nos listes annuelles du renouvellement, que la série, bornée aux seuls obristmestres, à moins d'indications contraires, se poursuit presque sans interruption jusqu'aux derniers temps de l'existence de l'ancienne commune.

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