SECTION IL
Probabilités de V existence du Virus de la Fièvre intermittente.
L’analogie nous a fait connaître que la fièvre intermittente est d’une nature virulente , et qu’elle devient contagieuse ; mais nous n’avons point indiqué le lieu où l’on puisse en prendre Je virus, et nous n’avons pas le dessein de faire une pareille recherche. Toute maladie contagieuse n’a point un virus qui tombe sous les sens ou qu’on puisse re-
cueillir et inoculer. Ce serait une condition trop rigoureuse , même à l’égard des fièvres dont la contagion n’est rien moins que douteuse. En effet, la peste Ti’a pas toujours ses bubons ni ses pustules malignes ; la fièvre jaune n’est caractérisée par aucune éruption cutanée, et dans le typhus on ne pourrait pas toujours recueillir la matière furfuracée qui se détache des pétéchies , et dont la légitimité , comme moyen de contagion , est encore fort douteuse. Peut-on supposer que l’éruption qui se fait à la face , et que nous avons considérée comme liée à la nature de la fièvre intermittente, contienne le virus de cette fièvre ? (i) Nous ne sommes pas plus disposé à nous prononcer à cet égard , que sur ce qu’on doit croire des exanthèmes des autres fièvres. Peut-être trouvera-t-on un jour le moyen de contagion commun à toutes ces fièvres , et si cela arrive jamais , ce sera probablement dans la
(i) Savaresy rapporte que les fièvres intermittentes qu’il observa à la Martinique en 1804, « furent accompagnées de l’érup- » tion de petites pustules aux angles des lèvres : ceci, ajoute-t-il , » était également très-commun en Egypte et en Italie. « L’as-j sertlon de ce médecin qui a pratiqué dans les pays dont il parle , pays qui ont déjà fixé notre attention , semble avoir été donnée , loiU exprès, pour étayer notre opinion sur la liaison naturelle des pustules labiales avec la fièvre intermittente , et elle s’accorde encore avec ce que nous avons dit de ces mêmes pays lorsque nous les avons considérés comme pouvant donner aux différens typhus dont nous avons parlé , le plus haut degré d’intensité , c’est-à-dire celui qui les rend contagieux.
transpiration ou dans l’exbalaiion pulmonaire. Les fluides que ces deux voies laissent échapper, seraient les véhicules des différens virus , et serviraient à en infecter l’air qui règne autour des malades , ou bien à en fixer les molécules sur les vêtemens et sur les autres objets à l’aide desquels la contagion se fait. En outre ces fluides étant élastiques , peuvent parvenir et s'appliquer plus facilement sur les surfaces tant intérieures qu’extérieures du corps humain. La transpiration et l’exhalalioii pulmonaire étant constantes dans tous les sujets j semblent plus propres a faciliter la contagion , que les éruptions qui même manquent très-souvent. Avec plus de raison on pourrait exiger une matière perceptible par les sens dans la rougeole, la variole , la vaccine , la gale , la siphilis, etc. ; mais si nos sens ne peuvent point trouver une matière ou virus de la fievre intermittente, l’induction, du moins, nous le montrera d’une manière moins douteuse que dans plusieurs autres fièvres que l’on tient pour contagieuses. Cette induction sera tirée :
1®. De l’effet spécifique du quinquina j
2®. De i’afleciion commune aux individus de la même famille , et des émonctoires ,
5®. Des rechutes par nouvelle infection, ou k la suite des traitemens incomplets, et de l’ordre geotenaire qu’elles observent 3
4®.De raffaîblissement de la disposition naturelle;
5®. De la transformation de cette fièvre en d’autres fièvres qui sont contagieuses, et réciproquement de celles-ci en intermittentes ;
6®. De l’absence de la fièvre intermittente pendant le règne des épidémies contagieuses, et de l’extinction des maladies de la saison pendant le» épidémies de fièvre intermittente ;
7®. De ce que l’intermittence de ces fièvres n’infirme point l’existence ou la présence du virus.
§. I. L’effet spécifique du quinquina contre la fièvre intermittente ne peut - il être considéré comme une neutralisation du virus ? Si ce médicament se bornait à réparer les forces ou a rétablir l’ordre dans les fonctions, son action serait moins prompte, et le résultat moins certain. Rien ne ressemble plus a l’effet d’un contre- poison , que la manière dont il coupe la fièvre. Il suffit de prendre une quantité requise de ce fébrifuge, pour arl'êter une maladie mortelle, et pour en détruire aussitôt la cause. Est-il une autre fièvre qni cède aussi promptement aux remèdes qu’on lui oppose? La rémittente seule, qui n’est qu’une demi-intermittente, reconnaît l’efficacité du fébrifuge, mais à un moindre degré ; et les praticiens savent que c’est perdre un temps précieux que d’en différer l’administration (]). Par conséquent il ne paraîtra
(i) Pendant mon séjour à Perpignan, au commencement d«
pas extrordinaire si nous disons que le quinquina détruit le stimulus morbifique qui troublait l’harmonie des fonctions. Considéré sous ce point de vue, il serait au virus de la fièvre intermittente, ce qu’est le soufre au virus psorique , le mercure au siphilitique, etc.; médicamens qui agissent d'autant plus sûrement, que la gale et la maladie vénérienne sont dénuées de complication , ainsi que le quinquina agit envers la fièvre intermitlenle , et dont l’effet est d autant plus douteux , que ces maladies sont plus éloignées de leur étal de simplicité. Les médecins s’accordent à dire, que tôt ou tard on
1809, je fus appelé pour M. Lab....le, âgé de vingt ans environ, originaire de Paris et qui , depuis peu de temps , habitait le Roussillon. Il avait une fièvre inflammatoire de la nature de celles qu’on voit au printemps dans les pays marécageux. Pendant la seconde semaine cette fièvre eut des rémissions qui se prononcèrent mieux de jour en jour. Le malade était en grand danger ; il avait des pétéchies, des soubresauts des tendons et un délire très-inquiétant. L’appareil inflammatoire persistait encore, lorsque je donnai le quinquina en poudre dans la décoction même de quinquina. Le malade en prit , soit en substance , soit en décoction , de douze à quatorze onces dans la troisième semaine. ( La préparation en fut faite , jour par jour, par M. Longuet , pbarjnacien à Perpignan. ) Du vingt-un au vingt-deuxième jour la maladie se jugea favorablement. Dans la quatrième semaine je dus faire ouvrir cinq dépôts purulens ti;ès-considérables , situés aux cuisses , au tronc et sur les bras. La suppuration fut abondante , et néanmoins elle se termina promptement. La convalescence de ce jeune liomine fut très-rapide, et sa santé fut parfaite en Irès-peu de temps. Je l’ai retrouvé à Moscou trois ans après.
trouvera un spécifique contre chaque maladie virulente, et pour la même raison on devra trouver une maladie virulente pour chaque spécifique dont on aura fait la découverte. Dans le traitement des maladies vil ulentes, aussi bien que dans les cas d’empoisonnement, les substances médican\enteases , opèrent comme dans les combinaisons chimiques ; et nous servant de celte comparaison , nous demanderons s’il serait sensé de nier la préexistence d’un acide et d’un alcali, un sel neutre étant donné; mais la théorie médicale suffît pour lever le doute, sans qu’il soit nécessaire de recourir aux connaissances chimiques, pour fortifier notre raisonnement. Cesl elle , en effet, qui nous apprend que la vertu positive d’un remède indique une maladie sui generls ^ qui reconnoît une cause matérielle identique dans tous les cas oii cette maladie est observée. Je dis une cause matérielle , parce que les maladies qui ont une marche et des symptômes constans , commela fièvre intermittente , dépendent de causes procatharliques sur l’existence desquelles il ne peut y avoir de doute; au lieu que les affections particulières aux organes, celles qui sont symptomatiques, ou -qui proviennent du dérangement de quelque fonction, sont partielles, irrégulières , dissemblables et d’une terminaison incertaine. Mais comment doit-on considérer le quinquina relativement à la fièvre iiitermitteiile? Et s’il en est le spécifique, ne sera-
t-il pas vrai de dire quelle est causée par une matière sui generis , par un virus ?
TonJefois , on ne doit point s’attendre à me voir rechercher comment le quinquina détruit ce virus* Ceci est un des mystères de la médecine. Cette précieuse écorce a une action particulière qui se dérobe encore à l’analyse médicale. L’analyse chimique l’a examinée aussi de diverses manières, et dans ce moment elle Ifixe l’attention d’un savant infatigable, de M. Laubert, qui m’a rendu témoin de quelques-unes de ses expériences, et dont les recherches chimiques, sur les différentes sortes de quinquina, seront le travail le plus curieux et le plus complet qu’on puisse avoir sur ce sujet. Mais il est à craindre que malgré tant de travaux et de connaissances chimiques , le mystère ne subsiste encore en médecine. Quels résultats , par exemple, a-t-on obtenus des fébrifuges indigènes? On a trouvé des substances plus amères, plus astringentes et plus Ioniques que le quinquina: cependant on n’a jamais pu parvenir à le remplacer. Il faut donc reconnaître dans ce dernier une quatrième propriété que nos sens ne peuvent point apercevoir, que Voullonne et Grimaud avaient soupçonnée , que le professeur Della-Decima , de Padoue, appelle spécifique (i), et que nulle autre substance ne
(i) Je trouve Popinion de ce professeur rapportée par le docteur Santo Wicoletti , dans son Trattato suUa Jebbre epidemica gastrico-nervosa , etc, Padova , 1806.
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possède autant que ce fébrifuge; c’est elle qui agit contre l’essence de la fièvre inlermillenfe, à la manière des contre-poisons. C’est d’après celte vue et après avoir reconnu l’in efficacité des niovens succédanées du quinquina, que j’ai eu recours à un fébrifuge qui porte mon nom, et dans lequel j’ai introduit le camphre , qui est l’antidote le plus usité contre les venins ou les virus dont la vie de l’homme est menacée (i).
Celte propriété du quinquina contre la fièvre intermittente est analogue à celle du guacOy plante américaine, que Mutis cultivait avec grand soin à Sanla-Fé, et dont il se servait, à l’imitation des gens du pays, pour détruire le venin des serpens communiqué à Thomme ou aux animaux domestiques. he guaco est un spécifique aussi sûr et aussi prompt, dans ces cas, que le quinquina contre la fièvre intermittente. On en exprime le suc, qui est administré à rinlérieur, et dont on lave aussi les morsures. 11 n’agit point, sans doute, en altérant les humeurs animales ni en les évacuant; il n’est ni tonique ni débilitant; mais il attaque directement et détruit instantanément le venin de la vipère par une sorte de neutralisation , de même que
(i) Voyez , dans ma ]\oiweUe Thérapeutique des Jièvres intermittentes , Paris , 1812 , le mémoire que j’ai consacré à faire connaître les avantages que j’ai retirés de ce fébrifuge. Voyez-en aussi la recette dans le Vannuluire Magistral publié par Cadet de Gassicourt.
le quinquina neutralise le virus de la fièvre inlermiltenle. On ne doute point des effels anti-vénéneux du guaco^ parce que le venin est là, qu’il a été introduit bien manifestement, et que tous les jours on en voit les fâcheux résultats. Le virus de la fièvre intermittente, au contraire, en se dérobant à nos yeux, cache l’action directe que le quinquina exerce sur lui; mais est-ce là un motif suffisant pour nier son existence?
Si l’espoir des médecins à l’égard des spécifiques est fondé sur la raison , il en sera de même de mon opinion sur le quinquina , auquel on ne peut refuser le titre de spécifique contre la fièvre intermittente. Ne pourrait-on pas dire de cette maladie, que le hasard nous a appris à la combattre avant que la science nous eût éclairés sur sa nature ? On trouvera bien peu de médecins qui ne soient de cet avis.
§. II. On s’étonne quelquefois qu’une famille entière soit frappée de la fièvre intermittente; on dit alors ; cette famille a du malheur....; c’est comme un sort jeté sur elle.... , et autres propos de cette nature ; mais on ne cherche pas à s'éclairer sur la cause de ce prétendu maléfice que je tiens pour être la contagion , et l’on ne fait rien pour en préserver les personnes bien portantes. J’ai vu souvent, à la suite des armées, des individus habitant la même maison, être tous atteints de la fièvre inlermittente.
( iSg )
tandis que dans les maisons voisines on ne trouvait pas un seul malade. Dans la troisième partie de ce travail, je rapporterai que sur seize personnes qui demeuraient ensemble, quatorze eurent la fièvre tierce en même temps , et que les deux qui en furent préservées n’altribuèrent cette exemption qu’à un écoulement gonorrboïqué qu’elles avaient.
J indique cette exemption^ qui laisse entrevoir un préservatif contre la fièvre intermittente, parce que j s’il est permis de croire à ce moyen de se préserver d’autres maladies virulentes , il ne devra pas être rejeté lorsqu’il s’agit de la fièvre qui est l’objet de nos rec herches. Des médecins d’un mérite distingué ont écrit, en effet , d’après leur propre observation , que la peste, le typhus et la fièvre jaune, épargnent ordiuaireriient ceux qui ont un cautère , un ulcère, une gonorhée, etc. Le monument élevé au médecin, M. Hencius, par la ville de Venise, atteste l’efficacité des cautères contre la peste. D’autres-^ médecins , non moins méritans que les premiers , ont soutenu le contraire. Cette question est encore indécise. Mais si la première opinion mérite quelque confiance, nous serons autorisé à mettre la fièvre intermittente sur le même rang que les trois fièvres contagieuses précitées. Par ce rapprochement nous confirmerons l’analogie par laquelle toutes ces fièvres se tiennent, et nous démontrerons de plus en plus la présence d’une matière virulente.
§. lit. I^es fréquentes recliules observées pen^ • (înnl Ja convalescence viennent moins de la nature de ta fièvre intermittente ou des causes générales, que des mauvais traitemensou du peu de soin qu on met à séparer les convalescens des objets avec lesquels ils étaient en relation pendant leur maladie. Je pense qne très-souvent ces rechutes ont pour cause riiabitation de la même maison , l’usage du même lit et des mêmes vêtemens,(]) ou les relations plus ou moins intimes avec des personnes attaquées de cette fièvre; ce qui constitue divers moyens de rornmmunicalion , et un cercle de contagion dans lequel les convalescens se trouvent toujours placés. .N’a-t-on pas quelque raison de croire que les voyages et le changement de domicile n’assurent la
(i) Je ne puis me dispenser de rapporter à cette occasion le passage suivant tiré de Lind , et dont il a été question dans une note relative aux habitu ies domestiques des Russes et des Polonais. Lind s’eat convaincu que lorsqu’on tient le malade bien proprement , on rend sa maladie moins contagieuse, tandis que la saleté de son coucher et de ses vêlemens est un moyen de contagion plus certain el plus concentré^ que les excrétions et les effluves qui sortent du corps du jnalade. Bj a Jixed attention , to ihe suhject Jor sorne j ears jjuÿt , 1 am conoinced , that tlie hody of the discased kept exactely neat and clean , is not so Halle to irnpest the tuinl , us is late weaving upparel , dïrty Uncn J and uncleanliness ofani sort ahout him long retained in that impure State. 1 say , these last contain a more certain , a more concenlruted ami contagions poison, than the newely emitted ejjiuvia or eacVetions Jiom the sick. (Dissertation o?i the Jeoers , and infection. London , 1774. )
guérison de celle fièvre , que parce que les malades ee détachent des causes de contagion dont ils étaient entourés dans le lieu où. ils avaient passé le premier temps de la maladie ?
Si les médecins se persuadent bien de ce que je viens de dire, ils en retileront de grands avantages en Tadoptant pour règle de leurs prescriptions prophylactiques. Le témoignage des auteurs est muet sur ce point d’hygiène j mais je pourrai invoquer celui des praticiens auxquels je demanderai , s’il n’est vrai que les rechutes de fièvre intermittente sont relativement plus fréquentes, et les fièvres plus tenaces dans les hôpitaux que dans les villes, et chez les gens du peuple que chez les riches? S ils répondent affirmativement, comme j’ai tout lieu de l’espérer, on devra penser que, soit hors des hôpitaux, soit encore par l’opulence, l’homme ne se soustrait pas aux causes générales de cette fièvre; mais bien à celles qui donnent une nouvelle infection , parce qu’il habite des appartemens plus vastes et mieux aérés que ceux des personnes du peuple ou que les salles des hôpitaux ; parce qu’il observe plus de propreté dans son coucher et dans ses vêtemens, et que ses relations avec les malades, s’il en existe dans sa maison , sont moins fréquentes et moins intimes; en un mot, parce qu’ici, comme dans toutes les maladies contagieuses , les moyens de contagion sont plus multipliés chez le peuple
que clans la classe opulente où les individus sont beaucoup moins en contact. Il y a , peut-être, plus d’opportunité a recevoir la maladie de soimême, par les objets servant à l’usage domestique, ou par ses parens , que par les étrangers ; si cela était, on expliquerait plus facilement la fréquence des rechutes et l’opiniâtreté de ces fièvres envers certaines familles. Les rapports de consanguinité ont donné lieu, bien souvent, à des sympathies morbifiques de celte nature.
Quelques maladies contagieuses serviraient à prouver que les mauvais traitemens contre la fièvre intermittente ou leur insuffisance , sont de fréquentes causes des retours de cette fièvre. C’est le propre des maladies virulentes d’offrir des guérisons momentanées et de reparaître, tant que les remèdes n’en ont point neutralisé et détruit enlièrementle virus. Mais on doit remarquer, sur-tout, que plus elles sont virulentes, et plus les rechutes sont fréquentes et ressemblent à la maladie première, comme cela a lieu dans rinterinittente. Supposons la gale ou la maladie vénérienne dont la marche peut être observée sans danger etmaîlrisée, en quelque sorte, parle praticien; s’il survient une nouvelle apparition de ces maladies après un premier traitement , ne pensera-t-on pas que les moyens thérapeutiques employés ont été insuffisans, la certitude étant donnée que le malade n’a pas été
iwfecté de nouveau? Ne peut- il en être de même de la fievre intermittenle? et la nécessité de recourir au quinquina ou d’en prolonger l’usage après une première guérison, n’est-elle pas l’équivalent des vues thérapeutiques qui conduisent à prescrire de nouveau le soufre ou le mercure, lorsque la gale ou la maladie vénérienne reparaissent sans qu’il y ait eu cohabitation avec des personnes infectées? Mais cela ne conhrme't-il pas ce que nous avons déj[4 dit de l’effet du quinquina contre le virus de la fièvre intermittente, et ne sert-il pas à prouver d’autant mieux l’existence de ce dernier?
Lind pense qu’on peut juger de la nature contagieuse d’une fievre, par les fréquentes rechutes. Ses expressions sont tellement positives, qu’on sera peut-être bien aise que je les rapporte : IthinJc I hâve farther ohserved y that the propejisity of the patients to frequent relapses into afever y is in a degree proportional to the contagious disposition of that fever ^ or y a least y that patients relapse more frequently into a fever receivedby infection , whether it be of a mild or virulent nature , than into other fevers. Tliis circumstance may per^ hapSy sonietimes y assist us in judging of the nature and cause ofihe disbemper. Cette manière de voir, d’un célèbre observateur , confirme ce que nous avons dit des rechutes de fièvre intermittente , soit qu’elles aient pour cause une nouvelle infec-
lîoii , OU bien un mauvais traitement, et vient à l’appui de notre opinion sur la nature virulente de cette fièvre.
On peut dire à 1 egard de la périodicilé des rechutes 5 non-seulement que les causes dont nous venons de parler ont pu rappeler la fièvre intermil lente , mais même que ces retours sont soumis a un travail intérieur, sorled’incubalion, qu’il n’est pas impossible de déterminer. C’est au 14*. ou au 21®. jour de la convalescence que la fièvre revient. On reconnaît ici la marche septénaire qui est observée, également, dans plusieurs autres circonstances de la vie de l’homme , laiil en santé qu’en maladie ; marche bien manifeste dans le développement des facultés physiques et morales , et qui , dans la question qui nous occupe, montre la part que la nature prend à ce qui se passe dans le corps humain pour opérer le retour de la maladie. Je considère le temps qui s’écoule entre la guérison et la rechute , comme étant nécessaire au travail intérieur ou d’incuhaiiori qui est provoqué par un reste de virus lors des traitemens incomplets 5 ou par une nouvelle infection acquise, ainsi que nous le disions il n’y a qu’un instant, en fréquentant les malades. La peste, sur la contagion de laquelle on ne doit plus avoir de doute, a offert de ces récidives par nouvelle infection. L’opinion du baron Des- Genettes est bien prononcée à cet égard : « J’avais
> formé, dit -il, des convalescens à rendre des » services aux malades graves , en y attachant un J» certain prix , et je ne dois pas dissimuler que » plusieurs reprirent la maladie; ce qui est contre » l’assertion de plusieurs célèbres écrivains qui >» ont prétendu que Ton ne pouvait en être attaqué » deux fois dans une même Saison. » Ces rechutes , semblables à celles dont nous nous occupons , venaient d’une nouvelle infection ou contagion. Pourquoi les retours de la fièvre intermittente ne seraientils pas attribués aux mêmes causes ? Cette explicationme paraît plus admissible que celle par laquelle on attribue à cette fièvre la faculté de se régénérer; idée fausse , car il n’est pas donné aux maladies de se reproduire ni de se perpétuer dans les individus quelles ont déjà attaqués; à moins qu’on n’entende par cette régénération, ledéveloppement d’un reste de virus. L’explication que nous venons de donner de ces récidives nous conduit à de fortes présomptions sur l’existence d’une matière qui produit cette contagion ainsi que les retours dè la fièvre.
§. IV. Oii a voulu poser en principe que les maladies contagieuses détruisent dans ceux qui les éprouvent la disposition à les avoir de nouveau, A nion avis ce principe serait susceptible de tant d’exceptions, qu’il en serait renversé. Il est vrâi lorsqu’il s’agit des maladies éruptives de l’enfance ^
comme la variole, la rougeole , etc. ; il est faux lorsqu’on l’applique à la gale, à la sip^ilis , à la peste, au typluis , etc. Nous venons de prouver, d’après le baron Des-Genettes, que la peste peut attaquer la inême personne deux fois dans la même saison: c'est aussi ce qui arrive dans la fièvre intermittente; en sorte que le principe posé ci-dessus, ne lui est pas plus api^jlicable qu’à la peste, au typhus et même à la fièvre jaune. Ceux qui ont éprouvé la fièvre intermittente pernicieuse, deviennent sujets à i’intermiîtente ordinaire , de même que la peste , le typhus et la fièvre jaune ont un caractère moins grave lors d’une seconde invasion , supposez, dans tous ces cas, un sujet qui avait repris ses forces , et dont la convalescence était terminée ou sur le point de l’être. L’intermittente pernicieuse que j’eus à Venise, loin d’augmenter en moi la disposition à cette maladie, l’affaiblit sans l’éteindre absolument, puisque m’étant trouvé les années suivantes à Rome et en Espagne où cette fièvre était dans toute sa force , je n’éprouvai que l’intermittente ordinaire. J’explique ceci en disant, qu’une première atteinte détruit la disposition naturelle, et qu’elle ne dispense pas de la disposition acquise qui dépend des circonstances particulières dans lesquelles on se trouve. Pour faire sentir la différence qui existe entre ces deux dispositions, il suffi ca d’indiquer, d’après ce qu’on observe tous les jours , que celui
qui éprouve pour la première fois une des fièvres épidémiques contagieuses , court plus de danger que celui qui en est à la seconde ou k la troisième atteinte. 11 semble que dans le premier cas l’organisme fournit quelque chose aux causes générales pOur augmenter leur force, ou que l’atteinte de ces dérnières étant nouvelle pour lui , il n’est pas en mesure pour leur résister, et qu’il en reçoit des iibpressions vives et semblables k celles que les organes des sens reçoivent des premières impressions des objets extérieurs. Voilk ce qu’on peut dire de la disposition naturelle que j’ai considérée comme donnée par les parens ^ et j’estime qu’il est possible que les causes prédisposantes de ces maladies s’exercent sur Ibomme dans des temps différens , selon les circonstances de lieu ou de saison où il se trouve placé, et qu’elles lui donnent ainsi une disposition acquise , temporaire et accidentelle.
Il est donc certain qu’une maladie ne pourra pas être dite non-contagieuse*, généralement parlant , parce qu’elle attaquera plusieurs fois la même personne dans le cours de sa vie ou dans une même saison. 11 est, au contraire, plus conforme k la raison et k l’expérience de dire que les causes prédisposantes agissent d’autant plus facilement, que déjà les organes ont été le siège des combals de ces mêmes causes contre la résistance vitale, et qu’ils
en ont retenu une faiblesse qui est une disposition favorable aux retours de la maladie. Mais aussi on devra croire que, plus souvent celte résistance sera vaincue, plus la cause était active et virulente j et c’est répéter, en d’autres mots, ce que Lind a dit des maladies contagieuses , qu’elles exposent à de fréquentes rechutes ; ce qui peut s’appliquer parfaitement a la fièvre intermittente.
§. V. On peut dire que le type sous lequel les fièvres se présentent n indique pas toujours leur nature, qu’il dépend ordinairement de la saison et du mouvement imprimé a l’appareil organique spécial, auquel telle ou telle autre forme de fièvre se rapporte, et qu’il n’est rien changé a 1 essence de la maladie, quoiqu’il change lui-même derhythme ou de mode d’être. Nous avons rapporté, d’après Torti et Nicoletti , que, sous la forme d’une fièvre continue, on avait eu à combattre une fièvre intermittente ; d’après Fodéré cl Pujol , que celle-ci avait précédé et suivi la fièvre rémittente; d’après Selle, que des fièvres exanthématiques virulentes se montraient indistinctement sous chacun de ces types ; d’après Lancisi , Mercatus et notre propre observation, que plus une intermittente est pernicieuse, plus elle tend vers le type continu qui est assez familier aux fièvres contagieuses, etc. Aux faits qui nous ont appris que Je type en impose sur la nature des fièvres , nous joindrons celui qui nous
est encore fourni par le docteur Pujol , dont la mémoire , comme savant praticien , est chère à mes compatriotes.Une épidémie de fièvre miliaire, dite suelte ( nous en avons parlé dans un autre lieu ) , débuta pendant l’automne de 178:2 , ayant le caractère de fièvre intermittente pernicieuse; en hiver, elle prit la forme d’une fièvre rémittente miliaire phliclencuse, rniliaris «/6a des Allemands, et au printemps elle fut avec un appareil inflammatoire et des sueurs extrêmement copieuses. Si elle eût duré une saison de plus , elle eût offert les symptômes des maladies de l’été caractérisées par un appareil bilieux , et se serait convertie , plus tard, en une intermittente dont elle avait eu la forme primitivement, si déjà dans sa marche elle n’avait parcouru le circuit annuel , en se portant tour-à-tour sur les appareils organiques dans lesquels chaque saison établit la disposition morbifique qui lui est particulière. Cependant les différentes formes que cette fièvre prit n’exprimaient qu’une même maladie, dont la cause bien connue était dans les miasmes sortis des terres boueuses du canal du Languedoc.
Si nous avons vu que la fièvre intermittente se change en rémittente ou en continue, nous trouverons aussi que ces dernières deviennent in|ermittenles. Richard Morton (i), en traitant de la scarlatine, rapporte plusieurs observations, entre autres la sep-
(1) De fehrihus injîammatoriis , Londini , 16^4 ^
lième, où il s’agit d’un enfant qui, ayant eu une éruption irrégulière et orageuse, fut pris, au huitième jour, d’une fièvre rémittente quotidienne qui ne céda qu’au quinquina. La huitième observation est encore une éruption orageuse, qui fut suivie d’une fièvre rémittente , et enfin d’une intermittente. La neuvième fait connaître une fièvre scarlatine rémittente , qui devint intermittente. Enfin , la onzième est , à juste titre, appelée pestilentielle par l’auteur, qui rapporte, que de cinq individus de la meme famille atteints de la scarlatine, deux eurent des parotides, le troisième un bubon à l’aisselle, et le quatrième , qui était une femme âgée de soixantedix ans , eut un carcinome gangréneux auprès du pubis. Dans tous ces cas une éruption irrégulière avait produit la fièvre intermittente, c’est-à-dire qu’un reste de virus de la fièvre scarlatine s’éiait porté sur les organes dent la souffrance est exprimée par la forme intermittente, et que ce reste de virus dégénéré suscita les symptômes pestilentiels observés particulièrement sur la femme septuagénaire. Cette dernière circonstance deviendrait une preuve nouvelle de la liaison naturelle des fièvres peslilenlielies avec les intermittentes, les rémittentes^ etc, , s’il était vrai que le type dût faire établir une distinction entre ces mêmes fièvres (i).
(i) Pinel a combattu fortement la division ancienne des fièvres
Ces faits n’mdiquent-ils pas qu’un virus, supposé flottant dans rorganîsalion , étant déplacé de son siège naturel , peut porter son action sur les organes que la saison dispose aux maladies ? Cellesci , qui ne seraient alors que symptomatiques,, pourraient être considérées comme pourvues d’une forme tenipestatile. En effet , les fièvres épidémiques contagieuses revêtent le type et la forme propres à la saison où elles régnent , ou bien encore aux pays où elles sont importées ( nous en avons donné, d’après le docteur Bally, une assertion très-péremptoire à propos de la fièvre jaune en Espagne), ce qui nous fait trouver dans ces mêmes fièvres des variétés infinies que l’on prend, à tort, pour autant d’espèces , puisqu’il est vrai que les causes sont à-peu-près les mêmes. D’où nous concluons que la fièvre intermittente d’automne reconnaît pour cause une matière virulente analogue à celle des fièvres rémittentes des autres saisons j ou bien, pour parler d’une manière plus conforme aux principes que nous avons établis , qu’elle procède de la cause commune à toutes les fièvres épidémiquesconlagieuses, etpar conséquent qu’elle est virulente.
d’après leurs types; et prenant pour chefs de ses divisions les causes iwatérielles des maladies , il a établi que les fièvres inflaminaloires, les bilieuses, les pituiteuses , les adynamiques et les ataxiques, peuvent être indistinctement conliniiqS; rémittentes ou intermittentes.
§. VI. On peut donner pour preuve de la virulence de la fièvre intermillente, l’absence de telle même fièvre pendant ou à la suite des épidémies de fièvres conlagieuses, et réciproquement 1 absence de ces dernières sous le règne de l’intermiltenle épidémique. A l’égard du premier chef de celle proposition , nous répélerons ce que nous avons dit ailleurs , qu’au grand étonnement de Sydenham, la fièvre iiUermillenle fut extrêmement rare à Londres pendant quelques années après la pesle qui y régna en i665; que celte même année on ne vit point les maladies qui dépendent des saisons ; et pour confirmer celte remarque moderne par une observation fort ancienne, nous dirons, d après Thucydide , que la pesle d’Athènes étouffa toutes les maladies qui y régnaient haliitueliemenl. Atque annus ille , ut in confessa est , dit cet historien, inter omnes maxime , aliorum morborum inimunis fuit. Pour étayer le second chef de la proposition précédente , nous rapporterons ce qui a été observé dans l’île de Walcheren par un médecin anglais déjà cité, savoir, que pendant l’épidémie de fièvre intermittente qui y régna , on ne vit point de typhus , de dysenterie, ni les autres maladies familières aux armées; nous dirons aussi avec Lancisi, que toutes les maladies dépendantes du climat vinrent se confondr»^^* avec la fièvre intermittente épidémique de 1695 à Rome , et nous
répéterons ici ce que nous avons déjà dit avoir observé , que dans quelques hôpitaux où une mauvaise administration entretenait la fièvre nosocomiale, la lièvre intermittente remplaçait celle-ci en automne , et qu’alors le typhus d’hôpital disparaissait, mais que l’hiver nous le ramenait eu étouffant la fièvre intermittente.
Dans l’une et dans l’autre hypothèse, il y a un simple changement de forme, l’essence de la maladie étant la même ; ou bien la maladie épidémique étant douée d’une plus grande force que les autres maladies , les entraîne dans sa marche et leur donne sa forme; ou bien encore les virus se détruisent les uns les autres (i). Nous en avons donné quelques preuves , et cette vérité qu’on n’aurait pas osé émettre avant la découverte de la vaccine, sera encore plus démontrée si les succès du docteur Colorabot sont confirmés par de nouvelles expériences (2). Puisse ce médecin pbilanlrope trouver beaucoup d imitateurs ! Tôt ou tard on verra tourner au profit de l’homme, les virus même , qui ne semblent être donnés que pour détruire son espèce ;
(i) Le typhus qui règne présentement à Derby , en Angleterre, a mis fin à la petite vérole qui y était tres-répandue.
(.)Dans un rapport fait au comité de vaccine de la Haute- Marne , ce médecin a dit avoir guéri quatre individus atteints de dartres ulcéreuses vives , en insérant le virus vaccin autour des dartres par dix ou douze piqûres j ce qui a été rapporté pai’ tpu> les journaux en février 1817.
découvertes précieuses , vers lesquelles l’état actuel de la science permet de diriger les reclierches.
§. VII. On ne peut point se prévaloir de linierniiltence de certaines fièvres, pour en conclure qu’elles ne sont pas virulentes; car il est facile de prouver qu’un virus introduit dans le corps de l’homme n’a point toujours l’activité propre à quelques venins , a celui de la vipère, par exemple. Nous savons que le virus vaccin inoculé ne cause de trouble que vers le cinquième jour, le variolique le hüilième , celui de I hydrophobie bien plus tard encore. Cependant un virus est dans le corps de l’homme, et s’il y reste inactif, c’est qu’il n’a point acquis la force nécessaire pour la manifestation de ses effets. Il la tire, cette force, de l’intérieur de l’individu ‘à la faveur des dispositions naturelles ou acquises, efs’en sert pour susciter le premier mouvement fébrile qui, dans toutes les maladies virulentes , se manifeste par une horripilation, par des frissons, ou parunfroid quelquefois très-intense que la chaleur suit immédiatement ; et la sueur ou tout autre phénomène qui vient se dessiner à la périphérie , est le troisième état qui complète la période totale des fièvres virulentes. Le temps qu’une fièvre met à la succession de ces trois élats, est la mesure du circuit entier qu’elle doit par-» courir dans sa plus grande intensité. Toute fièvre aiguë , cruelle que soit sa durée ou son type, parcourt
ces trois étals sans qu’il soit possible d’assigner , pour chacun d’eux, une durée ou un nombre de jours délermiué. Plus ils se prolongent, moins il y a de danger ; et plus ils sont courts, non distincts , ou que l'un d’eux manque, plus on doit craindre pour les jours des malades. Des exemples nombreux pris de la peste , de la fièvre jaune , du typhus et de riiitermitlenle pernicieuse , nous persuaderaient que ces fièvres sont le plus souvent mortelles , 1*. lorsque leur durée est de moins de cinq jours;
lorsque les trois étals qui composent la période de la maladie ne sont pas réguliers et distincts.
S’il en estainsi des fièvres contagieuses en général, la fièvre intermittente ne sera pas exclue du tableau de ces dernières : son diagnostic nous apprend que chaque accès se compose des trois états précités , et qu’il est d’autant plus dangereux que ces états n’ont point une succession régulière. Ne peut-on considérer chaque accès comme une révolution entière, ou comme une période morbifique , laquelle commencerait au moment où la cause virulente aurait acquis assez d’énergie pour surmonter la résistance vitale , et finirait lorsque cette dernière, à son tour, aurait subjugué cette même cause ou 1 humeur virulente , qui s’épuise ou se neutralise , qui est chassée au -dehors par la transpiration ou par les éruptions , ou bien encore qui est déposée sur un organe chargé de quelqu’excrétion qui la rejette,
ou sur tout autre organe dépourvu d^exorélion qui la relient , ce qui est la terminaison la plus fâcheuse qui puisse arriver? La tendance à la périphérie qui coïncide avec larémission des symptômes imminens des fièvres virulentes, est bien manifeste dans l itltermittente au liuisième temps de l’accès, qui est celui de la sueur. Alors plusieurs parties du corps se couvrent dé platjues de couleur rouge , d’un érysipèle fugace (i) , d’éruptions miliaires fixes Ou mobiles » d’échauboulures , de pétéchies , de phliclèiies , etc. C’est alors que les urines déposent un sédiment épais , et que les évacuations de toute espèce reprennent leur cours ordinaire.
On taxera, si l’on veut, d hypothèse celte manière de voir une période morbifique dans un accès de fièvre : j’avoue qu elle prêle à la discussion , et qu’on peut l’attaquer et la défendre avec avantage; mais quand même elle serait improuvée , cela ne changerait rien au fond de cet ouvrage ; et sans vouloir entraîner personne dans mon opinion je dirai que toutes les explications que je connais sur ce! le question , celle de Voullonne exceptée , m’ont paru peu satisfaisantes. Dans cet état de cause, j’ai cru pouvoir dire ma façon de penser (5).
(1) J’âi tu une înlermittenfe pernicieuse érysipélateuse. J’ai l'apporté eette observation dans mes mémoires. L’érysipèle était à la face , et disparaissait à la fin de l’accès.
(2) bifférens corps ont reçu de la nature une fixité de forme ,
Pour répondre à ceux qui nous opposeraient qu’on ne peut croire à la présence d’un virus dans le corps humain , sans admettre pareillement une action permanente et une suite non interrompue de symptômes et de phénomènes morbifiques jiisqu’à la terminaison delà maladie, ce qui n’a pas lieu dans l’intermittente, nous rappellerons ce que nous avons dit, d’après Selle et Morton, des fièvres éruptives qui ont le type iiilermilteut ; nous dirons encore avec Lind , que la marche des fièvres virulentes est ordinairement avec des rémissions ou des intermissions; et nous ajouterons à ces preuves, que la plus terrible des maladies virulentes, l’hydrophobie,a des paroxismes bien marqués, et quelquefois des intermittences si sensibles, que pendant leur durée le malade, ayant le sentiment de son état, déplore les excès auxquels il s’est porté, et conjure lesassistans del’éviter pendant leparoxisnle. Enfin, pendant l’accès même d’une intermittente pernicieuse épileptique , il y a des intervalles d’un
telle que leurs masses les plus grandes ne diffèrent pas de leurs fragmens divisés à Tinfiiii. Le plus petit silex détaché d’un caillou, présente dans sa c. ssure naturelle les mêmes angles et les mêmes faces, à l’étendue près , qu’un bloc de ce minéral. Cependant avec toutes ces formes parf lites , il n'était précédemment qu’une portion perdue et confondue dans un agrégat à la forme duquel il contribuait seulenient. jN’avons-noiis point ià une image naturelle de la fièvre intermitlente ? Celle-ci, dans sa durée, n’esl-elle pas compie l’agi égat ? l’accès n’est-il pas, par rapport à elle , ce que le grain de silex était au caillou ?
quart-d’heure et de plus longs encore , pendant lesquels le malade est dans un calme profond , lorsqu’un moment après il offre le spectacle affreux des convulsions les plus déchirantes , auxquelles le calme vient succéderde nouveau.il est probable que l’accès n’est qu’une forte excitation suscitée par le virus, et une attaque de ce dernier dont la résistance vitale triomphe pendant les premiers accès , mais qui, douée d’une force supérieure dans quelques cas , ou par ses attaques réitérées , vient à bout de subjuguer la résistance vitale , et de troubler les fonctions au point d’amener une terminaison fatale et plus ou moins prompte. C’est ce que Mercalus pensait des lièvres intermittentes , et qu’il a rendu en ces termes bien expressifs : P erniciosior efficitur tertiana j ob venenosam ac pestilentem et contagiosam aliquam humoris qui è vasis ejaculatur conditionem ^ qui sanè eà quod moveatur , longé graviora efficit accidentia. Dans 1 intermittente pernicieuse, le danger va croissant a mesure que les paroxismes se succèdent , et d’une manière si évidente ,que le médecin observateur peut indiquer l’accès et le jour auxquels la mort arrivera. Je dis la mort, car, de même que dans les empoisonnemens violens, il n’y a rien a attendre des ressources de la nature pour terminer favorablement <^ette lièvre j circonstance que je signale comme indicative de l’existence d’un virus léthifère.
Comment pourrait- on ne pas croire a ce virus doué d’une activité aussi grande que les poisons et les venins, lorsqu’on trouve que l’intermittente pernicieuse peut causer la mort au premier accès, de même que la peste et la fièvre jaune qui tuent quelquefois le jour même de leur invasion? On doit penser de celle qui ne devient mortelle qu’après plusieurs accès, que sa virulence s’est développée successivement, et que le virus n’a eu les qualités léthifères, qu’après plusieurs réactions ou coctions morbifiques qui ont lieu pendant les temps de crudité et d’augment de celte fièvre. Il en est ainsi des virus vaccin et variolique , qui sont imparfaits le jour où les boulons se forment, mais qui sont d’autant plus pourvus de leurs qualités contagieuses , que la maladie est plus près de son apogée; et que, passé cette époque, la matière que ces boulons renferment , perd de ces mêmes qualités, et finit par être impropre à la propagation de ces maladies. Des expériences faites sur la peste semblent nous dire, que le pus des bubons qui existent encore sur les hommes convalescens , ne communique point cette maladie. Une progression semblable à celle des fièvres exantbémaleuses virulentes , a lieu dans la fièvre intermittente. En général on peut dire , que, quelles que soient les intermissions et l’uniformité de celte fièvre pendant toute sa durée, elle a, néanmoins , dans la première et la
- ( <ilO )
seconde semaine, une progression qui n’écliappe pas à l’altention du praticien. Cefte progression correspond aux époques de crndilé et d’auginent des fièvres continues ou rémittentes. La troisième semaine est le temps de leur apogée, et c’est alors qu'on o])tient des guérisons naturelles , observation qui date du temps d’Hippocrate ; c*est alors aussi que commence le déclin de la maladie. La persévérance de la forme intermittente, dans les temps snivans, n’est, le plus souvent, qu’une habitude morbifique contre laquelle le quinquina a fort est peu d’action , parce que la virulence de la fièvre annihilée (i). On observe encore que dans les pays humides et chauds , la fièvre intermittente a , dès son début , une forme bien caractérisée ; les accès en sont bien prononcés j au lieu que , lorsqu’elle est sporadique , elle est en quelque sorte incei'tauie dans sa marche et sur le type qu elle doit prendre j ce qui doit faire penser que la cause de celle-ci est imparfaite, et qu’elle a toutes les qualités dans la première.
' Nous concluons de tout ceci , que l’interruption des phénomènes morbifiques, ou l’intermittence ,
(i) J’ai considéré ainsi les fièvres quartes anciennes. Voyez mon mémoire sur Y’Ulilité des Synapismes contre ces fièvres. ( ]\ouve1le Thérapeutique 3 etc. ) Depuis que j'ai publié les heureux résultats de ce moyen perturbateur , plusieurs médecins des aimées ont répété mes expériences avec un égal succès.
ne peut être citée pour preuve de l’absence du virus.
On pourrait donner d’autres probabilités de l’existence du virus de la fièvre intermittente ; mais nous devons limiter nos recherches. Seulement nous ajouterons ici quelques propositions ou corollaires, qui nous paraissent fortifier ce qui vient d’être établi par la 'discussion. Nous sommes porté à croire ,
1®. Que chaque accès est une attaque nouvelle du principe virulent j
2.^, Que le virus est en partie expulsé à la fin de chaque accès, par un mouvement intérieur, analogue k celui par lequel les crises ont lieu dans les autres fièvres ;
5®. Qu’après chaque accès il reste dans le corps une portion de la matière morbifique virulente qui est augmentée par le concours des causes externes ;
4®. Que, plus ces causes sont actives, plus la virulence est grande ou mortelle ;
5®. Que la fièvre devient d’autant plus pernicieuse , qu’il se forme plus de matière virulente qu’il n’en a été évacué pendant les accès j
6®. Qu’il est mathématiquement vrai que les forces médicatrices de la nature sont nulles, lorsque la virulence est portée a un très-haut degré j
7®. Qu’il est également vrai que la médecine
possède un moyen efficace pour détruire cette virulence ;
8®. Que dans tous les temps de la maladie , depuis son commencement jusqu a son apogée , pri peut employer ce moyen et neutraliser le virus ; ce qui serait impraticable et nuisible même dans beaucoup d’autres fièvres ;
9°. Que le rétablissement des forces vitales a lieu pendant l’intermittence;
10°. Que plus l’intermittence est longue , plus les forces se régénèrent ;
11°. Que plus le malade est exposé aux causes générales, plus il facilite la formation du virus ;
itP. Que la cessation subite de la maladie, lors^ qu’on change de pays, prouve la proposition précédente ;
i5®. Que les moyens perturbateurs dont nous avons fait un utile usage contre les fièvres quartes anciennes, agissent en relevant les forces vitales et en rompant l’habitude morbifique;
i4°. Que les fébrifuges agissent de même sans doute;,mais que le plus sûr de tous, le quinquina, agit en détruisant le virus , par une sorte de neutralisation ;
i5°. Que la suppression subite des accès , par le quinquina, prouve non-seulement cette dernière proposition, mais encore la plupart de Cielles que nous venons d’énoncer.