‹ Recherches sur la contagion des fièvres intermittentesChapitre 9 sur 16 · SECTION PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SECTION PREMIÈRE

De Vorigine des Virus en général y et de celui de la Fièvre intermittente en particulier.

On entend par vu'us ^ des humeurs plus ou moins nuisibles , qui, sorties d’un animal, et trans-

mises , par un moyen quelconque , à un autre animal , suscitent des maladies conformes a celles qui leur ont donne naissance^ mais la médecine, qui a signalé ces agens de destruction , n’a point encore de grandes lumières sur leur origine. Les sources d’où ils proviennent et les élémens qui les constituent sont toujours entourés de ténèbres , et dans ceci, comme dans beaucoup d’autres choses, la nature relient le secret de ses opérations. Pour acquérir quelques connaissances probables , nous sommes réduits à étudier les phénomènes généraux qui se passent autour de nous. Toutefois on est forcé de reconnaître que les virus ne se trouvent point parmi les substances premières ou élémentaires dont la nature se sert pour former les êtres et les composés divers qui remplissent l’univers j ils n’existent primitivement nulle part, tout nous dit qu’ils sont le résultat d’une ou de plusieurs combinaisons, et que leur formation n’est' que secondaire. Ils ont cela de commun avec mille autres productions de la nature.,, dont la formation dépend de la rencontre fortuite des molécules organiques ou principes constituans ; en un mot ces humeurs, indispensables pour qu’il y ait contagion , résultent d’une opération qin se passe dans un animal en état de maladie. Nous les distinguons des venins qui se forment dans ranimai en étal de santé, ([uoique, rigoureusement parlant ,

on puisse dire de ces derniers, que leur origine requiert le concours des mêmes circonstances qui produisent les virus. Nous aurons occasion d’en parler dans la suite de ces Recherches.

Les circonstances qui favorisent la formation et le développement des virus sont de deux sortes : les unes, extérieures à l’animal 5 les autres, dépendantes de son essence et de son organisation.

, Les circonstances • embrassent tout

ce qui s’entend de l’atmosphère , de la nourriture et des objets placés à l’extérieur^ mais c’est l’atmosphère qui joue le rôle principal. Dans les pays chauds elle exerce sur les végétaux et sur les animaux une influence très-grande, modifie leur nature , favorise leur propagation , hâte leur accroissement , et les conduit à leur fin avec plus de rapidité que dans les pays du nord. La fécondité de la nature y est toujours balancée par la destruction de ce qu’elle a produit , et la décomposition de tous ces êtres multipliés à l’infini est rendue plus active par leur quantité même et par la chaleur. Plus la chaleur de l’atmosphère est grande, et plus la putréfaction opère en peu d instans la dissolution de tout ce qui a cessé de vivre. L’homme même, placé dans ces circonstances, ne peut se soustraire à l’entraînement général des êtres organisés vers la destruction. C’est alors que la cliaihèse putride se joint aux maladies les plus

simples , pour les rendre plus meurtrières , et que celles-ci se répandent par contagion.

Mais celte putréfaction et cette prompte décomposition ne reconnaissent point pour cause unique la chaleur; celle ci, sans riiumidité, ne pourrait point opérer la fermentation. Une atmosphère chaude et sèche dans un pays saLlonneux et sec, loin de favoriser la putréfaction, l’ernpêihe au contraire, en absorbant promptement 1 humidité des substances. L^expérience a prouvé que les rizières de l’Asie ou celles de l’Egypte causent moins de maladies mortelles que celles du Piémont. C’est encore cette prompte absorption de l’humidité qui fait que, dans les déserts de l’Afrique, dans la HatUe-Egyple , par exemple , les cadavres se dessèchent au lieu de pourrir , et forment des momies qui se conservent plusieurs siècles dans ce même pays , au lieu qu’elles dépérissent dans d’autres contrées, ce qui est arrivé à celles qui de nos jours ont été apportées à Paris.

Au contraire , une atmosphère humide et chaude favorise d’autant plus la décomposition , qu’elle soumet davantage les corps vivans à des variations de froid et de chaud, de sec et d’humide. Ceci a lieu particulièrement dans les pays où l’humidité absorbée par la chaleur du jour, et retenue dans l’atmosphère à une hauteur à-peu-près déterminée, retombe nécessairement après le coucher du soleil,

ou par les orages, lorsqu’elle n’a pas élé chassée par les venls. C’est encore ce qui se passe dans les pays ou un ciel serein et la pluie se succèdent plusieurs fois dans le même jour, comme il arrive aux Antilles pendant l’hivernage.

La chaleur et l’humidité servent donc puissamment à la génération et a la destruction de tous les êtres. La vérité de cet axiome , attestée par tout ce qui existe dans la nature, l’est encore plus par ce qui se passe dans les pays marécageux. Si l’on porte ses regards sur une contrée coupée par des eaux dormantes , ou qu’on parcoure les bords des marais, on y trouvera une multitude étonnante d’insectes et une richesse immense de végétaux. Mais ce spectacle des prodigalités de la nature n’a rien qui attire, et, par une expression qui est particulière à ces mêmes pays , il semble qu’on est averti de s en éloigner. Le morne silence qui y règne n’est interrompu que par la voix aigre et incommode de quelques oiseaux aquatiques , des animaux amphibies, ou par le sifflement des serpeiis. On n y trouve point les oiseaux qui se plaisent dans le voisinage de l’homme , et qui répandent de l’agrément autour de sa demeure. A chaque pas on y rencontre des reptiles dont la vue épouvante , et dont 1 approche est trop souvent funeste. Les insectes y fourmillent , et quelques-uns armés d’un aiguillon venimeux , s’en servent contre

l’homme pour lui disputer, en quelque sorte, l’occupation de ces lieux , ou comme pour le prévenir des dangers qui l'y menacent. Les végétaux y ont un aspect sinistre, peu de fleurs décorent leurs liges, comme si la nature eût jugé inutile de répandre l’agrément d’une riante flore dans des pays rendus inhabitables par les causes de destruction qui s’y trouvent réunies. L’air qu’on y respire imprime des sensations qui préviennent sur ses mauvaises qualités j l’odoral le distingue de toute autre espèce d’air , les poumons le reçoivent avec répugnance, ils se resserrent à son approche , et par ce mouvement instinctif ou de pure perception organique , ils rendent la respiration laborieuse et opprimée, d’où naît le besoin de faire de grandes inspirations, dont le propre est de fournir à l’absorption pulmonaire un grand volume d’air hétérogène , d’exciter aussitôt une douleur sourde vers le centre phrénique, un sentiment de mal-aise le long de l’œsophage et à l’estomac , avec disposition aux éructations infructueuses (i) , des frissons dans la colonne vertébrale, une sensation de froid dans

(i)On pourrait appliquer ici ce que Magendie a dit sur la déglutition de l’air lorsqu’on éprouve des nausées, et sur les éructations qui proviennent de la présence de ce fluide dans l’estomac. Mais la qualité de l’air n’est-elle pas à prendre en Considération, et ne peut-il se faire que les miasmes putrides tles marais se mêlent ainsi au chile , à la hile et aux autres liunicurs récréinentitielles ?

les yeux et dans les méninges, la pesanteur du cerveau, une douleur sus-orbitaire et un affaissement général.

Outre ces effets des pnys marécageux , on observe encore que les insectes et les reptiles y sont plus venimeux que ceux de la même espèce dans les pays secs. Il est facile d’en trouver la cause. Dans la première liypolbèse tout ce qui sert à la nourriture de ces animaux, l’air même, est entaché du vice de putridité; l’animal n’élabore et ne touclie que des substances en putréfaction , ses humeurs doivent participer de ce vice ^ et s’il a le moyen de se mettre en communication avec un autre animal , il lui transmettra , bien certainement, le vice qui est dans ses humeurs et dans toute son organisation. ' Il ne serait même pas impossible que 5 dans quelques circonstances, les insectes ne fussent de simples porteurs , ou des inoculateurs de la matière morbitique qu’iis auraient prise sur* d’autres insectes ou sur des cadavres pourrissant dans la vase ou au bord des eaux(i). C’est ce qu’attesteraient les j:ustules malignes qui se forment à l’endroit où l’on aurait été piqué par un moucheron, par une guêpe, ou par tout autre insecte,

(i) Telle est roplnion de M. Aînçreux , de MonlpelIIer, naturaliste Irès-judicleux , que j^al suivi, avec beaucoup d’intérêt , dans quelques-unes de ses-incui:sions aux environs de Montpellier y et surtout à M^guelone, ’ i ) '

ainsi qnè ccs tumeurs plilegmoneuses ou érytLémalciises qu’on observe à la face ou aux mains, parties du corps qui sont les plus exposées à leur aiguillon. Ce dernier moyen de contagion, non moins admissible que le premier, est comparable aux piqûres d’aiguilles ou d’inslrumens aigus, qui sont suivies de pustules malignes cliez les hommes qui touchent les cadavres ou les peaux d’animaux nujrls de maladies virulentes. Ce moyen trouvera plus de crédit, s il est vrai, comme quelques médecins Font assuré, que les puces et les autres insectes qui vivent en parasites sur le corps de 1 homme ; peuvent propager, par leuis piqûres , les maladies qui régnent dans les hôpitaux ou dans les prisons. Je n’ai point constaté ce fait par ma pratique ; mais j’ai vu que les piqûres de puces se eliangeaient en pétéchies dans les épidémies de typhus; ce qui m’a porté souvent à soupçonner que la cause de la maladie avait été introduite par ce moyen.

Une saison chaude et pluvieuse est propre à favoriser la pullulation des insectes, de même que cette pullulation est extrêmement active dans les contrées nalureilement humides et chaudes ainsi qu’il vient d’en être question. Dans 1 un et l'autre cas, ces insectes, la même espèce élant donnée, seront venimeux ; il n’en sera pas de même de ceux qui habiteront les pays sains. Le moucheron ou cousin (cw/ex) , insecte fort répandu, servirait à*

prouver ce que j’avance. Nous savons, par M. Leblond, que le scorpion et la scolopendre, insectes si redoutables dans la région chaude des Gordiiîières, qui est aussi la plus marécageuse et la plus insalubre , perdent leur faculté venimeuse dans les autres régions , où leur morsure est a-peu-près sans effet. Qui pourrait révoquer en doute que la tarentule ne soit venimeuse que parce que le pays de Tarente est marécageux et malsain? Quelques cantons de l’Amérique équatoriale sont peuplés de serpens si redoutables et si nombreux, que l’homme n’ose y fixer sa demeure, et qu’il en est même chassé par ces reptiles. N’est-ce pas aussi à l’influence de la chaleur et de Thumidité que les insectes venL meux dont parle M.Moreaj,!- de- Jonnès , et sur-tout le serpent trigonocéphale , ou vipère fer-de-lance , de la Martinique , doivent ce venin, qui, porté sur l’homme , cause le sphacèle des membres et la mort même en quelques heures? Il est donc prouvé que la faculté donnée par la nature à quelques animaux, de ,produire certains venins , est singulièrement développée dans les pays chauds et marécageux, ou dans les saisons de l’année chaudes et humides ; ce qui semblerait mettre la nature vivante sous l’empire de ces mêmes circonstances. Le célèbre peintre des Saisons a dit, avec moins de fiction poétique que de vérité : « Dans la malheureuse » Guinée , le soleil regarde tristement ce monde

noyé par les pluies équinoxiales; il en attire fi Fodeur infecte, et il naît un million d’animaux fi destructifs de ces marécages malsains où la pu- « tréfactiori fermente. Dans fombre des bois, re- » traite affreuse enveloppée de vapeurs et de cor- » ruption , et dont la sombre horreur ne fut jamais » pénétrée par le plus téméraire voyageur , la puis- » sance des maladies pestilentielles établit son emfi pire; des millions de démons hideux l’accom- » pagnent et flétrissent la nature; fléau terrible qui » souffle sur les projets des hommes , et change en » une désolation complète les plus hautes espé- » rances de leur orgueil. » (i)

Tout ce qui est des pays marécageux et chauds forme donc un ensemble qui n’est que putréfaction ; l’organisation et la vie n’en exemptent point les êtres qui , plongés constamment dans une atmosphère putride , en repousseraient vainement la funeste influence. Tout ce qui sert d’aliment a la putréfaction , et tout ce qu’elle produit , devient leur pâture forcée , et s’identifie tellement avec leur organisation, que les végétaux en sont rendus plus vénéneux , et que des animaux , dont la morsure était innocente partout ailleurs, y deviennent extrêmement redoutables. Comment expliquera-t-on ces qualités pernicieuses acquises par ces végétaux et par

(i) Thompson , Poème des Saisons.

ces animaux , si Ton ne reconnaît qu’il se passe en eux un travail d’élaboralionqui produit la matière vénéneuse? Cette matière, portée sur d’autres animaux, troublera leurs fonctions, et leur donnera des maladies plus ou moins graves , selon qu’il y aura plus ou moins d’affînité entre ces venins et l’organisme des êtres vivans. C’est dans de telles circonstances que se forment les virus auxquels nous assignons une origine spontanée, quoique l’opinion de plusieurs médecins modernes soit contraire à cette manière de voir (i). Sous le nom de virus nous comprenons

(i) L’homme s’aveugle sur ce qui le touche. Son erreur vient du sentiment qui le domine , par lequel il est porté à croire que tout ce qui est bien dans ce monde est son partage , et qu’il peut maîtriser ou refréner toutes les causes qui sont contraires à cet état de bien. Il doute de la contagion d’une maladie parce qu’elle fait supposer une force supérieure à ses moyens, et que sa vanité s’en offense. On ne veut point admettre des maladies virulentes spontanées , parce que cela dérange les calculs de quelques hommes qui jugent des phénoinènes du monde entier dans la sphère de leur cabinet. De ce qu’une fièvre ne sera pas contagieuse à Paris , s’ensuit-il qu’elle ne doive pas l’être ù Rome , en Afrique ou en Amérique ? Et parce que toutes les causes des maladies sont dans un terme moyen à Paris , s’ensuit-il qu’oa doive y voir tout ce qui est extrême ? C’est comme si l’on soutenait que certains arbres d’Afrique ou d’Amérique ne produisent pas de fruit , parce que ceux de la même espèce qui sont au Jardin des Plantes de Paris n’en rapportent pas. Les épizooties sont contagieuses dans les pays chauds , et rarement dans ceux qui sont tempérés; elles naissent S[:ontaoément dans les premiers, elles sont importées dans les autres. L’hydropliobie canine est sporadique dans le midi de l’Europe, et s’y répand par

noii-seulement la matière qui produit les maladies virulentes connues, mais encore celle qui rend contagieuses certaines fièvres épidémiques.

hes circonstances cjui tiennent à V organisation

et cl V essence meme de F animal concourent , avons-

nous dit, à la formation et au développement des virus. Quoique la force du principe délétère qui sort des marais soit très-grande, on la voit néanmoins subordonnée à l’organisation et aux habitudes des êtres doués de vie. Chaque espèce ayant reçu de la nature une organisation et des fonctions qui lui sont propres , est aussi modifiée d’une manière spéciale par lés causes externes ; elle élabore diversement des autres espèces , et celte élaboration diverse donne lieu probablement aux différentes espèces de virus (i). Le nombre de ces der-

contagion , tandis qu’elle a régné épidémlquement en Ï783 aux Indes occidentales entre les tropiques, et que les chiens qui y arrivaient ne tardaient point à en être attaqués sans avoir communiqué avec les chiens malades. C’est ce qu’on lit dans Moseley. Voyez à Treatùe on tropical diseases. London, 1787.

(i) Pour étayer ce raisonnement, on pourrait dire qu’il est facile de distinguer les animaux à l’odeur , non-seulement de la transpiration , mais même des excrémens , ou bien encore à la forme et à la couleur de ces derniers , quoique les espèces qui offrent ces différences se nourrissent des mêmes alimens. Tout le monde sait qu’une écurie de chevaux n'a jamais l’odeur amhrce que l’on trouve dans celles de boeufs ou de vaches, et que les excrémens du chien , du chat , et de l’homme même , se font distinguer par une odeur particulière à chacun d’eux , quoiqu’ils proviennent des mêmes alimens.

nîers est d'autant plus grand que les espèces ont entre elles des rapports de structure plus variés, et d’autant moindre que ces espèces ont des habitudes et une organisation analogues : de sorte que les mêmes eaux , le même air et les mêmes alimeiis dépravés , ne servent qu’a développer une disposition naturelle et spéciale, qui est aussi nécessaire pour la formation sponlanée des virus, que les germes préexistans le sont pour les êtres doués de vie, soit végétale, soit animale; c’est ce que Mercatus a voulu exprimer lorsqu’il a dit : <c Est etiam ah affectis corporihus non vulgaris )) dijff^erentia , cùni pestis variis rerum generihus ï) infesta sit y ita ut aliquaiido inter animalia y

y> solwn armenta constat petiisse , non nunqudm

)> aves, ac intérim pisces y quin etiam et fruges y> ac omne siirpium genus. y> On pourrait en lire autant dans Thucydide , dans Lucrèce et dans Fracastor.

Cette aptitude spéciale proclamée par FlippO' crate (i) , ei confirmée par Lancisi (2) , est démontrée par l’observation. En effet, certaines maladies virulentes ne sont propres qu’à certaines familles

(1) Lib. De fatihus. — yit Jortassè dicet quispiam , cur igitur non cunctis animalihus , sed aJicui ipsoruni generi contingunt taies movhi ? Cajiis rei causam esse dixerim , qubd corpus à corpore 3 natura à naturd ^ aîimentum ah alimenlo diffcrt.

(2) De JBovilld peste.

de quadrupèdes ; savoir ; l’hydrophobie , aux carnassiers J le Ijphus épizootique, aux bêtes à cornes; une sorte de petite vérole, aux animaux a grande fourrure ; la gale , a ceux qui ne suent point ; la pustule maligne , aux ruminans, etc. , parce que les individus qui composent res familles ont une organisation qui favorise le développement de tel virus préférablement à tel autre , c’est à-dire qu’il y a en eux ( pour me servir d’une expression qui rende mon idée) une matière qui , en se combinant avec celle des causes externes ou communes , compose le virus. Celui-ci n’est qu’une excrétion , 'soit naturelle , soit morbifique , qui résulte d’un travail intérieur plus mystérieux pour nous que celui des sécrétions et des excrétions naturelles du corps. Cette aptitude spéciale ou des familles , qui serait mieux désignée si on l’appelait germe des maladies virulentes , est prouvée par l’extinction de ces mêmes virus lorsqu’ils sont portés sur des individus étrangers à la famille d’où ils tirent leur origine ; c’est ce qui a lieu dans les animaux ruminans qui ne communiquent pas l’hydropbobie, qui se serait développée chez eux à la suite des morsures faites par un chien ou par un loup enragé. Schnurrer assure aussi , quant à riiomme , que l’hydrophobie qu’il acquiert (c ne )) peut pas introduire dans son organisme la fa- » cullé de sécréter, dans le cours de la maladie»

» une matière capable de produire la même affec- » lion chez d’autres individus (i). » Cette extinction du virus hydropbobique dans l’animal ruminant, et dans I homme même , est une très-grande preuve de la nécessité des conditions tirées de l’organisation pour la formation et le développement des virus contagieux , et se lie au grand principe qui consacre l’impuissance des causes morbifiques lorsqu’il n’y a point de disposition naturelle. Caiisœ occasionales non agunt y nisi in prædispositis.

J’ai rapporté dans mon mémoire sur V Origine des Virus , qu’une épizootie qui avait fait périr beaucoup de chats avait épargné les chiens ; cependant ces animaux avaient tout en commun. Je lis aussi, dans une notice sur la Topographie physique et médicale de Rosette y par L. Frank (2), que les buffles , qui vivaient pèle mêle avec les bœufs et les vaches , ne ressentirent rien d’une épizootie qui fit périr beaucoup de ces derniers. Le baron Des-Geneltes rapporte aussi que des chiens qui se nourrissaient des cataplasmes qui avaient recouvert les bubons pestilentiels , ne manifestèrent aucune apparence de maladie. Ces faits ne confirment-ils pas notre opinion sur l’aptitude des familles d’animaux à certains virus , et sur l’im-

(1) Voyez son Traité des Epidémies et des Contagions ^ traduit de Pallemand par MM. Gasc et Breslaii. Paris, i8i5.

(2) Voyez cette notice dans la Jieiation Blédicale de V armée

Orient f cité.

puissance de ces derniers lorsqu’il n y a point de disposition naturelle ?

S’il est permis de se soustraire pour un moment aux grands principes de philosophie et de morale , et de distinguer l’homme de l’homme même , nous trouverons celte différence et cette spécialité entre l’homme blanc et l’homme noir. La propagation de la vaccine sur la côte de Coromandel a fourni au docteur Scott l’occasion d’observer et de constater, que l’inoculation du virus vaccin a très-bien réussi sur les blancs , dont le nombre de vaccinés est porté par les journaux a quarante mille ; mais quelle a présenté de telles anomalies sur les nègres , qu’on a dû la répéter jusqu’à cinq fois pour obtenir des pustules vraies. Ceci prouve que les virus agissent d’autant mieux qu’il y a plus d’identité de nature entre les individus. La difficulté qu’on a éprouvée à faire réussir la vaccination chez les nègres, étant rapportée pour prouver que les virus n’agissent qu’à la faveur de l’aptitude spéciale des êtres vivans , est d’autant plus digne de remarque, qu’il n’y a pas une grande différence d’organisation entre l’homme blanc et l'homme noir , et qu’à proprement parler , celte différence n’existe que dans les habitudes.

Les recherches qui ont précédé ces considérations zoologiques , ont bien prouvé qu’il y a quelque chose de délétère dans les vapeurs qui s’élèvent

des marais; mais cela a été constaté dernièrement par M. Rigaud-de-Lile, qui a conde nsé ces mêmes vapeurs dans les marais du Languedoc et de la Provence, au moyen d’un hygromètre, et qui a recueilli plusieurs houleilles d’eau résultant de celte condensation (i ). Une brebis à laquelle il a fait boire un tiers de litre de cette eau trois jours de suite, a eu une forte fièvre le second jour , s'est rétablie de cette indisposition ; mais au bout de quelques semaines elle est devenue languissante et maladive. On l’a abattue , et l’on a trouvé ses viscères à-peu-près dans le même étal que dans la maladie dite pourriture. La fièvre que cette brebis éprouva le deuxième jour n’était point une intermittente , parce que cet animal n’a point une organisation ni des habitudes semblables à celles de l’homme auquel cette fièvre est réservée spécialement ; mais on ne peut y méconnaître l’effet des vapeurs miasmatiques des marais, indiqué par une maladie particulière à l’espèce. Si cette expérience eût été faite sur I homme , elle aurait donné lieu , vraisemblablement, à une fièvre intermittente.

On trouve , parmi les animaux , des espèces qui sont sujettes, non-seulement à une maladie virulente, mais même à plusieurs; et il est à remar-

(i) Voyez la Bihiiothèque Universelle , mois de mai 1816. C’est cette même eau dont nous avons rapporté l’analyse faite par Vauquelin.

quer que celle pluralilé esl en proportion des relations de Tindividu avec un plus grand nombre de causes extérieures, et de ses rapports d’organisation avec les êtres naturellement sujets à ces maladies. Nous démontrerons bientôt que les animaux sauvages en souffrent moins que les animaux domestiques, et ceux-ci encore moins que l’homme; ce qui nous fera trouver une gradation naturelle dans cette aptitude aux maladies virulentes.

S il est vrai que chaque famille soit sujette a une où à plusieurs maladies virulentes , et inaccessible à d’autres , nous sommes autorisé à tirer celle conséquence, que l’atmosphère, c’est-à-dire tout ce qui esl à l’extérieur de l’animal , contient les causes occasionnelles des virus, et que les causes formelles en sont dans les individus.

Nous sommes arrivé à cette partie de notre travail , où , mettant à profit les connaissances que nous a fournies l’examen de ce qui se passe dans les animaux habilans des pays marécageux, nous devons les reporter à letude de ce qui a lieu dans l’homme. Ce dernier sera-l-il moins sujet que les animaux à l’influence des miasmes et des causes des virus? Son organisation , son intelligence^ sa raison et la perfection de son être peuvent-elles lui en donner l’immunilé? P\.icn ne le met à l’abri de celte funeste influence; nous allons voir au contraire que les qualités qui le font distinguer de la

brute , servent à le rendre plus sujet aux maladies virulentes.

Les causes formelles que nous disons appartenir a l’être vivant, sont d’autant plus miillipliëes, que l’être lui-même entretient des rapports plus nombreux avec les objets extérieurs pour satisfaire ses besoins et ses goûts j elles sont d’autant plus rares, que ses rapports avec ces mêmes objets sont plus limités, et plus conformes au genre de vie réglé d’après les lois de la nature. Les animaux sauvages, libres dans le choix de leur habitation , s’éloignent des marais et se plaisent sur les montagnes ; ils ne sont point sujets aux épizooties, et ne trouvent la mort que dans un âge très-avancé , dans les pièges qu’on leur tend, ou par la voracité de leurs ennemis naturels. Les domestiques , au contraire, ne pouvant pas suivre leur instinct, vivant en grand nombre dans des enceintes beaucoup trop limitées, exposés aux alternations de froid et de chaud , et aux répercussions de la transpiration dans les travaux forcés ; asservis à la volonté de l’homme pour leur nourriture et pour leur exercice, s éloignent de l’état de nature et deviennent sujets aux maladies épizootiques et contagieuses. Parmi ces derniers , ceux qui se rapprochent le plus de l’homme par leur structure, ou ceux qui partagent ses habitudes , tels que le chien , le chat, le singe, etc., sont aussi ceux qui participent le plus aux maladies

virulentes auxquelles il est sujet. Viborg, selon ce que rapporte Schnurrer , ayant inoculé la matière de la variole à deux singes , fut témoin de la fièvre de ces animaux : fun d’eux en mourut , et l’autre eut une éruption de forme variolique. Les observations du professeur Waldinger, de Vienne , faites sur quarante cliiens enragés, nous ont appris que ceux de ces animaux qui partagent les aîimens de leurs maîtres ainsi que leur abri, sont extrêmement sujets à l’hydrophobie spontanée , au lieu que les chiens de chasse ou de boucher en sont ordinairement exempts. Il en attribue la cause aux alimens épicés dont les premiers se nourrissent. 11 pense que ce genre de vie établit peu à peu la disposition à rhydrophobie , disposition qui peut être mise en mouvement par une forte passion ou par une saison très-chaude. Pour étayer l’opinion du professeur de Vienne , nous ajouterons que le chien, le chat , le singe et la chèvre domestique sont sujets à la gale, à la syphilis, au typhus, à la goutte, à la paralysie, aux convulsions, aux catarrhes, etc., comme l’homme , et qu’il n’en est pas de même des animaux qui servent à la culture des terres.

IjCS animaux que l’homme a appliqués à ses besoins , et surtout ceux qu'il a associés à ses habitudes, sont donc susceptibles d’épi’ouver quelquesunes des maladies auxquelles il est lui -même sujet p et, en étendant cette considération zoologique, on

arrivera à se convaincre que le nombre des maladies virulentes de chaque espèce s’accroît en raison des relations de commerce et de société, réflexion affligeante , mais vraie ; communauté fatale qui pèse plus particulièrement sur le plus parfait des êtres vivans, sur celui pour qui la société est devenue indispensable , et qu’il regarde comme le palladium de son bonheur.

Combien il est affligeant de voir l’homme sujet à toutes les maladies qui sont particulières aux autres espèces d’animaux ! Est-il entré dans les vues du Créateur de lui répartir la somme de tous les maux? Rien de tout cela n’était prévu j les élémens des virus ne se sont réunis qu à la faveur des circonstances fortuites. Tous les virus sont spontanés dans le premier sujet qui en souffre^ Si l’on ne raisonnait ainsi, on ne pourrait pas expliquer pourquoi des troupeaux enlevés aux rians vallons des pays montagneux où ils ne connaissaient point les maladies, étant conduits sur des terrains marécageux, y souffrent aussitôt de la pustule maligne, de la maladie dite pourriture , du typhus , etc. , maladies contagieuses; mais les mêmes causes qui donnent ces maladies h ces animaux, les produisent aussi chez rhomme ; ou bien , dans les mêmes circonstances, elles lui donnent une fièvre intermittente qui est ime affection particulière à son espèce. Doiton supposer que cette fièvre , qui est née des mêmes

causes que Tanthrax et le typhus des animaux , soit dépourvue du caractère contagieux qui distingue ces dernières maladies?

Pour prouver que l’état de société , s’entend de société dégénérée, contribue au développement des maladies virulentes , nous dirons , avec les historiens de la peste, que l’Egypte ii’a été fortement ravagée par ce fléau qu’à l epoque de la décadence de cet empire. Lorsque cette contrée était dans toute sa splendeur; que les canaux de dégorgement des eaux étaient entretenus ; que l’opulence générale contribuait à la salubrité et à l’élégance des villes et des habilations des particuliers; que les lois , la religion et les mœurs étaient assez fortes pour persuader aux citoyens ce qu’ils devaient faire pour la prospérité publique; alors, dis- je, la peste était très-rare en Egypte. Mais tout est changé dans ce pays qui fut le berceau du monde civilisé. Les habilans y vivent dans labjeclion et dans la misère ; au lieu de maisons , ils habitent des huttes où ils sont pêle mêle avec leurs bestiaux , et ils n’ont retenu de leur civilisation ancienne, que l’habitude d’être réunis et fixes dans des villes; habitude d’autant plus funeste pour eux, que la police de ces mêmes villes étant perdue, ils y vivent dans la saleté, que la campagne se couvre de marais, que l’induvStrie y est remplacée par la paresse, et que tout ce qui constitue la société dégénérée s’y trouve

réuni. Voilà, sans doute , des causes évidentes de riiisalubrilé du pays et des habitations particulières , et voilà aussi ce qui produit la peste. Placez ces mêmes causes en Amérique, et vous aurez la fièvre jaune j placez-les dans l’Europe méridionale, et la fièvre intermittente ne tardera pas à paraître , et dans le nord elles ne manqueront pas de susciter le typhus contagieux.

Pourquoi , ainsi que nous l’avons dit il ii’y a qu’un instant, I homme participe-t-il à toutes les maladies des animaux domestiques; et pourquoi, encore, est-il spécialement su jet à la fièvre intermittente ? Il me semble facile de répondre à cette question, non-seulement par les raisons déduites de son organisation, comme nous le verrons plus tard, mais même en le considérant d’une manière moins physiologique. En effet, l’homme s’étant mis en communication avec toute la nature par ses goûts, ses liens sociaux, ses besoins, ses passions, ses habitudes et ses plaisirs, s'est rendu commun tout ce qui est particulier à certains animaux. Il a modifié son essence naturelle; de simple qu’elle était, il l’a rendue extrêmement compliquée : excessif dans ses passions, intempéré dans sa table, il met à contribution les quatre parties du monde pour flatter ses sens et accroître ses jouissances ; aujourd’hui il trouve son bonheur dans la plus molle indolence , et demain il se livrera aux plus

grands exercices : à lâchasse, par exemple, il passera , couvert de sueur , de la montagne à la plaine , parcourra les marais , en franchira les bords , traversera les lacs, s’exposera à tous les dangers de l’intempérie, et cet être raisonnable fera tout ce que l inslinct défendrait à l’animal le moins intelligent; en un mot, éloigné de létat dénaturé, 1 homme n’écoule plus que ses passions; devenu le centre de l'univers , il veut en recueillir tous les biens ; mais il en reçoit aussi tous les maux; son ambition le portant vers les découvertes les plus périlleuses , a procuré aux Européens, avec les saintes antiquités de l Egypte et avec les productions de l’Asie , la peste , la rougeole , la petite vérole et la lèpie; avec les douceurs de l’Amérique, la maladie vénérienne; avec l’or du Mexique et du Pérou, la fièvre jaune; enfin, ces maladies, qui étaient inconnues à nos aïeux , se sont tellement identifiées avec notre organisation, que nous en portons les germes en venant au monde, et que nous leur payons un tribut inévitable. C’est ainsi que, par une succession bien déplorable, nous avons une disposition naturelle à ces maladies , disposition qui a été primitivement acquise (i). C’est

(i) La facilité avec laquelle la fièvre jaune s’est répandue plusieurs fois en Espagne, dans l’espace de cinquante ans , semblerait autorisera croire que les premières atteintes de cette maladie ont laissé dans les habitans une dis], osition naturelle qui se transmet de père en fils, comme celle de la petite-vérole ou “de la rou-

dans de telles circonstances que nous avons acquis aussi la disposition à la fièvre intermil tente (i); et si nous pouvions pénétrer dans les siècles à venir, nous y découvririons peut-être d’autres maladies virulentes, qui, tôt ou tard , viendront à affliger notre espèce.

Je ne suis pas éloigné de croire qu’il ne puisse y avoir des maladies qui résultent des combinaisons binaires des virus. On est conduit à cette idée lorsqu’on réfléchit sur les maladies virulentes de riiomme pendant les siècles passés , maladies dont ontrouveà peine quelquevestige , etsur ce que, de nos jours, il existe d autres maladies contagieuses que l’on ne connaissait pas autrefois. Ce que nous dirons bientôt de l’extinction de la lèpre et de l’origine de lasipbilis en Europe, viendra à l’appui de celte conjecture.

Ace que nous avons dit de l’homme qui s’éloigne de létal de nature, opposera-t-on que celui qui passe sa vie dans le paisible séjour des champs n’est

geôle. A l’appui de cette façon de penser, on pourrait demander pourquoi cette contrée ne fut point affligée de cette fièvre dans les siècles qui suivirent la découverte du Nouveau-Monde, Avaitelle alors moins de communication avec lui ? Je crois le contraire.

(i) Si l’on doit en croire un médecin espagnol , le docteur don Grégor. Bannarez , cette fièvre était inconnue autrefois dans les provinces de Rioxa , de Biscaye et des Asturies , au lieu qu’elle s’y propage considérablement aujourd’hui. Voyez Memoria sobre las venlajas f utilklades de la quina, Madrid, 1807.

pas mieux a ral>ri des maladies virulentes que le premier? Mais V a-t-il deux genres d’hommes dans un pays donné? Les conditions diverses n’en font point des espères différentes. Tant d'occasions rapprochent les humains qui vivent en société et leur font mettre en commun ce qui, primitivement, était particulier à quelques-uns d’entre eux, qu’il est permis de croire que tous participent à la communauté des causes qui donnent les germes des maladies. Nous les recevons de nos parens, ces gei^mes, nous pouvons les porter impunément toute notre vie , les transmettre même, et leur faire traverser plusieurs générations sans qu’ils se soient développés, parce que les circonstances favorables auront manqué.

Cependant il y a quelque chose a dire sur le croisement des races, s’il est permis de s’exprimer ainsi à l’égard de 1 homme considéré comme habitant des différentes régions du globe. Ce croisement, favorisé par le commerce , les émigrations, les découvertes de nouveaux pays et par la soif des conquêtes , contribue non-seulement à propager les germes des maladies, mais même à en produire de nouveaux. J’ai lu, je ne sais dans quel auteur, car il y a long-temps que ce fait est dans ma mémoire , que b s paysannes de la Savoie, qui vont a Lyon pour y être domestiques , étant ordinairemeht fraîches et bien portantes, s’y marient bientôt avec des Lyonnais , et que les enfans qui en proviennent

sont très-sujets aux scropLules ; cependant on ne trouve aucune trace ni apparence de cette maladie chez le père ni chez la mère , et elle pourrait bien naître d’un virus binaire , fruit de la rencontre des deux époux entre lesquels il n’y a point identité de nature , étant originaires de pays dont le climat est différent , et ayant été diversement modifiés par le genre de vie (i). Combien de mélanges de cette sorte s’opèrent sur la terre ! et combien de maladies ne pourrait-on pas prévenir, si les convenances physiques voulues pour le mariage étaient parfaitement connues! Je suis persuadé que les maladies cancéreuses peuvent être généralement rapportées à cette origine.

Un exemple frappant de ce que peut le croisement des races pour la production des maladies virulentes nouvelles , pourrait être tiré de l’origine de la siphilis en Europe. A l’époque oh celte maladie s’y répandit, on vit disparaître la lèpre, qui y était tellement commune , que dans le treizième siècle on comptait , en France seulement , deux mille léproseries , et vingt-deux mille dans toute la chrétienté. Dans les premiers temps , la

(i) Je ne serais pas étonné, si quelqu’un disait qu’en pareil cas le vice scrophuleux était latent chez la mère montagnarde , et le vénérien chez le père , chose probable dans un habitant de Lyon , ’ et que ce dernier virus a donné à l’autre l’activité dont ih manquait , activité qui a été favorisée par le peu de résistance vitale chez les enfans.

Il*

vérole eut la forme de la lepre, qu’elle n’a plus , ou que Irès-rarenient aujourd’hui (i) , et je suis porté a croire que cette nouvelle maladie fut produite par la rencontre des virus du pian et de la lèpre, qui, en se neutralisant , donnèrent lieu à une maladie de nouvelle création. Le baron Larrey a voulu nous dire, sans doute, que la siphilis et la lèpre sont liées par des rapports naturels , lorsqu’il a écrit que les maladies vénériennes dégénérées et les dartres semblent disposer à la lèpre : plus loin il ajoute que les travailleurs aux rizières , et les babitans des pays marécageux , sont sujets à l elépliantiasis. Nous trouvons dans cette dernière assertion une nouvelle preuve en faveur de la variété des maladies virulentes qui peuvent être produites par les pays marécageux. M. Moreaude-Jonnès a dit aussi que la grande tendance des mouvemens vers la peau , effet inévitable des pays humides et chauds, engendre plusieurs maladies de cet organe , et particulièrement qu’elle leur donne la forme éléphantiasique.

Il semble donc que les virus se neutralisent les

(i) J’ai trouvé encore quelques lépreux parmi les juifs établis à Rome , où ils sont renfermés , au coucher du soleil , dans une enceinte de murailles dite /7 Chetto , fort petite pour leur nombre , et où ils vivent très-salement. Ces causes peuvent entretenir la lèpre ; mais la plus sûre , selon moi , est que leur religion défendant de se marier hors d’elle , empêi lie par cela même le croisement des races. On dit que la lèpre règne encore à Martigues , en Provence , ville très-sale et entourée de marais.

uns les autres , et à cet égard nous dirons avec le docteur Paris {^Mémoire sur la Peste) , qu’un pestiféré placé dans une maison oii la variole règne , ne donne sa maladie à personne, et que les épidémies de variole sont comme des barrières qui séparent et abritent de rinfeclion pestilentielle les pays qu’elles occupent. Quelle conséquence peuton en déduire , sinon , que la variole et la peste étant congénères, ne peuvent point exister en mêmetemps , rune effaçant l’autre nécessairement, parce que l’épidémie ayant une force supérieure, entraîne dans sa marche toutes les maladies qui ont avec elle des rapports d’origine et de nature. Mais cette considération peut s’étendre beaucoup plus loin , et peut embrasser toutes les épidémies contagieuses. Outre ce que nous venons de dire de la vaiiole et de la peste, et ce que nous pourrions ajouter en rappelant les précieux effets de la vaccine contre la variole, nous exposerons, d’après Thucydide, que la peste d’Athènes étouffa le germe des autres maladies; d’après Sydenham , qu’elle détruisit , pour plusieurs années , la disposition aux fièvres intermittentes ; d’après Lancisi , que l’épidémie de fièvre intermittente , de 1695 , à Rome , absorba toutes les autres maladies de la saison ; d’après plusieurs auteurs , que le pian et la maladie vénérienne préservent de la fièvre jaune ; d’après le docteur Valentin , que la scarlatine , la rougeole.

la dysenterie et le cholera-morbus qui régnaient à Boston , cessèrent leurs ravages au mois d’août , époque à laquelle la fièvre jaune se répandait avec force ; enfin nous dirons , d’après notre propre observation , que le typhus , quelque violent qu’il fût dans certains hôpitaux où nous avons exercé , .épargnait ordinairement les salles des galeux et des vénériens , et que la gale préservait de la fièvre intermittente 5 ou devenait le moyen naturel de guérison de celle-ci. Il semble prouvé par tous ces faits , que les virus sont doués d’une force d’attraction et de répulsion qui tend à les combiner pour en former de nouveaux , ou à les faire combattre les uns par les autres pour les détruire. L’examen de cette question serait supeiflu ici, mais il me paraît digne de l’attention des médecins observateurs.

Les transmigrations d’hommes démontrent quelquefois la durée d’un type morbifique originel donné par le climat natal. J’en trouve une preuve non douteuse dans les nègres originaires de la Guinée qui sont transportés en Amérique; ils n’y souffrent pas de la fièvre jaune , mais ils continuent d’être attaqués du ver de Guinée , ou dragonneau, maladie dont nous avons parlé dans la première partie de ce travail , et qui diminue beaucoup le prix de ceux qui y sont sujets; au lieu que cette même maladie épargne les nègres qui naissent en

Amérique et ceux qui viennent des autres parties de l’Afrique, a moins qu’ils ne la reçoivent, par conragion, de ceux qui sont venus de la côte de Guinée. Celle communication, qui paraît fort singulière, a lieu néanmoins ; c’est ce quia été démontré a J. Mac-Grégor, nous l’avons déjà rapporté j et ce qui a été également observé àCiiraçao par Rouppe, qui a constaté qu elle se propageait parmi les marins même, et dans certaines familles oii elle avait été introduite par des nègres de Guinée. Quelquesuns des nègres africains, sortis sans doute des peuplades où le pian est endémique , en portent le germe en Amérique et l’y propagent par contagion. Telle est peut-être aussi la source de la maladie vénérienne, qui, ainsi que nous venons de le dire , ne serait qu’une modification du pian par le croisement des races.

On serait également fondé à attribuer le déve- ' loppement de certaines lièvres contagieuses", à la rencontre d’hommes nés sous des latitudes trèsdifférentes. On aurait de la peine à détruire dans l’esprit des colons américains, qu’il suffit de l’arrivée d’un vaisseau anglais, et que son équipage aille à terre , pour y faire naître la fièvre jaune. De Humboldt a donné quelque fondement à celle idée, lorsqu’il a dit : « Le voniita prieto ne s’est » pas montré jusqu’ici sur les côtes occidentales » de la Nouvelle*Espagne , » ce qu’il explique en

disant que si elles étaient visitées par un plus grand nombre d’Européens, ou d’habilans du plateau du Mexique, lesfîèv>’es bilieusesy dégénéreraient bien tôt en fièvre jaune. On peut supposer que la fièvre pestilentielle qui tut si fatale à notre armée en Egypte, dut son développement à la communication qui s’établit entre les Egyptiens et les Français. Ceux-ci étant moins prémunis contre la maladie que les babilans , en souffrirent les premiers , tandis que , selon le baron Des-Geneltes , les Musulmans , les Juifs et les Chrétiens , qui forment la grande population d’Alexandrie, ne ressentaient point l’atteinte de l’épidémie. La prise de possession de la Martinique par la France , dans ces derniers temps , ayant nécessité l’envoi de troupes non acclimatées , et y ayant attiré en même-temps beaucoup de personnes adonnées au commerce, a été suivie d’une épidémie de fièvre jaune, qui a été d’autant plus violente que le nombre des étrangers a été plus considérable; et, ce qui est extraordinaire, c’est que les anciens Colons même et des hommes de couleur en ont souffert. Même chose arriva en 1795 et 1794 à la Grenade et à la Dominique , où se retirèrent les Français qui cherchaient à se soustraire aux troubles qui régnaient a la Guadeloupe et k la Martinique. Celte assertion est donnée par Savarésy , qui dit ; « Ce qui est parti- » culler et intéressant à savoir , c’est que, dans cea

> deux épidémies , les créoles et les gens de cou- » leur y étaient aussi sujets que les Européens. *> La plujiart des expéditions lointaines ont été contrariées par de semblables épidémies contagieuses qui ont attaqué principalement les élrangers. Pour confirmer, par l’analogie des faits, ce que nous venons de dire sur la rencontre d’hommes nés sous des climats clifférens, nous citerons l epidémie de typhus et l’épizootie que les armées coalisées laissèrent partout où elles passèrent en France pendant les campagnes dernières. Ces fléaux semblaient ne toucher ni leurs hommes ni leurs bestiaux , tandis que nos villes et nos campagnes en étaient infectées. S’il est permis de croire à des rapports vagues , la maladie vénérienne que les filles publiques de Paris contractèrent avec les Cosaques, avait un caractère grave très-extraordinaire j mais nous savons par M. Moreau-de-Jonnès, qu’en Amérique la siphilis ne se complique et ne devient dangereuse qu’aux époques des communications fréquentes avec les Européens j et ce dont j’ai eu des preuves nombreuses , c’est qu’à Naples elle a fait perdre à beaucoup de Français les caractères distinctifs de leur sexe, tandis qu’elle était bénigne pour les naturels du pays.

Il serait facile d’é tendre ces recherches et de découvrir de nouvelles causes des virus ou de leur plus grande virulence j mais il faut nous restreindre

t\ nous résumer. Nous avons vu que les miasmes marécageux , en agissant sur les êtres vivans par l’intermède de la chaleur, y développent des virus dont la nature particulière est subordonnée à l’organisation spéciale de ces mêmes êtres ; nous avons vu encore ces virus se multiplier en proportion des relations de société , et devenir communicables relativement à la conformité d’organisation qui règne entre les êtres de différentes espèces j nous en avons vu d’autres qui passent les mers sans perdre de leur caractère , qui changent de nature par le croisement des races , ou qui se modifient par les émigrations , mais a travers toutes ces recherches , nous avons trouvé que celui de la fièvre intermittente est particulier a l’homme.

Puisque de tous les êtres doués de vie, l’homme est le seul qui souffre de la fièvre intermittente, on doit en inférer qu’il y a en lui' un appareil organique dont la souffrance est indiquée par la forme particulière de cette fièvre. Cet appareil organique jouit sans doute d’une grande activité pendant l’été et l’automne. Ce qui ferait croire qu’il est situé dans l’abdomen , c’est que les congestions morbifiques se font sur les viscères du bas-ventre dans ces deux saisons, et qu’elles intéressent particulièrement le système réparateur au moyen duquel elles peuvent se répandre promptement et produire des maladies générales. Cet appareil , qui

nous est encore inconnu, doit être a la fièvre ii> termitlenle , ce qu’est la membrane muqueuse au typhus catarrhal , le système lymphatique à la peste , l’estomac et le foie à la fièvre jaune , le poumon à la péripneumonie , le cerveau à la frénésie , etc. l a saison , le genre de vie et les causes générales établissent en lui la disposition à la maladie ‘ c’est là , probablement , que se prépare le virus de la fièvre intermittente. La rate joue-t-elle un rôle dans cet appareil ? Je le présume, sans pouvoir l’affirmer (i), mais cela devient probable, lorsqu’on examine ce viscère , qui est relativement plus grand et plus développé chez l’homme que chez les autres animaux. Celte considération , l’ignorance oii nous sommes sur les fonctions de la rate, le mystère qui cache le siège de la fièvre intermittente , la spécialité de celle-ci contre l’homme, et les désordres que j’ai trouvés dans la rate après l’intermittente, soit aiguë, soit chronique, semblent autoriser le soupçon que je viens d’émettre (2),

(1) En admettantun appareil organique qui deviendrait le foyer de la disposition à la fièvre intermittente , il sera facile d’expliquer pourquoi les vers intestinaux , un corps étranger dans Testomac , les passions, etc, , suscitent cette fièvre dans quelques circonstances. Ces moyens sont autant de stimulus ou causes déterminantes , qui mettent en mouvement la disposition que cet appareil organique aurait reçue de la saison ou de toute autre cause prédisposante.

(2) Depuis quelques années on a fait de nouvelles recherches sur les fonctions dç la i-ate. Benjamin JVush, à Philadelphie, a

Mais la rate ne constituerait pas seule lappareil organique de la fièvre inlermittente 5 l’organe où se prépare la bile doit y avoir une grande part. Ce qui porte à croire à la complication de cet appareil , c’est que la fièvre intermittente attaque préférablement l’homme dans la vigueur de l’âge , d’un tempérament sanguin et bilieux, et à cette époque de 1 a vie où la région épigastrique est devenue le centre des mouvemens vitaux.

Ce que nous pensons de cet appareil organique s’accorderait avec ce que nous avons dit de l’aptitude de quelques espèces d’animaux à certains virus j et la disposition qui y serait inhérente, serait naturelle ou acquise. Dans le premier cas, elle devrait être considérée comme identique avec l'organisa- - tion de 1 homme , et transmise par les parens ; dans le second, elle résulterait de l’habitation dans des lieux marécageux. L’une et l’autre pourraient être mues lorsque les miasmes se trouveraient dans les conditions requises pour le développement de la maladie j et l apparilion de la fièvre indiquerait la

constaté qu’elle est mie sorte de réservoir du sang ; ce qui serait favorable à notre opinion sur la congestion sanguine dont ce viscère nous a paru être le siège dans les fièvres intermittentes d’un caractère grave ; et Morescbi , de Pavie , écrivant dans le sens de Benjamin Rush, a démontré la communication immédiate de la rate avec l’estomac par les vaisseaux sanguins , dits <v€îsa hrevia ; ce qui rendrait raison des vomlssemens de sang dans la fièvre jaune. Jackson, avons-nous dit , a trouvé que la fièvre jaune-cause l’engorgement sanguin de ce viscère.

rencontre de ces deux conditions ; c’est-à-dire que le développement du germe morbifique se ferait par le concours d’une matière virulente venue du dehors.

Mais venons au mot de l’énigme. Existe-t-il un virus de la fièvre intermittente? Nous savons que cette fièvre est d’origine marécageuse j mais il nous reste à prouver que la rapidité de son invasion indique la virulence de la cause qui la produit. Et en effet, l’action d’un poison introduit dans l’estomac ou injecté dans les veines n’est pas plus rapide. De trente personnes qui se promenaient sur le bord d’un marais, vingt-huit furent saisies de la fièvre au même instant ; c’est ce que Lancisi rapporte. Des soldats de marine , à Londres, faisant l’exercice au bord de la mer, près d’un marais, tombent en défaillance et sont pris de la fièvre sous les armes même ; c’est ce que Lind nous apprend et que nous avons rapporté avec plus de détail dans un autre lieu. Nous savons par le même auteur, que, dans la Floride occidentale, huit habitans d’une ville voisine d’une petite colonie française établie au milieu de marais, s’étant rendus auprès de cette colonie , y passèrent la nuit , et furent pris d’une fièvre intermittente très-grave qui fut fatale à deux d’entre eux. Des soldats de cavalerie allant au fourrage aux environs de Bois-le-Duc dans le Brabant Flollandais , traversent les marais qui cou-

vrent ce pays , et aussitôt un grand nombre d’entre eux sont pris de crampes d’estomac, deviennent fous et tombent de cheval, enfin ils finissent par avoir une fièvre intermittente ; c’est ce que Pringle rapporte. Vingt-huit soldats du Morne-Fortuné, à Sainte-Lucie , en Aniérique , défrichent un terrain humide et marécageux , et en moins d’une semaine , tous , sans exception , sont envoyés à Fhôpital, plusieurs y meurent du cholera-morbus , d’autres d’une fièvre adynamique dans laquelle tout leur corps ^ devenu jaune , exhale une odeur infecte et suffocante, et d’autres éprouvent des fièvres pernicieuses plus ou moins graves j c’est ce que le docteur Alibert raconte d’après le docteur Cassan. Des détachemens du régiment d’isembourg sont envoyés successivement dans un poste militaire sur la côte de la mer , près de l’embouchure du Tibre j ils ne ne doivent y rester que cinq jours ; mais avant l’expiration de ce temps tous leurs hommes tombent malades et sont envoyés à 1 hôpital, où plusieurs meurent de l’intermittente pernicieuse, c’est ce qui s’est passé sous mes yeux (i) ; tnfin moi-méme , à* PvOme, étant auprès du lac de la Villa-Borghèse, au coucher du soleil , je ressentis instantanément l’atteinte d’une fièvre qui prit le type tierce. Les

(i) L’insalubrité de ce poste était si bien connue, que les soldats refusaient d’y aller , et qu’on était obligé de les désigner par le sort.

effets de ritijeclîon d’un poison ne sont pas plus instantanés que cette prompte invasion de la fièvre întermillenle , qui , en cela encore, ressemble beaucoup à la fièvre d’Amérique. Le Père Labat , Thibault et Chaiivalon, qui ont été les premiers historiens de la fièvre jaune , rapportent en effet que des Européens à peine débarqués 'aux Antilles, en furent attaqués quelques heures après leur arrivée. Rouppe , Juhn Hunter , Gillespie , Trotter et Lind nous ont transmis des cas semblables ; et Savarésy a confirmé toutes ces assertions parce qu’il en a vu lui-même. Il assure avoir été témoin qu’une vingtaine de jeunes Français, en abordant a la ville Saint-Pierre-Martinique, furent pris , le jour même de leur arrivée , de mal de tête , de vertiges , de faiblesse , etc. , et que pour la plupart ils moururent de la fièvre jaune au bout de deux ou trois jours. Si l’on cherche à se rendre raison de ces faits, autrement qu’en admettant qu’un agent morbifique extrêmement actif s’introduit dans le corps de l’homme , on tombera dans le vague , et l’on s’éloignera de la vérité vers laquelle l’analogie nous a conduit.

Une autre considération qui sert à étayer mon opinion , est l’identité de forme qu’on remarque généralement dans les cas de fièvre intermittente , assez comparable a l’identité de forme observée dans la plupart des cas de peste ou de fièvre jaune.

Les autres fièvres n’ont point cette unifornnlé qui caractérise assez bien ces dernières ; elles sont plus sensiblement modifiées par le tempérament du sujet, et par plusieurs autres circonstances qui concourent à en faire tant de variétés, que très-souvent ou est en peine pour en fixer le diagnostic et pour les classer convenablement. L’intermittente , au contraire , est constante dans les traits qui la caractérisent , et de cette uniformité ou de celte constance, je conclus à l’existence d’une cause particulière ou matière morbifique , dont l’idiosyncrasie du sujet ne peut point atténuer l’action. C’est le propre des virus; ils se font reconnaître à la conformité des impressions de leur terrible sceau ; ils donnent lieu toujours aux memes symptômes , et repoussent avec une supériorité marquée la réaction par laquelle les forces vitales tendent à s’opposer à leur atteinte, et dans leur funeste triomphe ils subjuguent ces dernières et se jouent de tous les moyens que la médecine leur oppose. Mais c’est trop différer de reconnaître ce qui est déjà suffisamment démontré , que la càuse de la fièvre intermittente est virulente.

Ce point étant accordé , il reste à savoir comment la cause procathartique de cette fièvre, que l'on pourrait appeler élément du virus, acquiert la faculté contagieuse. Les preuves que nous venons de donner de l’activité morbifique et mortelle

de celle cause , conduiseut a croire qu’elle ne perd rien de sa force en passant par le corps de l’homme, et quelle y acquiert au contraire des propriélés nouvelles , parliculièrement celle de se communiquer. Telle est l’opinion de Trnka, qu’il a exprimée dans les termes suivans : Undè patere arhitror ^ contagiosam a fehribiis intemiittentibus indoleniy non semper et ubiqiiè abesse ; necessariumque esse y ut y in ejusrnodi epiderniis y peculiaris cuj usdam naturœ miasma prœstô sit y quod tamen non disquiro y uirîiin è tellure elevetur in atmosphœram y vel in primo omnium œgro sporadlcè hdc febre decuinbente y generatum ah hoc y in alios deindè enianet (i). Ceci rentre dans la concordance que nous avons trouvée entre les causes externes et l’organisation des êtres vivans. On peut ajouter que certaines épidémies ne sont pas contagieuses dès leur apparition, quoiqu’on soit en droit de penser que les causes générales qui les produisent sont douées de l’activité nécessaire pour les rendre telles. Les causes procalhartiques, en passant par le corps de l’homme, y subissent une élaboration particulière , et y forment des associations nouvelles qui leur donnent la faculté contagieuse qu’elles n’avaient pas auparavant. Pourvues de ce double caractère, et étant, à proprement parler, animalisées y elles sortent du corps des malades

(i) Historiafehrium intermittçrUium* Vindobonæ, 1775.

pour infecter les assistans , et doublent ainsi la force de l’épidémie 3 c’est alors que celle-ci frappe d’une double massue, savoir, par les causes générales et par la contagion. Cette époque , notable dans toutes les épidémies contagieuses, est celle du terme moyen de leur durée , celle encore oii elles attaquent le plus grand nombre de personnes a -la- fois. Cette marche est commune à la fièvre intermittente aussi bien qu’au typhus et à la peste. Il doit en être des miasmes des marais comme de ceux des fosses d’aisance ou des tombeaux , qui , selon le professeur Hallé, acquièrent plus de malignité en séjournant dans le corps de l’homrne. A propos d’une vapeur vulgairement appelée le plomb , qui ne se trouve que dans les fosses d’aisance , qui aSphixie les vidangeurs , et qui diffère de tous les gaz connus , ce professeur dit « qu’elle » a un caractère moins chimique , mais plus im- » portant peut-être, c’est la propriété de commu- » niquer ses effets d’un individu a un autre, et » de couver, pour ainsi dire, dans le corps ani- » mal, pour se développer avec fureur au bout » d’un certain temps (1). » C’est ce que l’observation lui a fait voir sur M, Verville qui fut infecté par l’haleine d’un asphixié. Le professeur Halle tient de M. Verville, qui par la nature de ses fonc-

(i) Recherches sur la nature et les effets du méphitisme des fosses d’aisance , Paris , 1785.

tions a élé à portée de voir beaucoup d^liommês aspliixiés parcelle vapeur, que le com mu-

niqué (i) a une odeur qu’il n’avait pas auparavant, et qu’il est plus pernicieux et plus difficile a guérir que celui qui est primitif. Sans doute, par l’élaboration que le corps de l’homme en fait , les miasmes sont mis au litre nécessaire pour être contagieux, et la chaleur de l’atmosphère , ou bien celle du corps , favorise l’absorption des molécules virulentes que la respiration , la transpiration , les exanthèmes et les déjections portent au-dehors des malades. C’est donc en passant par le corps humain que le méphitisme > pour me servir de l’expression du savant Hallé , a acquis des qualités nouvelles , et surtout celle de se communiquer. Pym , médecin des armées anglaises, qui a donné Thistoire de la fièvre jaune qui régna à Gibraltar en 1804, ne pense pas que cette fièvre tire son caractère contagieux uniquement des causes extérieures ou générales qui la produisent, mais principalement du travail intestin qui se fait pendant le cours de la maladie. Pj^e are hy no means convinced^ however y that the contagion was of forein g origin ; but are rather disposed to attribute it, to domestic generationiïuvm^ àfever originally non-contagious (-2). Odier, de Genève, a partagé

(1) On se sert aussi de cette expression pour désigner les effets de çette vapeur , c’est-à-dire la maladie qui en provient.

(2) M. Pym’s , Observations on the hulani fever.

la*-

celle opinion, et en l'adoplant il lui a donné la sanction d’un praticien recommandable par ses lumières et par un grand discernement. C’est aussi dans des circonstances pareilles que les miasmes des marais se changent en une matière contagieuse ou virus de la fièvre intermittente.

Cette manière de raisonner est simple et naturelle. La conséquence à laquelle elle conduit est affirmative, non- seulement de la faculté contagieuse de la fièvre intermittente , mais même des rapports d’origine de celle-ci avec le typhus contagieux, cjui est le funeste résultat quel homme relire de l’hahilalion , auprès des fosses d’aisance, des tombeaux , des égouts , dans les cachots , dans les hôpitaux , et dans d’autres lieux analogues.

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