‹ Recherches sur la contagion des fièvres intermittentesChapitre 12 sur 16 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

Des Faits qui prouvent la Contagion de la Fièvre intermittente,

Nous avons remis à la troisième Partie de ce travail , pour faire connaître les observations qui doivent justifier ce que nous avons exposé en théorie. Nos lecteurs , quoique persuadés déjà que la fièvre intermittente est contagieuse, veulent aussi que les faits confirment ce que l’induction et l’analogie ont fourni de preuves en faveur de la question importante qui nous occupe. Tout ce qui a précédé le récit que nous allons faire , doit être considéré , en effet, comme une instruction nécessaire pour examiner , avec connaissance de cause, les faits qui vont être soumis à l’examen. Puissionsnous parvenir à donner, sur la contagion de la fièvre intermittente, cette persuasion intime qui est dans notre esprit exempt de toute prévention. No-us ne cacherons même point que nous avons combattu long-temps avant de renoncer aux anciennes doctrines qui rejettent la possibilité d’une telle contagion ; mais les preuves ont été si démonstratives, que nous ne pouvons nous refuser plus long-temps à

1 évidence , et nous cédons au sentiment qui nous presse, de sacrifier à la philantropie cette fidélité scolastique qui asservit aux anciens préceptes. En conséquence , nous terminerons ce travail par la narration des faits dont nous avons été témoin, et de ceux que des auteurs dignes de foi rapportent .d’après leur propre observation.

Article P*’,

Fièvre intermittente pernicieuse qui , s^ étant communiquée à quatre personnes de la meme maison y leur a donné une tierce ordinaire.

Au mois de juillet i8ii, étant en Catalogne , chargé du service des hôpitaux militaires de Gironne , je fus appelé par un habitant de la ville, M. , juge de paix, pour traiter la nourrice de son fils , femme âgée de 26 ans environ , originaire de Bagnols , et qui depuis deux mois seulement habitait Gironne. Le lendemain d’un premier accès cette femme étant sans fièvre, prit un vomitif qui produisit des évacualloiis bilieuses par haut et par bas. Le troisième jour de la maladie , accès de fièvre. Le quatrième, autre accès avec un trouble extrême, des cardialgies , des vomissemens difficiles ,une impatience générale , quelquefois absence de la raison, et une grande agitation à laquelle succédait alternativement un calme qui tenait d’une

insensibilité totale , ou d’une prostration extrême des forces. Cependant on ne pouvait presser tant soit peu l’estomac sans y causer une grande douleur. La figure était décomposée , le corps couvert de pétéchies , et le pouls petit, fréquent et déprimé. Cet accès , qui avait commencé à trois heures après midi , ne se termina qu’après minuit. Alors le pouls s’était relevé , les yeux restèrent tristes et inquiets, la face jaune, les facultés intellectuelles obluses,et la faiblesse des plus grandes. Aces symptômes je ne pus méconnaître une intermittente pernicieuse, et je conseillai le quinquina à prendre de deux en deux heures , à la dose de deux gros , avec addition de quelques gouttes de laudanum liquide de Sydenham. Les premières prises furent rejetées. LTne potion gommeuse antispasmodique fut donnée , dans la vue de calmer l’irritation de l’estomac j et ce' ne fut qu’avec beaucoup de peine qu’on parvint à faire garder quelques portions du fébrifuge. Mais à trois heures après-midi , l’accès revint avec les mêmes symptômes que la veille j d’heure en heure il acquit une plus grande intensité , et la mort finit cette scène de douleur le lendemairn à huit heures du matin. Cette femme n’avait cessé d’allaiter son nourrisson qu’à l’avant-dernier accès, qui nous avait indiqué le caractère pernicieux de cette fièvre.

Dans le mois qui suivit cette mort , tous les habi-

tans de cette maison , moins une domesliqiie,éprou*% vèrent la fièvre licrcr. L'enfant, âgé de dix mois, fut le i iemier qui eut plusieurs accès. Lanière, âgée de 25 ans, en souffrit Jiienlôt après, et sa maladie di ra deux mois. Le père, qui avait 56 ans , eut égalen enl plusieurs accès , et après lui cette fièvre se manifesta chez une personne du sexe, une tante âgé(‘ de 70 ans, dont la chambre précédait celle où la I ourrii e était mode. Selon l’expression de M.S.,.. sa maison était devenue un hôpital. J’ai déjà dit c]ue la dc/inestlque f ut seule exempte de la maladie j je dois ; jouter que ceux qui lurent malades élaient ceux précisément qui avaient donné plus d'assistance à la nourrice, et que rapparleraent de celleci était un entresol petit et mal aéré, qui prenait jour sur une cour très-sale.

Cette observation suggère les réflexions suivantes : la nourrice , vi nue de Bagnols , petite ville à quatre lieues de Gironne, n’élait point faite

au climat de- cette dernière ville (i), qui est mal-

(i) Quelques faits semblent nous dire queThabitude du climat et rimmunité qirelle donne, se perdent à une très-j^etite distance. ( Nous avons vu qu'il en est ainsi de la fièvre jaune. ) ]>ans le cas présent , quatre lieues ont été une distance suffisante ; mais j'en rapporterai un oîi il en fallut bien moins. En 1802 , la femme Reboul qui avait passé beaucoup d’années au château de Montlaur, près de Montpellier, devint lérmière de celui de Busignargues , distant du premier d’une ou de deux lieues au plus» Dès la première année qu’elle habita cette nou-

saine à cause des deux rivières qui s y joignent, dont Tune, 1 Ounia / qui la Iraverse , n’est pas courante; 2^^. des fossés qui entourent celte place forte ; 5®. des monlagnes auxquelles elle est adossée du côté du nord , et qui empêchent le jeu des vents et le retiouvellement de l’air. La fièvre que la nourrice éprouva était des plus pernicieuses , et par Conséquent de celles que nous avons considérées comme capables de se répandre par contagion. Aussi ne paraîtra-l-il point étonnant que le nourrisson l’ait contractée par Tallaitement ^ ainsi que les eiifans à la mamelle , selon Yicente Terrero, contractent la fièvre jaune de leurs nourrices, quoique leur âge soit un titre d’immunité contre cette maladie (i). Je remarque , en outre, que cette contagion s’est développée dans cette famille d’une manière qu’on pourrait presfjue appeler naturelle ; •c’est- à dire qu’en supposant qu’elle a été donnée à tous par la nourrice, elle ne s’est manifestée qu’en

vel}« f«rnie , elie y fut prise d’une ficTre tierce qui fut une pernicieuse épileptique, et qui causa la mort au quatrième accès. J’ajouterai , pour ceux qui ne coimaissent pas les localités , que Busignargues est au bord d’utie petite rivière où les eaux souÇ croupissantes , étant retenues pour le service de trois rpoulins qui se succèdent dans l’espace d’un quart de lieue. La veille de sa mort , la femme Reboul avait passé une partie de la journée’ au bord de cette rivière pour y faire laver du linge. Je présume que cette circonstance rendit sa fièvre pernicieuse.' *

(i) Discurso sobre el caract>er y curaeion de la Jiehre ama^ rilla, Cadix , i8o5.

proportion de la susceptibilité ou de la mobilité que 1 âge procure. Ainsi , l’enfant a été malade avant la mère, celle-ci avant le père, et ce dernier avant la tante. Ici la gradation vitale et la mobilité sont indiquées par le nombre des années , puisqu’il existait une différence de 22 ans entre les deux premiers sujets , de 55 du second' au troisième, de i5 de celui-ci au quatrième, et que soixante-neuf années séparaient les deux extrémités de cette échelle de graduation.

Mais en supposant que la contagion a été successive parmi cés quatre personnes, il est encore facile d’en rendre raison : elle s’est faite selon les rapports plus intimes qui existaient entre les individus : l’enfant aura reçu la maladie de sa nourrice , car on ne peut admettre à son égard l’influence des causes endémiques (i);à son âge on n est que peu ou point modifié par l’action de la saison chaude, par les vices de l’air ou par les ali-

(i) L’allaitement est un moyen propre à communiquer les maladies des nourrices aux nourrissons. On en a des exemples dans les maladies vénériennes que des nourrices infectées communiquent. Ceci réfute ce qu’on a dit pour prouver que la force digestive détruit les virus , et que ceux-cû perdent leur virulence dans le lait. On connaît des épizooties qui ont été communiquées à.rhomme au moyen du lait d’animaux malades, et le typhus a été transmis à ces derniers en les abreuvant du lait tiré' d'autres animaux de la même espèce. Vicq-d’Azir a donné des maladies épizootiques non-seulement avec le lait , mais encore au moyeu des autres humeurs , qu’il mêlait aux alijnens.

mens 5 causes ordinaires du de'rangémentdes fonc- , lions chez les adultes. Un enfant a la mamelle n’est point, ou presque point, en communication avec ces agens extérieurs, mais seulement avec sa nourrice, ce qui explique pourquoi de si jeunes sujets traversent impunément les épidémies de fièvre intermittente , et celles de la plupart des fièvres contagieuses. Il est donc plus que probable qu’une cause étrangère à celles qui pesaient sur la généralité des habitans de Gironne , a donné lieu a la maladie du nourrisson j et cette cause , nous la trouvons dans l’allaitement.

Il n’est pas aussi facile d’indiquer le moyen qui favorisa la contagion entre le fils et la mère ; cependant on ne peut le méconnaître dans les soins que celle-ci prodigua a son fîls^ qui fut sevré à celte époque, et qui, perdant ainsi sa nourriture favorite et la personne qui la lui prodiguait, ne put en être consolé que par les caresses de sa mère. Les baisers ont dû contribuer beaucoup à cette contagion.

Si la contagion est admise entre l’enfant et là mère, elle paraîtra bien plus facile entre deux époux qu’un même lit réunissait toutes les nuits.

La tante septuagénaire aura élé infectée, ou par la nourrice auprès de laquelle elle habitait, et le développement de la maladie aura été plus tardif chez elle que chez les autres , ou bien par ses parens, auxquels elle donna l’assistance que son et l’état

de ses forces lui permettaient. La fièvre n’eut point une forme régulière , et cela n’est point étonnant ; car tout ce qui se passe en santé ou en maladie dans un âge aussi avancé, se fait avec cette lenteur et celte indolence qui cai’actérisent tous les mouvemens des vieillards. Nous avons eu occasion de dire qu’un âge avancé ne favorise pas le développement de la fièvre intermittente.

Pour répondre d’avance aux objections par lesquelles on chercherait à nier qu’il y ait eu contagion dans ces cas, nous dirons qu’on ne peut point attribuer au climat de Gironne la fièvre tierce qui se propagea dans cette famille j i®, parce que toutes ces personnes en avaient été exemptes rannée précédente , et même les années antérieures à celle-là ; 2®. parce que cette fièvre fut rare cette année parmi les hahitans et commune parmi les militaires français, italiens et allemands, qui composaient la garnison de Gironne; 5®. parce que, en supposant une prédisposition par les causes générales , on n’aurait pas vu tous les individus d’une même famille en être atteints, presque en même tenips , sans exception d’âge ni de sexe; pour expliquer pourquoi la domestique en fut exempte , nous dirons que la contagion s’arrêta la où se trouvèrent interrompues les relations de parenté qui établissent dans les familles des sympathies morbifiques consanguines, dont l’existence a est plus révoquée en doute.

AbTICLE il

Contagion de îaFièore intermittente dans des salles d’hôpitaux.

En 1806, je fus chargé du service de l’hôpital militaire (ie Venise, où j’arrivai au commencement de septembre. La fièvre intermittente y était dominante, et s’y montrait quelquefois à l’état pernicieux. Au mois d’octobre , la constitution atmosphérique de ce pays humide et marécageux nous donna des fièvres catarrhales adynamiques , des rougeoles et des petites-véroles d’un très-mauvais caractère. L’hôpital, qui n’était disposé que pour six cents malades, la garnison étant de huit a neuf mille hommes , dut en recevoir le double : la fièvre d’hôpital s’y manifesta; et, pour en préserver les hommes convalescensetceux qui n’avaient que des maladies légères , je les réunis dans de nouvelles salles , qui furent ouvertes dans un couvent voisin dit Saint- Jean et Paul. J’y plaçai aussi ceux qui avaient la fièvre intermittente, étant. fort éloigné de la croire contagieuse. J’avais en vue^ au contraire, de soustraire les hommes qui en souffraient a la contagion qui régnait dans l’hôpital ; mais bientôt cette fièvre se montra parmi ces malades , surtout dans les lits a deux places , dont la première était occupée par un convalescent, et dont la seconde était

réclamée par un arrivant qui avait la fièvre tiercelet qui ne tardait pas à la communiquer à son camarade. Ces communications , qui frappèrent mon attention , ne furent pas cependant assez déterminantes pour me faire renoncer alors aux théories anciennes qui repoussent l’idée de toute espèce de contagion de cette fièvre. Je mis les maladies qui en provenaient sur le compte de la constitution automnale, et de l’influence singulière que le ciel humide de Venise devait exei cer sur les troupes françaises qui , depuis peu de temps , en formaient la garnison.

En 1807, étant chargé du service de l’hôpital militaire français à Rome , j’eus à traiter la fièvre intermittente de tous les types et de tous les caractères. Sur trois cents malades, nombre auquel se portait le mouvement ordinaire de cet hôpital , on en comptait au moins deux cents qui étaient atteints de cette fièvre. L’observation des faits qui auraient pu me montrer la contagion eût été à-peu-près impossible dans de telles circonstances ; mais une sorte de clameur qui s’éleva parmi les malades m’en indiqua un que je vais rapporter :

Le lit N° 8 avait servi successivement à six hommes qui, dans l’espace d’un mois, y étaient morts de la fièvre tierce pernicieuse. Cette mortalité avait tellement frappé les esprits, que ce lit était signalé comme le tombeau de tous ceux qui y prenaient place. Plusieurs malades en étant in-

formés par leurs camarades , avaient refusé de Toccuper , el je dus céder au prestige qui y élail attaché j en conséquence je le fis enlever; toutes les fournitures en furent brûlées ou purifiées, la couchette fut lavée et séchée au grand air; enfin, ce lit fut dressé de nouveau quelques jours après , avec des fournitures nouvelles; on y mit des malades, et la mortalité cessa dès cet instant.

En portant mon attention sur ce qui se passait autour de ce lit, je fus convaincu que les malades voisins avaient des fièvres intermittentes dont la guérison n’était que de courte durée, et que chez d’autres la fièvre prit un caractère pernicieux, après plusieurs jours d’hôpital , ce qui n’était point là sa marche naturelle. Je ne doute pas aujourd’hui que tous ces accidens n’aient été produits par la contagion, soit qu’elle donnât une plus grande intensité à la fièvre chez les hommes qui l’avaient avant de se coucher dans ce lit, soit qu’elle fût la cause déterminante de cette même fièvre chez ceux qui étaient venus à l’hôpital pour une autre maladie. En considérant avec impartialité ce qui se passait dans les autres lits, el en examinant même quelle fut la mortalité dans cet hôpital , je ne trouve aucune proportion qui approche de celle qui eut lieu dans le N® 8 ; il semble même impossible que tous les hommes qui dans l’espace d’un mois y furent conduits , eussent une maladie mortelle dès

leur arrivée à Thopital 5 au lieu qu’il est plus naturel de penser qu’ils y reçurent une infection qui eut les mêmes résultats dans tous les sujets, parce qu’elle était la même pour tous. MM. les chirurgiens et pharmaciens français , qui m’assistaient dans mes visites, furent trop frappés de la fatalité attachée à ce lit pour qu’ils n’en aient conservé le souvenir, et qu’ils ne puissent étayer de leur assertion le fait que je viens de rapporter.

En 1811 , le siège du fort de Figuères ayant exigé une grande réunion de troupes pendant l’été, je fus appelé de Gironne à Figuères au mois de septembre , époque de la capitulation de ce fort. Les troupes qui en avaient fait le blocus étaient au nombre de huit à dix mille hommes. Ce fort domine la grande plaine du Lampourdan ■qui le sépare de la mer. Cette plaine a été souvent le théâtre de fièvres intermittentes extrêmement meurtrières. Ce fut de là que sortit celle qui affligea la Catalogne en 178^, et dont l’histoire nous a été donnée par le docieur Masdeval (i). Dès le mois de septembre la fièvre intermittente devint si générale parmi ces troupes , que près de

(i) Relacion de las Epidemias de calentums putridas , etc., Madrid , i-ySS. J’ai trouvé cet ouvrage dans la bibliothèque de mon ancien condisciple et ami , le docteur Gelabert , médecin de Gironne , duquel j’ai appris que la culture du riz ayant été introduite dans le Lampourdan , ce pays devint extrêmement

trois mille hommes passèrent par nos hôpitaux et furent évacués , en très-grande partie , sur Perpignan. Néanmoins on en traita un certain nombre dans les hôpitaux de Figuères , et dans la division dont je fus chargé , je réunis dans des salles particulières les hommes qui avaient la fièvre intermittente : j’en guéris un grand nombre ; mais les rechutes étaient extrêmement fréquentes , surtout dans le voisinage des fiévreux nouvellement arrivés , et dont la maladie était dans le temps que j’ai appelé sa progression vers l’apogée. Alors je fus plus porté à croire à la contagion, d’autant que j’avais recueilli, peu de temps auparavant, a Gironne, l’observation que j’ai rapportée en premier lieu ; mais ayant reçu a cette époque l’ordre qui m’appelait à l’armée de Russie , je ne pus chercher à m’en convaincre par une observation soutenue.

ArticleIïï.

Sur seize personnes qui habitaient lamême juaisQn, au siège de Gironne y quatorze sont atteintes de la fièvre tierce.

En 1809, au mois de septembre, étant en Catalogne , je fus appelé des hôpitaux de Figuères ,

malsain , que les fièvres intermittentes y prirent une grande intensité , que le peuple en devina facilement la cause , et qu’il fut sur le point de se porter à des excès envers les propriétaires des rizières. Le gouYernement prévint ces excès en défendant la culture du riz.

aux ambulances de l’armée qui faisait le siège de Gironne. Quatre mois passés déjà devant celte place, les nuits au bivouac, les rations de vivres diminuées de moitié, le ciel de la Catalogne trop chaud pour des Westphaliens et pour d’autres troupes du nord^ qui composaient le tiers de celte armée forte de vingt-cinq à trente mille hommes, etc. furent les causes des maladies qui firent passeivle quart de cette armée dans les hôpitaux. Je vis périr plusieurs hommes de la fièvre intermittente pernicieuse, le jour même de leur arrivées l’ambulance principale k Saria, d’où les malades devaient être évacués dans les vingt quatre heures. Je ne doutai point dès-lors que la constitution médicale régnante ne nous donnât beaucoup de fièvres inlermil tentes.

Le quartier- général de l’armée , sous les ordres de M, le comte Gouvion-Saint-Cyr, général en chef, aujourd’hui Ministre secrétaire d’élal de la guerre^ était a Fornels , k une petite lieue de Gironne : M. l'ordonnateur R ... y résidait aussi ; et sur seize personnes qui habitaient sa maison, quatorze, y compris l’ordonnateur même, eurent la fièvre tierce en octobre et en novembre. J’ai déjk dit , p. 189 , pourquoi deux d’entre elles en furent exemples.Nul d(mte que la contagion n’ait servi k propager cette fièvre. Elle dut se faire d’autant plus facilement dans celte maison, que tous les employés des

bureaux de cel ordonnateur couclinlent fort à l’ëlroit dans une même chambre, sur de la paille ou sur de très-mauvaises fournitures, et sans pouvoir quitter leurs habits. Je me souviens même que M. l’ordonnateur avait celte fièvre encore en janvier ]8io, époque à laquelle il vint habiter Gironne, à la reddition de la place, et où je fus consulté. L’un des deux individus qui furent exempts de la fièvre, est actuellement à Paris.

Article IV.

Fièvre intermittente importée dans des pays où, elle ne régnait pas ordinairement.

La circonstance qui leva tous mes doutes sur la contagion de la fièvre intermittente, fut la suivante. Ici les causes endémiques ou épidémiques ne peuvent pcnnt être alléguées pour expliquer l’apparition de la fièvre \ la contagion seule se montre à découvert.

En 1814 ) corps d’armée auquel j’étais attaché sous les ordres de Son Excellence Monseigneur le maréchal Macdonald, quittant le Rhin, et se portant dans rintérieur de la France, en remontant la Meuse , se trouvait a Namur le 21 janvier. La, sur le désir que j’exprimai d’être logé chez un médecin de la ville, la commission préposée aux logemens militaires me désigna la maison du

( sSo )

docteur Stev .... Je fus reçu avec tant d’affabilité par cet estimable confrère , que bientôt il s’établit entre nous un échange de communications médi* cales, et la question, toujours présente a mon esprit, de savoir si la fièvre intermittente est contagieuse, ne fut pas omise; mais quel fut mon étonnement, lorsque j’appris que ce pays avait donné des observations favorables a l’affirmative.

Le docteur Stev .... me procura la connaissance d’un autre médecin de Namur, M. Ant. . . , dont la pratique s’étendait dans la campagne. C’était la que la contagion avait été fréquente et distinctement observée. Ceci occupa nos entretiens pendant deux jours que je passai dans celte ville ou le corps d’armée séjourna. Voici le résumé de ce que j’y appris :

Ces médecins m’assurèrent que depuis quelques -années la fièvre intermittente était assez répandue dans leur pays, et dans une classe déterminée du peuple ; qu’on fut quelque temps à en découvrir la cause, et qu’il fut reconnu enfin quelle se propageait dans quelques familles où elle avait été apportée par un individu venu du dehors. Cela arriva fréquemment chez les habitans de Namur et de la campagne environnante, qui s’étant rendus a Anvers pour y travailler au port, y contractèrent la fièvre intermillente , et rentrèrent dans leurs familles pour s’y faire traiter; mais ce fut aussi

répoque où cette fîèyre attaqua plusieurs personnes de la même maison, où était un fiévreux venu d’Anvers. Selon ces mêmes médecins , la communication de la fièvre ne se borna pas aux maisons où habitait un de ces derniers; elle s’étendit a quelques maisons voisines dans lesquelles il ii’y avait point de malade venu d’Anvers: d’où l’on peut inférer qu’il y eut, au moins, deux contagions successives.

Ces renseignemens méritent d’autant plus d’être rapportés, que les médecins de Namur ne révoquent pas en doute que le tableau des maladies particulières a ce pays ne comportait point ce nombre de fièvres intermittentes ; ils sont d’autant plus inléressans , qu’il est rare de voir , ainsi qu’il arriva à l’époque des travaux d’Anvers, qu’une portion de la population d’un pays réputé sain , passant dans un autre où la fièvre intermittente est endémique ou épidémique, en soitchassée par cette même fièvre , et qu’elle revienne sur sa terre natale en y transportant une maladie véritablement exotique. Il faut considérer également que cette fièvre , ainsi transportée , a décrit autour de chaque foyer un cercle de contagion dont chac(ue individu venu malade d’Anvers était le centre. La distance qui sépare les deux pays est assez grande pour qu’on puisse assurer qu’il n’existait entre eux aucune communication atmosphérique. La topo-

graphie d’Anvers , la connaissance des maladies qui y règneiit habituellement^ et la nature des travaux qu’on y exécutait alors , sont de justes motifs de croire que la fièvre intermittente qui en provenait, était de la nature de celle qui réunit toutes les conditions nécessaires pour être virulente et contagieuse. On pensera le contraire de Narnur qui se trouve dans une position géographique trèsfavorable à la santé de ses habitans.

Article V.

Contagion entre deux époux y observation faite à Gironne^ en 1810.

M. J. . . , économe des hôpitaux militaires de Gironne, fut pris de la fièvre tierce pendant l’automne de 1810. Je ne rechercherai point s’il l’avait acquise dans Thôpital par contagion , car on me répondrait que celte classe d’employés évite, nonseulement d être en contact avec les malades , mais même quelle craint l’air des salles. Je suppose donc que cette fièvre lui vint de l’atmosphère particulière à l’hôpital, ce qui serait encore une sorte de contagion, ou qu’elle fût produite par les causes endémiques. Le symptôme prédominant fut une irritabilité extrême de l’estomac , qui suscitait des nausées et des vomissemens qui contrariaient l’administralion des remèdes. Madame J. . qui

vint de Perpignan , sa ville natale, pour donner des soins a son mari , ne tarda pas a éprouver une fièvre du même caractère. Ces deux époux , à qui l’habitude ou la difficulté de se loger convenablement , fit une nécessité de coucher ensemble , éprouvèrent différentes rechutes, et passèrent six mois dans l’alternative de la santé et de la maladie. Ce qui prouve que la fièvre de madame J. . . procédait de celle de son mari , c’est l’irritabilité de l’estomac qui la caractérisa dans toute sa durée. Nous verrons plus tard une pareille communication entre deux époux dont la maladie fut caractérisée aussi par des vomissemens dans les deux sujets j cet exemple nous sera fourni par Torti. Nous en prendrons un autre de même sorte dans le Traité du Typhus d'Amérique^ par Bally. Ce dernier a conclu , comme nous , à la contagion entre les deux époux, en se fondant sur la conformité des symptômes.

ARTrCLE VI.

La Contagion de la Fièvre intermittente est observée parmi les officiers de santé des hôpitaux militaires de Gironne,

Lorsque je considère quels furent les officiers de santé de ces hôpitaux qui eurent la fièvre, je suis forcé de distinguer ceux qui étaient employés aux

fiévreux , de ceux qui l’étaient aux blessés, parce que ceux-ci ne furent presque pas malades.

Quatre médecins me furent adjoints pour assurer le service médical de ces hôpitaux. Deux d’entre eux étaient Français , originaires du Roussillon, et les deux autres de Gironne même. Ces quatre médecins eurent la fièvre presqu’en même-temps 5 j’en souffris moi-même pendant plus de trois mois (1). Tous les médecins étant malades presqu’en mêmetemps, nous eûmes recours à d’autres praticiens de la ville pour assurer le service, et deux d’entre eux furent requis de nous prêter assistance. L’un d’eux fut atteint de la fièvre tierce dès le premier mois de son entrée dans nos hôpitaux , et le second y résista. Sur sept médecins, six eurent la fièvre tierce , trois d’entre eux étaient français et durent par conséquent payer tribut au climat de Gironne^ c’est ce que j’accorde pour le moment ; mais comment pourrait-on supposer que les trois autres, qui étaient du pays , fussent cette année, précisément, plus accessibles aux causes endémiques , que les autres années pendant lesquelles ils en avaient été exempts? Si Fhabitude du climat est , comme on ne saurait en douter , un titre d’exemption contre

(i) Ayant eu, pendant ces trois mois , plusieurs retours de la fièvre , je ne trouvai d’autre moyen de m’en délivrer , qu’en m’abstenant d’entrer dans les hôpitaux jusqu’à ce que mes forces fussent entièrement rétablies.

les maladies endémiques , ce titre était bien acquis par ces trois médecins , et alors la fréquentation de nos hôpitaux reste signalée comme étant la cause de leur maladie, ou comme ayant été pour eux une circonstance directe de contagion. Le septième médecin ,qui a été seul exempt de la maladie, était âgé de soixante ans , et avait passé sa vie dans les hospices civils de Gironne , où il avait acquis , sans doute, cette immunité qui protège ces vieux serviteurs contre les fièvres contagieuses, et sous l’égide de laquelle ils se placent avec confiance lorsqu’ils parcourent les lieux où la contagion et la mort réunissent leurs nombreuses victimes. Mais ne suffit-il pas qu’ihsoit démontré que la contagion a attaqué les trois médecins du pays , pour qu’elle ne puisse être niée à l’égard des trois médecins français qui , soit dit pour étayer notre opinion , étaient originaires des départemensles plus voisins de la frontière d’Espagne 5 circonstance qui leur donnait déjà une force de constitution presque équivalente à l’habitude du climat.

Nous avons dit que les officiers de santé attachés au service des blessés n’eurent point la fièvre. Trois chirurgiens-majors qui se succédèrent dans ce service , en furent exempts , parce que les salles de la chirurgie étaient séparées de celles des fiévreux par une place publique , et qu’elles étaient dans un autre bâtiment. Si les chirurgiens ne furent

point malades , ce ne fut pas sans avoir participe aux causes endémiques qui avaient été communes à tout le monde, mais parce qu’ils ne furent pas en contact avec des fébrîcitans comme les médecins. INous ajouterons celte autre considération , dont une observation journalière peut attester la vérité, savoir, que les chirurgiens et les pbarma* ciens sous-aides attachés aux salles des fiévreux, sont plus souvent atteints des fièvres qui régnent dans les hôpitaux , que ceux qui sont auprès des blessés. Nous dirons encore , tant à l’occasion de la fîevre intermittente que des autres fièvres contagieuses, qu’il y a toujours proportionnellement ^ plus de malades parmi les officiers de santé d’un hôpital , que parmi les employés de l’administration qui se tiennent hors des salles , et que la proportion se rétablit lorsqu’on vient à compter les malades parmi les sous-emph^yés que la nature de leurs fonctions atfa( he au service des salles ou au magasin des effets des malades.

Je terminerai cet article par des réflexions fondées sur ce que j’ai dit du typhus redoublé dans l’exposition générale de ce travail. Une double action morbifique pèse sur les personnes qui , se trouvant dans un pays où la fièvre intermittente est endémique, habitent des maisons où Ion a réuni un grand nombre d hommes atteints de cette même fièvre. Alors l’activité des causes endémiques est

augmentée par le concours des causes morbifiques qui sont inséparables des grandes réunions d’hommes, et la maladie prend le caractère épidémique. L’épidémie , dans beaucoup de cas , est limitée aux lieux de ces réunions, ét peut être dite enserrée de murailles j c’est ce qui se passait dans nos hôpitaux de Gironne , où les médecins du pays ne purent point se soustraire aux causes de l’épidémie qui y régnait , tandis qu’ils auraient évité l’atteinte du climat j mais une épidémie qui tire son origine de pareilles sources devient bientôt contagieuse , c’est ce que nous avons démontré déjà en nous étayant de l’opinion du savant Halle , et de celle d’un praticien aussi recommandable , le célèbre Odier , de Genève. Si nos hôpitaux ont été le lieu où ces médecins ont reçu la contagion de la fièvre intermittente , ils ont dû l’être également pour les médecins français, pour les autres officiers de santé , et pour les employés de l’administration. Le nombre des malades fut si grand dans toutes ces parties , que le service en souffrit con-; sîdérablement.

Article VII.

Epidémie de Fièvre intermittente qui régna à Pithiviers à la fin de Van 1802. .

Une épidémie affligeant la ville et les environs de Pithiviers à la fin de Tan 1 802 , des médecins

d’Orléans, MM. Lanoix et Payen , sont envoyés sur les lieux , et reviennent à Orléans rapporter k M. le préfet du département du Loiret , que la maladie épidémique est une fièvre inlermittente causée par des miasmes sortis des marais que des circonstances intempestives avaient établis dans le pays ; qu'à Pithiviers elle a commencé par les faubourgs , dans la classe du peuple la plus indigente; que des familles entières en sont affligées sans distinction d’âge ni de sexe, et qu’elle s’est portée successivement dans la ville , où elle a été tantôt intermittente simple ou pernicieuse, et tantôt rémittente ou continue , simple ou d’une malignité extrême. Le mal faisant des progrès rapides tant à Pithiviers que dans les communes environnantes , ces médecins sont invités de nouveau à se rendre sur les lieux ; mais déjà M. Payen est rnalade et ne peut partir. M. Lanoix fait seul le voyage, et au bout de quatre jours il est pris d’une fièvre qu’il est obligé de combattre par les moyens qui conviennent le mieux contre les intermittentes ataxiques (i). Le gouvernement est informé du malheur qui pèse sur ces cantons , et, d’après sa demande, l’Ecole de Médecine de Paris désigne les professeurs Des-Genetfes et Duméril pour aller àPithiyiers, à l’effet d’aviser aux moyens d’arrêter les

(i) Telles sont les expressions dont il s’est servi dans son rapport sur cette épidémie.

progrès de celte épidémie. Ceux-ci reconnaissent une fièvre intermittente sous différentes formes et avec des degrés différetis.Ils constatent qu’àBriare, sur trois cent quarante habitans , un seul en a été exempt. Six jeunes médecins (i) donnés à ces professeurs pour exécuter et répandre leurs vues curatives , voient des fièvres intermittentes pernicieuses semblables a celles que Torti a décrites ; une garde-malade en est saisie , perd connaissance et meurt dans un état comateux au bout de trentequatre heures. Ils observent des dysenteries pu-: trides promptement mortelles , des avortemens , des pétéchies , des parotides , etc. , accidens ordinaires des épidémies contagieuses. Enfin, dans la plupart des maisons , il y a autant de malades que d’habilans, particulièrement dans la classe indigente. Une personne du sexe, qui s’était fait admirer par sa charité et par son assiduité auprès des malades de toutes les classes , devient malade èlie-même ; les villes voisines se refusent à toute communication avec les pays ^ui sont le théâtrê de l’épidémie , et ce terrible fléau ne cesse qu’en hiver. . i

Peut-on méconnaître, la contagion dans ce que nous venons d’exposer , et qui nous vient de la

(i) MM. Tonellier , yjareliaud , Mestivier, Canard, Horeaii et Barrue^,, élèves distingués de l’Ecole de Paris , et d signés par elle pour cette mission.

meilleure source? Deux médecins atleinfs de la fièvre pour s’être transportés sur les lieux de l’épidémie J une garde-malade qui tombe comme frappée de la foudre ; mademoiselle de Neiiscards , prise de la fièvre dans le cours de ses occupations charitables ; des populations entières infectées j l’habitation du pauvre devenue le repaire où l’hydre confond sous ses coups les hommes, les femmes, les vieillards et les enfans ; et la progression de la maladie des faubourgs a la ville, marche familière aux maladies pestilentielles , sont de fortes raisons de croire qu’il était dangereux de se rapprocher des malades. Mettre de si grands désastres sur le compte de l’épidémie , c’est donner aux causes générales une force qu’elles n’ont jamais lorsqu’elles ne sont point secondées par la contagion. Aussi nous ne balançons point à dire que la fièvre intermittente de Pithiviers fut rendue contagieuse par le concours des causes que nous avons reconnues propres à donner ce caractère aux différentes fièvres dont nous .avons parlé. ,

Article VIII.

Deux JEpidé/nies* de Fièvre intermittente conta^ gieuse indiquées par Lancisi,

Nous avons fort péu dé desCiiptions d’épidémies de fièvre intermittente. Les médecins ne s’eu oçcu-

pent pas. On dirait que nos connaissances sur cette fièvre sont complètes , ou que nous ne pouvons pas espérer de les étendre ; ce qui n’est point vrai sous l’iin ni sous l’autre rapport. Je remarque même qu’il s’agit rarement de la contagion , et qu’on ne s’en occupe qu’avec beaucoup d’indifférence. Je crois devoir adresser ces reproches tant aux anciens auteurs qu’aux modernes. Toutefois Laucisi mérite d’être excepté , parce que , témoin des ravages que celte fièvre fait dans les États romains , il n’a pas pu la considérer comme la plupart des médecins français qui n’ont pas cru devoir s’en occuper , attendu que chez eux elle n’est point ordinairement mortelle. La description que Lancisi nous a laissée de l’épidémie qui régna à* Pvome en 1695 , description qui est un des plus beaux titres à la célébrité dont il jouit, est aussi celle oii nous puiserons de nouvelles preuves sur la contagion de cette fièvre.

Voici comment Lancisi s’exprime sur le début de cette épidémie : His pro reruui Jîde ^ ac perspicuitate narratis ^ adipsam veniamus epidemiam, Paulatïm medio rnajo y atque sub initium junii , per solam plebeculam in sub-urbiis Sancti Angeli^ Pii y aliisque prope mœnia fossasque degentem y serpere cœperunt tertianœ febres y eœque primiim simplices benignœque indoUs .... mox verb caput exlulerunt febres reipsâ perniclosœ y ac pes-

iilentes ^ quoe ad idus usque octohris ferocîus y latiusque contagione vagatœ ' sunt (i). On doit entendre ici par le mot contagione ^ la faculté que ces fièvres avaient de se propager d’un individu à un autre , et non point ce maléfice aérien auquel certains auteurs ont donné le nom de contagion ^ et qûe d’autres appellent atmosphère putride , Y aria cattiva des italiens , Y inquinamentum a'èris des latins, etc. S’il y avait des doutes sur le sens qu’on doit attacher au mol contagion, d’après Lancisi, nous rapporterions de cet auteur des expressions qui ne sont point équivoques , comme lorsqu’il dit : iindè per ea loca innnanis ortafuit epidemia fehrium quas medici communiter vocant malignas y perniciosas oc pestilentes y nam contagione quoque serpere visœ sunt. Le même auteur, écrivant à un de ses confrères sur une autre épidémie de fièvre intermittente pernicieuse qui régna dans une autre ville des Etats romains , dit : Ad ideam porro istarum febrium non admoduni lahoramus y castrenses ne , perniciosas ac pestiïentes. vocari deheant ; cjuippe qui de nominibus minime solliciti y in res ipsas inquirim,us, Illud ntique quod te non prœterit maxime advertendum arhitramur y nimirüin febres istas verminosas ac sœpè mortiferas esse y contagione in assidentes migrare y atcpie in omnibus y plus y minas y si-

~ {i) De palud. effluviis , lib. ii , epid. i, cap. v.

miUs ohservari ( i). Ici les mots contagîone in as» siclentes migrare ^ attestent une véritable transmission ou propagation de la maladie que les parens on les garde-malades recevaient par le contact plus ou moins immédiat.

Si les expressions de Lancisi étaient moins affirma lives , nous n aurions pu méconnaître encore le caractère contagieux de cette fièvre , dans ce que l’auteur même rapporte, qu’elle parut au mois de mai dans la basse classe du peuple, et que plus tard elle devint générale. Toutes les épidémies contagieuses, soit de peste , soit de fièvre jaune, ainsi que de typhus , se sont développées d’abord dans des maisons de pauvres gens et se sont étendues ensuite à toutes les classes de la société. Tout le monde s’accorde à dire que c’est par la contagion qu’elles se répandent ainsi ; mais pourquoi la fièvre intermittente ne serait-elle pas contagieuse , puisqu’il est vrai qu’elle suit une semblable progression ?

Article IX.

Un cas de Contagion ^ extrait des Œuvres de Torti.

Sans altérer les faits , ou sans qu’il soit nécessaire de leur donner une interprétation tortueuse , on peut attribuer à la co itagion l’observation de fièvre

(i) De nox, palud. effluviis , epid. iv, cap. vi.

înlermittente cardîalgique rapportée par Torli. Je veux parler de celle qu’une dame éprouva bientôt après que son mari fut mort d’une fièvre pareille. Nonmulto post ohitum D. Jh. Galliani de Coccapanis, dit Torli, ejus uxor corripitur tertianâ du^

plici monet ilia me ut caveam ne sihi quoque

contingat , qiiod contigit paulo ante viro suo ; se enim magnam in stomaco mordicationem , sœvumque dolorein pati^constanter conquerehatur (^i). Je ne dois pas omettre de dire que la fièvre intermittente pernicieuse qui avait fait périr le mari , avait la cardialgie pour symptôme dominant , comme celle de la femme. La conformité qui exista entre ces deux maladies , le peu de temps qui s’écoula entre elles, et les rapprochemens que l’on doit présumer avoir eu lieu entre les deux époux, sont de fortes raisons de croire que la femme tenait celte fièvre de son mari. En donnant ces deux observations, Torti n’émet aucune idée qui se rapporte à la contagion qui me paraît avoir existé en effet entre ces deux époux. Le silence de l’auteur sur cette communication morbifique n’est, peut-être, qu'un ménagement commandé par des raisons particulières , ou par l’ascendant des anciens préceptes , car les faits rapportés parlent avec trop de force pour qu’on n’y reconnaisse une véritable contagion.

(i) Therap. speciajis , llb. iii et iv.

Article X.

De la Contagion de la Fièvre intermittente entre deux époux ^ observation rapportée par le docteur Bally.

L’observation suivante est d’autant plus conclusyite, que la fièvre intermittente qui a été communiquée , tire son origine d’un pays éloigné de celui où la contagion s’est faite. « Une dame, dit » le docteur Bally , arrive à Paris avec une fièvre » intermittente qu’elle avait contractée, a la cam- » pagne, dans un site marécageux. Celte fièvre était » accompagnée de vomissemens violens et d’autres )> symptômes graves qui se prononçaient a chaque » accès , et qui me forcèrent à donner le quin- )) quina. Elle fut à peine guérie, que son mari, )> qui n’avait pas quitté Paris , mais qui avait eu )) rimprudènce de ne point se séparer d’elle pen- » dant sa maladie, fut frappé des mêmes sympj) tomes et d’une manière toul-h-fait semblable. « (i) Cette observation que nous fournit le docteur Bally, celle que précédemment nous avons extraite des , Œuvres de Torti , et celle que nous avons égalelement rapportée d’après notre pratique, ont cela de commun : lo. que la contagion s’est faite entre des époux par cohabitation^ 20. que la maladie

{i) Du Tjphus Amérique, Paris, t8i4*

primitive a été caractérisée par des vomissemens , des cardialgies et d autres symptômes graves ; 3®. que ces mêmes symptômes ont été observés dans la maladie secondaire ou communiquée. Cette triple preuve nous servira à poser les données suivantes : lo. que la fièvre intermittente qui s’accompagne de symptômes graves est véritablement contagieuse ; 20. que parmi ces symptômes les'plus constans et les plus indicatifs d une fièvre d’un mauvais caractère, sont le vomissement et la cardialgie j 5°. et rappelant que ces symptômes sont ceux qu’on observe le plus fréquemment dans la fièvre jaune , nous les indiquerons comme servant rie lien entre les fièvres des deux continens , et comme indiquant leur identité de nature. Le docteur Bally n’a point rapporté l’observation précédente comme un fait isolé qui ne se rattache à aucune idée théorique 5 il croit a la contagion de la lièvre intermittente. « Ainsi , dit-il , que Texpé- » rience me l’a confirmé dans les hôpitaux mili- » taires , chez un malade qui serait couché avec » un fébricitant ou a côté de lui. » 11 ajoute que dans les villes du sud de l’Amérique , cette fièvre se répand fréquemment par contagion. De telles assertions données par un médecin qiii a exercé sur les deux continens , ne peuvent manquer d’être accueillies favorablement.

Article XI*

Epidémie de Fièvre intermittente contagieuse rapportée par Lanzoni y médecin de Ferrare.

Je lis dans un Recueil académique (1) le- récit que Lanzoni a fait d’une épidémie de fièvre intermittente qui régna à Ferrare, en Italie. Les pluies avaient été si abondantes en 17^28, qu’à l’entrée de l’été de 1729 les plaines et les vallées étaient encore couvertes d’eau et les récoltes perdues. La corruption des eaux avait produit une quantité étonnante d’insectes et d’animaux amphibies que Lanzoni considère comme les avant coureurs de l’épidémie, de même que Plutarque dit que des araignées abondantes présagent un été pestilentiel. I^s chaleurs arrivant , les hommes furent pris d’abord de fièvres qui étaient suh tertianœ figurât , dit Lanzoni , cum vonùtihus ac alvi fiuxibus biliosis y aliisque pravis stipatœ symptomatibus. Voilà des formes qui annoncent en effet uue fièvre d’un caractère très-grave et voisin de celui de la fiè\u'e jaune. Les causes locales dont nous venons de donner une idée , sont aussi celles qui engendrent la fièvre intermittente , et nous voyons, de plus, que la chaleur de la saison , sous le ciel de l’Italie , vient

(1) ConstUutio epidcmica ferrariensis ^ etc. Voyez Acta Physico mçdica acad, Cœsareœ naturœ curios. ^ t. ii , observ. CCix.

remplir la seconde condition que nous avons dit êlre nécessaire pour donner de l’activité à ces mêmes causes, et à la fièvre plus d’intensité et plus de virulence 5 aussi, poursuit Lanzoni , accessit autumnalis œquinoctium ^ quo tempore putârunt multi hujus constitutionis finem videre sed incassum spes ivit y nam post æquinoctiales dies y jnulti denub œgrotârunt ; aliique nundinn fehrem passi y octohris diebus hoc fehre affecti y affectionis hujus tyrannidem experti y in fébriles insultus incidere. Sic mater ministrans finis œgrotavit ; sic deminus servis y sic maritus conjugi y sic familiares invicem sïbi ejfervescentias fébriles comniunicabant ; ita Ut omnis penè familia œgrotaverit. In nonnullis variabat febris y et prœsertim in recidivis y undè modo sub forma hemitritœi y nunc rhiimaticœ febris y nunc delircB y etc. Ce tableau de la contagion de la fièvre mérite d’autant plus de fixer l’attention, que l’auteur, historien d’une épidémie , n’a voulu que raconter ce qui s’était passé sous ses yeux ,et qu’il n’a pas eu en vue de faire de la contagion l’objet de ses recherches, ni de la moindre discussion.

Article XÏI.

Contagion de la Fièvre intermittente , d’après Hoffmann.

Les épidémies de fièvre intermittente étant ordî-

naîrement le résultat des grandes vicissitudes de l’atmosphère , doivent nous offrir cette fièvre dans sa plus grande intensité , et par conséquent étant contagieuse. Telle fut, en effet , célle que le grand Hoffmann a décrite , et qui régna à l’ouest de la Prusse et dans le duché de Brunswick. De grandes chaleurs ayant pesé sur ces contrées marécageuses, il en résulta des fièvres qui, selon cet auteur, furent , part'un intermittentes plane , partim rémittentes tantîim anomalœ et irregulares , vagurn et incertum typurn habentes , facilè inter se mutahiles y ut plurimîim insuetis symptomatibus atque gravibus stipatœ y contagio infestœ y nonnullosque per multos menses detinentes y quosdam etiam plané è medio t&llentes{\). Aces traits on reconnaît bien une fièvre intermittente épidémique qui fut pernicieuse chez quelques sujets, ce qui est indiqué par ces mots , quosdam é medio tollentes. Elle s’était développée sous les conditions les plus propres à lui donner le caractère contagieux , savoir, 1®. la grande chaleur et la sécheresse qui régnèrent en 1726 et les deux années suivantes 5 les marais dont ce pays est couvert, car a partir de Léipsic jusqu’à Hambourg en suivant l’Elbe , de Francfort à Stelin en suivant l’Oder, et de Thorn à Dantzick en suivant la Vistule, on ne trouve

• {i) Hojf mani opi^ra omnia, ‘ De fehribus , sect. i , cap, iv, Oeuevæ , 1740»

que des marais ou de vastes prairies tourbeuses et très-marécageuses. Ces deux conditions donnèrent lieu aux affections suivantes : In quibusdam semel uno die , in aliis bis acoessio facta ^ in nonnullis primis diebus comparuerunt continuée y et tertio vel quarto die in intermittentes concesserunt : in aliis vicissini primis temporibus intermissionem habuerunt y posteà vero , pessimo omine factœ 9unt continuée. Voilà encore des traits caractéristiques d’une épidémie , et une notivelle preuve en faveur de ce que nous avons dit , dans plusieurs endroits de cet ouvrage, de l’incertitude du type de ces fièvres , de leur malignité lorsqu’elles passent de l’intermittent au continu , et de la ressemblance que cette mutation leur ‘donne avec les fièvres épidémiques contagieuses. Aussi ne devrat-on point S'étonner qu Hoffmann ait dit de cette épidémie : Observatum fuit y et id maxime Mag^ deburgi in ducatu Brimspicenai y compluVes /A una.domo y non secîis ac in variolis y vel morbiUis fieri solet y succès sivè eodem morbo fuisse affecto s. Ces mots attestent bien que cette fièvre intermittente était contagieuse. Pour ne laisser aucun doute sur la nature et le caractère de celle fièvre, il suffit de rapporter de ce même auteur le passage suivant : Frequentes quam màximè fuerunt fiæ malignitatis suspectœ febres indocis paludosis y humidis et aquaruni stagnis irriguis. J’ai parcouru

les pays dont parle Hoffmann , et je les ai trouvés en effet très-marécageux.

Article XIII.

La Contagion de la Fièvre intermittente aperçue par le docteur Gasc (i).

Je rapporterai , avec d’autant plus d’empressement et de confiance , ce que le docteur Gasc pense de cette contagion , que ce médecin m’a paru doué d’une finesse de jugement qui garantit la bonté de ses observations cliniques et la sagesse des conséquences qu’il en tire. Dans le premier des ouvrages que je viens d’indiquer il fait cette question : « Mais » à quoi tient cette circonslance, qui fait qu’un in- » dividu contracte quelquefois la fièvre intermit- » lente pour avoir été placé à côté d’un fébricitant, » et pour avoir été témoin d’un accès de fièvre ? )) Je donne pour très-certain ce fait que j’ai vu » plusieurs fois , et qui n’est pas rare dans les » endroits où l’on réunit un grand nombre de ma- >• lades, et surtout dans les hôpitaux militaires? » Le docteur Gasc semble avoir voulu répondre luimême à cette question, ou du moins affirmer qu’il

(t) Voyez une note qu’il a jointe à sa traduction du Traité des Epidémies et des Contagions , par Shnurrer , et son Mémoire sur la Diarrhée chronique t insérée dans le Journal Général dç Médecine de Sédillot , année i8i6.

ne révoque pas en doute la contagion , lorsque dans le Journal de Médecine il dit : « Quant au^ » fièvres intermittentes , plusieurs faits dont j ai » été témoin me font croire à leur contagion dans » quelques cas. »

Quoique ce médecin n’accompagne point ses assertions des faits pratiques dont il assure avoir été témoin, ce qui eût été déplacé dans les circonstances où il en a parlé, nous ne devons pas moins lui tenir bon compte de ce qu’il dit sur une question qui intéresse de si près la science et l’humanité. Pour moi, qui , dans mes entretiens avec lui, ai pu me convaincre de sa ferme croyance , j’ose assurer que dans ce qu’il en a écrit, il ne l’a montrée qu’avec beaucoup de retenue. Je ne pense point que la communication de la fièvre intermittente qui s’est faite sous ses yeux , soit à côté d’un fébricitant, soit à la vue d’un homme dans l’accès, puisse jamais être attribuée à l’imitation. Lorsque, dans le Dictionnaire des Sciences Médicales ^on a traité de paradoxe ce qui a été écrit sur la contagion de cette fièvre , et qu’on a attribué au penchant pour l’imitation les cas où l’on avait cru reconnaître la contagion, on est tombé dans un paradoxe encore plus insoutenable. Il faut renvoyer aux temps où l’on croyait aux revenans, tout ce qu’on a dit des maladies acquises par imitation. Celte manière d’expliquer les mystères de la mé-

decîne ne peut trouver de croyans aujourd’hui ; et nous disons de toute fièvre inlermiüenle qu’on au-' rait encore la faiblessed’attribuer à unetelleorigine, qu’elle est infailliblement l’effet de la contagion.

Article XIV.

Epidémie de Eièvre intermittente contagieuse qui régna en Angleterre en 1 558.

Je remonterai à la source de celte épidémie , pour montrer qu’elle venait de la dépravation des saisons comme la plupart des épidémies de fièvre intermittente, et pour cela je traduirai , de l’hîstorien Burnet, le passage suivant, qui ne peut être’ présenté en extrait : « Lesaccidens les plus extraor- » dinaires répandirent la terreur dans ce pays. » Auprès de Nottingham la foudre ravagea deux » villages, en détruisit les maisons et les églises, » emporta les cloches loin des clochers , ainsi que » le plomb qui recouvrait les églises, et qu’on » trouva roulé d’une étrange manière à quatre cents >» pas des édifices. La rivière de Trente , qui s’enfle ordinairement par les pluies, déborda et déra- )» cina quantité d’arbres, et en même-temps un » vent violent enlevait les hommes et les enfans ,

>• et les écrasait contre les arbres ou contre les » maisons. Dans d’autres endroits la grêle tomba y» de l’épaisseur de quinze pouces 3 et ce qu’il y » eut de plus terrible , fut une fièvre inlermil-

» teiilo contagieuse (i) qui ne différait point de la » peste, et qui se répandait dans tout le pays avec » tant de forcé , que les trois quarts de la popula-

» lion en furent infectés Elle fut si violente

» au mois d août , (|ue dans beaucoup de contrées » il n y eut pas assez de bras pour ramasser la ré- )» colle, et qu’il se perdit beaucoup de grain. » And it spreading nwst violently in august, there ivere not men enoitgh , in rnani counties , to reap ihe Harvest so that much corn was lost.

Ce n’est point , il est vrai , de la part d’un médecin que nous vient la connaissance de celte épidémie contagieuse j mais la désignation de la fièvre par les mots intermittente pestilentielle ^ indique un historien qui avait quelques connaissances en inédecine , ou qui a écrit d’après les renseigneinens qu’il aura reçus des médecins qui étaient ses contemporains. S’il est vrai que les désordres de l’atmosphère donnèrent aux habilaiis une disposition commune , on doit reconnaître aussi que celte disposition eût été sans effet chez la plupart, si les moyens de contagion n’eussent contribué a rendre la maladie générale.

(i) Voici les expressions de Fauteur : and winch was much mort terrible , a contagions intermitting J^ever , not urdike the Plaguc » raget eoery where ; so ihat three parts qf Jour qf lhe whole nation , where injectcd with it. Voyez The historiqf thç rejormation ; tic. By Gilbert Burnet , lhe second edit. London , i683.

Article X Y.

I}e la Contagion de la fièvre intermittente diaprés quelques médecins espagnols.

Des écrivains français qui figurent assez Lien clans l’arène médicale , ont reproché aux médecins espagnols d’étre trop portés à croire à la contagion de la fièvre inlermiUente. Ce reproche n’est pas plus fondé que si on l’adressait aux médecins américains à propos de la fièvre jaune ; ou Lien encore sur la peste, aux médecins qui ont parcouru les pays d'Orient. J’ai montré beaucoup de déférence pour les auteurs italiens lorsqu’ils nous parlent de la fièvre intermittente ,* mais c’est avec autant d’égards que je traiterai les médecins espagnols , parce que cette fièvre, qui est la production morbifique la plus commune de leur pays , leur est parfaitement connue. On trouve dans les ouvrages des uns et des autres les résultats d’une pratique aussi étendue que perfectionnée. Lan( isi et Torti ne l’emportent point sur Mercalus ni sur Hérédia , lorsqu’il s’agit de la fièvre intermittente , et j’estime également les ouvrages qui nous viennent de ces deux pays. Je n’ai point sous les yeux ceux que j’ai vus pendant mon séjour en Espagne , et que j’aurais voulu citer. Un seul est à ma disposition J il est du docteur Grégorio Bannarez. On y

lit que les fièvres inlermiitenles se propagent à i’inlèrieur de l’Espagne, dans des contrées où elles étaient inconnues quelques siècles auparavant, et dont la topographie ne laisse voir aucune des causes qui les produisent ordinairement. L auteur , qui suppose que cette extension est l’effet des communications qui ont lieu entre ces mêmes pays et d’autres contrées où ces fièvres sont endémiques , rapporte en avoir entretenu la Société Royale de Médecine de Madrid dès le commencement de ce siècle , et voici ce qu’il raconte à cet égard : Baxo de este punto de vista Jiice présente y hace annos y verhalniente â la real academia medica de Madrid g que las tercianas eran^ à mi parecer^ una enfermedad contagiosa en un grado muy dehïl y que se propagaba con lentitud , y seguia proporcionaU mente el orden de las enfer niedades contagiosas ^ y aunque no la miraron ni miran como tah Insisto de nuevo en que es una enfermedad algo contagiosa al parecer y por muchas observaciones que tengo vistas y oidas de su propagacion (1). Le docteur Bannarez n’a pas été le premier qui ait entretenu de cette contagion la Société Royale de Médecine de Madrid , car il dit : Tambien he oido al docteur Josef Martinez de San Martin y dar parte à la Real Academia Medica que un pueblo

(i) Memoria sohre las ventajas i utiîidades de la quina , etc, Madrid, 1807.

de la Mancha y muy sano y libre entcramente de tertianas y de lus causas à que se atribuyen exclusivamenie y se vio plagado repentina y generalmente de ellas , de resuellas di aver vuelto à dicho pueblo y con tercianas y unos jornaleros que habian ido à trabajar à otro lugar hmnediato y en que adquirieron dicha enfermedad. Ces assertions 5 fondées sur rohservalion , sont des plus concluantes en faveur de la contagion de la fièvre intermittente , et les cas mentionnés ressemblent , en tout point, a ceux que nous avons recueillis à Namur. Le docteur Bannarez s’étaye des observations qu’a faites un de ses compatriotes , le docteur Antonio Cibat, qui tendent a prouver celte contagion : en confirmacion de esto se pueden ver las observaciones eque ha publicado el d^. don Antonio Cibat y el il rapporte de Clegliorn une note dont nous garantissons l’authenticité , dans laquelle le médecin anglais assure que les fièvres tierces ont autant de droit à être appelées contagieuses , que la rougeole , la petite-vérole et autres maladies de ce genre (i); car, quoique dans la saison des fièvres , l’air contienne les qualités vicieuses qui peuvent y disposer un grand nombre de personnes, cependant il est prouvé que celles qui s’approchent le plus des malades, sont aussi celles

(i) Ceci est conforme à cc que nous en avons rapporte d’après IIolTinann.

qui contractent ccs maladies plus souvent et plus facilement .(i) • los quese rozan mas con los enfermos suelen contraerla con mas frequencia y Jaciliclad. C’est ainsi que Bannarez a traduit les expressions suivantes de Cleghorn : Yet those who are much conversant among the sich ^ are most liahle to catch the distempe r.

Article XVI.

L/esFlèvres intermittentes quifurent observées à Vile (le Minorque par Cleghorn , étaient contagieuses,

Cleghorn , médecin anglais, qui était à l’île de Minorque , nous a donné l’irstoire des maladies qui y^régnèrent depuis 1744 jusqu’à 1 747 . J’en prendrai quelques fragmens que je traduirai pour la commodité de quelques-uns de mes lecteurs, et je les accompagnerai de réflexions succinctes.

« Dans le mois de juillet 1744, les fièvres tierces de différente forme parurent parmi les personnes de tout âge , se répandant , de l’une à l’autre ^ par contagion , and spreading from one to another y hy contagion. Elles devinrent plus nombreuses , de jour en jour , jusqu’à l’équinoxe d’automne , et se propagèrent , avec une extrême fureur , parmi les personnes de tout rang et de toute constitution , tant originaires du pays qu’étrangères; après quoi

(i'' Nous avons donné une pareille assertion d’après Landsi,

elles diminuèrent graduellement, lorsque Thiver arriva, la contagion étant rendue inactive par le froid. »

Ceci est conforme a ce que nous avons dit, que la saison froide arrête les progrès de la fièvre inlerniil tente, de même qu’elle arrête ceux de la peste et de la fièvre jaune.

(( Dans les temps que les fièvres tierces régnaient, le cli{)lera-morbus , les ébullitions de sang et la porcelaine, devinrent fréquentes et épidémiques ^ dans un degré inférieur ; mais ces complications furent rarement observées après septembre, au lieu que les fièvres durèrent jusqu’à Thiver, »

Ce cortège de la fièvre intermittente indique , avons-nous dit ailleurs , qu’elle a un caractère pernicieux, et par conséquent qu’elle est contagieuse. On doit faire le même raisonnement sur ce qui va suivre.

Les diarrhées, les dysenteries et les tenesmes firent leur apparition pendant l’été et l’automne. Ces maladies étaient épidémiques , mais certaines années elles se nionlreiU si rarement, qu’à peine méritent-elles ce nom ; tandis que dans d’autres elles sont aussi fréquentes que les fièvres intermittentes. »

Clegborn fait ensuite une courte digression sur les cbangemens que ces maladies éprouvent en passant d’une saison à l’autre. 11 parle du choléra-

morhus, qui a souvent une marche inlermîlteule^ ou qui accompagne l’accès de fièvre; des dysenteries*, qui se changent en fièvres intermittentes et réciproquement* et des pleurésies mortelles, qui remplacent les fièvres intermittentes à l’entrée de l’hiver. Il trouve entre ces maladies tant de connexions , qu’il dit qu’elles ont fait alliaiM*e. There seem Uhcwise to be a near alliance amongst oïl the di&eases above-mentioned. Nous avons appelé cela, le changement de forme que la meme maladie subit par la succession des saisons. Cleghorn ajoute que les hommes qui ont des échauboulures ou la couperose, sont très-sujets à la fièvre; ce qui se rapporte à ce que nous avons dit , d’après notre observation, du picotement incommode, semblable a rurticalion dont les Français souffraient à Rome.

*( En 1747, au mais de septembre, lorsque la dysenterie diminuait , les fièvres intermittentes augmentaient en nombre ; elles étaient très-malignes et causaient une grande mortalité , particulièrement dans les parties méridionales de l ile. Un régiment qui était en garnison à Mahon , perdit quarante hommes., et la plupart de ceux qui survécurent, restèrent faibles, maladifs et de mauvaise couleur jusqu’au printemps. »

Dans cette circonstance, Cleghorn a constaté que des hommes nés sous-> des latitudes nord ,

souffrent beaucoup lorsqu’ils passent dans, des pays méridionaux; et, après lui, j’ai confirmé cette observation , en constatant, également , que les Allemands ou les Russes, dont le régiment d’ïsembourg était composé, moururent en plus grand nombre, à Rome, que les hommes des autres troupes; et que, dans ce cas, fa fièvre intermittente pernicieuse des étals romains se montra sous les traits de la fièvre jaune ; ou que c’était , à proprement parler, la fièvre jaune même ; ce qui nous a paru probable , vu que nous avons établi, par des calculs thermométriques, que ces Allemands s’étaient trouvés , à Rome , dans les mêmes circonstances qui peuvent donner la fièvre jaune aux Européens nouvellement arrivés en Amérique.

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