‹ Recherches sur la contagion des fièvres intermittentesChapitre 13 sur 16 · CONCLUSION GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

CONCLUSION GÉNÉRALE

I>’après les recherches que nous venons de faire, on est forcé de reconnaître que tout ce qui a été écrit, jusqu’à ce jour, sur la contagion de la fièvre intermittente, est incohérent et peu persuasif. La manière générale et superficielle avec laquelle on a parlé de cette question , indique bien que les médecins qui ont soutenu l’affirmative , étaient tellement convaincus de cette contagion , qu’ils n’ont pas jugé nécessaire d’en rapporter des observations; car tous assurent en avoir été témoins.

Maïs anjourd’lmi on ne croit pas sur parole; il faut des faits , et les assertions de ces médecins n étant point étayées de narrations historiques de maladies , laissentje doute dans l’esprit du lecteur ; et du doute à l’incrédulité il n’y a qu’un pas. Nous avons dû éviter cet inconvénient , et nous pensons que les faits que nous avons rapportés , auront jeté plus de jour sur la question présente , parce qu’ils sont plus circonstanciés que tous ceux qui ont été indiqués par les auteurs dont nous avons parlé.

A ces faits nous ajouterons l’opinion de quelques écrivains que nous n’avons pas eu occasion de citer, Coliny recommande de ne point se coucher avec des personnes qui ont la fièvre intermittente , dfs crainte delà prendre par contagion , ainsi qu’il eq a vu des exemples: accubitus cum œgris , dit-il, fcbre laborantibus , ob coniagii â me subindè observati mçtuiTiy fugiatur (i). Trnka ne rapporte point avoir fait de pareilles observations ; mais il parle de cette contagion en historien , et ce qu’il en dit est on ne peut pas plus affirmatif. Contagium fjiiod licet nonnulli admittendum haud esse sen-^ êuerantf tamen adeb manifeste ex obserpatione accurata epidemiarum evincitür ^ ut locum dubi^ tandi non relinquat (2), Il rapporte encore de

(1) Tractatus de J'ehrihus. intermiUentihus 3 etc. Argentorati , 1760.

(2) HUloria fehrium intermitt, Vindobonae , 1775.

Melbonius, la remarque suivante : Meihonüis adeo contagiosam epidemiam Guelpherhitl , anno 1666 y ohservavit y ut y omnibus in una aliqua donio , nunierosd familiâ , decumbentibus , statïm corriperentur y si qui ad ministrandum imprimis noviter accessissent (1). Heverman a vu également , dans le Holslein, une épidémie de fièvre intermillente, qui était contagieuse. Trnka dit encore d’après lui : perindè in epidemia Holsatiensi vidit Heverman, sanos y si in eodem lecto somnum capiebant , morhum contraxisse. Le docteur Ballj , après avoir donné une pareille assertion , rapporte , 1^. que Amelung a vu la fièvre intermittente se répandre par contagion j 2^. que Schafer, médecin allemand, a constaté que si l’on couche dans un lit imprégné de la sueur d’un fébricitant , on aura la fièvre intermittente; 5®. que, selon Wilson , les fièvresiiitermittentes acquises par contagion, ont le caractère du typhus ; 4®. et que Stix a vu des fièvres intermittentes simples passer a l’état pernicieux, et devenir contagieuses.

Fort de ces autorités, de notre observation et des preuves que l’induction nous a fait découvrir , nous persistons à croire que la fièvre intermittente est contagieuse , et qu’elle n’est qu’une des quatre formes générales du principe morbifique qui produit aussi la peste, la fièvre jaune et le typhus. Si l’on nous

(i) Defelre înterm. epîdcmica.

ilemandait quel rapport elle a avec ces trois fléaux de l’humanilé, nous dirions qu’elle est à la fièvi'e jaune ce que le typhus est à la peste (i); mais qu’elle tient de chacun d’eux, lorsque les causes qui la suscitent , tiennent aussi de celles qui donnent naissance à ces mêmes fièvres.

Nous avons, consacré ce principe, que rinlermiüenle, soit simple, soit pernicieuse, est toujours la même maladie qui parcourt diffërens degrés d’intensité , et qu’elle ne parvient au dernier, c’està-dire à l’état pernicieux, que dans les circonstances qui donnent aux trois fièvres précitées la faculté de se répandi*e par contagion. Cette vérité, qui est écrite en caractères ineffaçables dans toutes les histoires d’épidémies contagieuses , est devenue le fondement de notre théorie , et nous a conduit à cette conséquence , que dans certains cas la fièvre intermittente sera contagieuse , et non point dans quelques autres. Les principes que nous avons posés ensuite se succèdent et s’enchaînent’ naturel-

(i) Si Ton y réfléchit bien, on reconnaîtra que les maladies observées à l’ouest sont celles du sud , mais qu’elles ont moins d’intensité j et que celles qui régnent au nord , sont plus analogues à celles de Test qu’à celles du sud; ensorle que l’on pourrait considérer, le principe général des maladies , comme passant de la forme de fièvre intermittente à celle de fièvre jaune, à mesure qu’on irait de l’occident au midi, ou de la forme de typhus à celle de peste , en allant du septentrion en orient. Il est probable que tout ce qui sortirait de cette règle générale dépendrait de quelqu’accident. . •

leaienl; ils sont en liarrnonie avec nos connais^ sances sur les phénomènes célestes , avec la zoo-^ logie, la géologie et toute la nature. Le monde entier dépose en leur faveur 3 ils sont applicables à tous les pays , dans des proportions dont la mesure est donnée précisément par la latitude et par la composition topographique de chaque pays; mais ils sont aussi invariables que les causes ou les agens qui produisent ces maladies, et qui sont liés à l’harmonie de l’univers.

Pour les établir , nous n’avons pas attaqué les opinions particulières, soit anciennes, soit modernes, qui leur sont opposées, parce que le point d’oii nous sommes parti est trop au-dessus d’elles, et qu’au premier essor nous avons senti combien il était inutile de combattre, lorsqu’une route toute nouvelle s’ouvrait devant nous. Tous les problèmes que la discussion a offerts ont été résolus h l’aide de l’expérience et de l’autorité des médecins et des physiciens d’un mérite supérieur. Nous avons apporté dans cette discussion une impartialité très-grande, et peut-être aussi quelques lumières qui nous ont été données par une longue observation , seul bien qui nous reste de quatorze années péniblement passées dans le service des armées. Nous sommes convaincu que c’est dans les grands hôpitaux, lorsqu’ils sont mal tenus, dans l’asile trop resserré de l’indigence , dans les pays

cliaucls et marécageux , et dans les temps d epidé mie, que la fièvre intermittente devient contagieuse ; c’est aux médecins qui sont à portée de la voir dans de telles circonslances , que nous soumettons notie travail et qu’il appartient de le juger.*

En considérant ainsi la fièvre intermiltenle , nous l’avons mise dans un cadre nosologique plus naturel que ceux où elle a été placée par la plupart des auteurs ; mais nous avons fait plus , nous avons tracé les linéamens d’une classification pyréloîogique qui comprendrait toutes les fièvres endémiques connues ou a connaître dans toutes les régions du monde, et qui les classerait d’une manière naturelle et facile, relativement, i®. à la composition topographique de chaque pays ; 2®. a sa latitude plus ou moins méridionale ; 5^. à son élévation au-dessus du niveau de la mer (i). Ces causes primordiales et générales de tcaites ces fièvres,

(i) L’Impression de cet ouvrage touchait à sa fin , lorsque j’ai lu dans le Moniteur le rapport de la Faculté de Médecine de Paris, provoqué par son Excellence le Ministre de l’Intérieur, sur la fièvre jaune. En même-temps on demandait dans les journaux, à quoi tient l’irruption des maladies contagieuses qui se montrent simultanément, comme la fièvre jaune en Amérique, le typhus en Europe , et la peste en Afrique. Sans doute on en trouverait la cause generale dans l’intempérie des saisons de l’année dernière ; mais si j'ai pénétré le mystère de la nature de ces maladies, il sera facile de répondre plus positivement , en reconnaissant que ces conlinens se sont infeclés réciproquement. Dans CCS derniers temps, de grandes émigrations d'Ivlar,-

soîil aussi les bases que la nature indique pour les classer convenablement. En se dirigeant d’après ces chefs , on se trouvera d’accord avec le grand système de l’harmonie universelle, par laquellè

dais se sont portées dans les Etats-Unis d’Amérique ; elles y ont donné lieu à la fièvre jaune. (Cette opinion est conforme à ce que^ fai dit de l’influence du climat américain sur les hommes du nord de l’Europe, ) En même-temps l’Irlande est devenue le théâtre d’une cruelle épidémie de typhus ; la cause en est évidente. Ce pays et les Etats-Unis ont eu des relations multipliées; leurs hahitans se sont visités tour-à-tour , et se sont communiqué leurs maladies. J’estime, surtout, que l’Irlandais qiq fuyait la misère dont il était accablé dans son pays , et qui la retrouvait en Amérique , revenait, triste et malheureux, dans sa patrie en y portant les élémens de la fièvre jaune. Cette dernière maladie a perdu sa forme sous le ciel froid de l’Irlande, parce que , ainsi que Lind l’avait reconnu , et que je l’ai prouvé dans le cours de ces Recherches , la fièvre jaune ne peut point se développer en Angleterre , puisque ce pays est au-delà du 5o'»e degré de latitude nord ; mais elle y est devenue typhus contagieux , parce que telle est , sous une pareille latitude , la forme que prend la maladie sur laquelle le climat exerce sa plus grande influence. On pourrait , peut-être , expliquer ainsi l’irruption de la peste en Afrique , si la piraterie ne rendait extrêmement difficiles non-seulement les relations commerciales , mais même celles qui intéressent les sciences pour lesquelles les peuples d’Afrique ne sont point portés. La fièvre jaune n’est, probablement, sj terrible en ce moment à la Havane , que parce que ce pays est devenu le refuge des Espagnols américains qui veulent se soustraire aux troubles qui agitent la Nouvelle-Espagne ; ou bien encore, parce que c’est là que se réunissent les Espagnols européens qui sont destinés à faire partie des expéditions contre les iudépendans. C’est à de pareilles causes que j . i attribiîé la véhémence de l’épidémie qui régna l’an dernier à la Martinique.

tous les phénomènes du monde dépendenl du ba*lancement des puissances naturelles , harmonie qui unit le ciel et la terre , les êtres vivans et les choses inanimées, qui rassemble et qui sépare les élémens de tout ce qui existe , qui crée et qui détruit en suivant des lois constantes , qui entretient la vie par la mort , qui réalise à chaque instant ce qu’en morale on appelle compensation du bien et du mal ^ et qui, en parcourant des cercles infinis , explique aux fragiles humains le mystère de l’éternité.

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