‹ Recherches sur la contagion des fièvres intermittentesChapitre 7 sur 16 · U >ii · texte numérisé non relu

U >ii

(i) inquir)' intq (he fonction çj\ the spleen ou ^eçherçhç*

sur les fonctions de la mte , e^c. Plliladçjphie, i8o6. <

avons observé dans la fièvre d’Europe (i). Dans ma Thérapeutique des Fièvres intermittentes j’ai indiqué l’accumulation du sang comme étant )la cause de l’obstruction de la rate dans ces mêmes fièvres. Lorsque je parlerai de la conformité de celles-ci avec la fièvre jaune , d’après l’état des cadavres, je prouverai que dans ces deux espèces de fièvres la circulation du sang éprouve les mêmes obstacles, et qu’elle laisse les mêmes traces de ses désordres.

Cette affection de la rate remplissant la condi, lion exigée pour toute maladie contagieuse , savoir la lésion constante du même organe , ou du même système dans- tous les cas , milite en faveur de notre opinion sur l’analogie et sur la conformité de la fièvre intermittente avec celles qui se propagent par contagion (2).

Quoique nous ayons considéré la fièvre intermittente dans des rapports qu’elle a, non-seulement avec la peste et le typhus , mais même avec

(i) Pour avoir une idée de la possibilité de cet épanchement du sang de la rate dans l’estoinac , il convient de lire le Mémoire de Benjamin Rush que nous avons indiqué il n’y a qu’un instant.

(i),Je pourrais ajouter que cette alFection de la rate est le spleen des Anglais , maladie qui leur est donnée par l’habitation dans les pays marécageux, à bord des vaisseaux, ou qui est la suite des fièvres intermittentes. ‘On la trouve dans tous les pays où la .fièvre iiitennitteiite est, ou très-opiniâtre , ou très-dangereuse. Selon ma m^'^nière de voir , chaque accès ajoutant à l’engorgement , il en résulte que celui-ci est d’autant plus considé-

la fièvre jaune, et que nous ayons démontré son atteinte spéciale sur la rate, nous l’examinerons encore d’une manière plus particulière sous le rapport de la conformité de la plupart des symptômes qui la caractérisent, et de ceux de la fièvre intermi t lente, afin d’établir d’autant mieux le parallèle entre ces deux fièvres.

Il serait difficile, sans doute, de former une série de symptômes qui pût se rapportera ces deux maladies. L’irrégularité de forme qu’elles affectent, pourrait même être citée comme un des traits de leur ressemblance : soumises l’une et l’autre à l’influence du climat, et variant de même ; modifiées par les habitudes, par lâge , le sexe, ou le tempérament du sujet , par les voyages, les déplacemens brusques, etc., elles ne se présentent pas toujours avec le même appareil de symptômes. Chaque épidémie même est différente des épidémies qui ont précédé. Dans l’une et dans l’autre de ces fièvres il y a, diversement , un symptôme qui domine sur les autres. Elles peuvent être apoplec-

rable qu’il y a eu un plus grand nombre d’accès. Il peut arriver à un volume très-considérable , dès les premiers accès , lorsque le corps est livré à l’exercice dans un pays marécageux , et aux heures de la grande chaleur , toutes circonstances raréfactives du sang. Lorsque l’engorgement se fait lentement , il reste une portion de la rate qui remplit la fonction à laquelle ce viscère est destiné; mais lorsqu’il se forme rapidement, comme dans l’intermittente pernicieuse, la fonction cesse et la mort s’ensuit prompetment*

tiques, icléri(|ue':; , spiéuiqnes, gaslrhiques , diapboreliques , exantbenialeuses , buboni([ues, etc., sans cesser d ’élre de même nature.

Néanmoins quelques sympl ornes se trouvent les mêmes dans les deux maladies , tels que la couleur jaune de la peau, les cardialgies, les vomis- .vemeiis de bile noire, les bémorragies passives , etc. Quelques médecins ont écrit que dans la fièvre jaune les urines sont retenues et irritent la vessie; d'autres assurent le contraire. De ce nombre est

Devèze, qui dit : « Les urines , noires et sanguino- » lentes , coulaient sans le concours de la volonté. >i J’ai observé à i’bôpital de Rome , et je l’ai consigné dans mes mémoires , que pendant laccès le malade rend les urines involontairement. Les éruptions miliaires, les tacbes livitles ,des pétécbies , les engorgemens des parotides , les bubons des aisselles, etc., se font remarquer dans ces deux lievres, et néanmoins ne sont pas'constans, car ils ont été observés à la Martinique^ selon M. Moreaude-Jonnès, dans une épidémie de fièvre jaune, et quelques années après, celte fièvre ne se manifesta, dans le même pays , que par des vomissemens de matières noires et des déjections alvines sanguinolentes. Alors on aurait pu la trouver décrite par Torti aux articles de fièvres intermittentes pernicieuses , cholérique , dysentérique, atrabilaire , cardiaque , et reconnaître qu’elle peut être confondue

fi

avec ces dernières. Dès son délnit meme elle varier tantôt elle est snbilement mortelle, et d’autres fois elle n’annonce aucun danger. Le plus souvent elle ne prend un appareil inquiétant que lorsqu’elle est à son apogée. La fièvre intermittente n’a été dite insidieuse, que parce que les premiers accès indiquent rarement le danger qui est très-prochain.

On serait fort en peine pour décider si la fièvre dont parle Lind , était une intermittente ou une rémittente maligne, ou la fièvre jaune. Cet auteur rapporte qu’en 1765 , année pendant laquelle le vent d’est et une chaleur excessive régnèrent à Londres, les soldats de marine qu’on exerçait de bon matin sur le bord de la mer, près d un marais, tombaient malades dans les rangs mêmes et sons les armes , étant frappés de vertige 3 que quelques-uns eurent une fièvre intermittente régulière; d’autres, en plus grand nombre , une rémittente, mais que tous avaient le visage jaune.

Nous avons été facilement persuadé de ce que dit le docteur Bally, que les écrivains s’accordent Lien sur les caractères les plus remarquables de la fièvre jaune, mais non point sur les signes accessoires. Nous savons aussi, par expérience, que la fièvre intermittente, quoique toujours la même par sa nature et par les phénomènes principaux qu’elle présente , se montre cependant sous des traits assez variés. Aussi nous nous abstiendrons

d’énumérer les symptômes qui appartiennent à J’une et à l'autre de ces fièvres. Il suffira , sans doute, que nous les ayons considérées d’une manière générale , ce qui nous a mis à l’abri d'être trompé par leurs anomalies. Mais il serait peutêtre curieux de trouver dans Hippocrate même une observation qui eût la forme de l’une et de l’autre : c’est dans l’histoire du premier malade que je la prendrai. Parmi les symptômes d’une fièvre bilieuse contractée dans une habitation probablement insalubre , ce que font pressentir ces mots, qui Philiscus propè mœnia habitahat y je remarque une intermittence parfaite au troisième jour , comme dans la fièvre jaune mane et ad meridiem usque dfebre liber esse visas est y dit Hippocrate, et le cinquième jour on observa entre autres symptômes pernicieux , extrema undiquè frigida y quœ non ampliùs recalescebant y nigra minxit y parcè dormivit y interdiîi obmutuit y frigida sudavit y extrema livida y etc ^ die sexto

circa meridiem ohiit. Cet ensemble de symptômes et d’accidens morbifiques peut être dit appartenir autant à la fièvre d’Amérique qu’à l’intermittente pernicieuse d’Europe , et cependant ce tableau n’a été fait que pour nous retracer une fièvre bilieuse d’une très -grande intensité.

Lind , en traitant de la fièvre d’Amérique, attribue les hémorragies et les déjections de matières

sanguinolentes, à la dissolution du sang. Tortien a dit autant des fièvres intermittentes pernicieuses^ «t dans mes mémoires sur ces mêmes fièvres observées à Pvome en 1807 , j’ai émis la même opinion. Alors, sans doute, je me suis éloigné des dogmes des médecins solidistes dont j’ai quelquefois suivi la bannière ; mais on ne peut se refuser à l’évidence; le sang qui coule par le nez, ou qu’on retire de la veine, offre l’aspect de cette dissolution : et en admettant sa décomposition , l’absence de quelques-uns de ses principes constituans, ou l’introduction dans sa composition d’un agent délétère tiré de ratmosplière ou des alirnens, on explique plus facilement les phénomènes extraordinaires de ces fièvres, que lorsfju’on les met sous la dépendance exclusive du système nerveux. L’esprit se refuse à admettre que la chaleur puisse, par son action seule sur les nerfs, déterminer des accidens promptement mortels; au lieu qu’on se persuade facilement, que le sang qui est susceptible d’être raréfié par la chaleur, et d’être imprégné ou saturé par elle des vapeurs miasmatiques, porte dans toutes les parties du corps le venin dont il est devenu le véhicule.

• C’est probablement par cette action mécanicocbimique, crue les poisons deviennent promptement mortels , et que dans la plupart des empoisonnemens, les viscères dans lesquels le sang

rirciiie lentement , qiioiqu’en très-grande quantité , tels sont la rate et le foie, deviennent le siège de congestions sanguines très-considérables. On trouvera, à ce sujet, d’utiles notions dans la Théra^ pnitique du docteur Alibert , édition de 1817. Nous les mentionnons seulement pour indiquer des eas pathologiques très-bien assortis à ce que nous venons de dire de la dissolution du sang , et avec ce que nous avons exposé précédemment de l’engorgement sanguin de la rate. Tous ces cas , considérés sous le point de vue physiologique ou tlîéorique , se ressemblent parfaitement.

On ne saurait donc méconnaître la considération que mérite le système sanguin , tant à cause des désordres de la circulation que de la dépravation du sang. Des expériences faites dans la vue de s’assurer du caractère contagieux de quelques épizooties, ont appris à Yieq-d’Azir, que la sanie communique le typhus pins facilement que toute autre humeur de l’anima]. Dans ces derniers temps on a répété ces expériences 5 on a trempé un fil dans dans la sanie qui coule des nazeaux , on l’a introduit sous la peau , et Ton a donné ainsi le typhus épizootique (i). D’autres expériences ont également appris au docteur Pugnet , que la matière des bubons pestilentiels est moins conîagieuîiè

(i) Voyez le Dictionua’re des Sciences^ Médicales ^ arl. zoolie. ^ ‘ ^ C

qne le sang, que les sueurs , el que les autres liüineurs des pestiférés. Nous savons enfin par Lind , par le docteur Caîhral qui a fait 1 analyse de la matière noire vomie par les malades (i) , et par plusieurs autres médecins qui se sont occupés. de la fièvre jaune , que celle matière sanguinolente des vomissemens paraît être la plus propre h là propagation dé cette maladie. Pourquoi le sang ne serait-il pas aussi le véhicule du virus de la fièvre intermittente, comme il semble l’être dé celui des trois fièvres précitées ? Cette maniéré de raisonner s’appuie sur ce que nous savons du prompt effet de certains poisons lorsqu’ils sont injectés dans les vaisseaux sanguins , et de leur impuissance lorsqu’ils sont portés sur les membranes muqueuses, sous l’épiderme, etc. j mais arrêtonsnous là, de peur qu’on ne pense que je veuille mé montrer opposant aux systèmes qui sont en vigueur aujourd’hui. Je ne tiens à aucun d’eux, et je confesse ici que l’éclectisme le plus sévère est la règle de mes principes en médecine. Si l’on pouvait eii douter, je n’aurais qu’à rappeler que dans la discussion que j’ai établie sur l’affection de la rale^ j’ai étayé mon opinion de celle des médecins, tant anciens que modernes , qui sont très-opposés entre feux par leurs vues systématiques.

jNous concluons de tout ce qui a été dit sur la

(ï) On tliQ analysis oj thç hlack ‘vomit Philadélp., i8odi

îsymptômalologie de la fièvre jaune et de Tinterniillenle, que ces fièvres se ressemblent parfaitement par leurs phénomènes externes ou sensibles , et que la même ressemblance doit se trouver dans leurs phénomènes occultes, savoir dans leur action sur les forces vitales et dans leur faculté contagieuse. Nous nous bornerons a indiquer ici la cardialgie comme étant le symptôme le plus immiuent dans ces deux fièvres, et comme paraissant être le point de contact , ou en quelque sorte la pierre de touche à laquelle on peut reconnaître leur férocité et le plus pressant danger. Dans la troisième partie de ces recherches , nous en donnerons des preuves nombreuses et très-concluantes.

§. lY. Marche et caractère de la Fièvre jaune et de la Fièvre intermittente,

La marche ordinaire de ces deux fièvres indic'ue aussi leur analogie et leur ressemblance. Ce n’est pas au froid , ni à la céphalalgie par lesquels elles débutent , que nous arrêleroî s notre examen \ mais nous dirons que Talleinte mortelle qu’elles portent à quelques-uns dès leur invasion, et le danger qu elles cachent daus d’autres cas , en faisant cesser loule apparence de maladie, sont communs à Tune et k Tanlre. Nous ajouterons qu’il îTest pas plus facile d’indiquer quelle est leur

<luree , que de deiermitier si elles sont exclusivement mtermuienles ou rémittentes. Lorsque la fievre intermittenle liercedevient pernicieuse, elle perd très-souvent le t^ pe primitif, elle devient rémittente, et inonlre une grande lendanee à la continuité. De même, aussi, la fièvre jaune est indistinctement continue , rémiticnie ou iniermiitente. Le type est d’autant moins indicatif de sa nature, qu’au rapport du docteur Bally on l’a vue , en Espagne, adopter le type inlerniitlent propre aux iiialadies endémiques du pays j au lieu qu’elle est plus ordinairement rémittente en Amérique. On pourrait cependant considérer le repos qu’on y observe le troisième jour, comme une véritable intermitlence. Ce repos est attesté par Rouppe lorsqu il dit . Pergenteinorho , in nonnullis secundo, in aliis tertio die spontè minuebatur calor , et pulsus ex improvisa naturalis reddebatur {\). Le docteur Bally indique cette rémission au troisième jour, comme très-ordinaire. Lancisi a dit aussi, de la fièvre intermittente pernicieuse qui fut épidémique à Rome, en ,695 ; Sœpè febris duobus primis paroxismis effuso sudore ita remittebat , ut infirnu ab omni se penitùs malo immunes , ac vindicatos putantes , secundd , inib , quartâ etiam die, non modo snrgere , sed in publicum prodire vtsifuerint. Veràm febris quiniâ die novo rigore,

mol'his ^

cum ingenti præcordlorum anxietate ac jactatione in tantum crescebat , ut naturam continuœ et morein perniciosissimum ostenderet. Devèze écrit de la fièvre jaune , qu’il est impossible de lui assigner un type certain. « Tantôt , dit-il, elle est entière- » ment continue j tantôt, et le plus souvent, réi) rnitlente 5 tantôt, mais rarenient , elle a pris le » type intermittent. » Benjamin Rush examinant aussi les différentes formes de la fièvre jaune, y reconnaît rintermiitenfe. There was the intermitting forin in iliïs fever. Elle 11 a rien de constant quant au ritbme du pouls ; c’est ce qui est affirmé par le docteur Ball3^ M. Moreau-de-Jonnès dit aussi « quelle varie dans sfs caractères et dans 1 in- » tensité de sa malignité. »

On doit dire de la fièvre des marais en Europe, qu’en général elle est soumise au type intermittent , filais que souvent elle est rémittente ou continue. Lancisi a consacré le cinquième chapitre de son Traité de la première épidémie , au développement de la proposition suivante : Duplex fehrium intermittent ium natura. Toril comptant huit espèces de fièvres inlermittenles pernicieuses, dit de la huitième, qu’il appelle solitaria, (\\x on la distingue des autres espèces par le type continu et par le caractère très-aigu j mais qu’il ne faut pas m.oins la combattre comme les sept premières. Sauvages a séparé les intermittentes pernicieuses

des înfermitlentes ordinaires , et les a classées parmi les continues re'miltenles malignes • Selle les met aussi au rang des fièvres bilieuses malignes; et Pinel, loin de se guider d’après le type, les considère comme appartenant à toutes les classes de la division qu'^il a donnée des fièvres primitives. Une fièvre épidémique contagieuse qui fut causée par les vicissitudes de l’almosplière^ se montra à Padoue à la fin de i8o5 , époque à laquelle je passai par celte ville , et fut dans toute sa fiïrce Tannée suivante. Elle se lia, par le Frioul et par Trieste, avec l’épidémie que j observai plus lard en Islrie. I.e docteur INicolelli qui Ta décrite, la considère comme étant une intermittente larvée. « Qiieste considerazioni , dil-il , aggiunte a quanto » di sopra abbiamo detto per mostrare nella nos- » tra febbre cpidemica un tipo di vera intermit- » tente y mi fanno giiidicare che la nostra febbre » epidemica sia una vera intermittente m aligna y » sotio la forma di rémittente gastrico nerv osa ; » et plus loin ; « questa febbre si communica eziandio » per contagio (i). » Rouppe nous a fait connaître que les fièvres malignes causées par la chaleur et par Tbumidilé , dans le Sénégal , sont inlerniittenles ou rémittentes bilieuses. Lind assure que ces mêmes fièvres désolent les bords du golfe du

(i) Trattalo sulla JeVUre cpidemica gastrico nervosa. Padovà f i8o6.

Mexique, les Antilles, Carthagène , la Guîane,etc. Eijfîii Hive, (lins sou Voyage aux Indes Orientales et en Asie, rapporte que les fievres malignes des golfes de Bengale et deSiam , de Tîle de Bornéo , etc. , sont intermitlenles ou rémittentes. INuIle part ncjus ne voyons un type invariable ; cependant , dans toutes ces circonstances, il y a chaleur de Tatmosphère, miasmes marécageux, etc. ; et la bile, n’imporle le type de la fièvre, y joue le rôle principal. Plus l’action de cette humeur est augmentée par la chaleur, plus la maladie est grave et promptement mortelle. Voilà ce que l’observation démontre constamment et dans tous les pays. Il n’est pas rare de voir à Bornéo les hommes passer de la santé la plus parfaite à la mort , dans l’espace de quelques heures ^ de même qu’en Espagne, la fièvre jaune de 1800 ne laissait qu’un intervalle de quelques heures entre l’invasion et la mort. Tel est le cas rapporté par le professeur Beiihe, où, dans le même jour, 011 vil périr successivement tous les individus d’une même famille.

En parlant de la variabilité de ces maladies, nous ne devons pas négliger de rapporter ce que le docteur Pugnet a observé à Damiette • cpi’à l’entrée du second été , les humeurs tendaient à se ’ transformer en bile. 11 vit cjueîques cas de coiuplication bilieuse, parmi lesquels il distingua celui d\me fièvre tierce simple 3 et au Caire, l’année

suivante, il fît les mêmes observations. Il cite particulièrement celle d’un soldat, lequel eut alternativement, pendant trois mois , des accès de cette même fièvre et des symptômes de peste. « Nous J» regardâmes , dit-il , ces alternatives comme les » effets d’une seule et même maladie qui revêtait » différentes formes. » Il est digne de remarque, que celte observation du docteur Pugnet a été répétée sur les mêmes lieux par les médecins de l’armée anglaise, qui occupa l’Egypte après l’évacuation de ce pays par l’armée française. James Mac-Grégor, l’un d’eux, assure que « lorsque la » peste commença à se manifesler dans les liôpi- » taux très-encombrés , elle eut tous les caractères » du typhus ou fièvre maligne nerveuse. Quand » l’armée campa sur le terrain marécageux d’El-

Hammed, elle eut ceux des fièvres intermi!- » tentes et rémittentes ; que pendant les mois de

décembre et de janvier elle avait une apparence » inflammatoire, telle que tous les malades pré- » sentèrent les symptômes d’une inflammation de » poitrine, et que dans la saison tempérée elle » ressemblait à une fièvre continue assez bénigne. » Dans un assez grand nombre de cas , ajoute-t-il , » elle parui avoir des rapports frappans avec la » fièvre des Indes-Occidentales (i). >» Enfin ledoc-

( i) Medical Slef cites , etc. , ou Esquisse médicale de l’expédition de Tarmée de Pliide en Egypte. Londres , 1804.

l€ur Paris a compté huit variétés de peste , et il a surnommé la cinquième , intermittente.

Dans les rapprochemens que nous venons d’établir entre ces différentes lièvres , nous n’avons rien dit de ce que l’expérience nous a appris sur la marche de l’intermiltenie. Pour qu’on ne puisse pas nous accuser de prévention , nous avons laissé parler les auteurs, et c’est d’après eux que nous avons acquis la preuve, que partout on trouve une fièvre qui est causée par les miasmes j mais que selon les différens pays oii on l’observe, elle a des formes et une marche différentes. La cause de celle différence tient aux lieux, a l'atmosphère et aux habitudes de l’homme. Sans chercher à approfondir ce mystère, nous dirons que dans les pays d’Amérique qui sont entre les tropiques , la complication bilieuse est rendue plus intense par la chaleur à laquelle les étrangers ne sont point faits ^ de là vient la fièvre jaune. Au Sénégal, dans la Guinée, le sol étant humide à l’excès, la chaleur y favorise la génération des insectes, au point que la terre en est couverte. L’homme même ne peut se soustraire à celte influence, puisqu'il y éprouve la fièvre rémittente dite Zé? ver de Guinée y maladie singulière pendant laquelle un insecte filiforme, long de plusieurs pieds , rond , blanc , etc. , prend naissance entre la peau et les muscles des extrémités principalement , et se fait jour en perçant

nne poche, sorte de clou où il avait pris son ac-? croissement. Cette maladie que, dans d’autres pays,j on nomme le dra^onneaUy est contagieuse, selon ce qu’a observe James Mac-Grégor, qui a vu un régiment à Bombay, dans l’Inde, en souffrir cruellement. Celle ville, qui est de (eut cinquante mille âmes, est rendue très-malsaine par d’immenses marais qui l’entoiirent. En Europe, la maladie que les miasmes produisent, a pour complication un état apoplectique ou iclérique , parce que la œnstitutlon médicale propre à cette partie du monde, est, ou catarrhale inflammatoire ou bilieuse. Cette dernière est plus sensible en Espagne , et l’autre en France, et plus encore dans les pays voisins du Pvhin. Mac-Grégor , en parlant de l’armée anglaise en Égypte, armée où il y avait moitié d’Asiatiques et moitié d’Européens , dit que ces derniers souffrirent beaucoup de l’hépaiite, et non point les Asiatiques. Que peut-on conclure de tous ces faits, sinon que chaque grande région du globe imprime son cachet particulier à la maladie qui est commune au monde entier, et quelle la rend indigène par cette sorte de péage.

Nous avons fait eonnaître, il n’y a qu’un instant, que la durée commune des deux fièvres jaune et intermittente, est de cinq jours , calcul approximatif et non point rigoureux. Passé ce ternie, elles laissent espérer une terminaison heureuse. Que, G,

ques-unes causent la mort avant cette époque 5 d’autres, le jour même de leur invasion. J’ai observé que ces derniers cas sont fréquens pendant la canicule , lorsque les hommes restent exposés au soleil ou qu’ils voyagent aux heures de la plus grande chaleur. Le premier cas de cette nature m’a été fourni par un détachement du régiment d’îsembourg ( voyez Tobserv. n° i , dans mes mémoires), qui , changeant de résidence , passa par Rome au mois de juillet 1807. Aussitôt après son arrivée, un des hommes de ce détachement fut pris d’un accès de fièvre tierce ( il en avait eu deux les jours précédens) , il perdit connaissance et fut porté de suite à I hôpital. Je Ty vis bientôt après ; il était dans un accès pernicieux qui ne permettait aucun espoir de l’usage des remèdes , et il mourut la nuit suivante.

J’ai vu d’autres morts aussi inopinées que cellelà , qui, chez les hommes bilieux , avaient été précédées de tous les symptômes de la fièvre jaune, et particulièrement du désordre extrême des fonctions du système vasculaire et du système bilieux. Aussi ai-je lu sans étonnement ce que le docteur Cailliol et M. delJumboldt rapportent, pour prouver que le vomito n’est point liriiitéà l’Amérique, que dans la campagne de Rome on a vu des hommes mourir des fièvres qui s’accompagnaient des svmplômes qui caractérisent la fièvre jaune. En effet,

( oC’ ) .

celle-ci n’est ni plus rapide ni plus meurtrière en Amérique, que la fièvre intermittente ictéro-apoplectique des Etats romains. J’en parle d’après < e que j’ai vu , et j’ose dire qu’il siiffirail d’augmenter d’un faible degré la clialeur de l’atmosphère de ce pays, pour qu’il réunît toutes les conditions qui favorisent le développement spontané de la fièvre jaune en Amérique. Je ne doute pas qu’un été extrêmement chaud ne puisse y exaspérer les symptômes de la lièvre intermittente au point d’en faire une véritable lièvre jaune , ou se rapprocher tellement d’elle, par sa forme et par sa marche, qu’il soit impossible d’en faire la distinction.

Les différentes relations que nous avons sur la lièvre d’Amérique, laissent voir beaucoup de confusion sur son caractère et sur sa marche. On a jugé , avec une sorte de raison , qu’elle dépend des désordres de la bile j tandis que d’autres écrivains ont conclu à son existence toutes les fois qu’il y a une grande céphalalgie et la faiblesse du pouls. On a été jusqu’à la diviser en plusieurs espèces, distinguant celle des régions équatoriales de celle des États-Unis. Si nous étendions cette considération médicale, nous arriverions, peut-être, à une troisième espèce de lièvre jaune , à mesure que nous irions du tropique vers le pôle , ou bien nous trouverions la lièvre intermittente j mais ne perdons pas de vue notre sujet , et disons que la

diversité des opinions sur lunilé de caractère de la fièvre jaune , n’indique point une erreur de la part des médecins, mais seulement que la même maladie prend des formes différentes selon les divers pays ou selon les circonstances particulières aux individus; ce qui est répéter en d^’autres mots ce que nous avons déjà dit de cette fièvre considérée comme dépendante de la latitude des pays où elle règne,

La fièvre intermittente est également inconstante soit dans sa marche, soit dans son caractèi'c; mais on pourrait la trouver régulière et uniforme, si l’on faisait ahstraclion de l’influence que la latitude des divers pays exerce sur elle. Il s’en faut de beaucoup que celle de Lépante, celle de Naples ou de Rome , des îles de Sardaigne, de Corse, de Minorque, etc., soit pareille à celle des côtes méridionales de la France , si l’on en juge par les effets. La première est caractérisée par des symptômes très-intenses ; elle cause fréquemment et promptement la mort : il n’eu est pas de même de celle de la Provence ou du Languedoc. On remarque même que cette fièvre est plus fatale dans les îles d’Hycres, qu’à Toulon ou à Marseille. La raison en est, que ces îles , qui sont très-marécageuses , reçoivent aussi une plus grande chaleur par réverbération, la mer les entourant; ce qui est prouvé par la culture du coton qu’on y a faite avec succès , tandis que cello

plante n’a point réussi dans la campagne de Toulon: C’est donc au site et à la variété des pays que la fièvre intermittente doit sa marche différente et ses variétés, et non point à sa nature» En raisonnant ainsi , l’on parviendra à concilier les opinions des médecins tant anciens que modernes , sur la fièvre intermillente, et l’on pourra en perfectionner la thérapeutique, qui n’est encore qu’un véritable empirisme.

• Nous venons de démontrer que la fièvre jaune et rinlermiltenle se ressemblent dans leur marche, soit régulière, soit disparate; raison de plus pour les placcj* sur le même rang , et pour les confondre sous le même point de vue nos('graphique.

§. y. Succession et cohabitation de la Fièvre jaune et de V intermittente»

Nous disons qu’il y a identité entre ces deux fièvres , non-seulement parce qu’elles proviennent des mêmes causes, qu’elles ont les mêmes symplômcs et la même marche , mais même parce qu’elles se succèdenlrauîuellement, ou qu’elles se trouvent simultanément dans le même lieu.

A l’égard de leur succession, Lind nous apprend « qu’en 1766 , loi squ’une maladie meurtrière sévit » à Peiisacola , dans la Floride , on observa que les ^ personnes oui y coni raclèrent la lièvre maligne ,

» et qu’on fît transporter sur des vaisseaux, gné- » rirent très-promptement, ou du moins que cette » fièvre dénaturée par ce changement d’air , et

rendue plus bénigne, devint bientôt intermii- » tente, » Dans cette circonstance , les malades avant été soustraits à l’influence des causes de l’épidémie, n’éprouvèrent que ie mini m un de l’action morbifique, c’est-à-dire la fièvre intermillenlc; au lieu que , s’ils fussent resiés à Pensacola, ils eu auraient éprouvé le maximum , c’est-à-dire la fièvre jaune. Ceci confirme ce que nous avons dit de l origine commune de ces deux fièvres, et de leur essence unique , susceptible de se montrer sous plusieurs formes ou avec des degrés différens d’intensité. Dans celle hypothèse, la fièvre intermittente devrait ctre considérée comme étant moins violente que la fièvre jaune ; et en effet , celle-ci ne SC montre qu’à la faveur des causes plus énergiques que celles de l’intermittente. Si l’on doit en croire MakiUrich (i), les étrangers qui arrivent en Amérique pourvus d’une hoimc santé et ayant le teint fleuri , sont pris infailliblement de la fièvre jaune, tandis que ceux qui sont maigres et valétudinaires n’éprouvent qu’une fièvre rémittente ou intermittente bénigne. Cependant les circonstances qui tiennent à l’aimosphère ou au climat, sont les memes pour les uns et pour les,

(i) De j^chre Indicr occidentulU maligna JIui;a.

( lOO )

autres. Lind nous apprend encore qu’un superLe hôpital construit au bord d’un marais , à la Jamaïque , fut e'xti'êmement funeste à cause de cette position. Les hommes s y trouvèrent dans des circonstances opposées à celles que nous venons de rapporter d’après le même auteur. « Il arriva que » les fièvres les plus simples, les intermittentes » les plus bénignes, les indispositions les plus lé- » gères se changèrent souvent en fièvres malignes, » en flux de sang- ou en toute autre maladie mor- D telle j on remarqua que la fièvre jaune y domi-

nait toujours. >» Savarésy, qui a donné, mois par mois, la différence de la constitution médicale de la Martinique, en i8o5 et 1804, a consigné plusieurs fois celte remarque , que lorsque la fièvre jaune cessait d’être très-répandue , les fièvres intermittentes devenaient plus fréquentes , ce qui était une succession naturelle de ces deux maladies (1). l e docteur Bally rapporte un cas de fièvre jaune (c’est la douzième de ses observations) qui , dit-il , se greffa sur une fièvre intermittente. 11 eût été plus simple et plus vrai, peut-être, de dire qu’une iiuermittenle ordinaire devint pernicieuse au point qu’on ne put pas la distinguer de la fièvre jaune. M. Moreau-de-Jonnès n’a point méconnu la dégénération de ces fièvres , ou leur passage à l’état

(i) De la Fièvre jaune qui a régné à la Martinique en i8o3' uL 1804. Naples, 1809.

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de fièvre jaune par l’influence des causes locales ; et à cet égard il dit : « Qu’a la Martinique les hôpi- » taux sont les principaux foyers de l’infection , et » les seuls peut-être oii elle se développe spon- » tanément. » Ceci est d’autant plus probable/ qu alors il y a lë concours des causes tirées de l’atmosphère , et de celles que fournit la réunion de beaucoup d hommes dans un même lieu. Il y a même dans les miasmes animaux une action détermmante supérieure à celle des autres miasmes ; c est ce que j ai voulu laire connaître lorsque j’ai parlé de l’origine du typhus redoublé.

Ainsi que M. Moreau-de-Jormès a vu celte dé« génération dans les hôpitaux de la Martinique, de jiiême aussi j ai observé dans ceux de Rome, que des intermittentes simples devinrent pernicieuses du i5 au 20® jour delà maladie, et qu’elles firent périr plusieurs hommes. Cet état pernicieux ne pouvait etre attribue qu a la contagion acquise dans 1 hôpital meme; et il m a ete surtout démontré que 1 intermittente pernicieuse de Rome avait tous les traits de la fièvre jaune chez les Allemands et non point chez les Français. J’ai déjà rapporté, d’après le docteur Bally , que la fièvre Jaune de i8i i , en Espagne , prit le type intermittent propre aux maladies endémiques du pays; mais n’est-ce pas dire qu elle reçut la forme que le sol européen donne au typhus miasmatique? et qu’elle devint fièvre

jaune européenne, c’est-à-dire intermittente pernicieuse portée au plus haut degré.

Il y a non-seulement succession, mais même cohabitation de ces deux maladies, et nous allons nous convaincre que les causes procalhariiques de la fièvre jaune n’ont point une action absolue, mais bien relative. M. Chevalier dit : « Presaue tous les étrangers qui viennent h Saint-Domingue, soit » d’Europe , soit de l’Amérique septentrionale , » sont attaqués, inimédiatcmeiit après leur arrivée, )» d’une fièvre maligne auhefois appelée jjial de » Siam , qui ne diffère de la fièvre automnale » commune en France qu en ce qu’tdle est plus » violente et plus dangereuse. » Cette assertion n’est pas seulement de M. Chevalier, car le docteur Cailliot a dit aussi, « Que lorsque la fièvre » jaune sévissait le plus forleinent contre les nouveaux débarqués , les anciens colons étaient at- » taqiiés de fièvres bilieuses doubles-tierces ; ces I» dernières prenaient par fois , chez les nouveaux 'y* arrivés , le caractère de la première, et souvent » on les confondait dans le début, ce qui prouve M beaucoup d’analogie à celle époque de la maîa- > die. » Le docteur Baily rapporte également Que « tandis que les anciens lialnlans du Cap éf aient J» affligés parles fièvres intermittentes elles doublesï* tierces qui dégénéraient pour l’ordinaire en con- I» llnues,les nouveaux éprouvaient un sort bien plus

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» clcploraLîe, le vomissement noir reparut et fit » péî ir plus (le la moitié des marins. »> Dans une note (page ce même auteur assure « que

» dans les villes du sud de l’Amérique, les fièvres » intermittentes se répandent fréquemment par >î coTitagion , » ce qui- doit s’entendre de celles qui attaquent les anciens liabitans, car les étrangers n'y sont presque pas sujets ; remarque importante qui n’avait pas été faite jusqu’à ce jour, et que nous devons à M. Moreau-de-Jonnès. « 11 est impos- » sible , dit-il , de connaître avec précision quels » sont les effets des fièvres intermittentes ; elles » attaquèrent rarement les Européens non acclimatés, et leurs ravages parmi les créoles sont y* ordinairement bornés aux lieux dont l’air est in- » fecté par des marécages. >5 Ceci vient à l’appui de notre théorie, et prouve que l’intermittente est la maladie des naturels du pays , et que les étrangers non acclimatés n’en sont exempts que parce que chez eux la même maladie prend plus d intensité et devient fièvre jaune. M. Leblond , en parlant des étrangers qui abordent en Amérique, assure « que si le lieu où ils arrivent est mal- >» sain, etc., une fièvre putride peut emporter le » nouveau venu en aussi peu de temps que la »» fièvre jaune, ou pour mieux dire c’est la fièvre )» jaune elle-même , ou si l’on veut le ma:<iiràum » de la diathèse putride. » Les expressions de Pois-

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soimier-Desperrières rapportées par Lînd , sont les suivantes : La fièvre jaune de Saint-Domingue est » Je vrai causus d’Hippocrate , ou fièvre ardente » portée au plus haut degré. » Benjamin Rush , dans sa lettre à Thomas Miffling, gouverneur de la Pensjlvanie en 1797, dit que la fièvre jaune ii’cst que la fièvre rémittente bilieuse des autres climats portée à un très-haut degré de malignité , et rendue contagieuse par les circonstances aggravantes qui viennent de ralmosphère ou de la disposition des individus. 11 étaye son opinion de celle dePinkard, c[ui s’exprime ainsi : I hâve heen led into an opinion y that ihe y ellow fever y so called y is not a distinct or spécifie disease y but merely an aggravaied degree ofi the common remittend or hilious fiever ofi hot climates y rendered irregular infiorm y and augmentated in maligniiy firom ap~ pearing in suhjects unaccustomed to the climate.

Nous venons de citer plusieurs auteurs d’un mérite distingué , qui tendent d’un commun accord à nous persuader que la fièvre jaune n’est que le maximum des fièvres bilieuses, mais les fièvres intermittentes d’automne ne sont-elles pas bien légitimement comprises parmi ces dernières? Dans ces maladies , le type n’est qu’une forme de circonstance. Les fièvres bilieuses peuvent être continues, rémittentes ou intermittentes , simples ou pernicieuses , très-aiguës , ou se prolonger d’une manière

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indéterminée ; leur caractère est vraiment protéiforme, dit Sloll ; mais ce serait s’inscrire contre les faits d’observation , que de ne pas reconnaître une essence bilieuse à la fièvre intermittente aussi bien qu’à la fièvre jaune. Nées des mêmes causes , ces maladies existent conjointement ÿ et dans les mêmes circonstances on pourra observer une intermittente bénigne ou pernicieuse, un choléramorbus ou la fièvre jaune ; toutes ces nuances n’expriment que les différentes impressions du climat. C’est ainsi que j’ai vu à Rome , en 1807, la fièvre intermittente être simple pour les habitans > plus intense et voisine de l’état pernicieux pour les. Italiens et les Français, et enfin pernicieuse au plus haut degré , et ayant tous les traits de la fièvre jaune, chez les soldats allemands du régiment d’Isembourg ; de même que dans les régions équatoriales d’Amérique , les naturels du pays sont sujels à la fièvre intermittente , et les étrangers à la fièvre jaune.

Tout ce que nous venons de dire sert a nous convaincre que ces deux maladies régnent en même-temps dans le même pays ; et rien ne prouve mieux qu’elles sont dues au même principe morbifique qui , en Amérique , se montre sous deux formes différentes, savoir, la plus bénigne ou l’intermittente pour les indigènes qui soTiî familiarisés avec les causes de ces maladies ,

et la plus insidieuse ou la fièvre jaune pour les étrangers qui ne sont pas encore acclimatés. D’où nous concluons que les deux maladies n’en forment qu’une , qui est diversement modifiée par l’hahilude du climat.

§• VI. Comparaison de la Fièvre jaune et de V intermittente ^ par rapport aux modifications qu^ elles reçoivent de F âge ^ du sexe , du tempérament et de r habitude du climat.

Que la fièvre intermittente règne d’une manière endémique ou épidémique, elle a des habitudes semblables à celles de la fièvre jaune , considérée dans son atteinte différente, selon l’âge , le sexe , îe tempérament et l’habilude du climat. Elle attaque rarement l’homme dans les deux extrémiiés de la vie ; les enfans et les jeunes gens même en sont communément exempts. Dans l'âge viril elle compte beaucoup de tributaires , surtout parmi les hommes d’un tempérament sanguin et bilieux. L’observation n’a fait que confirmer , jusqu’à ce jour, ce que le père de la médecine en avait dit : JEx eo cognosces J quod autumno prœcipuè, hommes quartanis corripiantur et eâ œtate quee est ah anno vigesimo quinto ^ ad quadragesimum quintum. La fièvre intermittente est aussi rare dans la vieillesse que dans la jeunesse. Il faut feuil-

leiep beaucoup d’auleurs pour en trouver quelques cas à citer. Torli rapporte celui d’une femme octogénaire qui souffrait d’une fièvre tierce dont les symptômes étaient si peu prononcés , qu’il était très-difficile d’en reconnaître le caractère. Je rap^ porterai un fait à-peu-près semblable dans la troisième partie de ces Pieciierclies. Ou se persuade facilement que les phénomènes des maladies propres à l’âge viril , sont moins prononcés chez les vieillards dont toutes les fonctions sont ralîenties et les facultés à demi éteintes. La pratique journalière nous apprend encore que les femmes sont moins sujettes à la fièvre intermittente que les hommes,

La fièvre jaune attaque également l’homme dans la vigueur de l’âge , d’une constitution athlétique , et d’un tempérament sanguin et bilieux. A cet égard nous avons déjà cité Malultrick , et Rouppe dit expressément : Alios assueto modo incessit hiliosa fehris^ et quantüm videre potui y hi maxime fiierunt juvenesy vcl mediœ œtatisy et ante morbuin alacres. Même assertion est donnée par le docteur Bally , qui déplore, à cette occasion , les ravages que cette maladie fit parmi les officiers supérieurs de l’armée de Saint-Domingue , et sur l’élite de nos soldats. Elle épargne les enfans et les vieillards ; elle est aussi beaucoup moins meurtrière envers les femmes qu’envers les hommes y le# ta-

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bleaux nécrologiques dressés à Cadix et à Séville J lorsque la fièvre jaune y régna , annoncent une mortalité triple chez ces derniers; meme proportion est indiquée par le docteur Bally , d’après ce qu’il en a vu au Cap. Pour ajouter aux rapprochemens que nous avons déjà faits de ces fièvres avec la peste , nous dirons avec le baron Des- Genettes, « que les fefmmes , les jeunes gens , les » enfans même à la mamelle , ont généralement » plus résisté à l’épidémie que les hommes les » plus robustes. »

^ Outre ces rapports entre la fièvre jaune et l’inlermittente ^ on en trouvera d’aussi marquons dans l’espèce d’immunité que l’on reçoit de l’habitude du climat. C’est une erreur de dire que les fièvres intermittentes ne peuvent être classées parmi les maladies contagieuses , parce que le même individu peut les éprouver deux fois dans sa vie; mais est-il bien démontré que la peste , le typhus et la fièvre jaune éteignent , dans ceux qui les éprouvent, la disposition à les avoir de nouveau? Et quand même cela se passerait ainsi , il ne serait pas difficile de prouver que l’homme peut se préserver de la fièvre intermittente en s’habituant aux causes, qui la produisent, aussi bien qu’il s’habitue à celles de la fièvre jaune. Les étrangers qui arrivent dans les pays où la première est endémique , lui payent tribut la première ou la seconde année ,

et en sont exempts par la suite, aussi bien qu ils le sont de la fièvre jaune en Amérique j mais dans l’une et l’autre espèce, Faction des causes est relative: par exemple , si des hommes du midi de la France passent dans les Etats romains , ils résisteront mieux au climat que ceux qui seraient venus des bords du Rhin ; la fièvre intermittente ne sera point dangereuse pour les premiers, elle sera mortelle pour les autres. J’observai celte impression différente à Rome, sur les soldats allemands du régiment du prince d’Isembourg , comparativement à ce que les soldais français ou italiens y éprouvèrent en même - temps. Quelques années après je fis la même observation en Catalogne sur des régimens westphaliens, hessois et wurtzbourgeois, comparativement avec les régimens français, napolitains, romains, toscans, et du royaume de Lombardie , qui faisaient partie de notre armée. J’ai vu toujours les étrangers fortement tourmentés de la fièvre tierce, tandis que les naturels la ressentaient à peine. Il est donc permis d’assurer qu’on s’acclimate contre la fièvre intermittente.

Il en estde même delà fièvre jaune j celle qui affligea l’Andalousie en 1800, dit le professeur Berlhe, n’épargna aucun des hommes qui étaient venus du nord de l’Espagne, tandis que l’on compta fort peu de malades parnii les nègres , et que ces derniers n’éprouvèrent qu’une maladie bénigne. Les Euro-

pccns qui vont habiter entre les tropiques dans le Nouveau-Monde , ne peuvent presque pas s y soustraire; mais elle est moins funeste aux .Espagnols, aux Italiens et aux Français méridionaux , qu’aux hommes des autres pai ties de l Europc. Il est assez ordinaire qu après une première atteinte, on participe à rimrnunilé qui est le partage des anciens liabitans. Cette immunité ne doit s’entendre que de ceux qui habitent entre les tropiques , encore meme est-elle contestée par Davidson , Clarck , Hughes, Warren , Pugriet , Savarésy , etc. Mais il est certain qu’aux Etats-Ur-is , la même personne peut avoir la fièvre jaune plusieurs fols dans sa vie. De Humboldt rapporte même que les originaires de Vcra-Cruz , passant à la Havane, à la Jamaïque ou aux Etats-Unis ,y éprouvent la fièvre jaune, et qu’il en est de même de ceux de la Havane lorsqu’ils vont à Vera-Cruz. Le docteur Baily va plus loin , il assure qu’un homme qui , ayant eu la fièvre jaune sons la ligne , et qui pourrait croire avec quelque raison d’en être à labri par la suite , passant aux Etats-Unis, y acquerra la disposition à avoir de nouveau cette fièvre , non-seulement dans ce pays , mais même entre les tropicjues, s’il y revient. 11 en cite un exemple frappant , dont le sujet était l’épouse d’un magistrat du premier rang à Saint-Domingue. Des assertions à-peu-près semblables sont données par M. Moreau-de-Jonnès ,

dans son Tableau du Climat des Antilles y etc. Le docteur Bally rapporte encore , d’après le docteur Gonzalez , que des Anglo-Américains qui avaient eu la fièvre jaune dans leur pays , se trouvant à Cadix lors de l’épidémie, y succombèrent aussi bien que les Espagnols. Ces assertions prouvent que l’immunité que l’on croit avoir acquise par une première atteinte de cette fièvre, n’est rien moins que constante , puisqu’elle est détruite par le moindre déplacement. On doit croire qu’il y a dans chaque pays une cause qui donne une disposition spécifique qui fait que les Européens qui auraient éprouvé la fièvre jaune dans une partie de l’Amérique , ne sont pas à l’abri de l’avoir dans une autre , mais cette cause n’est que l’impressiou du climat avec lequel le corps humain n’est point en harmonie, et dont il doit prendre l’habitude.

Ce que nous venons de dire de la fièvre jaune peut s’appliquer à la fièvre intermittente sans aucune restriction, et je puis l’affirmer, d’après ce que j’en ai éprouvé moi-même. En 1806, étant a Venise, jeus une fièvre tierce pernicieuse; en 1807 , étant à Pxome , j’y fus pris d’une fièvre tierce simple, et je n’en ressentis rien l’année suivante, que je passai dans cette même ville; me trouvant à Gironne en Espagne, en 1810, je fus pris de nouveau de la fièvre tierce; mais j’en fus exempt l’année suivante. Par ces trois déplacemens Je me

trouvai dans des circonstances semblables à celles qui donnent des dispositions nouvelles en Amérique, et qui exposent ses habitans à avoir la fièvre jaune lorsqu’ils se transportent sur divers points de ce continent j ce qui est attesté par de Humboldt et par Bally ; ou bien encore dans celles qui , selon Gonzalez , privent les Américains , qui sont en Europe, du privilège dont ils auraient pu se prévaloir, dans leur pays , contre la fièvre jaune. Plus tard nous verrons pourquoi ceux qui sont nés entre les tropiques nont point à craindre cette fièvre dans les temps ordinaires , avantage que n’ont point ceux qui sont nés sous la zone tempérée.

De ce qui vient d’être dit , nous tirerons celte conséquence qui se rapporte autant à la fièvre jaune qu’à l’intermittente , que les modifications de ces fièvres proviennent autant des localités et de l’atmosphère , que de la disposition de l’organisme humain , disposition qui est d’autant plus grande qu’on a moins l’habitude du climat.

§. VII. Atteinte générale de la Fièvre jaune et de V intermittente.

Le caractère épidémique que la fièvre intermittente petit prendre dans les pays marécageux^ semble la rapprocher des fièvres qui' se propagent par contagion , et particulièrement delà fièvre jaune.

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Ouotqii’îl ne soit pas permis d’avâncer que toutes les fièvres qui ont ce caractère sont contagieuses ^ cependant on doit dire qu’elles sont les plus voisines de cet état, et qu’elles l’acquièrent dans les cir- Constances qui augmentent l’activité des causes morbifiques. Toutes les fièvres qui proviennent des miasmes, de la saleté du corps, ou des ali mens dépravés, sont susceptibles dé passer de l’état le plus simple à l’état lé plus pernicieüx ; telles sont ordinairement celles qui prennent naissance parmi les hommes de la classe indigente. De ce nombre est le typhus épidémique qui règne dans la Toscane au moment où nous écrivons. Les relations qui en ont été données nous ont appris qu’il est passé du pauvre au riche, parce que la misère qui règne dans ce pays , a contribué à en faire une maladie contagieuse. Cette distînctioh qù’on n’établit pas toujours entre la maladie proprement dite et ses degrés , peut éclairer sur le caractère des fièvres en général pour en simplifier la classification, et pour nous prémunir contre l’habitude trop répandue dé Voir de nouvelles maladies là où il n’y a qu’une Variété ou une légère intensité de plus à noter. C’est ce qui a fait dire au grand Sydenham , que la fièvre maligne est de la même espèce que la peste , et qu’elle n’en diffère que parce que son degré de violence est moindre. En raisonnant ainsi , nous n’aurons pas lieu de nous étonner du changement

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des fièvres bénignes en malignes ; el si l’on veut être de bonne foi , on avouera qu’il n’est point de ces dernières qui ne puissent devenir contagieuses.

En posant ces bases pyrétologiques, on pourra terminer sans peine le différend qui règne parmi les médecins sur la contagion du typhus , de la fièvre jaune et de la peste même ; et lorsqu’on aura reconnu que ces trois fléaux de l’espèce humaine ne sont pas toujours contagieux , et qu^ils le deviennent accidentellement , on ne sera pas éloigné de croire qu’il ne puisse en être de même de la fièvre intermittente.

Cette donnée générale étant posée , il nous reste a examiner si la fièvre intermittente, lorsqu’elle est épidémique , se comporte envers les anciens habitans comme la fièvre jaune en Amérique. Pour cela nous distinguerons le caractère endémique de l’épidémique.Le premier estavec uneforce moyenne, et peut être dit , l’harmonie des causes externes avec la constitution du commun des habitans ; ce qui fait, soit dit d’une manière générale, que la fièvre jaune épargne les naturels du pays el non point les étrangers , el quelle a , à l’égard de ceux-ci , le caractère d’autant plus épidémique qu’ils sont en plus grand nombre , ou qu’ils viennent des pays moins méridionaux ; de même que la fièvre intermittente, qui est endémique pour les nationaux dans un pays donné , sera en même-temps épidémique

pour les etrangers. C’est ce que j’ai noté à Rome , en 1807 et 1808; et en Catalogne , en 1810 et 1811/

Le second caractère, ou 1 épidémique , est avec uue force très-grande que rien ne peut balancer ni vaincre j aussi , quelqu’assertion que nous ayons donnée sur l’habitude que l’homme contracte des causes qui produisent ces deux fièvres , nous trouvons cependant qu’il ne peut pas toujours se prévaloir de ce privilège , soit lorsque les causes ont une énergie insolite et très-grande , comme il arriva à Rome en i6g5 , et à Rithiviers en 1802 ; soit parce que la topographie de certains pays constitue un foyer permanent de virulence , comme serait la ville de Terracine qui touche les marais Pontins, oii il est rare de trouver un homme bien portant aux mois d’août, de septembre et d’oclobre. Aussi la population y est-elle décroissante ainsi que dans plusieurs autres villages des États romains, que les habitans quittent en été et en automne pour éviter les maladies.

Toutefois, on doit dire de ces derniers pays , que les habitans y éprouvent bien la fièvre tierce, mais qu’ils meurent rarement dans la vigueur de la maladie; ils succombent ordinairement aux maladies chroniques qui en sont la suite, lorsque les étrangers y seraient infailliblement pris d’une fièvre pernicieuse qui leur serait d’autant plus fatale, qu’ils auraient vécu jusqu’alors sous une latitude

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plus boréale. La même remarque a été faîte en 'Amérique. M. Moreau-de-Joimès rapporte , en parlant des terres inondées et couvertes de palétuviers , « Qu’il est rare que les habitans de ces » arrondissemens , qui ont contracté l’habitude de » l’atmosphère insalubre où ils vivent, succombent « immédiatement par l’action des fièvres intermit^ >5 tentes, qui fait périr promptement les étrangers. » J’ai rapporté déjà qu’un régiment composé d’Allemands , venu à Rome en 1807, y perdit beaucoup d’hommes par l’intermittente pernicieuse ; mais une circonstance tout-à-fait opposée et non moins concluante , fut le passage par Rome de deux régimens napolitains qui se rendaient dans le Piémont. Il nous donna environ cent malades. Ces hommes venaient de traverser les marais Pontins et la partie de la campagne de Rome la plus insalubre j cependant aucun d’eux n’avait la fièvre tierce. On jugera sans peine que des hommes nés sous une latitude plus australe que celle de Rome, n’avaient rien à craindre du climat de cette ville.

M. Bally a dit de la fièvre jaune , qu’au sortir des tropiques , tous les habitans , naturels ou étrangers , sont sujets au typhus d’Amérique ; ce mais » ce danger, dit-il, est en raison directe du rap» *> prochement des pôles pc^ur le lieu de leur nais-

sancc; les naturels des Etats-Unis le sont moins

» que les Espagnols et les Italiens; ceux-ci , moins » que les Français , qui à leur tour le sont moins . que les Suédois et les Pmsses. » Ceci , comparé avec ce que nous venons de dire de la fièvre intermittente, prouve' que ces deux fièvres agissent de jnéme sur l’homme relativement à son origine plus ou moins méridionale. S'il est vrai, comme on l’assure généralement , que les hommes nés entre les tropiques soient à l’abri de la fièvre jaune, et non point ceux qui habitent la zone tempérée , cela ne sert qu’à prouver la mutation que cette fièvre éprouve en passant des pays chauds dans ceux qui sont tempérés. On peut en donner l’explication suivante. La force de résistance que 1 homme , né sous la zone torride, oppose à la maladie , est l’effet de l’uniformité des saisons et de la température pendant presque toute l’année, ce qui le soustrait aux vicissitudes de l’atmosphère , et ce qui donne à ses fonctions une régularité qui balance la force des causes des maladies ; mais cette force de résistance ne suffit pas toujours , elle cède à l’augmentation d’intensité des causes , de même que nous avons vu la fièvre intermittente ne pas épargner les habitans de Rome lorsqu’élle fut rendue épidémique par des causes accidentelles très-intenses. La fièvre jaune ne se comporte pas autrement : l’épidémie qui vient d’affliger la Martinique , n’a point été meurtrière pour les étraa-

gers seulement , elle a fait périr aussi d anciens Colons , et même quelques hommes de couleur : nous en donnerons la raison dans la seconde partie de ces Recherches j mais ceci a tenu à des causes particulières, et l’on doit dire en général, que dans les régions équatoriales , les Colons sont à l’abri de la fièvre jaune, parce que Fhabitude que l’organisme acquiert des causes des maladies n’est pas changée , puisqu’il n’y a pas de changement très-sensible dans les saisons. Mais hors des ti’Opiques l’année est partagée en deux saisons , l’une très-froide et l’autre très-chaude; dans un court espace de temps , l’homme doit s’habituer successivement à deux températures opposées , et ce changement alternatif diminue beaucoup la résistance vitale. Aux Etats-Unis, par exemple, les saisons et la température qui varient comme en Europe , et le passage du froid au chaud y étant même fort brusque , il en résulte que les habitans , naturels ou étrangers, ont une disposition aux maladies endémiques qui est commune a fous , autant que l’immunité est le partage des hommes qui sont nés entre les tropiques. On pourrait presque dire que les maladies qui viennent des vicissitudes de l’atmosphère, sont marquées du cachet de variabilité qui appartient aux causes qui les ont produites , et que les retours et les absences de la fièvre interinittenle ne sont que des répétitions des atteintes

allernalives que le corps a dû éprouver de l’atmosphère, tantôt froide, tantôt chaude, sèche, humide , etc. ; mais nous ne donnerons pas plus d’extension à celte idée un peu hypothétique , et nous terminerons cette section en disant que la fièvre jaune, en quittant les régions équatoriales d’Amérique , et en passant aux États-Unis, y devient générale par l’effet du climat qui modifie l’action des causes morbifiques. Cette circonstance la rapproche des maladies d’Europe , et surtout de la fièvre intermittente qui est rendue commune a tous les habitans , par le même concours des causes qui donnent une pareille communauté aux Etats-Unis.

§. Vni. Rapports entre la Fièvre jaune et V intermittente y tirés du traitement»

La question de savoir quel est le traitement qui convient le mieux contre la fièvre jaune ou contre l’intermitlenle , n’est pas facile à résoudre. A l’égard de celle-ci, on a conseillé de donner le quinquina à pleines mains ; celte manière de la combattre , assez généralement suivie en Italie et en Espagne, est recommandée surtout par les médecins français , qui semblent ne pas admettre d’autre moyen. C’est sans doute ce qui a fait dire aux auteurs de l’article Fièvre^ dans le Dictionnaire des Sciences Médicales , qu’à l’aide du quinquina le médecin

prévient la terminaison fatale d’une intermitlentô pernicieuse , aussi sûrement qu’un chirurgien conserve à la vie un blessé en se rendant maître d’une , hémorragie artérielle. Cette assertion n’est pas tou-^ jours confirmée par l’expérience ; elle peut être v,raie pour Paris,, et non point pour la Provence , pour le bas Languedoc, ni pour le Roussillon, encore moins pour l’Italie ou pour l’Espagne. Je ne crains pas de dire que tel médecin qui en raisonne très-bien à Paris , serait fort embarrassé à Rome (i). Chaque pays , à raison du climat ou des habitudes particulières à ses habitans , introduit dans les maladies une complication majeure qu’il importe de détruire en même-temps qu’on attaque l’essence de la fièvre. Combattre l’une ou l’autre séparément , est d’une fausse thérapeutique ; l’in- ' termittente pernicieuse ne permet point de tem-

(i) Parmi les médecins français qui ont traité cette question avec sagacité , on doit compter le docteur Broussais , qui , dans la courte digression q’i’il a faite sur les fièvres intermittentes, dans son Traité des Phlegmasies , dit que le quinquina ne convient pas toujours contre ces fièvres , surtout contre celles qui sont avec des cardialgies, des vomissemens et des coliques. Bisons aussi que cette espèce d’intermittente est la plus voisine. dç la fièvre jaune. Le docteur Broussais avoue qu’il a dû renoncer au quinquina dans sa pratique en Hollande , et qu’il s’est vu conduit à combattre ces fièvres par les mucilagineux. J’eu ai fait autant à Venise , où , voyant l’inutilité du quinquina dans quelques cas , j’ai donné le petit-lait avec quelques gouttes de lau-r danum, et par ce moyen j’ai arre.té des fièvres qui avaient résisté au fébrifuge exotique.

poriser , il faut en arrêter la marclie par des moyens combines ; et ce qu’il y a de plus embarrassant , c’est que ces moyens sont quelquefois fort opposés entre eux sous le point de vue thérapeutique, d’oii naît la plus grande difficulté pour le praticien qui veut procéder méthodiquement. Je ne veux , pour preuve de ceci , que le tâtonnement qu’on a montré dans l’usage du quinquina. Ûn ne sait pas encore si ce fébrifuge ‘opère efficacement lorsqu’il a un effet purgatif, ou qu’il retient les évacuations alvines ; cette incertitude a fait qu’on l’a associé tourâ’tour , avec l’opium , l’éther , la rhubarbe , la magnésie , le tamarin , l emétique , le sel ammoniac , différens sels neutres , etc. On a même conseillé de pratiquer la saignée le jour même qu’on Fadmijûistre , ce qui a très-bien réussi en EspagneV et qui est beaucoup plus fondé en théorie que ce qu’on en a dit dans le Dictionkaire des Sciences Médicales. Pour concilier les avis divers , il faut dire qu’on ne peut point indiquer contre la fièvre intermittente' pernicieuse un traitement qui convienne dans tous les cas et dans tous les pays. Les moyens curatifs doivent varier selon les complications, dont l’importance est teljè à mes yeux, que je ne doute pas qu’elles ne causent la mort aussi fréquemment que la fièvre elle-même. C’est sans doute ce qui a fait dire au docteur Aîibert, que la rapidité de la marche des intermittentes

pernicieuses « tient aux deux lésions réunies du

système nerveux et du système vasculaire, et ce » qui constitue principalement leur danger. » Je trouve dans cette idée un tel caractère de vérité , que je crois qu’elle pourrait servir de base a la thérapeutique de ces fièvres. Il est -a regretter que l’auteur n’en ait pas tiré tout l’avantage qu’elle promet f d’autant que peu de médecins peuvent entreprendre de parler sur cette matière avec autant de moyens que lui. ( >

Loin de refuser au quinquina la confiance qu’il mérite , je dirai que son efficacité sera d’autant plus grande qu’il sera secondé par d’autres moyens. J’ai été convaincu très- souvent que , donné a haute dose et dans les temps opportuns , il n’en demeurait pas moins sans effet, ou qu’il était même funeste. Ce que je dis ici de ce précieux médicament n’a pour but que de signaler l’usage irréfléchi que l’on en fait 5 sa réputation est telle qu’on ne se donne plus le soin de rechercher s’il convient de l’administrer: fièvre tierce et quinquina sont inséparables dans l’esprit de beaucoup de médecins , qui ne se doutent même pas que leur manière de traiter n’est qu’un véritable empiçisme. Disons encore une fois que la thérapeutique de la fièvre intermittente est encore fort incomplète (i).

(i) J’ai expérimenté la plupart des moyens qui ont été conseillés contre celte fièvre; j’ai même essayé de soustraire à la

On n’est pas mieux fixe à Tégard de la fièvre jaune. On a proposé contre elle plusieurs méthodes de traitement, qui ont pour objet de Calmer la turgescence du sang, l’irritation de restomac, l’effervescence de la bile , pu l’excitation nerveuse ; car on est partagé entre ces indications principales. Les moyens débilitans ont paru convenables dans le commencement de la maladie , et cependant on ne pèut pas compter beaucoup sur eux. Quelques médecins im prouvent la saignée ; d’autres assurent en arvoir retiré les plus grands avantages. Les émétiques ont paru être de quelqu’ulilité ; mais l’irritatioin de l’estomac semble s’opposer à leur administration. Les purgatifs ont eu des effets incertains. On a retiré quelque bien de l’application de la glace et des frictions avec les acides. Enfin, lorsque la putridité ou Vaclymanie est bien prononcée , on a recours aux anti-septiques et même au quinquina a legard duquel les avis sont fort partagés. Des médecins le recommandent seul ou combiné , en décoction ou en substance; quelques-uns en sont fort avares ; d’autres, aussi prodigues que dans la fièvre intermittente. En réfléchissant sur cette incertitude, on est porté à croire que les médecins qui ont oh-

mort quelques hommes qui étaient dans l’accès pernirieu\ qui termine ordinairement la vie ; j’ai réussi dans deux cas par des moyens diamétralement opposés ; je les ferai connaître lorsque de nouvelles expériences me démontrant leur efficacité, m’autoriseront à en faire la publication.

serve la fièvre jaune se sont trouvés dans des circonstances semblables à celles dont nous venons de parler a propos des complications de la fièvre intermittente ; de là vient qu’ils n’ont pu en déterminer le caractère, ni en indiquer le traitement; et cela devait être , car elle n’a pas toujours la même forme ni la même intensité. Comme la fièvre intermittente, elle est aggravée par des complications qui doivent en faire varier le traitement. C’est bien le cas de dire que les médicamens ne sont spécifiques qu’autant qu’ils sont employés avec opportunité. Le quinquina, selon M. Leblond , dont le témoignage est étayé de trente-six ans de pratique sous la ligne,, est aussi utile dans le traitement de la fièvre jaune que dans celui des intermittente pernicieuses , et doit être administré avec la même prodigalité. Savarésy et Bally le considèrent comme un des moyens les plus efficaces contre eetle . maladie, et M. Moreau-de-Jonnès assure qu’aprè^ avoir reconnu Futilité d’une foule de remèdes vantés contre cette fièvre, on est revenu au quinquina; il en a vu donner jusqu’à huit onces en trente-six heures , et il pense que ce remède n’échoue contre la fièvre jaune que parce qu’on ne saisit p^ le temps opportun pour l’administrer, et que ce temps est très-difficile à saisir à cause de la marche précipitée de la maladie. Cette difficulté est précisé^ ment celle que nous a offerte l’administration de ce

fébrifuge contre l’intermittente pernicieuse. Le docteur Bally pense aussi que, dans beaucoup de cas de fièvre jaune , il faut donner le quinquina à haute dose.

Cependant nous pensons qu’il est sage de poser à cet égard les mêmes règles que pour rintermillente, et de dire que certains cas de fièvre jaune attesteront l’efficacité du quinquina, et que d’antres voudront une méthode différente, parce qu’il en est du fébrifuge contre l’essence de la fièvre jaune, de même que contre celle de la fièvre intermittente ; mais qu’il ne peut rien contre la complication qui, bien souvent , s’oppose à ce qu’on l’administre. Voilà , je crois , une manière de raisonner qui mettra tous les auteurs d’accord, et qui est dictée par l’observation.

Ces considérations nous autorisent a conclure que ces maladies sont soumises aux mêmes moyens thérapeutiques, ce qui est un pas de plus vers la connaissance de leur nature , que nous disons identique.

§. IX. La conformité des Fièvres jaune et intermittente y déduite de Vétat des cadavres.

Un indice certain que les maladies ont un caractère très-grave, est la prompte décomposition des cadavres. Non seulement l’expérience le démontre ,

maïs même nous sommes portés , par îoslînct , k juger que la maladie a été virulente toutes les fois que nous voyons cette prompte décomposition. On recule d’épouvante a la vue d’un cadavre livide, on supporte celle d’un cadavre décoloré ; on dit de celui-ci il ne lui manque que le souffle pour vivre encore; et de l’autre, qu’il était pestiféré. Ce dernier , comme frappé de la foudre , ou comme à la suite des poisons violens , n’est plus susceptible d’excitation galvanique; l’autre, au contraire, en conserve long temps la possibilité. En voyant un cadavre livide , on dit qu’il a fallu que la cause matérielle dont la mort a été le résultat, fût trèsactive , puisqu’elle s’exerce encore sur la dépouille mortelle , et quelle s’acharne en quelque sorte h en détruire l’organisation après l’avoir privée de la vie. C’est le propre des maladies virulentes ; cést aussi ce qu’on voit après la peste , après le typhus , la fièvre jaune et l’intermittente pernicieuse. Observons toutefois que nous ne confondons pas la dissolution putride qui suit ces fièvres , avec des apparences de décomposition , comme seraient les plaques noires plus ou moins étendues qui sont sur les cadavres après l’apoplexie, et après d’autres morts subites ou accidentelles. Dans les fièvres malignes les humeurs ayant été profondément altérées, décomposent promptement les cadavres , comme cela arrive par les fièvres adyna-

iniques , par les bilieuses ataxiques , de même que dans quelques cas d’empoisonnement , soit encore par la morsure des animaux venimeux , ou après l’injection de certains poisons dans les vaisseaux sanguins ; ce qui a été prouvé dans ces derniers temps par les expériences du docteur Orfîla. Dans toutes ces circonstances, la décomposition est apparente peu d’heures même après la mort; elle se dessine , à ne pas s’y méprendre , sur toute l’habitude du corps, particulièrement sur le tronc, par une teinte noire , violette, jaune et verte tout-l-lafois ; par le météorisme du bas-ventre , l’élargissement de la poitrine , la bouffissure de la face qui prend une couleur livide, la mollesse des chairs et la flaccidité des membres. On reconnaît encore cette décomposition à un suintement sanieux qui sort du corps par les ouvertures naturelles , et à l’odeur infecte que ces cadavres répandent. 11 paraîtra extraordinaire à ceux qui n’ont observé que des phénomènes nerveux dans l intermitleTite pernicieuse , qu’une telle décomposition puisse en être le résultat. Mais l’observation vaut plus que tous les raisonnemens qu’on pourrait faire ; c’est d’elle que je tiens les preuves de cette dissolution putride après cette fièvre , et cette même dissolution me porte à croire à une matière virulente qui en est le moteur.

Je ne crois pas qu’il soit nécessaire de rechercher

avec Jéuil la conformité que la simple înspeclîdil des cadavres établit entre la fièvre jaune et l’intermittente. Les auteurs qui ont traité de la première sont d’un avis unanime sur la putréfaction qui suit de très-près l’instant de la mort; L’usage en Amérique , d’ensevelir promptement les morts ^ en est une preuve nouvelle , et j’ai sur cette prompte décomposition des cadavres après la fièvre intermittente , une somme de preuves si grande^ qu’il me semble oiseux d’en parler j car je m’imagine que beaucoup de praticiens l’auront observée comme moi-

Il m’a suffi de l’autopsie externe pour démontrer de nouveaux rapports entre les deux fièvres. Si j’ai évité de rechercher , par l’inspection des viscères , quels sont les désordres du système vasculaire dans l une et dans l’autre, c’est parce que je m’en! suis expliqué fort longuement en parlant des symptômes ; seulement je rappellerai ici que le docteur Jackson, à Saint-Domingue, a trouvé l’engorgement sanguin de la rate dans tous les cadavres qu’il a ouverts a la suite de la fièvre jaune ,.de même que je l’ai trouvé généralement après la fièvre intermittente- Mais je ne puis me dispenser de mentionner ce qui a fixé l’attention du docteur Bally* savoir des concrétions gélatineuses de couleur d’ambre qu’il a trouvées dans les ventricules du cœur et dans les oreillettes , et qui se prolongeaient^

dans les troncs artériels. Il en parle plusieurs fois dans le cours de son ouvrage , parce qu’il est le premier observateur qui en ait fait mention à propos de la fièvre jaune , et que par la suite ces concrétions ont été trouvées assez généralement.

Je crois être en droit de m’attribuer cette même priorité quant à la fièvre intermittente. On trou^ vera dans mes mémoires sur cette fièvre , publiés par la Société de Médecine-Pratique de Montpellier, dans ses Annales ^ année 1808, des faits qui attestent que j’avais observé ces concrétions à Rome en 1807. La troisième observation surtout en est une preuve évidente. Après l’engorgement sanguin, de la rate , ce phénomène était le plus fréquemment observé ; il était presque toujours concomitant du premier. Ces concrétions gélatineuses étant pleines d’une sérosité jaune qui leur donnait la couleur d’ambre , furent soumises à la pression entre plusieurs feuilles de papier non collé j la sérosité fut absorbée, et la concrétion étant aplatie , offrit un réseau de fibres longitudinales liées entre elles par d’autres fibres obliques et plus minces que les premières. Ce réseau était élastique dans le sens de sa longueur, beaucoup moins dans relui de sa largeur , et avait une résistance plus forte que la plupart des tuniques des muscles. On pouvait dimiuu'er son épaisseur en enlevant successivement des lames- dont il se composait, et

cliacune de ces lames offrait la meme contexture fibreuse que le réseau lui-méme. Ces concrétions, du poids d’une à deux onces , avaient des formes différentes , mais le plus souvent on aurait pu dire qu’elles avaient un corps et des membres ; le premier, qui aurait pris naissance dans l'oreillette ou dans le ventricule , ressemblait assez bien a un jaune d’œuf frais j et les seconds étaient des prolongations modelées sur le calibre des vaisseaux dans lesquels elles s’étaient formées. Ces concrétions semblaient s’être faites par juxta-posilion , à partir du cœurj car les extrémités étaient moins membraneuses que le corps , et souvent on trouvait à leur sommet des portions de sang dont la fibrine retenait encore la partie colorante , mais qui s’organisait manifestement en faisant suite au corps ou aux digitations. Quelques polypes de mer ressemblent assez bien à ces corps de nouvelle formation , tant par leur forme et par leurs découpures que I ar leur densité. Cette dernière qualité était plus sensible lorsque le réseau membraneux avait été plongé dans l’eau-de-vie pendant quelques jours. J’ai considéré ces concrétions comme étant produites par raggloméralion de la fibrine et de^ la gélatine du sang* agglomération qui se faisait pendant la State que celte bumeur éprouvait, par les obstacles qui s’opposaient à son ’ libre cours dans' le trépied de la cœliaque.

J ’aiiriC à Irouver dans le doclecr Bally un observateur scrupuleux , et je lui sais gré de m’avoir fourni , par l'observation de pareilles concrétions, un fait materiel qui lie la lièvre jaune à l’intermittente pernicieuse, et qui prouve d’autant mieux l’identité de ces deux fièvres.

Résumé et Conclusion.

Après avoir mis en question si la fièvre intermittente est contagieuse , nous nous sommes proposé d en établir le parallèle avec la fièvre jaune, dont la contagion nous est démontrée hors de doute. Nous avons présenté des considérations générales sur ridentité de nature des miasmes , n’importe qu’ils proviennent de l’évaporation des eaux corrompues, de la décomposition putride des végétaux , ou des exhalaisons animales. Mais les miasmes putrides étant la source de toutes les maladies pestilentielles , il s’est présenté une question beaucoup plus étendue, savoir, s’il y a identité de nature entre la peste , la fièvre jaune, la fièvre intermittente pernicieuse et le typhus. Dès-lors nos considérations ont embrassé toutes les régions de la terre j nous avons considéré ces maladies dans leurs résidences habituelles, et nous avons trouvé qu’elles ne sortent de leurs limites naturelles qu’à la faveur de quelque circonstance extraordinaire ,

el qu alors on peut les considérer comme des fleuves qui , dans leur cours débordé , laissent des alluvions morbifiques. A peu de chose près , chacune de ces quatre maladies peut être dite appartenir spécialement a Tune des quatre parties du monde, ou correspondre a l’un des quatre points cardinaux de la sphère ; elles sont liées par une filiation géographique , et se succèdent en suivant un ordre qui leur est donné par la température de l’atmosphère. Cette dernière prcrposition a été prouvée par les faits et par l’autorité des auteurs.

Cependant nous ne nous sommes point abusé sur la difficulté que présenterait le développement d’une c{uestion ({ui embrasse toutes les épidémies pestilentielles. Aussi , renonçant à traiter de lapeste d’orient et du typhus du nord, nous sommes rentré dans notre sujet, et nous n’avons eu en vue que .d’établir une comparaison exacte entre la fièvre intermittente el la fièvre jaune , afin de pouvoir conclure à l’identité d’action de ces deux fièvres, après avoir démontré leur identité de forme et de caractère.

A cet effet, nous avons cherché quelles sont les sources d’où proviennent l’une et l’autre. INous les avons trouvées dans les émanations marécageuses, et particulièrement dans les pays voisins de la mer. La chaleur de l’atmosphère en étant la cause déterminante , le domaine spécial de la fièvre jaune

a (1\6 fixé aux régions équatoriales , et il a été dit que du 5o* au 4o^ degré de latitude , l’occupation appartient autant à l’une qu’à l’aulre d( S deux fièvres qui sont l’objet de nos reclierches ; après quoi la fièvre intermittente a été trouvée la seule généralement répandue jusqu’au 55® degré, au-delà duquel on ne voit plus ni fièvre jaune ni fièvre intermittente , mais seulement le typhus. Nous avons ainsi trouvé une maladie spéciale sous la zone torride, une autre sous la tempérée, et une troisième sous la glaciale j mais en observant la succession de ces maladies, il a été démontré qu’elles ne sont que des formes différentes du même principe morbifique, et cette conséquence qui est une des bases de notre théorie , a été prouvée par la comparaison des symptômes et des phé~ nomènes morbifiques qui caractérisent les' deux fièvres jaune et intermittente. Cette étude des symptômes a fait reproduire quelques-uns des rapprochemcns que nous avions déjà trouvés entre elles et le typhus ou la peste même; et nosraisonnemens antérieurement émis sur l’identité de nature de toutes ces fièvres , ont reçu dans cette occasion un nouveau degré de force et de vérité.

D’après les recherches anatomiques cuie nous avons faites , l’engorgement sanguin de la rate a été le sujet d’une digression épisodique cjui se lie cependant à la symptômatologie des deux fièvres ,

et qui fait pressentir de nouvelles vues thérapeutiques qui doivent naître d’un examen approfondi de la fièvre intermittente. La marche des deux fièvres a paru être la même , et il a été facile de prouver , 'qu’ahstraction faite de la température, elles sont propres à tous les pays marécageux indistinctement , et qu’une chaleur relalivement plus forte, ou semblable à celle des Antilles, nous a montré la fièvre jaune a Pcome , de même qu’une température moyenne ne donne que la fièvre intermittente entre les tropiques. Sans aller chercher au-delà des mers les causes efficientes de la fièvre jaune, nous les avons trouvées en Europe, dans le passage brusque d’une température boréale à une température australe, cinq degrés R. de différence étant donnés , ainsi qu’un pays trèsmarécageux. L'âge , le sexe , le tempérament et l'habitude du climat font subir à ces fièvres les mêmes modifications; et quoique nous ayons posé en thèse générale, que les indigènes des pays oii ces deux fièvres régnent en sont à l’abi j, et non point les étrangers , nous avons trouvé cependant qu’elles ne font point d’exception lorsque quelque accident augmente la virulence des causes qui les produisent. Examinées sous le rapport du traitement , clics ont offert les mêmes difficultés à vaincre , et liOus ont paru céder aux mêmes moyens. Enfin l’autopsie cadavérique devait cou-

firmer celte idcntilë de nature, en nous montrant les mêmes désordres physiques ; c’est sur quoi la prompte corruption des cadavres et les traces des désordi es de la circulation du sang n’ont laissé aucun doute.

Ces recherches nous ont appris qu’en médecine , comme dans les autres sciences naturelles, on a Î3eaa vouloir individualiser pour mieux connaître, la nature se joue de nos calculs j elle opère en grand, d’après des lois immuables, et nous ne découvrons qu’en petit ce que , bien souvent, nous expliquons par d’anciennes erreurs. Sous la zone torride elle fait naître la fièvre jaune et la peste, dans les contrées basses, humides et chaudes; elle y produit la fièvre intermittente, à uiiecertaine élévation au-dessus du niveau de la mer; et du sein des neiges perpétuelles qu’elle entretient sur la cime des montagnes dos Cordillières, elle fait sortir les causes du typhus catarrhal. Sous la zone torride même, elle nous montre ce qui se passe sous les autres zones , puisque à différentes élévations au-dessus du niveau dé la mer, elle y entretient une température graduée depuis la chaleur la plus insupportable jusqu’au froid le plus rigoureux. Les maladies climatériques suivent la même progression. Des zones distinctes sont tracées dans le monde médical comme dans le monde physique ; elles ont , sur les deux hémisphères , leurs parai-

lèles , soit perpendiculaires 5 soit horizontaux, et dans ces zones morbifiques la peste et la fièvre jaune sont la torride; la fièvre interniittenle , la tempérée 3 et le typhus, la glaciale. Mais vouloir individualiser ces maladies , et les distinguer d’une manière tranchante, c’est comme' si l’on voulait indiquer, mathématiquement parlant, ce qu’on entend par la ligne équinoxiale , qui , dans ce cas serait bornée au point le plus éloigné des deux pôles, et qui n’aurait aucune étendue. Différens degrés sont tracés entre ces termes, et remplissent l’immensité de l’espace qui les sépare. Ainsi différens degrés existent entre les zones des maladies c/iviatériques l’intervalle qui semble exister entre la fièvre jaune et la fièvre intermittente, est rempli par des degrés dans lesquels on voit ces deux fièvres, plus ou moins intenses, se confondre et montrer qu’elles sont de même nature.

Il résulte du parallèle que nous avons établi entre les fièvres des deux continens , que la fièvre jaune n’est pas une maladie sui generis particulière à l’Amérique ; quelle est congénère de la fièvre intermittence , et que si la première est contagieuse^ la seconde doit l’être également. C’est ce que nous nous proposons de prouver par les Recherches suivantes.

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