‹ Recherches sur la contagion des fièvres intermittentesChapitre 6 sur 16 · X . 'UÔ · texte numérisé non relu

X . 'UÔ

La fièvre jjmné ëi rintermilteïïie tirent leur origine'ties bords de la nier et- des ' marais j mais efe n’est point là-seulement ce qui leur lionne un caraclère përnicièiïy. Ce 'dernier depéiid de la clialetiT de l’atn^ôsphèr^. Tous les' pays oii la fièvre jaune se montré spotilan’ément et avec force , sont entre le prèniier 'ét'îe''lrénlième degré de latitude nord. Du trentième au quarantième,* la température étaiit moins chaude , donne à celle fièvre un caractère moins meurtriér; e’est ce qè on remarque aux Etats-Unis , oii elle a des habitudes ^différent es , oii elle est sporadique ou épidémique^', ùnais le plus souvent importée. Si nous la chèüc lions du quarantîènhe au cinquantième degré Jt^ qdi correspond k la îathhde moyenne de l’Eurbjlè^ Vicjis n’en trouverons aucune trace j mais il y 'àfiird ]a fièvre intermittente, comme on l’obsei^ve au Canada , à la Nouvelle-Ecosse, a Terre-Neuve , etc. Selon M. Leblond, les montagnes des GordiUrères offrent la même observation k faire sur les résultats de la chaleur, car il assure que la fièvre intermittente y règne dans la région moyenne qui est la tempérée, et la fièvre jaune dans l’inférieure ? qui est la plus

chaude. De Hiimboldt, qui a donné les détails îeç plus précis sur le climat sur la topographie de Vera-Cruz, a calculé qu^\\l>mtensité de fièvre jaune y est toujours en pi^opprlion de. ceUe ,de la chaleur. Enfin nous dirons avec le docteur Bally, « que le site p^ucipal rdu est

)* la région maritime dont, le^ çli^iat est excj^ssive- » ment chaud et humide avec M. Moreaurjle- Jonnès, (c que la '^fièvr^ jaune) r^araît périodj » ment, chaque syané.e;, dan^, |^i,spn;de » nage , pendant laqueile j’liq^îd^é p^us gr^ndp » se joint à laplus grapdeân^eqsi té déjà chaleur., j» Ces considérations, Æt ces fjtpmoigni|ge6...ue . Jai^ sent aucun doute sur la pari) qi^ }/k.4h^leu»r,a fjau^ les épidémies de fièvre jauuGrjE^ifÇiurope ,, les pays situés entre le 58* et le 4p® .4égré de latitude, sont précisément ceux ou celte maladie s’est déjà, montrée (2) ; et pour trouver enfin le poiilt de qour tact continental de Ja fièvre jaune qt de l interfi^iitj tente, ainsi quÆ nops l’avons trouvé pour,jja' ippSjtp et pour le typhu^ , nous n’aurons qu’à chepchqr Ip^ pays d’Europe les plus chauds,, et nous devpoias.y

(1) Nom que les Espagnols donijent à la fièvre jaunev à- qausë de la couleur noire des vpmissemens.

(2) On regarde comme très-extraordinaire qu’elle se soit montrée à Livourne. C’est le seul cas où elle sc soit établie sous une latitude qui s’élève à 43° vers le nord , et Lind observe très-judicieusement qu’elle ne s’est jamais . manifestée en Angleterre^ quoique ce pays ait de grandes communications avec l’Amérique.

rencontrer la fièvre jaune et rintermittente se partageant leur occupation. Tels seront en effet les îles de, Malte et de Minorque, le royaume de Naples (i), Malaga , Gibraltar, Cadix , etc., où la première a régné plusieurs fois. Il suffit de savoir que ces pays se trouvent entre le 5o®et le 40® degré, et que sous ces mêmes latitudes celte fièvre est sporadique ou épidémique dans le Nouveau-Monde, pour être persuadé qu’ils tiennent de latmospbère la condition nécessaire au développement de la fièvre jaune , soit spontanée , soit importée. De Humboldt a voulu fixer le terme de l’influence de la chaleur, lorsqu’il a dit que la température audessous de 24® du thermomètre centigrade , ne favorise plus l’action des causes morbifiques , au lieu qu’au-dessus de ce degré elle les rend au contraire très-actives. Cette considération conduit ce célèbre voyageur à porter son attention sur les pays d’Europe qui sont dans les mêmes conditions de température, et à cette occasion il dit : cc A Rome, à 3) Naples , à Cadix, à Séville et à Malaga, la cha- » leur moyenne du mois d’août dépasse 24*^ , et )) diffère par conséquent très-peu de celle de Vera- )) Cruz. )) Davidson et Clarke ont dit également que c’est sous une chaleur de 24° de Réaumur que

(i) On assure que l’épidémie contagieuse qui régnait l’an dernier dans la Calabre , était une véritable fièvre jaune , et que le typhus actuel de la Toscane en a pris la forme à l’entrée de l’été.

commence T’influence des causes de la fièvre jaune.

En parlant des Cordillières , nous avons trouvé que la fièvre iiUermillente règne seule dans les cllmals tempérés de ces régions américaines intertropicales ^ nous avons démontré également que la fièvre jaune règne en Europe dans les pays chauds ; nous avons donc prouvé que ces deux fièvres appartiennent aux deux continens, la leinpéralure qui leur convient étant donnée. Mais comme il est difficile d’y trouver la température et le sol humide dans les proportions nécessaires pour Tirruplion de ces deux maladies , il est pour cela même très-rare de les voir déplacées des pays d’où elles semblent tirer leur origine , mais cela ne nous empêche pas de les considérer comme issues des mêmes causes , étant de même nature, et ne différant que par Tintensilé qui leur est répartie diversement par la chaleur.

Ces rapprochemens nous conduisent a tirer la conséquence suivante, que tout pays placé entre Téquateur et le 5o® degré de latitude nord, est sous la domination de la fièvre jaune (i) ) que du

(i) Le docteur Bally , loin de la considérer d’une manière si {rénérale , a limité l’étendue de la fièvre jaune aux pays d’Amérique situés sous la zone torride. Cela ne peut être vrai pour ce qui est de l’atmosphère en général , et des causes qui naissent du sol, mais bien quant aux habitudes, parmi lesquelles nous distinguons l’usage des boissons alcooliques , comme disposant singulièrement à la fièvre jaune. Si l’usage de ces dernières de-

5ü® au 40® l’occupation est partagée entre ceile-cl et la fièvre intermittente ; et que celte dernière •* lient les pays situés entre le 40^ 1^ 55® degré.

Cela étant posé , on pourra en déduire cette autre conséquence , que toutes les fois qu’un été extrêmement cliaud régnera dans les pays méridionaux d’Europe, le climat se rapprochera de celui qui règne entre les tropiques, et alors on devra avoir la fièvre jaune ou les maladies qui s’en rapprochent le plus. Et en effet, les fièvres ardentes bilieuses (le caiîsus d'Hippocrate); l’intermittente pernicieuse, qui , dans les Etats Romains, selon l’assertion de plusieurs auteurs, et selon ce que j’en ai vu moi-même, s’accompagne de tous les symptômes de la fièvre jaune ; le choiera morbus^ la dysenterie contagieuse, les flux hépatiques, lyentériques, etc , se montrent pendant de telles constitutions atmosphériques. La fîevre jaune qui régna à Cadix et à Séville en 1800, est attribuée , parle professeur Berthe , à 1 excessive humidité de l’hiver qui avait

venait général sous Téquateur , en Asie et en Afrique, on y verrait la fièvre jaune. Valentin, Firth , Pugnet et De Huinboldt, pensent qu’elle n’est point limité à l’Amérique. Corray , dans les notes qui suivent sa traduction du Traité de V Air ^ d’Hippocrate , s’exprime de même. Si nous avions à donner notre opinion sur ce sujet, nous ne pourrions que répéter ce que nous avons dit dans une note précédente sur les différentes habitudes des peuples , et sur ce qu’elles engendrent de dispositions aux quatre fièvres continentales.

prcQedé et aux clialeurs brûlantes de Tété (i). Pôuf la même raison , lorsque du i®*" au 5o® degré de latitude en Amérique^ les chaleurs seront moindres que de coutume J au lieu de la fièvre jaune on aura rintermiltenle; et cela a été observé en effet à Vera-Cruz pendant les huit années qui précédèrent 1794, pendant lesquelles , dit de Humboldt, « il n’y eut pas un seul exemple de vomito à Vera- » Cruz , quoique le concours des Européens et des » Mexicains de Tinlérieur fût extrêmement grand.»

Les conséquences que nous venons de déduire ont en leur faveur les assertions de quelques praticiens. Lancisi nous apprend que l’épidémie de fièvre intermittente pernicieuse qui dépeupla la ville de Léon et un des faubourgs de Rome en ifigS, avait été précédée d’un été extrêmement chaud. Devèze s’exprime de même sur les causes de la lièvre jaune qu’il observa à Philadelphie. J’ai vu , dans les états Romains, un régiment composé d’Allemands, qui, bientôt après son arrivée en 1807 , eut un grand nombre d’hommes atteints de la fièvre intermittente pernicieuse, dont beaucoup moururent, au lieu que les autres troupes françaises ou italiennes , n’en souffrirent presque pas. Cela tenait a ce que la chaleur de l’atmosphère, qui était habituellement de 26 à sS^deRéaumur , était, relalive-

(i) Précis historique de la maladie qui a régné en Andalousie en 1800. Paris et Montpellier, 1802,

î^nicnt plus forte pour les Allemands que pour les hommes nés dans des pays moins septentrionaux (i); je dirai môme, que ces Allemands eurent la fièvre jaune au lieu de rintermiltente pernicieuse. Au dernier accès ils devenaient jaunes, non point comme dans l’ictère , où celte couleur a quelque chose de vif, de saillant, et qui se rapproche de la couleur du citron, mais d’un teint jaune cendré, livide, j’ajouterai même sinistre (2). A cela se joignaient, rirri talion gastrique, les pétéchies, les plaques brunes ,les ecchirnoses plus ou moins éten«>

(i) C’est ici le lieu de rapporter une observation que j’ai faite à Moscou. Y étant chargé du service d’un hôpital que nous établîmes dans le superbe édifice destiné aux Enfans-Trouvés , j’observai que nos malades n’avaient point de fièvres adynamiques , quoique nos hôpitaux fussent fort encombrés ; ni de fièvres intermittentes, quoique nous fussions en septembre et en octobre , et que l’armée eût passé les nuits au bivouac. J’en fus fort étonné d’abord; mais bientôt je me dis que des Français , des Italiens , des Espagnols , et même les Allemands qui faisaient partie de cette armée , étaient inaccessibles aux causes des maladies automnales de la Russie , étant nés dans des pays plus chauds que ceux où ils se trouvaient. Mais, hélas! combien nous payâmes cher de ne pas être également prémunis contre le froid de ces affreux climats !

(2) J’anticiperai sur ce que j’ai à dire touchant la lésion des fonctions de la rate dans la fièvre intermittente , en exposant que la couleur jaune noirâtre de la peau indique les affections profondes de ce viscère ; au lieu que la couleur jaune tirant sur le citron est plus particulière aux maladies du foie. Cette remarque est fort ancienne. Corray , dans sa traduction du Traité fie Acre, etc. , d’Hippocrate, lui donne beaucoup d’extension,

dues, les parotides, et cet ensemble de malignité et même la marche rapide qui caractérisent la fièvre d’Amérique. Mais s’il suffît que les Européens méridionaux , nés sous une température qui ne passe pas ordinairement 26^^, éprouvent celle de 50*^, en Amérique (différence 4°), pour avoir la fièvre jaune, de iiiême aussi des Allemands, qui, au sortir de leur pays où la chaleur ne va pas au-delà de 25°, passèrent dans les Etats Romains où elle s’élève jusqu à 28° (différence 5°), durent y être modifiés de la même manière, et y éprouver les mêmes affections , que les Européens méridionaux en Amérique , les uns et les autres se trouvant dans des pays marécageux. On peut même fixer cette proportion , en disant , que la chaleur et les miasmes agissent sur les Européens en Amérique avec une force égale à 4 , et qu’ils se sont exercés sur les Allemands qui étaient venus à Rome, avec une force égale à 5, proportion juste de laquelle on peut conclure que ceux-ci eurent véritablement la fièvre jaune.

La chaleur , disons-nous , est tellement nécessaire au développement de la fièvre jaune, qu on ne trouve pas celte fièvre sur les montagnes des Indes Occidentales , et que dans les régions froides elle est remplacée par une sorte de typhus. Cette observation a été faite sur le plateau du Mexique, élevé de 12 à i5 cents toises au-dessus du niveau de la mer.

sur lequel , au rapport du docleur Caillîot, la fièvre jaune n’arrive jamais (i).M. Leblond en a dit autant des Cordiliières, nous l’avons déjà rapporté ; et M. Bally pense que cette fièvre ne peut point exister, même dans les pays situés sous la ligne qui sont élevés au-dessus du niveau de la mer de plus de 1,200 toises , élévation à laquelle, dit-il, le thermomètre de Réaumur ne marque pas plus de 20® ; c’est ce qu’il appelle latitudes de profil. Tout ceci prouve que la fièvre jaune est due à la chaleur et aux émanations marécageuses ; qu’elle peut se montrer par-tout où la chaleur sera de 26® de Réaumur et au-dessus, et qu’elle n’est point, comme on l’a cru long-temps , une maladie 'sui generis , particulière à l’Amérique.

La campagne d’Egypte a fourni au baron Larrey loccasion d’observer une fièvre jaune contagieuse et promptement mortelle, qui , dans l’espace de deux mois, fit périr 260 blessés sur 600(1 ). Les causes de cette fièvre ne sont pas indiquées ; mais tout porte il croire que le climat chaud en était le moteur principal. Sans en approfondir l’origine, nous citons cette fièvre comme indiquant un nouveau point de contact entre les maladies de l’ancien con-

(1) Cette observation vient à l’appui de ce que nous avons dit de la succession des quatre lièvres , et de leur filiation réglée d’après la température.

(2) Relation historique et chirurgicale de l’Expédition de Varmée d’ Orient, Paris , i8o3,

tinent et celles du nouveau, ou comme pouvant servir à prouver ce que nous avons déjà dit de la grande disposition à la fièvre jaune que les Européens doivent , en partie, à l’usage des boissons spiritueuses (2) , lorsqu’ils se trouvent dans des pays plus chauds que ceux où ils ont reçu le jour.

Les recherches que nous venons d’exposer sur l’influence de la chaleur de l’atmosphère, dans le développement de la fièvre jaune, s’accordent avec ce que nous avons dit de son influence dans les maladies d’Europe. C’est toujours en suivant l’abaissement de la température australe , que les fièvres bilieuses perdent de leur activité. Sur l’ancien continent nous avons vu la fièvre intermittente tenir le milieu entre la peste et le typhus du nord 5 en Amérique, elle succède à la fièvre jaune, et y est suivie, sans doute, des maladies particulières aux régions du nord, qui probablement sont des typhus, qu’on n’a pas encore étudiées avec soin , tel est le matlazahualt^ maisquiont étédéjà aperçues^, ainsi que nous l’avons rapporté en parlant des Cordillières et du plateau du Mexique. Ceci indiquerait que la fièvre jaune peut être dite, d’une manière générale, appartenir à la zone torride, de même que la peste, la fièvre intermillenle à la tempérée, cl le typhus à la glaciale j abstraction faite toutefois des lieux qui sont fort élevés au-dessus du

(jj Voye? ce que nous en avons dit dans une note précédente.

niveau de îamer, onde ceux qui lui sont inferieurs. Si une telle division trouvait des partisans , elle ne servirait qu’a prouver le mérite de notre opinion sur l’unité du principe générateur de ces maladies, ou bien , que celles-ci ne sont que des variétés de la même espèce.

Il ne serait pas impossible de marquer, le thermomètre à la main, les pays propres à i'a fièvre jaune, et ceux qui sont réservés à rintermitlente. Les limites que nous donnerions alors à ces deux fièvres ne seraient pas fort éloignées l’une de l’autre, et ne démentiraient point ce que nous avons dit de l’aptitude de ces mêmes pays classés d’après les degrés de latitude. Nous pourrions nous servir pour cela des observations météorologiques faites par le docteur Baîly, qui a noté qu’à Saint-Domingue le thermomètre de Réaumur marque 5o® seulement leS' jours de la plus grande chaleur. ( Cependant il rapporte qu’un autre médecin a noté 5i® 1/2 aux Cayesj il trouve cette température extraordinaire. ) Les observations faites au Cap n’onl donné que 29® , même résultat à la Grenade , et 28 seulement à la Martinique d’après M. Moreau-de-Jonnès. Cette chaleur ne diffère presque pas de celle qui règne à Naples, à Rome et sur les côtes orientales et méridionales de l’Espagne. J’ai marqué 28° à Rome, au mois d’août 1807, et d’autres années on y a éprouvé

une chaleur de 5o degrés. D’après cela il ne paraîtra point extraordinaire que les fièvres bilieuses rémittentes ou intermittentes de ces derniers pays prennent quelquefois un caractère qui les rapproche de la fièvre jaune, principalement chez les hommes qui se raient venus du nord de l’Europe j ou qu’elles se convertissent en celle-ci , lorsque la chaleur de l’été y devient excessive.

Lorsque nous considérons quelle est l’influence de la chaleur dans le développement de la fièvre jaune et de l’intermittente, nous ne devons pas omettre de parler de la saison qui facilite ce développement, et de celle qui s’y oppose. En Amérique, sous la zone torride, les causes de la fièvre jaune ont une action k-peu-près permanente , parce que les' saisons y sont presque uniformes j voilà pourquoi les étrangers peuvent y être malades dans tous les temps de l’année j c’est ce qui est assuré par le docteur Bally : au lieu que dans les contrées situées hors de la ligne équinoxiale , la fièvre jaune n’y règne que pendant la saison chaude, et qu’elle s’éteint pendant l’hiver. C’est ce qu’on voit aux Etats-Unis , où l’année est partagée en deux saisons, l’une trè -froide, l’autre très-chaude. Ajouteronsnous, pour établir encore mieux le parallèle, que la fièvre intermittente débute pendant l’été, qu’elle devient générale en automne , et qu’elle cesse à l’approche de l’hiver ? ce serait répé ter ce que l’ex-

périence a confirmé dans tous les temps et dans tous les lieux marécageux.

§. III. Symptômes communs à la Fiè\>re jaune et à la Fièi^re intermittente,

Il y a beaucoup de rapport entre les phénomènes principaux ou symptômes caractéristiques, nonseulement de la fièvre jaune et de Tintermittente , ipais même de la peste et du typhus. Indépendamment de ce qui . caractérise la fièvre en général et la prostration des forces , on trouve que l’engorgement phlegmoneux des glandes, qui appartient à la peste, se fait remarquer aussi dans les trois autres maladies j et pour donner, à ce symptôme une valeur encore plus étendue, noüs le signalerons comme étant commun à toutes les fièvres d’un caractère insidieux. II s’y montre en effet par la tuméfaction des glandes voisines des grandes articulations. Nous indiquerons aussi qu’il accompagne plusieurs maladies virulentes, comme la siphiîis qui est très-caractérisée lorsqu’elle est avec des bubons; la variole et la vaccine inoculées, qui donnent lieu à l’engorgement des glandes voisines du lieu où le virus a été déposé; le venin de la vipère, qui détermine le gonflement des glandes du cou ou de la mâchoire inférieure , dans les animaux que Ton fait mordre au museau; enfin nous ajou-

lei’ons que la matière de la rougeole, de la variole^ de la sipliilis, des scropbules, des dartres, de la teigne, etc., cause l’engorgement des glandes toutes les fois qu’elle est répercutée ou déplacée vicieusement : ce qui porte à croire que Taffection des glandes indique toujours la présence d’une matière virulente.

J’ai vu fréquemment , et il n’est pas de médecin des armées qui ne l’ait observé comme moi , que le typhus se juge par des tumeurs situées au coii, aux aisselles, aux aines, près du genou et même aux malléoles , et que ces tumeurs sont d’autant plus fréquentes, qu'il règne plus d’infection dans • les hôpitaux où on les observe. Hippocrate parle d’un engorgement phlegmoneux à Taîne gaùfche. ( Voyez ce qu’il dit du troisième malade. ) Pendant les épidémies de typhus redoublé^ j’ai observé de ces engorgemens des' glandes des anthrax qui se montraient sur toutes les parties du corps. J’ai Vu aussi deux cas de charbon malin placé sur' la langue, sorte de glossanlhrax pestilentiel, auquel les hommes succombèrent au bout de deux jours. Le docteur Gasc a fait à Wllna des observations que je crois devoir rapporter ici. «Plusieurs malades, dit-il, )) étaient couverts de pétéchies, ou avaient des )) parotides; d’autres avaient des bubons et même » des charbons. )) C’est avec raison qu’il continue, en disant: k Ce qui empêcha, peut-être, ces exan^.

^ thèmes de se montrer d’une manière plus géné- » raie , ce sont les plaies profondes, les ulcères et » les gangrènes simultanées, dont la plupart des » malades étaient atteints (i). » Il aurait pu ajouter que lamaigreur, effet des privations que nous avions éprouvées, et la rigueur de la saison, durent s’opposer également a la fréquence de ces exanthèmes. ^ On voit aussi 1 affection des glandes dans la fièvre jaune , elle fut signalée dès rappariliori de celte fièvre en Amérique. Le docteur Bally rapporte, d’apres lé^pere Labat, que les hommes du vaisseau l’Oriflahime, et les habitans de la ville de Saint-Pierre- ' Martinique , qui tenaient l’infection de ceux-ci , « avaient des Bubons sous les aisselles et aux aînés,

> » les uns pleins d’un sang caillé, noir et puant', » et les autres pleins de pus. » Le docteur Gilbert a parlé égâlemént des bubons et des charbons qu^Sl avait observés à Saint-Domingue j Georges Davidson en a vu âutant-àla Martinique en 1796 , Fro'st

Nevv-’5^ork'eti 1798 j Williams à la Jamaïque, et M. Moreau'de-Jorinès à la Martinique en 1802. Nbus rapporterons bientôt, d’après notre propice observation, que cette affection des glandes n’est pas rare dans l’intermittente pernicieuse j mais nous dirons ici avec Lancisi, qu’elle grossit le

(i) Voyez J à la fin de la traduction qu’il a donnée du Traité des Epidémies , etc. de Schnurrer, Paris, i8i5 , l’iiistoirc de l’épidémie qui régna à'Wilna après notre retraite de Moscou.

cortège mortel dont cette fièvre s’accompagne; Denique grcwi cum sopore , algido sudore y urinis tenuibus faclisy parotides erumpehant. ( Epld. i, cap. 5. )]\ous croyons inutile de répéter que l’engorgement des glandes est extrêmement fréquent dans la peste.

Les pétéchies ont été indiquées comme caractérisant le typhus; cependant il est assez ordinaire de les observer dans la peste , dans la fièvre jaune et dans l'intermittente. On doit entendre par pétéchies, non-seulement ces petites taches sembl,afiles a des piqûres de puces plus ou moins brunes ou pourprées, qui paraissent à la surface, du corps, ^ mais mônie les ecchimoses plus ou moins-étendues ; telles sont celles. dont parle Moreau-de- donnés , dans \e Précis historique delà fièvre jaum qui régna à la Martinique en /^os.^Le docteur Pugriet mettant cet exanthème ^u troisième rang de ceux qui se montrent dans la peste, parce qu’il est moins fréquent que les bubons et que les chai bons, n’en dit pas moins qu'il est d’un prognostic plusifàçhfux que ceux-ci. Je le tiens pour mortel dans l’intermitteiite pernicieuse. Rush le considère de même .dans la fièvre jaune (i)* . ^ ,

M. Moreau-de-Jonnès rapporte qu’avec l’hivernage commencent les éruptions cutanées, semblables à celles qui reparaissent ‘ annuellement en

(i) Mediçal inquiries , elc, » of lhe yellow

Egypte lors de levaporalion de la nouvelle eau dU Nil , et qu’elles sont causées par l’excès de la chaleur qui est alors de 28° R. Le docteur Pugnet dit en effet que la tendance des mouvemens vers la périférie, dans la peste, donne lieu à uneéruplion cutanée, qu’on attribue aux premières eaux du Nil,' c’est-à-dire, à celles qui ayant séjourné dans les mares , en sont chassées au moment de la crue de ce fleuve. Ces eaux , qui ont été stagnantes pendant plusieurs mois , sont vraiment marécageuses. Il rapporte encore que lorsque la transpiration est augmentée par une cause quelconque , on croit être entouré d’épines et éprouver sur toute I habitude du corps la sensation^que causerait le contact d’un million de pointes aiguës. Même chose arrive dans les pays malsains, où. règne la fièvre intermittente. J’ai moùmême éprouvé ce picotement fort incommode pendani l’élé et l’jauloinne de 1807, que je passai à Rome.. Presque tous les Français qui habitaient cette ville depuis peu , l’éprouvèrent aussi. Cette sensation était fugace., se calmait par le repos, et se réveillait au moindre mouvement ou par l’impression de la chaleur : on n’en fut pas même entièrement délivré pendant l’hiver, car elle se faisait sentir dans les reins et sur la poitrine, lorsqu’on était auprès du feu ou dans un lit trop chaud. Ce picotement indiquait !une grande disposition à la fièvre intermittente j il appartient aussi

a l’époque d’imminence de la peste, et milite fortement en faveur de l’identité de nature de ces maladies. Il a fixé d’autant plus mon attention, en lisant l’ouvrage du docteur Pugnet, que je ne connais pas d’auteur qui en ait parlé à propos de ces fièvres. Ce picotement ressemble beaucoup à celui que cause l’urtication. Il était tellement incommode, qu’il privait du sommeil , parce qu’on ne pouvait faire le moindre mouvement sans le ressentir. J’en éprouvai quelques atteintes en 1810, en Catalogne. Après avoir lu avec beaucoup d’intérêt ce que le docteur Pugnet dit de ce phénomène^de la peste, que j’ai trouvé aussi dans la fièvreinlermittenle , il m’a resté le désir de savoir si celte sensation incommode était aussi fréquente chez les naturels du pays que chez les étrangers. A Rome, elle n’inquiétait que ces derrtièrs. Outre ce trait de ressemblance de la fièvre intermittente avec la peste , nous trouverons aussi que la première s’accompagne d’éruptions cutanées pareilles a celles dont parle M. Moreau-de-Jonnès , à propos de la fièvre jaune j ce qui est un nouveau trait de ressemblance entre cês deux fièvres^iCe dernier auteur* donne k connaître que ces éruptions sont une crise salutaire pour l’Européen qui n’est pas encore acclimaté, ce qui fait présumer que les étrangers en souffrent plus que les gens du pays. Observation faite à Rome,, k propos du picotement.

fièvre jaune tire son nom de ce qu’elle a pour symptôme assez constant , la couleur jaune de la peau; elle porte encore le nom de pomito-prietVy que les Espagnols lui ont donné , a cause des vomissemens de matières noires dont elle s’accompagne fréquemment. Le premier de ces symptômes est plus rare dans le typhus des pays du nord, que dans celui qui se montre au printemps dans les pays chauds et marécageux. On le voit aussi dans la peste , mais il est pathognomonique de la fièvre intermittente pernicieuse ; c’est ce que j’ai vu à Rome, et que Lancisi y avait observé pareillement , primùm , fades incolentium vicos , etc. , subfLava reddehatur y dit cet auteur. L’intensité de ce symptôme augmente à mesure que les accès deviennentpernicieux , de même que dans la fièvre jaune il n’est porté au plus haut degré que dans la troisième période de cette maladie , assertion du docteur Bally,

Les hémorragies passives surviennent aussi dans le dernier stade de ces deux fièvres. On trouve dans l’intermittente les vomissemens d’une bile noire , porracée, quelquefois mêlée de sang. Ce symptôme est souvent accompagné de cardialgics implacables, et alors il est presque toujours mortel. On voit encore cette fièvre s’accompagner de dysenteries malignes , de flux hépatiques , lyentériques, etc. , qui précipitent rapidement un homme

an lom'beau. Mêmes accîdeiis accompagnent la fièvre jaune. Qui pourrait affirmer que le choiera morbus des pays méridionaux d’Europe n’est point nue variété du vomito prieto de la Nouvelle - Espagne , ou bien encore ces vomissemens de matières noires et sanguinolentes qui , selon le docteur Pugnet, sont promptement mortels dans la peste ? On pourrait encore moins nier que le choléra et rintermittente pernicieuse ne se confondent très souvent, et ne constituent ainsi une véritable fièvre jaune. .

Enfin la fièvre intermittente est avec engorgement phlegnioneux des glandes comme la peste (i). On en trouvera trois observations sur douze que j’ai rapportées dans mes mémoires sur les fièvres interini lien tes pernicieuses observées à Rome en

(i) Gilbert Blane a observé dans l’île de W^alcberen , pendant line épidémie de fièvre intermittente , que tandis que les adultes souffraient de cette fièvre, les enfans avaient des engorgemens des glandes ; ce qui prouve que la puissance délétère s’exercait en entier dans les premiers, et d’une manière incomplète dans les seconds ; ou bien parce que dans ceux-ci , les glandes sont relativement plus développées que les autres organes, et que dans les adultes l’appareil organique qui est réservé pour la fièvre intermittente , prédomine sur tous les autres. Mais , puisqu’il nous a paru déjà que l’engorgement des glandes peut être attribué à une matière virulente , ne dolt-on pas considérer celui qui fut observé à l’île de Walcheren , comme indiquant la virulence des causes de la maladie qui v régnait ? Noüs verrons bientôt que cet engorgement des glandes n’est pas réservé uniquement aux enfans dans les épidémies dç fièvre intermittente.

1807(1) ? ^ l’observafeur des pétérliies

comni^ le typhus , et la couleur jaune cendrée de la peau comme la fièvre jaune. Ces trois symptômes caractéristiques d’autant de maladies distinctes et contagieuses se réunissent dans la fièvre intermittente , comme pour marquer qu’elle peut être assimilée aux maladies indiquées par chacun d’eux. Dans quelques cas on voit ces symptômes être deux ou trois ensemble, comme pour faire confondre ces fièvres , ou s’y montrer indistinctement, comme s’ils tenaient a la nature de chacune d’elles. Mais le médecin philosophe ne s’arrête pas à cette inconstance des formes, il n’y voit pas seulement des aberrations y expression trop souvent employée pour servir l'ignorance ou la paresse ; mais il en pénètre le mystère , découvre la forme larvée d’un principe morbifique commun à plusieurs maladies, et démasque enfin ce protée qui n’est plus a ses yeux que le produit des miasmes dont l’activité est modifiée par les habitudes de l’homme et par la chaleur de l’atmosphère. Torti a dit de sa huitième espèce de fièvres intermittentes , Etenim trahit ilia non nunquàni seewn sœva queevis symptomata y quœ secum pariter déférant malignœ ipsœ primariæy verbi g rat ià y parotides quas non semel in hujusmodi febribus contingit obser-

(i) Voyez ces mémoires dans les Annales de la Société de Médecine-Pratique de Montpellier , aimée i8o8.

vare ^ etc. , et similia fehrium summè malignarum ac pestïlentiwn propria (i).

Ces quatre maladies se ressemblent encore en ceci , qu’elles débutent par une apparence inflammatoire ou excitation générale du système san-guin. C’est ce que le docteur Cailliot assure de la fièvre jaune , ce dont le typhus offre de nombreux exemples; ce qui appartient aussi à l’invasion de la la peste , et qui est d’autant plus fréquent dans l’intermittente , que j’ai vu un vieux praticien , nouvellement arrivé dans un pays marécageux , être tellement trompé par cette apparence inflammatoire, qu’il prescrivait la saignée à la plupart de ses malades.

Je trouve encore dans la présence des vers intestinaux un symptôme également commun à ces quatre maladies. Il n’est presque point d’épidémie de typhus où les malades n’en rendent des quantités étonnantes; c’est ce que je vis en Istrie, en 1806; c’est ce que Hildenbrand a vu également; même observation a été faite par le baron Des- Geneltes dans la peste d’Egypte; par Lancisi, durant l’épidémie de fièvre intermittente pernicieuse de i6g5,àRome; et nous savons que la fièvre jaune est souvent avec une pareille complication. La génération de ces insectes , pendant les grandes épidémies , lient a la nature putride de ces mala-

(i) Therap» specialU ad J'ehres period. pernkhsa^ » lib. III ,

dies pendant lesquelles le corps Iminain est devenu un foyer de putréfaction où ils prennent naissance, de même qu’une atmosphère et des lieux putrides favorisent la pullulation des insectes de toutes les espèces.

Il est un appareil morbifique non moins familier aux quatre fièvres dont nous avons parlé, qui frappe d’épouvante l’observaleur , et qui précipite le malade vers une mort certaine , savoir la lîpyrie. Thucydide raconte qu’on voyait , entre autres signes de la peste , interiora lahorantium summoperè exuri y ita ut nil ferre possint supra carnes / tactu vero exteriàs nihil percipiehatur excedens. J’ai vu cet état bien prononcé dans quelques cas de typhus, mais surtout dans la fièvre intermittente pernicieuse, où les malades ayant toute l’habitude du corps couverte d’une sueur glaciale , privés de connaissance ou dans un état léthargique , n’en rejetaient pas moins les couvertures , et ne cherchaient que l’air pour modérer leurs souffrances. Pour peu qu on ait consulté les auteurs qui traitent de la fièvre jaune , on saura qu’elle se montre aussi sous la forme de la lipyrie. Le docteur Bally a dit à cet égard que les malades jettent les membres ça et là, se couchent en travers du lit, et changent de place pour se débarrasser des couvertures 5 et Cailliot , qu’ils ne peuvent supporter les plus légères couvertures , tandis que les extrémités sont

froides. Le pencliant machinal qui porte les pesliférés a se jeter dans les puits et dans les rivières, ainsi que le rapporte le baron Des-Genettes , indique qu’ils souffrent de la lipyrie. A l’hôpital de Capo-d’Istria , quatre hommes atteints du typhus se précipitèrent dans un puits, plusieurs furent saisis au moment d’en faire autant , et tout cela dans le cours d’une semaine. Cette manie typhoïde était si répandue., qu’on fut obligé de fermer ce puits d’une grille de fer. 11 est donc vrai que ces quatre fièvres se montrent sous l’appareil de la lipyrie.

Cette conformité qui existe entre les symptômes qui appartiennent aux fièvres épidémiques contagieuses d’un ordre supérieur, et ceux de la lièvre intermittente, ne parle-t-elle pas en faveur de l’ideiilité de nature que nous disons exister entre ces - fièvres? Ne peut-on soupçonner que l’intermittente tient quelque chose de la peste , de la fièvre jaune et du typhus , puisque les pays quelle occupe louchent les autres continens morbifiques dont nous avons tracé les limites ? Serait-il bien étonnant de la voir s’accompagner de quelques symptômes de la fièvre pestilentielle dans l’ancienne Grèce (i), de la fièvre jaune en Espagne et

(i) J’ai vu, en 1806, à Capo-d’Istria , non loin de l’ancienne Grèce , pendant une épidémie de typhus , plusieurs hommes mourir ayant des anthrax ( c’est là que j’ai vu les deux glossanthrax dont j’ai déjà parié ) j d’autres , dont la peau , parsemée

en Portugal , et du typhus dans la Hollande et dans le Danemarek ? 11 me semble entendre les praticiens de ces divers pays affirmer ce que je n emets ICI que comme une probabilité j et si cela était ainsi , nous y trouverions une preuve très-forte en laveur de ce que nous avons dit de la filiation de ces maladies.

Outre ces phénomènes morbifiques qui indiquent déjà le rang que la fièvre intermittente doit occuper parmi les fièvres contagieuses, on pourrait, ce rne

taches noires, était d’un jaune livide. Tout ceci se passait aux mois de juillet et d’août, tandis que nous avions déjà heaucbiip de fièvres intermittentes. Ces hommes périrent le second jour apres l’apparition de ces symptômes pernicieux. Ils avaient leur connaissance parfaite, et pouvaient sortir de leur lit pour satistaire à leurs besoins naturels sans le secours des infirmiers. Ils plaisantaient même sur les taches de leur peau , jusqu’à ce' que leur dernière heure approchant , ils étaient saisis d’uii froid glacial qui se propageait des extrémités au trgne. C’était , alors, la lievre algide dessinée d’une manière effrayante. Quelques-uns de ces faits semblent appartenir à une constitution pestilentielle d’autres tiennent de la lièvre jaune. Je pourrais même dire que’ j’eus a coiiibatlre en même-temps , et dans le même hôpital , i”. le typhus pétéchial , e». la peste, 3». la fièvre jaune, 40,1» fièvre intermittente ; et cela ne paraîtra point impossible, lorsque )e dirai . conformément à mes principes , que ce n’était là qu’une meme maladie modifiée par les dispositions des individus , qui étaient très-variées. Les troupes qui occupaient l’isirie , étaient

e I.i régiment de l'gne et le Go«, qui venaient de recevoir beaucoup de conscrits bretons ou flamands ; le 8- d’iufaulerie légère qui 1. était composé que d’hommes de couleur noirs ou mulâtres : et auti es corps de troupes ou l’on comptait beaucoup de Pro-

Venf-niiv *

semble , en trouver un qui autoriserait à la classer avec celles dites exanthëmateuses , et pàr conséquent avec matière. Je veux parler, non point de la gale qui se montre souvent pendant le cours de cette fièvre, mais bien de l’éruption qui se fait à la face, et particulièrement autour de la bouche » dès le second ou le troisième accès. Si nous ajoutons foi au dicton populaire, nous devrons regarder celte éruption comme salutaire et comme non moins liée à la nature de la maladie , que les parotides, les tumeurs phlegmoneuses et toutes les éruptions miliaires, exanlhémaleuses, etc., qui surviennent pendant le cours des fièvres d’un caractère grave. Si elle n’est point observée constamment, elle est du moins très-fréquente, et peut être considérée comme résultant d’un mouvement excréteur, analogue à celui qui produit les bubons et les pustules malignes dans la peste , les pétéchies dans le typhus , les phlyctènes dans le pamphigus , etc. J’ai vu cette éruption d’autant plus fréquente , que les pays où je me trouvais étaient plus malsains. Elle ne fut pas rare pendant l épidémie de fièvre intermittente qui régna à Pithiviers en 1802, épidémie qui a été la plus marquante en France, de nos jours. Ces pustules labiales me paraissent dépendre des causes générales, bien plus que de l’idiosyncrasie du sujet; leur apparition donne plus de régularité à la fièvre;

elle répond à lepoque du développement des parotides dans le typhus, et des bubons dans la peste. Je suis porté à croire qu’il y a autant à craindre de contagion par la matière de ces pustules , que par celle des bubons pestilentiels : néanmoins, en disant ceci, je ne donne point pour certain qu’elles renferment le virus de la fièvre intermittente; car on m’opposerait avec avantage, d’abord , qu’il n’est pas encore démontré que les bubons pestilentiels contiennent celui de la peste ; et en second lieu, que la contagion de celle-ci se fait Ife plus souvent par les sueurs. Je pense, en effet, que ce dernier moyen de contagion serait des plus propres à seconder la propagation de la fièvre intermittente.

On a dit que chaque maladie contagieuse marque son atteinte spéciale sur le même organe ou sur le même système , dans tous les sujets qui l’éprouvent, et que c’est à ce trait qu’on la reconnaît infailliblement. On cite , avec raison , l’hydrophobie J qui est avec phlogose du pharinx, la peste qui marque ses effets sur le système lymphatique, le typhus sur la membrane muqueuse gastrique et sur la peau, la fièvre jaune sur les organes gastro-hépatiques, etc.; mais aucune donnée ne nous a appris encore quel est l’organe ou le système profondément attaqué dans l’intermittente. Il ne faut point s’étonner dèslors, qu’on soit si peu avancé dans la connaissance de cette maladie, puisqu’on ignore quels sont les

pîiénomènes pîiysîologiques qui la caractérisenî.; Ceux dont j’ai pu me rendre compte par l’autopsie cadavérique, sellant avec ce qui avait été observé pendant le cours de la maladie, mont appris qu’il y a le plus grand trouble, r®* des fonctions de la rate , 2®. de la circulation du sang dans les gros vaisseaux de l’abdomen. Je crois pouvoir d’autant plus généraliser celte proposition , que les preuves les plus concluantes m’en ont démontré la vérité pendant trois épidémies de fièvre intermittente dans des pays très marécageux , savoir, à Venise ^ à Rome et en Espagne (1). J’ai traité assez longuement de celte affection de Ja rate dans ma nous^eUe thérapeutique des fièvres intermittentes (2) , pour

(1) Cef’utCQ 1806 , à Venise , que je commençai mes recherches sur les cadavres, et que je trouvai l’engorgement sanguin de la rate inséparable de la fièvre intermittente pernicieuse. Alors je le considérai comme une particularité de la constitution médicale de ce pays. J’observai ce phénomène l’année suivante , à Rome ; cette nouvelle circonstance me porta à le considérer comme particulier à l’Italie ; mais l’ayant également observé y trois ans après, en Catalogne , j’en ai conclu qu’il n’est particulier nulle part, qu’il appartient à tous les pays, et qu’il tient à l’essence de la maladie. Réfutera qui voudra une telle conséquence, j’y tiendrai, fort de l’observation. Le chirurgien sousaide qui fit toutes les ouvertures de cadavres, et qui mit beaucoup de zèle à recueillir les relations que j’en faisais , était M,. Préhu , qui est sans doute en France dans ce moment.

(2) Paris, 1812. Voyez-y mon Mémoire sur VVtilité de* Sinapismes contre les jièvres quartes anciennes^

que je puisse rue limiter a n’en donner ici qu’une idée trèS“Succincle.

De nombreuses ouvertures de cadavres à la suite de la fièvre intermittente pernicieuse, m’ont démontré , que les viscères abdominaux sont engorgés de sang, et particulièrement la rate; ce qui m’a porté , dans quelques cas , a donner à cette fièvre le surnom de splénique (i ). Cette congestion sanguine^ phénomène prédominant, peut être rendue Irèsaclive dans les hommes du midi de l’Europe , nonseulement par la chaleur , mais même par l’usage des boissons spiritueuses et des alimens épicés. Il est à croire qu’elle sera portée au plus haut degré chez les hommes qui sont nés dans les pays froids, et qui passent rapidement sous une température méridionale, où ils se livrent aux boissons alcooliques auxquelles ils n’étaient pas accoutumés. C’est ce qu i arriva en 1 807 aux soldats allemands du régiment d’Ysembourg, qui vinrent à Rome, où ils pouvaient se procurer du vin à un prix trèsmodique, (2). Mais pour ne pas négliger des rapprochemens utiles à mon sujet, je dirai: 1°. qu’en

(1) Voyez mes mémoires déjà cités. Annales , etc.

(2) Non-seulement le vin augmente la chaleur et le mouvement du sang dans de tels hommes, mais même il fait faire une plus grande assimilation des substances nutritives., Mercatus a dit, en parlant des obstacles que la circulation du sang éprouve pendant l’accès des fièvres intermittentes , accidit profecto hoc mali gcnus his corporibus 3 qiiibus adeb tolius corporis vasa 3 <vcl

Egypte la peste frappa préférablement les hommes qui prenaient du vin avec excès ; ce qui donna lieu aux mesures répressives de l’ivrognerie; voyez ce que rapporte , à cet égard ,1e baron Des-Genelles; 2®. que les Européens souffrent d’aufant plus de la fièvre jaune en Amérique, qu’ils cèdent davantage à l’attrait des liqueurs et des fruits de ce continent; 5°. enfin que le typhus est mortel pour les ivrognes : c’est ce que j’ai vu et ce que Hildenbrand a démontré jusqu’à l’évidence.

Il est bien probable que V élément fébrile sorti des marais, exerce son action sur le système nerveux; mais on ne peut méconnaître la complication ou la turgescence sanguine qui produit l’engorgement de la rate , de même que la peste se complique d’une affection des glandes , que le typhus est avec lésion des fonctions de la membrane muqueuse gastrique et du système vasculaire sous-cutané , et que dans la fièvre jaune les forces vitales de l’estomac et du foie sont fortement atteintes. Je ne m’attacherai point à constater ces différentes lésions , parce que déjà plusieurs auteurs s’en sontoccupés avec succès; mais ce qui n’a pas été démontré jusqu’à moi, c’est

oh s truc ta i veA carne uut pinguedine oppressa sunt. ( Ejus opéra édita Francqfurti , anno 1640, T. II, lib. VI. ). J’ai observé également à Rome , que les soldats allemands qui mouraient de la fièvre intermittente pernicieuse , avaient un embonpoint considérable. L’ouverture des cadavres me les montra excessivement pourvus de graisse. Même observation a été faite par Savarésy dans la fièvre jaune.

que laffectioii de la raie est le phénomène physiologique le plus constant dans la fièvre interrnittenle (i), et qu’elle est d’autant plus grave, que la fièvre a un caractère plus pernicieux. Depuis long-

(i)Un auteur que je ne nommerai pas, ainsi qu’il l’a fait à mon égard lorsqu’il a infirmé mon opinion, a nié que la rate puisse devenir « un foyer principal de désorganisation dans les

fièvres intermittentes , quoique , poursuit-il , pour un anato- » miste exact , il soit souvent difficile de séparer les simples va- » riétés de structure qui s’éloignent peu de l’état de santé , d’avec » ses altérations proprement organiques. » Je réponds qu’il ne faut pas être grand anatomiste pour distinguer une rate du poids de huit livres environ , de celle qui , dans l’état naturel , doit en peser une au plus ; une rate qu’on ne pouvait toucher sans déchirer la membrane qui la revêt , et qu’on trouvait pleine d’une sorte de putrilage ( néologisme dont je me suis servi dans mes mémoires , et qui a été répété-), ou magma sanguinolent, éoraparable au dépôt que le vin laisse au fond des tonneaux- Voili des variétés de structure , ou mieux, un état pathologique qu’il n’étalt pas difficile de constater , quoique l’auteur très-recommandable , auquel je réponds, pense le contraire. Je dois d’autant moins me taire sur sa réfutation , que l’ouvrage de ce médecin est un des monumens que la médecine française léguera à la postérité, et qu’il est lu particulièrement des jeunes médecins. La preuve des désordres de la rate m’a été donnée par plus de cent ouvertures de cadavres. Ce que j’en ai dit est fondé sur des observations faites et amplement répétées dans les pays où Lancisi , Torti , Morgagni et Spallanzani ont tracé les portraits originaux et fidèles des intermlllentes pernicieuses. C’est dans les pays où ces grands médecins pratiquaient , qu’on doit étudier ces fièvres. Je sais qu’on en rapporte qui ont été observées à Paris, près de la rivière des Gobelins. J’y croyais autrefois ; mais depuis mes voyages , je ne puis penser à ces intermittentes perni- •ieiiscs parisiennes , sans me rappeler un pied de vigne et un

temps On sait qne tout ce qui est des marais, engendre cet engorgement. Le père delà médecine a dit des hommes qui boivent les eaux marécageuses : bibentibus autem ^ splenes .^emper esse magnos , plenos et compressas • Lancisi, s’abstenant de désigner l’organe que la. fièvre intermittente attaque spécialement, s’est borné a dire : ingens malorum sedes suh aspectum venit in àbdomine. Hoffmann fait connaître plus positivement la cause des désordres auxquels il faut obvier , lorsqu’il recom^ mande au médecin de veiller , ut sanguis per abdominis viscera ^ præsertim ad quæ venu portas excurrit y progressas liber præstetur : congestio i’ero y infarctus ^ ohstructio y impediatur (] ). A ces autorités se rapporte ce que le docteur Broussais dit de la phlogose abdominale dans quelques cas de fièvre intermittente (2) ; et ce que le docteur Alibert reconnaît de la souffrance du système vasculaire par suite de la connexic^n sympathique qui unit celui-ci au système nerveux (5). Cet auteur a

autre de genêt à balais (spartiuin scoparium , L-) que j’ai trouvés, . en serre, dans un château non loin de Moscou. Ils étaient bien petits et bien rabougris, maison y reconnaissait la vigne et le genêt. En les voyant, des Languedociens , mes compatriotes, n’auraient pu s’abstenir de dire :

Spcctatum adinissi , rlsum teneatis amici.

’ Horat. , Ars Poet.

(1) Opéra omnia. Genevæ, 1740* De febrihus , sect. i , cap. 3-

(2) Histoire des Phlegmasies.

Çi)) Truité des Fièi’res intermittentes pernicieuses.

Liensenli qu’il importe de s’appliquer à l’autopsie cadavérique, afin de découvrir, quelles sont les lésions des viscères à la suite des fièvres intermittentes pernicieuses. Cependant il ne rapporte qu’une seule ouverture de cadavre faite à rhôpilal Saint- Louis , et cette autopsie même est en faveur de mes assertions ; car il est dit : « que la rate fut trouvée » volumineuse et*d.’un tissu si semblable à celui du » foie, qu’il était impossible de distinguer deux lam- » beaux de ces organes mis à côté l’un de l’autre. » Cet écrivain estimable aurait d’autres faits de cette nature à rapporter, s’il eut multiplié ses recherches sur les cadavres, et surtout s’il eût fait ses observations dans les pays oii ces fièvres sont dans toute leur force. Zimmerman , judicieux observateur, n’a point méconnu l’engorgement de la rate dans ces mêmes circonstances, puisqu’il dit que le gonflement du foie et de la rate est attribué, mal-à-propos, à l’usage du quinquina (i). Avant la découverte du fébrifuge exotique, on avait observé de pareils engorgemens. L’histoire du troisième malade donnée par Hippocrate, offre un fait analogue à ceux dont nous parlons , puisqu’il y est question d’un engorgement considérable de la rate qui ne diminua qu’à l’apparition d\in bubon inguinal du même côté. Ce c|ui est dit du premier malade , Philiscus , qui succomba à une, fièvre ar-«

(i) Traité de l’E-rpéricnce^

dente bilieuse, vient encore à lappui de ce que nous pensons sur l’engorgement de la rate ; lien tumore rotundo intumuit , dit le père de la méde-^ cine. Le professeur Pinel, quoique se montrant éloigné de croire à la liaison naturelle de cet engorgement avec les fièvres intermitlenles , n’en rapporte pas moins des faits très-concluans qu’il a extraits de Lieutaud et de Senac , ou que sa pratique lui a fournis (i) ; mais je dois citer le docteur Cleghorn comme ayant fait les observations les plus nombreuses et les plus conformes aux miennes. Dans près de cent personnes mortes des fièvres tierces bilieuses à Minorque , il trouva la rate grossie au point de peser quatre ou cinq livres, ét si molle et pourrie, qu’elle ressemblait plutôt à une vessie pleine de sang en gelée, qu’à une partie organique (2). La Bibliothèque Britannique ( t. 54» p. 546), rapporte deux cas plus extraordinaires dans lesquels la rate fut trouvée du poids de douze livres; l’un de ces cas est cité par James Elliot dans les Commentaires de Médecine du docteur Duncan , et l’autre est du docteur Odier , de Genève, qui assure que l’engorgement était survenu à la suite d’une fièvre d’accès. Les ouvertures de

{i) Nosographie Philosophique . Paris , i8i3. Voyez PAppeafîice aux Fièvres primitives.

(a) Ohsen^atians on the epidemical diseuses inMinorca y etc* London, 1762.

cadavres que j’ai rapportées dans mes mémoires sur les fièvres intermittentes pernicieuses de Rome, font connaître aussi plusieurs engorgemens sanguins dont ce viscère était le siège. On trouvera enfin dans mon mémoire sur Torigine des virus, déjà cité , l’observation singulière d’une obstruction de la rate avec des phlyctènes pemphigodes à la face convexe de ce viscère , lesquelles contenaient une sérosité jaune dont l inoculation accidentelle me donna une pustule maligne qui me mit en grand danger de mourir. Le sujet de cette observation était morl subitement pendant qu’il était en convalescence d’une fièvre tierce. Ce fait eut lieu à Lodi, pays très-marécageux (i).

Les recherches faites sur les cadavres, dans la fièvre jaune , n’ont point montré cet engorgement. Il faut en excepter , toutefois , celles du docteur Jackson, qui dit que dans tous les soldats morts de la fièvre jaune a Saint-Domingue , et dont il a pu faire l’ouverture, il a trouvé la rate gorgée et prête

(i) De pareilles morts subites pèndant la convalescence consécutive des fièvres intermittentes , ont été observées par le docteur Blane, dans l’île de Walcheren. Il serait à désirer que ce médecin anglais eût fait Poqverture des cadavres pour constater ce qui s’était passé dans les organes. Si Ton n’excepte Lancisi , aucun auteur n’a parlé de ces morts subites. Il importe d’autant plus d’y faire attention , que ce que j’en ai vu et éprouvé, semble indiquer une matière virulente qui était déposée à la surface de la rate , laquelle matière me donna, par une inoculation accidentelle , une véritable pustule maligne.

à se rompre, ou pleine de sang en grumeaux, Cest ce qu’on lit dans un mémoire de Benjamin Rush, sur les fonctions de la rate (i)- mais en supposant, contre cette assertion , qu’il n’y a point d’engorgement sanguin de la rate dans la fîevre jaune, ou trouvera néanmoins qu’il y est remplacé par des phénomènes morbifiques qui en sont l’équivalent. Les vomissemens sanguinolens avec odeur de sulfure alcalin , me paraissent indiquer la part que ce viscère prend au trouble des organes épigastriques. Plusieurs faits pathologiques m’ont appris, que celte odeur et la couleur chocolatée des vomissemens indiquent les affections de la rate aussi sûrement , que l’odeur ausléro-acide , la couleur verte , et la saveur amère des matières vomies, indiquent les affections du foie ; et si je disais que le sang des vomissemens, dans le typhus d^ Amérique, est versé par la rate dans l’estomac, ce ne serait là qu’une hypothèse aussi probable que celle du docteur Calhral , de Philadelphie , qui , selon ce que j’en ai lu dans l’ouvrage du docteui%Bally , pense que les artères qui se répandent sur la mem^ brane muqueuse de l’estomac, fournissent lé 'sang de ces mêmes vdmissemeiis. \*S’il était .vrai que la rate fît ce versement, on trouverait faciJe^p^ut la raison de l absence .de l’engorgement que 'noüs

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