‹ Recherches sur la contamination des eauxChapitre 24 sur 26 · US · texte numérisé non relu

US

L’eau-mère décantée est remplacée par de l’eau distillée qui est à son tour enlevée après séparation du précipité ; on procède ensuite à la distillation.

Le dépôt est introduit dans un ballon à long col, portant la tubulure près de l’orifice que l’on ferme avec un bouchon traversé par un tube effilé à l’une de ses extrémités, tandis que l’autre est munie d’un caoutchouc garni d’une pince pour régler la rentrée d'air. La tubulure s’engage dans le col d’un autre ballon semblable, qui fait fonction de réfrigérant ; il repose dans un entonnoir où il est continuellement arrosé par un filet d’eau assez abondant pour condenser les vapeurs. Sur le précipité on verse de l’acide phosphorique au 1/4, pour neutraliser les bases, déplacer la baryte et acidfier fortement le liquide, puis 20 c.c. d’alun de fer au 1/5°. On distille dans le vide, après avoir réglé la rentrée d’air qui doit être suffisante pour maintenir une dépression notable à l’intérieur de l’appareil. On recueille d’abord 25 c.c. de liquide, on laisse refroidir, on procède à une seconde distillation pour obtenir un total de 50 c.c. en produit distillé.

Sur le liquide distillé divisé en trois parties on effectue les réactions suivantes.

A une portion on ajoute avec ménagement du sous-acétate de plomb, une ou deux gouttes, le précipité étant soluble dans un excès de réactif. Les eaux pures se comportent comme l’eau distillée et ne donnent ni trouble ni précipité ; ce cas est rare, le plus souvent on obtient un trouble formé par des cristaux microscopiques en suspension.

L'aspect et l’abondance du précipité sont significatifs ; les eaux d’une pureté moyenne en matières organiques donnent un léger trouble ; les eaux souillées par les liquides

ns

des déjections humaines ou animales fournissent un préci pité plus ou moins abondant ; tantôt il est cristallin, tantôt il paraît amorphe et caséeux ; dans ce dernier cas le liquide distillé exbale une odeur assez prononcée de mercaptan.

D'une manière générale, l'apparition d’un trouble ou d’un précipité est fonction de la teneur de l’eau en matière organique.

On laisse le liquide s’éclaircir et le précipité se réunir au fond du vase, on décante, on lave le précipité à l’eau distillée, et on l’examine au microscope.

Avec les eaux pures la forme est indécise, le dépôt se compose de petits grains cristallins.

Si l’eau est impure et contient des composés sulfurés outre les grains cités, on aperçoit des plaques hexagonales d’une grande régularité, tantôt seules, tantôt imbriquées les unes sur les autres, et analogues aux cristallisations de cystine.

La seconde portion du liquide est divisée en deux parties : l’une est additionnée de quelques gouttes de nitrate d’argent; à froid et immédiatement on obtient avec les eaux pures un liquide incolore ; avec les eaux souillées, il se développe une très légère teinte brune visible suivant l’axe ; le liquide est ensuite chauffé au bain-marie ; si l’eau est pure on ne constate aucun changement, mais si elle renferme des composés sulfurés, la teinte brune du début s’accentuera et après vingt-quatre heures de dépôt au fond du tube, on observera quelques flocons noirs de sulfure d'argent. A la troisième partie on ajoute du nitrate d’argent et de l’ammoniaque avec précaution ; si l’eau est fortement souillée par des eaux de surface, comme cela arrive pour les puits peu profonds, ou des liquides des déjections humaines, l’ammo-

NN

niaque produit un précipité jaune ; cette réaction a été indiquée comme un signe de la présence de la cystine. Ce procédé de recherche des composés sulfurés est d’une sensibihté remarquable, si, par la pratique, on a appris à juger de la signification du trouble produit par le sous-acétate de plomb, on possède une base qui facilite beaucoup les conclusions de l’analyse.

Observations sur la présence des composés sulfurés. — La constatation des plaques hexagonales d’une part, d’autre part celle du sulfure d’argent constituent des preuves suffisantes de la présence des composés sulfurés ; seules les eaux souillées par les déjections humaines ou animales, les produits de la désassimilation bactérienne donnent de semblables réactions.

Relations des composés sulfurés avec les réactifs colorés. — Les eaux qui en renferment donnent la réaction négative avec le violet sulfureux, positive avec le paradiazobenzène sulfonate de sodium.

Relations avec les saisons. — Dans les eaux polluées et pour les raisons que nous avons développées, on n’observe les réactions des sulfures et dérivés sulfurés qu’en été ; la proportion est maximum en octobre, c’est-à-dire à la fin de l'été ; les eaux même moyennement chargées en matières organiques peuvent en contenir à cette époque de l’année.

La présence des composés sulfurés est intimement liée à la température, c’est surtout dans les réservoirs placés dans les combles des bâtiments ou des appartements qu’ils prennent particulièrement naissance.

Leur apparition est alors très rapide et en relation non

seulement avec l'élévation de la température ambiante, mais aussi avec les variations barométriques.

Les eaux des puits profonds alimentés par des eaux de source renferment rarement des composés sulfurés, mais s’ils sont riches en matières organiques, ce qui est le cas général, au moins à la campagne où les puits sont ouverts et où l’eau est puisée avec des seaux souvent malpropres, elles s’altèrent rapidement en dehors du puits, elles perdent leur propriété de recolorer le violet sulfureux ; par contre elles donnent avec le paramidobenzène la réaction positive ; en même temps se développent les composés sulfurés. Dans les puits peu profonds, ou même profonds creusés dans un terrain d’alluvion comme on en trouve beaucoup dans les vallées, la proportion de sulfures organiques est parfois très élevée en été ; il est nécessaire de les nettoyer fréquemment, autrement l’eau prend l’odeur de croupi, d’abord, puis il se forme du sulfure de fer et elle devient imbuvable. Des faits analogues surviennent dans des puits de la plaine des Brotteaux et de Monplaisir à Lyon ; vers le mois de septembre l’eau de ces puits qui souvent est très-dure, 80 et même 100° hydrotimétriques, contient assez de composés sulfurés pour abandonner du soufre par simple distillation dans le vide. J’ai suivi pendant une année les fluctuations que présente Peau du Rhône ; en temps ordinaire, le trouble produit par le sous-acétate de plomb est insignifiant, mais à la suite des orages il prend des proportions appréciables ; il en est de même pour le nitrate d’argent. En été, lorsque le niveau du fleuve est bas, on obtient manifestement quelques plaques hexagonales, et une trace de sulfure d’argent ; ces réactions disparaissent d’ailleurs à l’entrée de l’hiver et lorsque le fleuve reprend son débit normal.

Re ACIDES GRAS

Les origines des acides gras qui se trouvent dans les eaux contaminées sont nombreuses ; ils proviennent de l’apport direct des eaux d’égout et ménagères, des infiltrations de toute nature, des eaux résiduelles de certaines industries telles que les blanchisseries et les stéarineries et les fabriques de margarine.

Ils représentent en outre un produit constant du dédoublement des matières albuminoïdes sous l’influence de la vie bactérienne (A. Gautier).

La molécule albuminoïde primitive par hydrolyse et oxydation se trouve ramenée à des cristalloïdes plus simples, représentés pour la série grasse par la leucine, indépendamment des homologues supérieurs ou inférieurs qui prennent naissance pendant Île dédoublement.

La leucine ou acide amido-caproïque no

CH. AzH perte de l’amidogène AzH?, laisse de l'acide caproïque ; par

, Par

une réaction semblable, les autres dérivés sont susceptibles de former un mélange complexe d’acides gras, ce qui explique l’aspect peu homogène qu'offre la substance organique cristallisée extraite des eaux.

La présence de semblables composés dans l’eau lui donne des propriétés particulières. Schlæsing avait observé que certaines eaux, même potables, abandonnaient peu ou point de carbonate calcique par l’ébullution et que dans tous les cas le dépôt était fonction de la teneur de l’eau en matières organiques.

nee eu

A. Gautier avait fait de son côté la remarque que la somme de la chaux et de la magnésie est dans beaucoup de cas supérieure à celle qu’exige la saturation des acides carbonique, chlorhydrique, sulfurique, nitrique, qu’elles contiennent normalement.

On avait aussi signalé dans ces derniers temps à plusieurs reprises que des métaux comme le fer, qui existe parfois en. abondance dans les eaux y étaient occlus, c’est-à-dire échappaient aux réactions ordinaires qui n'étaient obtenues qu'après destruction de la combinaison.

Ces faits en apparence anormaux s’expliquent par Ja pré-

sence des acides organiques. Leurs combinaisons calcaires résistent à l’ébullition ; en dehors des sels normaux, leur présence augmente leur teneur en chaux et magnésie. Probablement doués de fonctions mixtes, ils forment des combinaisons avec la chaux et la magnésie, du genre des émétiques, et le métal proprement dit nous paraît occlus, étant insensible aux réactifs généraux de ces éléments.

Extraction des acides gras. — Les acides gras ont été extraits de l’eau en mettant à profit l’insolubilité des combinaisons barytiques que l’on transforme en sels sodiques correspondants, d’où l’on dégage les acides gras comme il sera dit.

Le liquide alcalin B, qui résulte du traitement décrit aux procédés généraux d'extraction de la matière organique, est concentré, acidulé par l'acide sulfurique et épuisé à plusieurs reprises par le chloroforme pur.

L’évaporation du solvant laisse une masse cristalline : elle reste dissoute dans quelques centimètres cubes de chloroforme que l’on volatilise à une douce chaleur dans un

verre de montre taré ; après un séjour de plusieurs heures: dans la eloche à dessiccation, on pèse ; la différence de poids donne celui des acides gras.

On obtient ainsi un résidu cristallin d’aspect jaune vu sous une certaine épaisseur. Examiné au microscope, il est composé d’aiguilles groupées en un double faisceau relié par une extrémité, analogue aux cristallisations de beurre rance ou d’acides des graisses.

Il fond à basse température 40-50° ; sous l’influence de la chaleur, une partie est volatisée ; il reste une substance blanche en prismes très nets. Il est certain qu’il ne s’agit pas d’un corps unique mais d’un mélange d’acides ; que ceux-ci proviennent des eaux ménagères ou du dédoublement des substances albuminoïdes ; dans ce dernier cas, l’hydrolyse suivie du départ de l’azote à l’état d’ammoniaque laisse un représentant des diverses étapes parcourues par la molécule albuminoïde primitive. La proportion d’acides gras est variable avec les causes de contamination. Les eaux de puits sont en général plus riches que celles des fleuves et des rivières, pour lesquelles la teneur est fonction tout à la fois du niveau et de la température.

Le maximum de pureté a lieu au printemps, lorsque les eaux sont abondantes et que la température est favorabie aux oxydases.

Le Rhône fournit en hiver une moyenne de 0 milligr. 06 en été, lorsque le fleuve est très bas, jusqu’à 0 milligr. 19 et au printemps de 0 milligr. 02 à 0 nulligr 03 au litre.

Relations des acides gras avec la contamination. — Les acides gras ne sont pas nuisibles par eux-mêmes bien que leur origine soit intimement liée à la présence de Ha

NO GE es

matière organique. Ils semblent un principe aussi constant dans l’eau que le chlorure de sodium ; il est même probable que leur proportion doit suivre de près celle des chlorures, augmenter avec le nombre d'habitants et l’intensité de la culture. En effet d’après un rapport du comité d'hygiène du Massachussets la réunion de trente personnes sur un mille carré détermine une augmentation de 0 nulligr. 1 de chlore par million de litres dans les cours d’eau voisins. Comme cette augmentation est assurément apportée par les eaux d’égouts ou ménagères, on peut en conclure que la quantité d’acides organiques augmente avec les agglomérations humaines. On ne peut donc espérer trouver une éau sans acides gras et les relations qui existent entre les qualités de l’eau et sa teneur en acides sont faciles à concevoir.

Des recherches dirigées dans ce sens ont montré qu'étant donnée une eau chargée en acides gras elle ne devient inactive au violet sulfureux qu’autant qu'elle est soumise à des variations de température.

Si la température reste constante toujours aux environs de 9°, la présence des acides gras n’est pas un obstacle à la recoloration du violet sulfureux, mais si l’eau subit des variations de température, la vie bactérienne change et en même temps les qualités de l’eau. Si l’on choisit une eau de puits profond et de pureté moyenne dont la température es basse, au voisinage de 9°, l’eau possèdera les qualités des eaux potables ; mais si l’on envoie la même eau dans un réservoir qui subit les influences de la température ambiante et qui bien souvent se trouve dans des endroits clos on constatera qu’elle diffère de celle du puits et que la proportion d'acides gras à augmenté, en même temps que son action sur les réactifs colorés a varié.

et

En résumé, les acides gras se trouvent dans les eaux potables unis aux sels de chaux et de magnésie ; leur présence augmente la dureté de l’eau ; lorsqu'elle atteint une certaine limite, l’eau perd la propriété caractéristique des eaux pures et possède les réactions des eaux impures

Page 1