‹ Recherches sur la craie supérieureChapitre 4 sur 62 · NS D · texte numérisé non relu

NS D

Barroisia Haberfellneri (gros. = 3,5), dessin de M. Douvillé, d'après l'échantillon de la craie de Villedieu représenté pl. IT, fig. 5.

Ce ne sont assurément que des différences de second ordre, mais, comme

je l'ai déjà dit, je crois qu'actuellement il y a avantage à multiplier les cou-

pures, de manière à ne grouper dans un même genre que des formes réelle-

ment aflines. Il est préférable, à mon avis, de tomber dans cet excès plutôt P Ù P

que d'établir des genres trop étendus qui risquent d'être hétérogènes, comme

cela s’est produit pour les anciens genres Acanthoceras, Schlünbachia, etc.

BARROISIA HABERFELLNERL. F. vox Hauer, sp.

(PL. I, fig. à à 5, et pl. IL, fig. à à 8.)

1859. Ammonites petrocoriensis. Coquand, Synopsis des fossiles de la formation crétacée du sud-ouest de la France.

1866. Ammonites Haberfellneri. F. von Hauer, Neue Cephalopoden aus den Gosaugebilden, p- 2; pl. 1, fig. à à 5. (Sitzungsber. der k. k. Akad. der Wissenschaften. Bd. LIL.)

1872. Ammonites Neptuni. Gein (?), Fritsch und Schlônbach, Cephalopoden d. bôhmischen Kreide, p. 30, pl. XIV, fig. 3. |

1872. Ammonites dentato-carinatus. Rôm, Kritsch und Schlônbach, Cephalopoden d. bôhmischen Kreide, p. 32; pl. XVI, fig. 1 à 3.

(2) 1873. Ammonites Haberfellneri. Redtenbacher, Die Cephalopodenfauna der Gosauschichten. Abhandl. d. k. k. geolog. Reichsanstalt, t. NV, p. 101; pl. XXII, fig. 2.

1873. Ammornites Päon. Redtenbacher, Die ‘Cephalopodenfauna der Gosauschichten. Abhandl. d. k. k. geolog. Reichsanstalt, t. V, p. 103; pl. XXII, fig. 3.

® Nicklès, Contributions à la palcontologie du sud-est de l'Espagne (Mémoires Soc. geol. de France, Paleontologie, t. 1, mémoire n° 4, p. 16; pl. 1, Gg. 17-19; pl. IE, fig. 3).

1876. Ammonit:s alstadenensis. Schlüter, Cephalopoden der oberen deutschen Kreide, p. 151; pi. XL, fig. 13 à 16.

1885. Buchiceras Nardini. Fallot, Cretace du sud-est ñ la France, p. 241; pl. IL, fig. 3 et 4.

Coquille discoïdale, comprimée, dont la forme et l’ornementation sont très variables dans les diverses phases de développement. ©

Spire formée de tours embrassants, s’accroissant assez rapidement, très peu convexes sur les flancs. ï

Section des tours de forme trapézoïdale, ayant sa plus grande épaisseur au voisinage de l'ombilic. ;

Ombilic de grandeur médiocre, nettement séparé des flancs par un pourtour arrondi un peu anguleux.

Bord externe terminé par un biseau, obtus dans le : jeune, se déprimant ensuite rapidement de manière à paraître même concave à cause de la saillie des tubercules latéraux ; enfin, quand ceux-ci ont disparu, 1l reste déprimé et un peu convexe, mais la carène médiane s’est effacée complètement.

Les variations de l'ornementation et de la forme se produisent tellement rapidement, que je crois nécessaire de décrire complètement une série d’échanüllons représentant ce type à divers degrés de développement.

Sur les échantillons de 2 à 3 centimètres de diamètre (pl. I, fig. 4 et 5; pl. IL, fig. 3). les flancs sont ornés de côtes fortes, élevées, partant de l'ombilic et se dirigeant obliquement en avant. Ces côtes sont droites ou très faiblement arquées et elles se terminent vers le milieu de la hauteur des flancs par une surélévation de laquelle partent, en général, deux côtes légèrement flexueuses portant à leur extrémité, sur le pourtour externe, un tubercule transverse assez fortement relevé. Ces côtes externes sont larges, arrondies, peu saïllantes, légèrement atténuées dans leur partie médiane. Entre elles, il s'en intercale parfois une qui prend naissance dans la région moyenne des flancs : si le point de départ de cette côte intercalaire se trouve au-dessus du milieu des flancs, elle n’est bien marquée qu’au voisinage même du bord externe ; si, au contraire, elle part d’un point plus rapproché de l’ombilic, elle est surélevée au milieu de la hauteur des flancs, tout comme les côtes principales.

Le bord externe est limité de chaque côté par une série “ tubercules symétriques placés à l'extrémité des côtes. Ils sont allongés dans le sens de la spirale et séparés par des intervalles un peu plus grands que leur longueur : leur nombre est deux ou trois fois plus grand que celui des côtes ombilicales.

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Le bord externe est un biseau obtus dont le tranchant est crénelé ; chacune des dentelures de la carène médiane correspond à un des tubercules latéraux et se trouve légèrement en avant, par rapport à celui-ci.

Le bord externe se déprime très rapidement : déjà, à l'extrémité de la spire de certains individus n'ayant que 3 centimètres de diamètre, 1 est coupé à peu près carrément et la carène médiane est à peine apparente ; les deux rangées latérales de tubercules font alors saillie de chaque côté vers l'extérieur, de sorte que le bord externe semble concave.

I existe entre les échantillons examinés quelques différences qui tiennent au mode de fossilisation et surtout à la nature de la gangue.

Dans un des échantillons provenant de la craie de Villedieu (pl. IT, fig. 3), les côtes ombilicales présentent à leurs extrémités, c’est-à-dire sur le bord de lombilic et vers le milieu de la hauteur des flancs, une surélévation formant gu, moins prononcé vers l’ombilic qu'au milieu des flancs.

Sur les autres échantillons, dont l’état de conservation est moins bon ou

un petit tubercule ai

dont la gangue est moins dure, c’est à peine si une légère surélévation au voisinage de l’ombilic laisse soupçonner en ce point l'existence du tubercule que montre l'échantillon, mieux conservé, dont je viens de parler; la côte ombilicale aussi est seulement surélevée à son extrémité, vers le milieu des flancs.

Lorsque la coquille se développe, les côtes ombilicales s’épaississent, deviennent moins nettes, moins tranchantes et se transforment en une grosse nodosité placée sur le bord de l'ombilic, de laquelle partent deux côtes très larges, peu marquées, très affaiblies dans la région médiane des flancs et allant aboutir sur le bord externe à des tubercules transverses très saillants. À ce stade, le point de bifurcation des côtes est donc beaucoup plus rapproché de lombilic, et si, de distance en distance, il s’intercale une côte supplémentaire, celle-ci n’est guère visible que sur la région externe au voismage immédiat du tubercule qui la termine. C’est à ce stade également que les tubercules externes deviennent très prononcés, très proéminents vers l’extérieur, de telle sorte que le contour veniral, à peu près méplat, paraît concave à cause de la saillie des deux rangées de tubercules entre lesquels il est compris; c'est avec peine que l’on peut distinguer en son milieu une légère arête qui correspond à la carène dentelée du stade précédent.

Plus tard, les côtes qui réunissent les nodosités du bord de l’'ombilic aux tubercules du pourtour interne s’affablissent peu à peu dans la région médiane des flancs et finissent même par disparaître complètement; à un stade

oh LES AMMONITES DE LA CRAIE SUPÉRIEURE.

ultérieur, les nodosités ombilicales et les tubercules externes disparaissent à leur tour et la coquille devient complètement lisse, à section subquadrangulaire, à bord externe très faiblement convexe : l'individu de la planche F, fig. 2, présente cet aspect sur une longueur d'environ un tiers de tour paraissant correspondre à la dernière loge.

La forme et lornementation de la coquille se modifient très notablement suivant son degré de renflement ou d’aplatissement, et on trouve toute une série de variétés présentant entre elles à peu près les mêmes relations que celles qui existent entre Am. varians, Am. Coupet et les échantillons formant passage graduel entre ces formes exirèmes.

Dans les variétés plates (pl. IE, fig. 2, 4, 7 et 8), l'ombulic est plus petit et plus nettement séparé des flancs ; le bord externe est formé par un biseau plus tranchant. L’ornementation est plus faible, les côtes sont moins prononcées et plus nombreuses; elles disparaissent plus tôt et la eoquille devient presque complètement lisse avant d’avoir attemt un diamètre un peu grand. C'est à pee si l'on voit alors sur le bord de lombilic quelques nodosités allongées et obliques, Le pourtour externe est encore orné de petits tubercules et le bord externe a toujours la forme d’un biseau à carène très faiblement crénelée. Souvent même, sur les moules internes, on n'aperçoit plus aucune irace des côtes au voisinage de l'ombilic, et l’ornementation se réduit à la triple rangée des dents de la carène et des tubercules latéraux, eux-mêmes irès effacés et à peine visibles. Cependant, sur quelques échantillons de même taille ayant conservé leur test, on aperçoit au voismage de l'ombilic de petites côtes fortement infléchies en avant, mais s’effaçant avant d’avoir atteint le premier quart de la hauteur des flancs.

Sur un échantillon (pl. Il, fig. 8) ayani 4 centimètres de diamètre et seulement 6 millimètres d'épaisseur et ayant conservé son test, l’ornementaüon est si faible, que pour l’apercevoir il faut faire muroiter la coquille à la lumière; les dentelures de la quille médiane et des carènes latérales sont à peine perceptübles. Cet échantillon montre que la plus grande épaisseur de la coquille n’est pas exactement sur le bord de l'ombilic, mais à peu près au üers de la hauteur des tours. ;

Dans les exemplaires renflés, la saillie des tubercules ombilicaux donne, au : contraire, l'illusion que la plus grande épaisseur se trouve près de l'ombilic, ainsi que je l'indiquais en commençant. Ceux-ci ont l’ombilic relativement plus grand et l’ornementation beaucoup plus vigoureuse; les côtes sont moins

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nombreuses et plus fortes. Tandis que sur les échantillons de forme moyenne le nombre des côtes ou des nodosités du bord de l'ombulic est d'environ onze par tour, il peut se réduire à six ou sept, comme sur l'échantillon que j'ai fait figurer pl. Il, &g. 6. Ces nodosités sont alors tellement prononcées et tellement saillantes, qu’elles forment tout autour de lombilic une rangée de pointes, à peu près comme dans Ammorutes orthocera du Kimméridien.

De nombreuses variétés se rattachent donc à ce type spécifique. L'aspect général de la coquille et son ornementation sont si différents aux divers stades du développement, qu'on pourrait être entrainé à en faire des espèces distinctes : c’est ainsi, par exemple, que le nombre des tubercules externes peut varier de seize, dans les échanullons les plus renflés, à trente-six dans les échantillons plats. J'ai indiqué, en outre, combien le mode de fossilisation, la nature de la gangue, la conservation du test, pouvaient entrainer de différences dans certains détails de l’ornementation.

En comparant entre eux les divers échantillons que j'ai fait figurer, on pourra constater qu'il n’en existe pas deux qui soient complètement identiques et queles différences entre eux sont souvent de mème ordre que celles qui ont motivé dans bien des cas la création d'espèces différentes.

H est bien certain que je n'aurais pu identifier et rapporter au même type spécifique tous ces individus si je n'avais pas eu sous les yeux une grande quanüté d'exemplaires présentant toute une série de formes intermédiaires et établissant une gradation continue depuis les échantillons à-forme comprimée, à ornementation nulle ou peu apparente et éeux plus renflés à ornementation très vigoureuse et très saïllante. Comme tous ces exemplaires proviennent, sinon du mème gisement, du moins de localités peu éloignées, et qu'ils appartiennent tous à un même horizon géologique bien nettement défini, on pourrait presque dire à la même couche, 1 faut bien n'y voir que des variations d'un même type et les comprendre sous la même désignation spécifique.

Cependant, il me paraît utile d'établir dans cette série continue de formes variées un certain nombre de points de repère pour définir les variations que l'on peut avoir l’occasion d’observer dans chaque localité.

Je distinguerai donc :

1° Barroisia Haberfellneri, type, pour les formes demrrenflées, telles que l'individu de la planche I, fig. 1 ;

2° Barroisia Haberfelineri, var. alstadenensis, Schlüter, pour les formes plates à ornementation faible, telles que les individus de la planche IL, fig. 4

et 7, qui me paraissent bien correspondre à l’exemplaire de Westphalie figuré par.M. le docteur Schlüter sous le nom d’Am. alstadenensis (Cephalopoden der ob. d. Kreide, pl. XL, fig. 13 à 15);

3° Barroisia Haberfellneri, var. Desmoulinst, pour les formes très renflées telles que l’ndividu de la planche Il, fig. 6, qui me parait correspondre à l'exemplaire représenté par MM. Fritsch et Schlônbach sous le nom d’Ammonites dentato-carinatus (Cephal. d. bômischen Kreide, pl. XVI, fig. 3);

4° Barroisia Haberfellneri, var. Harléi, pour les variétés très plates et à peu près lisses, telles que les individus représentés pl. IL, fig. 7 et 8.

Cloisons. — La ligne suturale de B. Haberfellneri est assez réduite et ne comprend, outre le lobe siphonal, que deux lobes latéraux et un lobe auxiliaire. Le premier lobe latéral est de forme très irrégulière : il est bifide à son extrémité et présente du côté externe une échancrure très développée, assez analogue à celle que l’on rencontre dans certaines cloisons d’Hoplitides. Le contour de la première selle latérale est très déchiqueté : cette selle est subdivisée en trois parties par deux lobules.

Le dessin ci-dessous, pris sur l'échantillon de la figure 3, pl. Il, provenant de la craie de Villedieu, donne les détails de cette cloison.

Barroisia Haberfellneri (gros.— 3,5), dessin de M. Douvillé, d’après l'échantillon représenté pl. Il, fig. 3.

Observations. — C'est Coquand qui, le premier, en 1859, dans son Synopsis des fossiles de la formation crétacée du sud-ouest de la France, a signalé, sous le nom d’'Ammonites petrocoriensis, le type que je viens de décrire; mais comme sa diagnose n'était accompagnée d'aucune figure, ce nom doit être écarté de la nomenclature. J'ai cru devoir reproduire pl. IL, fig. 5, l'individu qui a servi de type à Coquand; je donne ici la description du Synopsis :

« Coquille légèrement renflée au milieu, de la forme des Ammonutes syriacus, costulée et tuberculeuse ; ombilic très étroit, côtes épaisses, plates, mal indi-

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quées, partant du pourtour de l'ombilic, où elles commencent par un tubercule très saillant, se bifurquant ou se trifurquant et s’effaçant, pour ainsi dire, sur la partie médiane du tour et se terminant autour du dos par un tubereule très saïllant. Dos tranchant, formé par une carène tuberculeuse. Chaque tubercule correspond aux tubercules dorsaux, c’est-à-dire que le dos présente trois séries de tubercules, dont les médians tranchants et allongés. Montignac (Dordogne), de la collection de l'École des Mines. »

Coquand avait classé à tort cette espèce dans son étage campanien, tandis que les couches de Montignac appartiennent, au contraire, à la partie infériéeure de l'étage conacien, ainsi que la démontré plus tard Harlé dans sa Note sur le niveau des calcaires crétacés de Sarlat (Dordogne). | Bul. Soc. géol. de France, 2° série, XX, p. 120; 1862.]

En 1866,M.F, von Hauer a décrit et figuré sous le nom d’'Ammonites Haberfellneri une espèce basée sur l'examen de un échantillons recueillis dans les couches de Gosau, à Gams, près Hieflau (Styrie), et dans les environs de Strobl- Weissenbach, près Saint-Wolfgang (Haute-Autriche). La figure 1, pl. [, de ce savant paraît se rapporter assez exactement à certains échantillons que j'ai eu l'occasion d'examiner et en particulier à celui représenté ici, pl. I, fig. 1. Je ne pense pas que l'assimilation puisse être douteuse : la coupe des tours, pl. E, fig. 2 (v. Hauer), faite suivant un plan passant par une nodosité ombilicale et un tubercule externe, correspond bien à ce que donnerait une coupe analogue faite dans les échantillons de France; les figures 3 et 4 sont également bien conformes à ce que l’on trouve dans ces dermiers. Le dessin des cloisons concorde aussi exactement qu'on peut le désirer pour un dessin, fait vrasemblablement à main levée, avec celui qu'il a été possible de relever sur l'échantillon de la craie de Villedieu.

En 1873, Redtenbacher, dans son ouvrage sur les céphalopodes des couches de Gosau, a soumis à une revision les échantillons examinés par M. F. von Hauer et a cru devoir y distinguer deux espèces, en raison des différences qui existeraient dans l’ornementation et dans le dessin des cloisons. Cependant si l’on compare, pour la structure des lobes, les figures données par Redtenbacher! avec celles de M. F. von Hauer, on ne trouve entre elles que des dufférences d'ordre tout à fait secondaire et qui ne paraissent pas suffisantes pour motiver une distinction spécifique.

Redtenbacher a conservé le nom d’Am. Haberfellneri pour des échantillons de Gams; il en fait figurer trois, dont l'un (pl. XXIIT, fig. 2°) est un jeune de

IMIRIMERNIC NATIONALE.

1 À millimètres de diamètre, assez peu caractérisé; l’autre (pl. XXII, fig. 2b) est en trop mauvais état pour qu'il soit possible d'en dire quelque chose. Le troisième (même planche, fig. 2°) est à peu près de même taille que l'échantillon de M. von Hauer (pl. IF, fig. 1), mais présente néanmoins des différences telles, qu'il nous parait difficile de le rapporter à la même espèce. La figure de M. von Hauer représente un échantillon de taille moyenne ayant 62 millimètres de diamètre total, un ombilic de 1 1 millimètres de diamètre et possédant environ 12 nodosités ombilicales et 23 tubercules externes, tandis que l'échantillon représenté par Redtenbacher, pour un diamètre total de 62 millimètres et une largeur d’ombilic de 8 millimètres, ne montre que à ou 6 nodosités ombilicales et 24 tubercules externes. Or j'ai montré précédemment que les variations qui se rattachent au type d’Am. Haberfellneri obéissent à cette règle : les échanüllons de forme renflée ont un ombilic proportionnellement plus large et un nombre beaucoup plus faible de nodosités ombilicales que les échantillons peu épais : si, à ce point de vue, la figure d'Am. Haberfellneri chez M. von Hauer répond bien à ce que l’on peut constater dans les échantons de France, il n’en est pas de même de celle de Redtenbacher et dès lors il ne me paraît guère possible de rattacher l'échantillon qu'il a figuré sous le nom d'Haberfelineri au type défini par M. F, von Hauer.

Par contre, les figures de Am. Päon et en particulier les figures 3° et 3? correspondent assez bien, comme dimensions de l’ombilic et comme ornementation, au véritable type d'Am. Haberfellneri : Redtenbacher indique précisément dans le texte que pour lui les différences entre Am. Päon et Am: Haberfelineri, telles qu'il les comprend, consistent en ce que ce dernier n’a que 5 ou 6 nodosités ombulicales, tandis que l’autre espèce en a 9; que chez le premier le nombre des tubercules externes est de 18 ou 19, tandis qu'il est de 24 dans le second. Si l’on se reporte à la figure de M. von Hauer, pl. I, fig. 1, on constate, au contraire, comme je viens de l'indiquer, que le nombre des nodosités ombilicales y est bien plus élevé que dans l'individu figuré sous ce même nom par Redtenbacher, et que par contre l'accord est à peu près complet entre les figures d’Am. Päon, Redt., et Am. Haberfellneri, v: Hauer.

En 1872, MM: Fritsch et Schlônbach ont figuré avec doute sous le nom d’Ammonites Neptani, Geinitz (loc. cit.), un échantillon des rognons de sphérosidérite formant le niveau le plus élevé des Priesener-Schichten aux environs de Priesen, sur la rive droite de l’Eger. M. Fritsch fait remarquer dans le texte que cet échantillon doit yraisemblablement se rapporter à Am. dentato-carinatus,

ACANTHOCERATIDÉS. 59

Rômer, dont il a trouvé plusieurs échantillons dans le même gisement. Je considère en effet que cet échantillon aussi bien que ceux figurés sous le nom d'Am. dentato-carinatus, doivent être en réalité rapportés à une même espèce, à celle de M. von Hauer. La figure 2, planche XVI, montre notamment d’une manière bien nette la même ornementation que les jeunes échantillons que j'ai fait représenter, et la figure 3 de cette même planche se nus ÉvIdemment à la variété renflée de la figure 6, planche IE.

En 1876, M. le docteur Schlüter a décrit sous le nom d’Am. alstadenensis une espèce des couches crétacées de Westphalie (Emscher-Mergel) qui doit également être réunie à l’espèce de M. von Hauer. C’est bien le même mode d’ornementation; cependant le savant professeur de l’université de Bonn n'indique qu'une nodosité ombilicale pour quatre dents du bord externe, tandis que dans les échantillons que j'ai examinés il n’y a jamais plus de trois dents externes pour un tubercule du bord de l’ombilic. M. le docteur Schlüter signale en outre que quelques côtes ont, vers la moitié de la hauteur des flancs, un petit tubercule qui est ensuite caché sous le recouvrement du tour suivant. C'est en effet une particularité que l’on retrouve sur un des échantillons de Villedieu ; d’ailleurs M. le docteur Schlüter, à qui M. Arnaud a communiqué quelques-uns de ses échantillons du Périgord, n’a pas hésité à les rapprocher de son espèce". [1 convient d’ailleurs d'ajouter que l'espèce de Westphalie est fondée sur l'examen d'un seul bon échantillon, et que je ne vois pas de différences sensibles entre cet exemplaire et celui de ma planche II, figure 4.

Plus récemment, en 1885, M. Fallot a, dans un important mémoire sur le terrain crétacé du sud-est de la France (Annales des sciences géologiques, t. XVIIL), figuré deux échantillons des grès verdâtres de Dieulefit sous le nom de Buchiceras Nardini, n. sp- (pl. IE, fig. 3 et 4). Je les regarde comme se rapportant à Am. Haberfellneri. L’échantilon jeune, figure 4, ne peut se séparer des jeunes d'Am. Haberfellneri (voir pl. I, fig. 4 et 5, pl. IL fig. 3), tandis que l'adulte, figure 3, correspond au stade de développement représenté par la figure 3 de ma planche I. Je possède du reste un exemplaire d'Aubas, près Montignac, qui est absolument identique, sauf une taille légèrement supérieure, au moulage en plâtre de l'individu figuré par M. Fallot.

® Voici son appréciation : « Besonders interessant war mir den Am. petrocoriensis, Coq. kennen zu lernen. Derselbe hat die grôsste Aehnlichkeit mit meinem Am. alstadenensis aus dem Emscher- Mergel. Sobald von ihrem Exemplare der Nabel freigelegt sein wird, wird man wohl mit Sicherheït entscheiden kônnen ob beide wirklich identisch oder nur verwandt sind. »

Rapports et différences. — Les analogies de cette espèce avec Am. Kleuriausi d'Orb., de l'étage turonien, et Am. dentato-carinatus, Rômer, de la craie du Texas, sont si peu prononcées que je ne crois pas devoir insister sur les caracières distinctifs. H suffit de jeter un coup d'œil sur les figures de d'Orbigny et de Rômer pour se rendre compte qu'aucune confusion n'est possible.

Barroisia Haberfellneri jeune présente au contraire beaucoup d'analogie avec Am: Neptuni, Geimitz (Quadersandsteingebilde. PI. WE, fig. 3), dont M. le docteur Schlüter a donné (oc. cit.) une série de bonnes figures ; cette dernière espèce se distmgue par des côtes plus nombreuses et plus:serrées, leur point de bifurcation plus rapproché de lombilic, et surtout la forme de son bord ventral qui porte une quille dentelée très saillante, tandis que dans BP. Haberfelineri À y a seulement une carène ventrale dentelée. La section des tours, qui est rectangulaire dans Am. Neptuni, est trapézoïdale dans B. Haberfellnert.

Habitat. — Barroisia Haberfelineri est cantonné dans les couches des plus inférieures de l'étage sénonien.

Dans le sud-ouest de la France, 1l caractérise la partie mférieure du sousétage coniacien, l’assise K de M. Arnaud. I est surtout abondant dans le Périgord, dans les marnes grises glauconieuses qui constituent la base de cet étage à Gourd-del’Arche près Périgueux, à Aubas près Montignac, à Paulin, à Sani-Girq, à Sainte-Nathalène, etc.;: malheureusement, en raison de la pature de la roche, 1l y est très rarement en bon état de conservation.

Dans le bassin de la Touraine, il a été trouvé par l'abbé Bourgeois et M. Le Mesle, dans les carrières de la Ribochère, commune de Couture (Loir-et- Cher), dans les calcaires durs, spathiques ou gréseux qui constituent la base de la craie de Villedieu.

Il a été cité dans les grès de Dieulefit par Schlünbach, et plus récemment sous le nom de Buchiceras Nardini par M. Fallot (oc. cit.); M. Carez l'a signalé sous le nom d’Am. alstadenensis des grès siliceux des environs de ? jose (Bull. Soc. géol. de France, 3° série, XI, p- 363).

I se trouve dans les couches crétacées des Alpes orientales, dites couches de Gosau.

En Westphalie, il existe dans l'étage de l’Emscher-Mergel.

En Bohème, 1 habite la partie supérieure des Puesener-Schichten.

Echantillons examinés. — Plus de cent échantillons de la craie du Péri-

ACANTHOCERATIDÉS. 6i

gord : collections Arnaud, Boreau-Lajanadie, Desmond, Mouret, À. de Grossouvre. 3

Trois échantillons de la craie de Touraine : collection de l'abbé Bourgeois à l'École de Pontlevoy (Loir-et-Cher) et collection Le Mesle.

EXPLICATION DES FIGURES

Planche I.

Fig. 1°. — Individu (collection Arnaud) bien conforme au type de l'espèce, vu de côté, montrant le stade moyen de développement ; les côtes ombilicales, encore visibles au commencement du dernier tour, se transforment, vers l'extrémité de celui-ci, en tubercules allongés. i

Calcaires glauconieux de l'étage coniacien : assise K de M. Arnaud. Les Eyzies (Dordogne).

Fig. 1. — Le même, vu du côté ventral pour montrer la carène dentelée et les variations de forme du bord externe, d’abord terminé en biseau obtus et devenant méplat à l'extrémité du dernier tour.

F1G. 2%. — Individu (collection Arnaud) de la plus grande taille connue, vu de côté, montrant la disparition des tubercules ombilicaux et ventraux sur le dernier tour.

Calcaires glauconieux de l'étage coniacien : assise K de M. Arnaud. Gourd-del'Arche, près Périgueux (Dordogne).

Fig. 2. — Le même, vu du côté ventral pour montrer la forme du bord externe.

Fig. 3°. — Individu (collection Arnaud) un peu plus renflé que le type.

Calcaires glauconieux de l'étage coniacien : assise K de M. Arnaud. Gourd-del’Arche, près Périgueux (Dordogne).

Fig. 3). — Le même, vu du côté ventral : le bord externe, légèrement convexe à la partie inférieure du profil, est devenu assez fortement concave à la partie supérieure, en raison de la saillie des tubercules ventraux. é

Fig. 4°. — Individu jeune (collection À. de Grossouvre), vu de côté pour montrer l'ornementation des flancs à la taille immédiatement inférieure à celle de l'individu représenté par la figure 1. :

Calcaires marneux glauconieux de la partie inférieure de l'étage coniacien : assise K de M. Arnaud. ,, Aubas, près Montignac (Dordogne).

Fiç. 5°. — Individu jeune (collection le Mesle), appartenant à une variété un peu plus renflée que le type. L’ombilic est proportionnellement plus large et les côtes, plus épaisses, sont moins nombreuses.

Craie de Villedieu, partie inférieure : calcaires durs à texture gréseuse et à bryozoaires, exploités à la Ribochère près Couture (Loir-et-Cher). Fi. 5°. — Le même, vu du côté ventral.

Planche II.

F16. 1°. — Individu (collection Arnaud) intermédiaire entre le type et la variété Desmoulinsi, de taille moyenne, vu de côté : on voit que les tubercules et les côtes sont moins nombreux et que l’ornementation est beaucoup plus vigoureuse.

Calcaires glauconieux de l'étage coniacien : assise K de M. Arnaud. Gourd-del’Arche, près Périgueux (Dordogne).

Fic. 1. — Le même, vu du côté ventral.

Fig. 2. — Individu de taille moyenne (collection Arnaud), type de la variété Harléi, vu de côté pour montrer l'absence complète d’ornementation sur les flancs, où persistent seulement sur le bord externe des tubercules très atténués.

Calcaires glauconieux de l'étage coniacien : assise K de M. Arnaud. Gourd-del’Arche, près Périgueux (Dordogne).

Fig. 2. — Le même, vu du côté ventral; les tubercules de la carène médiane ont à peu près complètement disparu et la carène est devenue sensiblement lisse et continue; on voit aussi que le bord externe se déprime avec l'âge.

F1G. 3. — Individu de petite taille (collection Le Mesle); moule interne en très bon état de conservation, montrant les petits tubercules qui existent à l'extrémité des côtes ombilicales.

Craie de Villedieu : partie inférieure. Calcaires durs à texture gréseuse et à bryozoaires, exploités à la Ribochère près Couture (Loir-et-Cher).

Fig. 4°. — Échantillon d'assez grande taille (collection Arnaud) de la variété alstadenensis, bien conforme au type figuré par M. Schlüter (Cephal. d. ob. deutschen Kreide, pl. XL, fig. 13 à 16); les côtes visibles au commencement du dernier tour disparaissent à l'extrémité.

Calcaires glauconieux de l'étage coniacien : assise K de M. Arnaud. Gourd-del'Arche, près Périgueux (Dordogne).

Fire. 4. — Le même, vu du côté ventral; les tubercules de la carène ventrale sont visibles sur le dernier tour.

Fic. 5. — Échantillon type d'Am. petrocoriensis, Coq. (collection de l'École des Mines) ; il est déformé par compression et montre à l'extrémité du dernier tour, comme accident pathologique, un tubercule isolé à l’intérieur de la rangée des tubercules du bord externe.

Montignac (Dordogne).

Fic. 6. — Échantillon (collection Arnaud) type de la variété Desmouslinsi, vu de côté, remarquable par son épaisseur et la vigueur de son ornementation. Calcaires glauconieux de l'étage coniacien : assise K de M. Arnaud. Gourd-del'Arche, près Périgueux (Dordogne).

ACANTHOCERATIDES. 63

Fic. 62. — Le même, vu du côté ventral : les tubercules de la carène ventrale ont disparu en raison du mauvais état de conservation de l'échantillon.

Fic. 7°. — Individu jeune (collection Arnaud), d’une variété intermédiaire entre la var. alstadenensis et la var. Harléi, vu de côté, sur lequel les côtes ont déjà disparu à l'extrémité du dernier tour.

Calcaires glauconieux de l'étage coniacien : assise K de M. Arnaud. Gourd-del'Arche, près Périgueux (Dordogne).

Fig. 8°. — Individu jeune (collection Arnaud), appartenant à la var. Harléi, montrant l'absence de toute ornementation dès cette taille. Calcaires glauconieux de l'étage coniacien : assise K de M. Arnaud. Gourd-del’Arche, près Périgueux (Dordogne).

Fic. 8. — Le même, vu du côté ventral.

BARROISIA NICKLÉSI. A. DE GRoSSOUVRE, n. sp.

(PL UT, fs 2.)

Cette espèce rappelle tout à fait par sa forme la précédente : les échantillons que j'en ai sous les yeux sont malheureusement insuffisants pour étudier l'espèce à ses divers degrés de développement.

Toutefois ils montrent bien nettement que cette forme ne peut être assimilée à une variété de B. Haberfellneri, car, tout en présentant le même aspect et le même mode d'ornementation, elle en diffère par ce caractère qu'elle a l’ombilic proportionnellement beaucoup plus large, les tours moins épais et une ornementation relativement peu accentuée. Si nous avions seulement affaire à une variété de B. Haberfellneri, formant un terme de la série précédemment définie, cette forme, avec la largeur relativement grande de son ombilic, devrait être beaucoup plus renflée et ornée de côtes et de tubercules plus accentués. Elle se distingue encore de B. Haberfellneri par son bord ventral beaucoup plus déprimé, possédant une carène plus obtuse non tuber-

culée.

Cloisons. —— Inconnues.

Gisement. — Cette espèce habite un niveau supérieur à celui où est

cantonné B. Haberfellneri, dont elle constitue ainsi une mutation : elle a été recueillie dans les calcaires blancs, compacts, pétris de nombreux bryo-

rt

zoaires qui recouvrent dans la Charente les grès de la partie inférieure du coniacien et qui constituent les couches groupées par M. Arnaud sous la lettre L!.

Les échantillons examinés proviennent l'un de Toutyfaut, près Angoulème, l'autre de la Quina, près Lavalette (Charente).

EXPLICATION DES FIGURES

Planche III.

Fig. 2. — Individu, type de l'espèce, vu de côté. Calcaires blancs à texture gréseuse et à bryozoaires du coniacien moyen : assise L! de M. Arnaud.

Toutyfaut, près Angoulême (Charente).

Fig. 22. — Le même, vu du côté ventral.

BARROISIA SEQUENS. A. DE GROsSOUVRE, n. sp.

(PI. IT, fig. 1.)

Cette coquille a la même forme générale que l'espèce précédente, mais son ornementation est bien différente : elle se compose de côtes larges, peu élevées, peu distinctes, assez serrées, se terminant vers le pourtour externe par un petit tubercule transverse; quelquefois entre deux côtes principales, il s'intercale une côte secondaire qui n’est visible que sur la moitié externe des

flancs.

Cloisons. — Inconnues.

Gisement. — Elle se trouve avec l'espèce précédente dans les calcaires

blancs, compacts, à bryozoaires, assise L! de M. Arnaud.

Échantillon examiné : un seul de Toutyfaut, près Angoulème.

EXPLICATION DES FIGURES

Planche III.

Fic. 1. — Individu, type de l'espèce, vu de côté. Calcaires blancs à texture gréseuse et à bryozoaires du coniacien moyen : assise L! de M. Arnaud.

Toutyfaut, près Angoulême (Charente).

ACANTHOCERATIDES. 65

BARROISIA BOISSELLIERI. A. DE GROSSOUVRE, n. sp

(PI. IE, fig. 3.)

Ammonite discoïdale, comprimée.

Spire formée de tours beaucoup plus hauts que larges, recouverts sur la moitié de leur hauteur.

Ombilic moyen, peu profond, à paroi verticale séparée des flancs par un pourtour anguleux.

Flancs médiocrement convexes.

Section des tours subovalaire ayant sa plus grande largeur vers le milieu de la hauteur.

Bord externe très déprimé, tronqué presque carrément, orné en son milieu d’une quille peu saillante.

Les flancs sont ornés de côtes simples, légèrement flexueuses, étroites, un peu élevées, séparées par d’assez grands intervalles et terminées sur le bord

externe par un tubercule transverse très peu saïllant en dehors.

Cloisons. — Peu visibles sur l'échantillon examiné, mais paraissant bien se rapporter au type des cloisons de Barroisia.

Observations. — Gette espèce se distingue facilement par ses côtes étroites flexueuses, espacées, ornées seulement d’un tubercule externe.

Habitat. — Etage comiacien moyen.

Échantillon examiné. — Un seul (collection Arnaud) provenant des calcaires blancs grenus de la Quina; assise L! de M. Arnaud.

EXPLICATION DES FIGURES

Planche III.

Fig. 3°. — Individu (collection Arnaud) type de l'espèce, vu de côté. Calcaires blancs à texture gréseuse et à bryozoaires du coniacien moyen ; assise L1 de M. Arnaud.

La Quina, près Lavalette (Charente).

Fic. 3°. — Le même, vu du côté ventral.

IMPAIMERIE NATIONALE.

RÉSUME

Les Barroisia sont caractéristiques de l'étage coniacien; néanmoins ils paraissent cantonnés de préférence dans les couches inférieures et moyennes de cet étage, et jenen cOnNaIs pas d'échantillons provenant des couches les plus supérieures situées Immédiatement sous l'étage santonien.

La répartition géographique de ce genre est assez étendue en Europe, car nous le voyons représenté dans la craie de Bohème, de Westphalie, de la Touraine, de l’Aquitaine, du bassm de Dieulefit et des Alpes orientales. J'ai recueilli dans les Corbières, dans les couches à Micraster brevis des environs de Rennes-les-Bans, un fragment d’ammonite appartenant à ce genre, mais ne rentrant dans aucune des espèces précédemment défimies.

En Afrique, ce genre parait représenté par Schlünbachia tunetana, Péron, forme qui me semble devoir être rattachée à ce groupe et non aux Schlônbachia.

Je ne connais pas de formes analogues de l'Inde n1 de l'Amérique.

Genre MORTONICERAS. Mer.

Ce genre a été établi par Meek (1876, in Hayden, Ann. rep. of the U.S. geol. surv. of the territories) en prenant pour type Ammonites vespertinus, Morton. Or, Gabb qui a comparé des spécimens d'Am. texanus, Rômer, de la mème localité que l'original de Morton, dit que les deux espèces sont absolument identiques en tout, la figure de Morton étant très défectueuse. Je prends donc, comme type du genre Mortoniceras, Ammonites texanus de Rômer.

Ce groupe renferme des espèces que Neumayr avait rattachées à son genre Schlônbachia : ce sont en général des coquilles dont la section des tours est plus élevée que large, de forme subquadrangulaire, à bord externe large et orné sur la ligne siphonale d’une petite quille arrondie très peu saillante.

La cloison ressemble par certains traits à celle des Acanthoceras, sauf que le premier lobe latéral est arrondi à son extrémité et terminé par des digitations ayant toutes à peu près la même valeur, de sorte que l’on n’y distingue pas, ou tout au moins très peu nettement, la fourche terminale caractéristique des Acanthoceras et des Stoliczhaia. La ligne suturale très réduite ne comprend en dehors du lobe siphonal que deux lobes latéraux: Les extrémités des lobes

ACANTHOCERATIDÉS. 67

forment une ligne droite normale à l'enroulement, c’est-à-dire que, déroulée sur un plan, la cloison est limitée supérieurement par une droite perpendiculaire à son axe.

Les échantillons de Mortoniceras texanum que j'ai examinés ne m'ont pas montré les cloisons en assez bon état pour permettre d’en prendre le dessin : J'ai pu m'assurer cependant qu’elles présentent une analogie complète avec celles des autres Mortoniceras, et en particulier celles de M. Bourgeoïst, dont je donne ci-dessous le dessin.

Mortoniceras Bourgeoisi (gros. — 4), d’après l'échantillon de la craie de Villedieu représenté pl. XIV, fig. 5.

MORTONICERAS ZEILLERI. A. DE GROSSOUVRE, n. sp. (PI. XIV, fig. 2.)

1867. Ammonites texanus. Schlüter, Jüngsten Armmoneen Norddeutschlands, p. parte, p. 32, pl. VI, fig. 1°, 1° (non fig.-3).

Coquille discoïdale, comprimée.

Spire formée de tours peu embrassants, à section ovalaire un peu rétrécie sur le bord externe.

Ombüic assez grand, se raccordant graduellement avec les flancs par un pourtour arrondi.

Les flancs sont ornés de côtes élevées, arrondies, assez espacées, droites, radiales et interrompues sur le bord externe, dont le milieu est occupé par une quille arrondie très peu saïllante.

Les côtes portent quatre tubercules ou nodosités : la première, consistant seulement en une lésère surélévation de la côte, est située d’abord au voisinage immédiat de lombilic sur les premiers tours, puis s'en écarte peu à peu sur les tours suivants et arrive finalement à peu près vers le quart de la

hauteur des flancs : la seconde, de forme arrondie, est située vers les deux tiers de la hauteur, et les deux dernières constituent deux tubercules très rapprochés, transverses et saillants, placés sur le bord externe. Entre le deuxième et le troisième tubercule, les côtes se bifurquent souvent en deux costules séparées par une légère dépression en forme de gouttière. Entre le troisième et le quatrième tubercule, les côtes sont très effacées. Les tubercules de la rangée externe sont assez aliongés dans le sens de l’enroulement et séparés par des intervalles à peu près égaux à leur longueur; souvent la quille médiane

se surélève un peu vis-à-vis d'eux et prend un aspect ondulé. Cloisons. — Se rapportent au type défini précédemment.

Rapports et différences. — Cette espèce diffère de Mortoniceras texanum parce que ses côtes ne portent que quatre tubercules au lieu de cmq. Elle se distingue de Mortoniceras Bourgeoisi par trois tubercules à l'extrémité des côtes au lieu de deux, et de M. serralo-marginatum, parce que le troisième tubercule est plus rapproché du quatrième que du deuxième, tandis que c’est l'inverse dans cette dernière espèce.

L'échantilon des marnes de Hernes (Westphalie), étage de l’Emscher- Mergel, figuré en 1867 par M. le docteur Schlüter sous le nom de Am. texanus (non À. texanus, Rômer), me parait appartenir bien nettement à cette

espèce.

Gisement. — En Westphalie, dans l'étage de l’Emscher-Mergel; en France, dans les calcaires qui forment la base de la craie de Villedieu.

Échantillon examiné. — Un seul (collection de la Sorbonne), provenant des calcaires durs exploités dans les carrières de la Ribochère, commune de Couture (Loir-et-Cher).

EXPLICATION DES FIGURES

Planche XIV.

F1G. 1°. — Individu (collection de la Sorbonne) vu de côté, montrant des côtes droites, radiales, surélevées au voisinage de l’ombilic et portant trois tubercules à leur extrémité externe; mais la distance entre le premier tubercule du côté interne et le second est beaucoup plus grande que celle de celui-ci au dernier, caractère qui distingue cette espèce de M. serrato-marginatum.

ACANTHOCERATIDES: 69

Calcaires de la base de la craie de Villedieu. Carrières de la Ribochere, commune de Couture (Loir-et-Cher).

Fic. L?, — Le même, vu du côté ventral.

MORTONICERAS SERRATO-MARGINATUM. Reprensacuer, sp. (PI. XVI, fig. 1.)

1872. Ammonites texanus. Schlüter, Cephalopoden der oberen deutschen Kreide, p. 41; pl. XI, fig. 1 à 3. ;

1873. Ammonites serrato-marginatus. Redtenbacher, Die Cephalopodenfauna der Gosauschichten, Abhandl. d. k. k. geol. Reichsanstalt, t. V, p. 110; pl. XXV, fig. 2.

1876. Ammonites Emscheris. Schlüter, Cephalopoden der oberen deutschen Kreide, p. 115: pl. XLIT, fig. 8 à 10.

Coquille discoïdale, comprimée.

Spire formée de tours peu embrassants, croissant assez lentement, à secüon subquadrangulaire, à flancs peu convexes.

Ombulic large, peu nettement séparé des flancs avec lesquels 1l se raccorde par un pourtour arrondi. |

Les flancs sont ornés de côtes le plus souvent simples, larges et élevées, séparées par des intervalles bien supérieurs à leur largeur, légèrement infléchies en avant, élevées ou subtuberculées autour de l'ombilic, encore un peu surélevées vers le tiers de la hauteur et terminées extérieurement par une double rangée de tubercules très rapprochés, au delà desquels elles se continuent par une ondulation peu marquée, un peu plus imfléchie en avant que la côte proprement dite et finissant à un tubercule transverse, allongé et très saillant. Sur le milieu du bord externe s'élève une petite quille lisse, arrondie, mais dont la saillie est bien inférieure à celle de la rangée latérale de tubercules : en face de ceux-ci, la quille est d'ordinaire un peu surélevée.

Dans les échantillons jeunes, les côtes sont un peu plus flexueuses et inégales : parfois elles partent par paires d’un tubercule ombilical.

Les trois tubercules externes sont transverses et vont en croissant très rapidement de longueur du plus interne à l'externe : les deux premiers du côté interne très rapprochés, presque confondus par leur base, constituent en quelque sorte un gros tubercule bifide. Les tubercules de la rangée la plus externe, nettement distincts des deux précédents, sont très allongés dans le sens de l’enroulement et sont séparés les uns des autres par des intervalles

inférieurs à leur longueur. [ls font fortement saillie et encadrent le contour externe, qui semble concave.

Cloisons. — Les cloisons de cette espèce ressemblent à celles des divers autres Morloniceras. La ligne de suture est très simple et se compose seulement, en dehors du lobe ventral, de deux lobes latéraux. Le premier lobe latéral est à peine plus long que le lobe ventral; le second lobe latéral est moitié plus court. Les lobes sont beaucoup plus étroits que les selles et terminés par des digitations. Les selles, assez larges, sont subdivisées en deux parties sensiblement égales par un lobule accessoire très développé dans la première selle latérale.

Fig. 31.

mm = = nn

Mortoniceras serrato-marginatum (gros. = 2), d'après l'échantillon de la craie de Villedieu représenté pl. XVI, fig. 1.

L'ensemble de la ligne suturale est limité à sa partie supérieure par une ligne droite normale à l’enroulement.

Observations. — Cette espèce doit avoir été comprise par d'Orbigny, en 1850, parmi les formes qu'il a rattachées à un: même type spécifique désigné par lui sous le nom d'Ammonites Bourgeoisi (Prodrome de paléontologie straligraphique, t. IE, terrains crétacés, 22° étage sénonien, n° 16, p. 212). Il le caractérise ainsi : « Belle espèce, voisine de l'A. varians, mais pourvue de côtes simples, ornées chacune, près du dos, de trois ou quatre tubercules externes ; une carène munie de sillons latéraux. » Cette courte diagnose est insuffisante pour préciser le type spécifique, et le nom de d'Orbigny, bien qu'il

ACANTHOCERATIDÉS. 71

ait été appliqué en général par tous les géologues français à l'espèce dont je viens de m'occuper, ne peut être conservé pour elle. Il est vrai que postérieurement M. Arnaud a fait dessiner un magnifique échantillon de cette espèce provenant de la Charente-Inférieure, mais la planche ne porte pas de date de publication et ne peut servir pour mamtenir la priorité du nom de d'Orbigny.

Dans son premier ouvrage (1867) sur les céphalopodes de la craie supé-

rieure de Westphalie et dans les prenuères livraisons de sa belle monographie (1872), M. le docteur Schlüter a décrit sous le nom d’Ammoniles texanus une série de formes qui doivent vraisemblablement correspondre à celles que d'Orbigny avait en vue sous le nom d’Am. Bourgeoisi. En 1876, ayant reconnu la confusion qu'il avait commise, 11 sépara, sous le nom d’Am. Emscheris, une forme de l’'Emscher-Mergel de Westphalie, dont il précisa les caractères spéciaux dans les figures 8 à 10 de la planche XLIT; à cette même espèce se rapporte incontestablement l'échantillon figuré d’abord sous le nom d’Am. lexanus, pl. XIF, fig. 1 à 3, mais les échantillons décrits sous ce même nom dans le mémoire de 1 867 doivent être distingués comme appartenant à d’autres types spécifiques.

Pendant ce temps, Redtenbacher avait décrit en 1873, sous le nom d’Ammonites serrato-marginalus des échantillons provenant de Glaneck, près Salzbourg, d’un escarpement marneux situé au pied de l’Untersberg; ces échanüHons me paraissent représenter de jeune de l'espèce dont je m'occupe. Si l'on compare, 1l est vrai, les figures de Redtenbacher avec les miennes, on y remarquera bien quelques différences. Sur les individus de Glaneck, le premier tubercule interne est situé immédiatement sur le bord de lombiic, tandis que sur l'échantillon de Villedieu il en est à une certaine distance. C'est là, en réalité, une différence qui est uniquement en rapport avec l’âge, et on peut voir sur la figure de la planche XVI que si, sur le dernier tour, le premier tubereule est à une certaine distance de l’ombilic, il s'en rapproche de plus en plus sur le tour précédent et qu'il est tout contre l’ombilic au commencement de celui-ci. J’ajouterai que j'ai recueilli dans les couches M! de la Charente des individus de la taille de ceux de Glaneck, qui leur sont complètement identiques, et comme M. Arnaud possède de ces mêmes. couches un exemplaire de même taille que celui de Villedieu et absolument semblable, je crois qu'on ne doit pas hésiter à considérer les échantillons figurés sous le nom. d’Am. serrato-marginatus comme les jeunes de l'espèce de Westphalie définie par des formes adultes. Le nom d’Am. serrato-marginatus ayant

la priorité doit donc être conservé et celui d’'Am. Emscheris passer en synonymie.

Rapports et différences. — Cette espèce est facile à distinguer de Mortoniceras texanum, dont les côtes portent cinq rangées de tubercules nettement individualisés, et de A. Bourgeoisi, qui ne possède que deux tubercules à l'extrémité de ses côtes. Elle offre plus d’analogies avec M. Zailleri en raison des trois tubercules externes que présente cette espèce, mais la disposition n'est pas la même des deux côtés : chez M. Zeilleri, l'intervalle (en partant du côté interne) entre le premier et le. second tubercule externe est beaucoup plus grand que dans M. serrato-marginatum, chez lequel ces deux tubercules sont très rapprochés et se touchent presque.

(risement.

M. serrato-marginatum habite les couches supérieures de l'étage coniacien et la base de l'étage santonien.

En Touraine, on le trouve dans la partie moyenne de la craie de Villedieu, dans les bancs à Ostrea auricularis immédiatement supérieurs aux calcaires durs spathiques de la base.

Dans l’Aquitaine, il a été recueilli dans les couches supérieures de l'étage coniacien, assise Li de M. Arnaud, et dans les couches inférieures de l'étage santonien, assise M! de M. Arnaud : dans ce dernier gisement, il est accompagné de Placenticeras syrtale et Mortoniceras texanum.

Dans les Corbières, MM. Péron, Toucas et J! Jean ont constaté sa présence dans les marnes à Micraster brevis, qui forment partout un horizon facile à distinguer.

I a été aussi recueilli en Provence dans les marnes à mucrasters du Beausset. :

Dans les Alpes orientales, il existe dans les couches dites couches de Gosau, aux environs de Salzbourg.

En Westphalie, M. le docteur Schlüter a fait connaitre son existence dans les marnes de l’'Emscher-Merpgel.

Dans la région subhercynienne, M. G. Müller a signalé sa présence sous le nom d’Am. Emscheris dans les marnes à nodules de phosphorite, exploitées aux environs de Zilly sur le revers septentrional du Hartz, niveau qu'il rattache à l'étage de l'Emscher. (Jahrbuch der k. p. geol. Landesanstalt und Bergakademie, 1887, p. 372.)

ACANTHOCERATIDÉS. 73

Échantillons examinés. — Echantillons de la craie de Touraine (collections de la Sorbonne, de l'École des mines, À. de Grossouvre).

Échantillons de la Charente et de la Dordogne (collections Arnaud et A. de Grossouvre).

Échantillons des Corbières (collections J' Jean, Péron et Toucas).

Échantillon du Beausset (collection de l'École des mines) provenant de l'ancienne collection Coste (de Marseille).

EXPLICATION DES FIGURES

Planche XVI.

Fi. 1°. — Individu (collection À. de Grossouvre) vu de côté, pour montrer l’ornementation des flancs composée de côtes légèrement flexueuses, un peu obliques en avant, terminées par trois tubercules dont les deux premiers, assez rapprochés, semblent souvent réunis en un tubercule unique bifide.

Couche à Ostrea auricularis de la partie moyenne de la craie de Villedieu.

Carrières de la Ribochère, commune de Couture (Loir-et-Cher).

Fic. 12. — Le même, vu du côté ventral.

MORTONICERAS BOURGEOISI. D'OnrsrGny, sp. emend. A. DE GROSSOUVRE.

(PI. XII, fig. 2; pl. XIV, fig. 2 à 5.)

1872. Ammonites texanus. Fritsch und Schlônbach, Cephalopoden der bôühmischen Kreide, p. 28; pl. VI, fig. 5. 2

Cette espèce est très voisine de la précédente ; elle s’en distingue par ce caractère que les côtes ont, sur le bord externe, seulement deux rangées de tubercules au lieu de trois. Comme dans la série des échantillons, appartenant à ces formes, que j'ai eu l’occasion d'examiner, je n’en ai pas observé montrant le passage entre les deux types, je crois devoir maintenir entre -eux une distinction spécifique.

Si l'étude de nouveaux matériaux permet un jour d'établir leur réunion, l'espèce dont je vais m'occuper pourra être considérée comme une variation de la précédente et désignée sous le nom de M. serrato-marginatum, var. Bourgeois.

L'examen d'échantillons de petite taille me permet de préciser les divers stades d’ornementation. RS

IMPRIMERIE NATIONALE

La coquille, vers le diamètre d'un centimètre, est à peu près complètement lisse ; puis vers cette taille commencent à se montrer des côtes un peu fortes, au nombre de huit environ par tour, entre lesquelles apparaissent plus tard des côtes un peu plus faibles, Toutes ces côtes sont flexueuses, presque falcuhiformes et s'infléchissent fortement en avant lorsqu'elles arrivent sur le pourtour externe. Elles sont le plus souvent imégales comme force et comme longueur : les unes commencent sur le bord mème de lombihic par une parte subtuberculée, tandis que les autres, intercalées entre celles-ci, prennent naissance à une petite distance de lombilic, sont d'abord peu apparentes et deviennent de mème valeur que les premières seulement sur la région externe des flancs. Toutes ces côtes croissent régulièrement en largeur de Pombihc vers le bord externe ; au point où elles se coudent brusquement en avant, au voismage du bord externe, elles portent d'ordinaire un petit tubercuie, mais

ce dernier n'existe régulièrement sur toutes les côtes qu'à partir d’un certam diamètre.

Les côtes, très élargies, se terminent brusquement à une certame distance de la quille médiane par des tubercules transverses très nets, au delà desquels on voit une ondulation très affaiblie présentant une forte imflexion en avant qui disparait un peu plus loin, avant la quille médiane.

Au fur et à mesure que la coquille s’accroit, les différences entre les diverses côtes deviennent moins accentuées ; néanmoins on remarque encore bien des écarts dans leur ornementation : tantôt, près de l’ombilic, la côte est surélevée en un tubercule presque conique, tantôt en un tubercule allongé plus ou moins prononcé.

Sur les échantillons de plus grande taille, la côte est surélevée et pincée dans la région ombilicale jusque vers le premier tiers de la hauteur des flancs ; à partir de là, elle s’atténue très notablement jusqu’à la première rangée de tuberculés externes. !

Même sur les échantillons de grande taille, comme celui de la planche XIIF, figure 2, on observe encore des inégalités entre les diverses côtes.

Sur les individus de formes plus épaisses, l’ornementation est plus vi reuse et les tubercules ombilicaux sont plus accentués.

gou-

Cloisons. — Les cloisons sont à peu près semblables à celles du M. serralomarginatum, comme le montre la fisure ci-dessous, et comme on peut le voir sur l'échantillon de la figure 2° de la planche XIII.

ACANTHOCERATIDÉS. 75

Fig. 32.

ni 7Ÿ |

Mortoniceras Bourgeoist (gros. — 4), d’après l'échantillon de la craie de Villedieu

représenté pl. XIV, fig. 5.

Rapports et différences. — J'ai indiqué précédemment comment cette espèce se distingue de M. serrato-marginalum; j'ajouterai que ses côtes sont plus obliques en avant que celles de cette dernière. ge, une assez grande analogie avec les jeunes

de Prionotropis Woolgari figurés par d'Orbigny sous le nom d'Ammonites Caro-

Elle présente, dans le jeune à

Tinus: mais dans ces derniers, les tours sont un peu plus convexes, aussi bien sur les flancs que sur le bord externe; les côtes sont un peu plus espacées et moins nombreuses; les tubercules sont plus saïllants et plus réguliers, mais le caractère distinctif le plus net est donné par la forme du bord externe, sur lequel on rencontre chez Morloniceras Bourgeois seulement une quille arrondie peu élevée, tandis que dans Prionotropis Woolgari il porte une série de tubercules fortement saillants. Ce caractère suffit pour distinguer au premier coup d'œil les deux types malgré leur grande analogie ; il sert également à séparer les formes adultes renflées de M. Bourgeoisi des individus de même taille appartenant à Prionotropis Woolgari, avec lesquels ils ont une grande similitude.

Observations. — Cette forme rentre dans l'ensemble de celles que d'Orbigny a groupées sous le nom d’Am. Bourgeoïst et je crois devoir lui conserver ce nom en l’appliquant spécialement au type que je viens de préciser.

Habitat. — Elle appartient aux couches les plus élevées de l'étage coniacien. En Touraine, elle se trouve avec Mortoniceras serrato-marginatum dans les couches moyennes de la craie de Villedieu, où elle est un peu moins rare que ce dernier. Dans les Corbières, elle habite aussi avec lui dans l’assise à

Micraster brevis.

Échantillons examinés. — Échantillons de la craie de Villedieu, de la Ribochère, commune de Couture (Loir-et-Cher); de Langeais, Chenonceaux, etc. (Indre-et-Loire); [collection de l'abbé Bourgeois à l'École de Pontlevoy; collections Le Mesle, Péron, A. de Grossouvre, École des mines, Sorbonne |.

Échantillons des Corbières (collections J' Jean, Péron, Savin et Toucas).

Fr.

Frc.

Fi.

Fr.

Fire.

Fc.

Frc.

| Fic.

EXPLICATION DES FIGURES

Planche XIII.

2. — Superbe individu (collection Le Mesle) vu de côté : on voit qu'il n'existe à l'extrémité des côtes que deux tubercules, caractère qui distingue cette espèce de M. serrato-marginatum.

Couche à Ostrea auricularis de la partie moyenne de la craie de Villedieu. Carrières de la Ribochère, commune de Couture (Loir-et-Cher).

Planclie XIV.

22, — Individu (collection Le Mesle) vu de côté. Couche à Ostrea auricularis dela partie moyenne de la craie de Villedieu. Carrières de la Ribochère, commune de Couture (Loir-et-Cher).

2b. — Section du dernier tour du précédent.

2°. — Partie centrale du précédent, après enlèvement d'une portion du dernier tour, de manière à montrer l'ornementation du jeune qui consiste en côtes de force inégale, légèrement flexueuses.

3°. — Individu (collection Le Mesle) vu de côté, à ombilic un peu plus grand que le précédent. | Couche à Ostrea auricularis de la partie moyenne de la craie de Villedieu. Carrières de la Ribochère, commune de Couture (Loir-et-Cher).

3P. — Le même, vu du côté ventral.

h. — Individu (collection Le Mesle) de petite taille, à ombilic un peu plus large que celui de la figure 2°, et montrant une ornementation un peu plus accentuée. :

Couche à Ostrea auricularis de la partie moyenne de la craie de Villedieu. Carrières de la Ribochère, commune dé Couture (Loir-et-Cher).

5. — Individu (collection A. de Grossouvre) de taille moyenne, à ombilic relativement large et à ornementation plus accentuée. Couche à Ostrea auricularis de la partie moyenne de la craie de Villedieu. Carrières de la Ribochère, commune de Couture (Loir-et-Cher).

ACANTHOCERATIDÉS. 77

MORTONICERAS BONTANTI. A. pe GROSSOUVRE, 2. sp.

(PI. XVII, fig. 2 et 3.)

Coquille discoïdale, comprimée.

Spire formée de tours médiocrement embrassants, croissant assez rapidement, à flancs peu convexes, à bord externe coupé carrément, présentant en gées de tubercules latéraux allongés dans le sens de l'enroulement, un peu plus

son milieu une quille arrondie très peu saïllante, encadrée entre deux ran

saillants que la quille médiane.

Ombilic moyen, à paroi verticale raccordée avec les flancs par un pourtour arrondi un peu pincé.

Sur le bord de l’ombilic se trouve une série de tubercules allongés et pincés, au nombre de seize par tour, faisant un peu saillie à son intérieur. De ces tubercules partent deux côtes larges, arrondies, peu élevées, un peu obliques en avant, un peu flexueuses et falculiformes, se terminant sur le bord externe par un tubercule transverse; en avant de ce tubercule, elles sont faiblement surélevées, ce qui donne naissance à une seconde rangée de tubercules.

Les tubercules de la rangée externe, séparés par des intervalles égaux à leur longueur, sont au nombre de trente-deux par tour; ils forment, de chaque côté du contour externe, deux crêtes régulièrement dentelées, qui constituent, avec la quille médiane, deux larges dépressions.

L'individu représenté par la figure 3 de la planche XVI offre un stade plus avancé. Vers l'extrémité du dernier tour, dans la partie correspondant à la chambre d'habitation, les côtes présentent une rangée supplémentaire de tubercules situés à une petite distance de l'ombulic. De plus, sur la dernière moitié de ce tour, les tubercules de la troisième rangée sont plus nets, plus pincés et plus saillants.

Cloisons. — Le dessin des cloisons de cette espèce ressemble complètement à ceux des autres espèces de ce genre, comme le montre la figure 33.

Rapports et différences. — Cette espèce est assez voisine, comme ornementation, d’Ammonites Neptuni, Gen. Elle s’en distingue par les tubercules ombilicaux plus saillants, desquels partent toujours deux côtes, tandis que chez

ce dernier ils ne donnent d'ordinaire naissance qu'à une seule. La différence la plus nette et la plus frappante réside dans le bord externe, qui chez Am. Neptani porte une quille fortement sallante et dentelée, tandis que dans l'autre cette quille est arrondie et peu élevée.

— RL qu | à

Ÿ ou

Mortoniceras Bontanti (gros. — 3), d’après l'échantillon de la craie de Villedieu représenté pl. XVIL, fig. 3.

Il existe aussi, au point de vue de l’ornementation, quelques analogies entre Mortoniceras Bontanti, Barroisia Haberfellneri et Prionotropis Fleuriaus; mais 1l suffit de jeter un coup d'œil sur les figures qui représentent ces diverses espèces pour saisir les différences qui les séparent.

Cette espèce ressemble beaucoup à M. Bourgeoisi et en diffère princrpalement par un ombilic plus étroit, circonstance qui amène toujours des variaüons correspondantes dans l’ornementation et dans la forme des tours : il est donc fort possible que lon ne doive voir dans cette espèce qu'une variation de M. Bourgeoisi, mais l'absence de formes intermédiaires entre les deux types ne permet pas d'affirmer leur identité spécifique.

Gisement. — Cette espèce habite le niveau moyen de la craie de Villedieu, avec Mortoniceras serrato-marginatum, M. Bourgeois, etc. ().

Echantillons examinés. — Deux échantillons (collection de l'abbé Bourgeois, à l'École de Pontlevoy, collection À. de Grossouvre) provenant des marnes à Ostrea auricularis de la partie moyenne de la craie de Villedieu.

(1) Pendant l'impression de ce mémoire, M. H. Parent m'a communiqué un échantillon de M. Bontanti provenant de la craïe à Inoceramus involutus des environs de Saint-Omer.

ACANTHOCERATIDES. 79

EXPLICATION DES FIGURES

Planche XVIE.

Fi. 2. — Individu, type de l'espèce (collection A. de Grossouvre), vu de côté.

Couche à Ostrea auricularis de la partie moyenne de la craie de Villedieu. Carrières de la Ribochère, commune de Couture (Loir-et-Cher).

Fic. 3°. — Individu (collection de l'abbé Bourgeois) vu de côté, à ombilie plus large que le précédent et à évolution plus rapide, car il montre, à l'extrémité du dernier tour, sa dernière loge et un mode d'ornementation différent de celui des premiers tours.

Couche à Ostrea auricularis de la partie moyenne de la craie de Villedieu. Carrières de la Ribochère, commune de Couture (Loir-et-Cher).

Fig. 3. — Le même, vu du côté ventral.

MORTONICERAS DESMONDI. A.'pE GROSSOUVRE, n. sp.

1867. Ammonites texanus. Schlüter, Jüngslen Ammoncen Norddeutschlands, p. parte, p. 32;

pl. VI, fig. 3 (non fig. 1).

Coquille discoidale, à tours peu embrassants, à large ombilic.

Section des tours ovalaire, un peu plus haute que large, ayant sa plus grande épaisseur au tiers inférieur de la hauteur.

Bord ventral convexe portant une petite quille arrondie peu saillante.

Côtes droites, étroites, élevées, assez éloignées les unes des autres, ornées de quatre rangées de tubercules. La première est placée au premier üers de la hauteur des flancs, la deuxième au second tiers, et les deux dernières, sur le pourtour externe, sont très rapprochées et forment presque un tubercule bifide. Ces deux derniers tubercules sont à peu près arrondis comme les autres et non largement transverses comme dans la plupart des espèces de ce groupe.

Ces divers caractères permettent donc de la distinguer facilement des autres Mortoniceras.

Gisement. — Calcaire gréseux à la limite du comacien et du santomien. Les Bobinettes, près Aubas, localité située au voisinage de Montignac (Dordogne).

Echantillon examiné. — Un fragment de tour (collection Desmond) tout

à fait semblable à celui qui a été figuré par M. le docteur Schlüter, mais de

plus grande taille.

MORTONICERAS TEXANUM. F. Rômer, sp.

(PL XVI, fig. 2 à 4; pl XVII, fig. 1.)

1852. Ammonites texanus. F. Rômer, Xreidebildungen von Texas, p. 31; pl. IL, fig. 1°, 1”, AE

1858. Ammonites texanus. F. von Hauer, Cephalopoden der Gosauschichten, p. 10; pl. IT, fig. 4 à 6.

1859. Ammonites coniacensis. Coquand, Synopsis des fossiles de la formation crétacce du sudouest de la France.

1873. Ammonites quinquenodosus. Redtenbacher, Die Cephalopodenfauna der Gosauschichten

Abhandl. d. k. k. geol. Reichsanstalt, t. NV ; p. 108; pl. XXIV, fig. 3.

Coquille discoïdale, comprimée.

Spire formée de tours médiocrement embrassants, croissant assez lentement, à section ovalaire.

Ombilic assez grand, séparé peu nettement des flancs.

Bord externe convexe, muni d’une quille arrondie peu saillante.

Flancs convexes, ornés dans l'adulte de côtes simples, droites, très peu inclinées en avant, assez larges, arrondies, séparées par des intervalles plus grands que leur largeur. Ces côtes sont interrompues sur le bord externe et ornées, sur chaque flanc, de cinq rangées de tubercules.

La première rangée est placée sur le bord de l'ombilic; la deuxième rangée est à peu près à égale distance de la première et de la troisième : celle-ci est située environ aux deux tiers de la hauteur des flancs; la quatrième rangée est séparée de la troisième par un intervalle bien moins grand que ceux qui existent entre les premières. Le quatrième et le cmquième tubercule sont beaucoup plus rapprochés encore que le troisième et le quatrième. Les deux . premiers tubercules du côté de l'ombilic consistent en nodosités arrondies ; le troisième commence à s'allonger dans le sens transverse, et les deux derniers sont encore plus allongés dans le sens de l'enroulement.

Les échantillons de petite taïlle ont à peu près la même forme et la même ornementation que les adultes, sauf que souvent deux côtes partent ensemble d'un même tubercule ombilical : quelquefois la bifurcation est peu nette et 1l semble alors qu'il existe une côte intercalaire qui ne commence à se montrer que vers la deuxième rangée de tubercules. À un stade plus avancé, toutes les

ACANTHOCERATIDES. 81

côtes sont ordinairement simples, mais il peut arriver, même à une taille assez grande, que les côtes sont partie simples, et partie issues par paires d'un même tubercule ombilical. Coquand dit, dans la diagnose de son Ammonites contacensis, que les côtes sont alternativement simples et bifides : j'ai pu également constater cette particularité, mais sans aucune régularité dans l’alternance, sur un échantillon de grande taille de la cos de l'École des mines provenant de Frayssmet-le-Gélat (Lot).

Dans les jeunes, la section des tours est proportionnellement moins haute que dans les adultes, et en même temps les différences entre ies intervalles des tubercules sont moins prononcées, comme on peut le voir sur les petits échantillons représentés pl. XVE, fig. 2, 3 et 4, et comme le montrent aussi . les figures 1° et 14 de Rômer; on peut néanmoins constater que ces inter- valles ne sont pas exactement égaux, mais vont en décroissant de lombilic

vers le bord externe.

Cloisons. — Les cloisons de cette espèce se rapportent bien exactement au type général indiqué pour les Mortoniceras ; je n'ai pas eu entre les mains d'échantillons les présentant assez nettement pour que l'on püt les dessiner

exactement.

Rapports et différences. — J'ai mdiqué précédemment les caractères qui servaient à distinguer cette espèce des autres formes affines appartenant au

meme groupe.

Observations. — Cette espèce a été établie en 1852 par F. Rômer, d'après deux échantillons de da craie du Texas. L'un, le grand exemplaire, provenant d'Austin, est représenté fig. 1° et 1P de la planche III. L'autre, plus petit, représenté fig. 1° et 19 de la même planche, provient de Neu-Braunfels, vers la chute du Guadaloupe, où il est accompagné de PI. syrtale; il diffère du premier par la section de ses tours, presque carrée, et plutôt moins haute que large; en même temps les intervalles qui séparent les divers tubercules sont sensiblement égaux.

En 1858, M.F. von Hauer a fait connaître l'existence de cette espèce dans les couches de Gosau des environs d'Ischl; l'échantillon qu'il figure corres-

pond exactement au srand exemplaire d’Austin (Texas), représenté par

F. Rômer. Il fait remarquer dans sa description que sur les tours internes

sil

IMPNIMERIE NATIONALE.

deux côtes partent parfois d'un tubercule ombilical, ainsi que je l'a mdiqué plus haut.

En 1867, M. le docteur Schlüter décrit et figure comme Am. lexanus une série d'mdividus de Mortoniceras appartenant à de tout autres espèces. Getie confusion a été le point de départ des erreurs qui se sont produites vers cette époque dans la détermination de diverses formes affines, mais appartenant à d’autres types spécifiques, et c’est ainsi qu'en 1872, MM. Fritsch et Schlônbach rapportent à Am. texanus un échantillon de Bohème, qui n'est autre que le Mortoniceras Bourgeoisi. En 1872, M. le docteur Schlüter figure encore, sous le nom d’'Am. lexanus, une nouvelle forme, de sorte que, en 1873, se basant sur ces données, Redtenbacher refuse le nom d’Am. teranus au type précédemment figuré par M. F. von Hauer et lui donne une nouvelle dénomination : Âm. quinquenodosus.

En 1876, M. le docteur Schlüter, reconnaissant la confusion qu'il a commise, sépare, sous le nom d’Am. Emscheris (Mortoniceras serrato-marginatum) , une des formes qu'il avait précédemment décrites sous le nom d’Am. texanus et figure, comme se rapportant à ce dermer type, un échantillon provenant des marnes de l'Emscher, des environs de Herten, en Westphalie. Celui-ci a sensiblement la même forme générale que l'échantillon d’Austin, et que ceux des couches de Gosau figurés par MM. F. von Hauer et Redtenbacher, c’està-dire qu'il a la section de ses tours beaucoup plus haute que large, mais 1 en diffère par ce caractère que les intervalles entre les tubercules sont égaux entre eux, comme le montre la figure, et comme le fait d’arlleurs remarquer M. le docteur Schlüter l).

Gisement. — En France, cette espèce n'est pas connue de l'étage coniacien; elle se trouve seulement dans la partie mférieure de l'étage santonien, où elle est le plus souvent accompagnée de Placenticeras syrtale, notamment dans l’Aquitame, dans les couches M! et M? de M. Arnaud, à Pons, Epagnac, Miremont, Sergeac.

Dans les Corbières, cette ammonite a été trouvée dans les marnes bleues que l'on rencontre au bas du chemin de Sougraignes aux Croutets (Aude), immédiadiatement au-dessous de la couche à Lima marticensis.

Dans les Alpes occidentales, elle a été recueillie à Peaudelaure, près l’Es-

© « Beim Ammonites texanus steht die erste Hôckerreihe auf der Nabelkante und es folgen die uebrigen Reïhen in regelmässisen Intervallen. » (Schlüter, Cephalopoden. . . » P: 195.)

ACANTHOCERATIDÉS. 83

carène, au nord-est de Nice, par M. Potier, et au col des Peyres, au nord-est de Digne, par M. Kilian. k

Dans les Alpes orientales, elle ne parait pas être rare dans les couches de Gosau de la région de Salzbourg et d'Ischl; d’après M. F. von Hauer et Redtenbacher, on la rencontrerait À Gosau, Strobl-Weissenbach, Weissenbach près Aussee, Wolfsbachau près Riefling, et Sankt-Wolfoang.

Echantillons examinés. — De l'Aquitaine, environs de Pons et Miremonti (collections Arnaud et Réjaudry), environs de Frayssinet-le-Gélat (Lot) [col- Jection de l'École des mines |.

Des Corbières, environs de Sougraignes {collections J° Jean, Toucas et À. de Grossouvre). |

De la région alpine, environs de lEscarène (Alpes-Maritimes) | collection de l'École des mines] et col des Peyres (Basses-Alpes) [collection, Kilian |.

EXPLICATION DES FIGURES

Planche XVI.

Fic. 2. — Individu de petite taille (collection Arnaud), vu de côté et montrant des côtes tantôt simples, tantôt partant par paires d’un tubercule ombilical et ornées de cinq rangées de tubercules.

Étage santonien : assise M? de M. Arnaud.

Nieul-le-Virouil (Charente-Inférieure).

Fi. 3°. — Individu de plus petite taille encore (collection Rejaudry), vu de côté. Étage santonien : assise M? de M. Arnaud.

Nieul-le-Virouil (Charente-Inférieure). 3

Fiç. 3°. — Le même, vu du côté ventral pour montrer la forme de la section des tours.

FrG. 4°. — Fragment d'un individu de petite taille (collection Arnaud), vu de côté. Etage santonien : assise M? de M. Arnaud.

Nieul-le-Virouil (Charente-Inférieure).

Fc. AP, —— Le même, vu du côté ventral.

Planche XVII.

Fi. 1°. — Individu de grande taille (collection Toucas), vu: de côté pour montrer les cinq rangées de tubercules qui caractérisent cette espèce et leur disposition relative.

Marnes bleues à petits fossiles situées au bas du chemin de Sougraignesaux-Croutets (Aude),'sous la couche à Lima marticensis.

Fire. 12. —— Le même, vu du côté ventral.

MORTONICERAS PSEUDO-TEXANUM. A. pr GnossOUVRE, n. sp.

1876. Ammonites texanus. Schluter, Cephalopoden der oberen deutschen Kreide, p. 155; pl. XLI, fig. 1 et2; pl. XLU, fig. 11.

H résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de distinguer, comme type parüculier, les formes voismes de M. texanum, à tours élevés, chez lesquelles les intervalles des divers tubercules sont égaux : je donne à ce type le nom de M. pseudo-texanum.

Comme en France le véritable M. texanum est seulement connu de l'étage santonien, qu'au Texas il se trouve au même niveau avec PI. syrtale, et qu'en Westphalie M. pseudo-texanum n'existe que dans l'Emscher-Mergel, équivalent de l'étage coniacien, on doit en conclure que ce dernier est une mutation de M. texanum appartenant à un niveau inférieur.

Après ce que j'ai dit précédemment, je me borne à renvoyer, pour la figure de la nouvelle espèce, à l'ouvrage de M. le docteur Schlüter.

MORTONICERAS CAMPANIENSE. À. De GROSSOUVRE, n. sp. (PI. XIII, fig. à et 3.)

Coquille discoïdale, comprimée.

Spire formée de tours peu embrassants, croissant un peu plus rapidement en largeur qu'en hauteur, à section tronquée sur le bord siphonal ét comprimée latéralement dans la région externe.

Ombilic moyen assez profond, à paroi verticale nettement séparée des flancs par un pourtour anguleux. ;

Le bord externe porte en son mulieu une quille arrondie peu saillante.

Les flancs sont ornés de côtes nombreuses, lésèrement infléchies en avant, séparées par des intervalles à peu près égaux à leur largeur.

Les côtes sont subtuberculées au voismage de l'ombilie, et font légèrement saillie à son intérieur. Elles sont surélevées de nouveau vers le premier tiers, puis vers les deux tiers de la hauteur des flancs. De ce dernier point partent deux côtes qui se terminent sur le bord externe par un tubercule transverse assez sallant ei qui sont, en outre, suréleyées vers la moitié de leur longueur. H existe done, sur les flancs, cinq rangées de tubercules assez nettement arrondis, sauf les plus externes, qui sont transverses.

ACANTHOCERATIDES. 85

Cloisons. — Bâties sur le type général de celles des Mortoniceras.

Observations. — Cette espèce , qui ressemble un peu à M. texanum et qui a été confondue avec lui à cause de ses cinq rangées de tubercules, en diffère par l’ensemble de ses caractères et principalement par ses côtes bifurquées au troisième tubercule.

Gisement. — Elle habite les couches inférieures de l'étage campanien.

En Aquitame, elle se trouve à Sant-Hilaire-de-Montmoreau et à Montmoreau (Charente), et à Montils (Charente-Inférieure), dans la partie supérieure de l’assise P! de M. Arnaud.

Dans la région alpine, elle a été rencontrée dans les calcaires marneux exploités dans les carrières de Contes-les-Pins (Alpes-Maritimes).

Échantillons examinés. — Quatre échantillons de Samt-Hilaire-de-Montmoreau, Montmoreau et Montils, assise P!, partie supérieure (collection Arnaud).

Un échantillon de Contes-les-Pins {collection de la Sorbonne).

Un bel échantillon du musée de Périgueux, sans indication de localité.

Planche XIII.

Fiç. 1°. — Fragment d'un individu (collection Arnaud), vu de côté pour montrer l'ornementation des flancs, qui consiste en côtes portant cinq tubercules et se bifurquant au troisième, à partir de l’ombilic.

Couches marneuses de la partie supérieure de l’assise P1 de M. Arnaud : Campanien inférieur. ASE - Saint-Hilaire-de Montmoreau (Charente).

Fre. 1P. —— Le même, vu du côté ventral.

Fic. 3°. — Fragment d'un individu (collection Arnaud), vu de côté, de plus grande taille que le précédent et montrant plus nettement la quatrième rangée de tubercules.

Couches marneuses de la partie supérieure de l’assise P! de M. Arnaud : Campanien inférieur.

Saint-Hilaire-de-Montmoreau (Charente).

Fig. 3. — Section des tours du précédent.

RÉSUMÉ

Les Mortoniceras constituent donc un groupe très homogène, dont les divers membres présentent entre eux de grandes affinités, ce qui a parfois occasionné des confusions dans leur détermination. C'est ainsi qu'on a donné souvent le nom d’Ammonites texanus à des Mortoniceras, qui sont réellement bien distincts du type de Rômer.

L'extension géographique de ce genre est fort grande, notamment en Europe : ses représentants se montrent en assez grand nombre en Bohème, en Westphalie, en Touraine, en Aquitame, en Périgord, dans les Corbières, dans le bassin de Dieulefit, dans les Alpes occidentales et enfin dans les Alpes orientales {couches de Gosau).

Mortoniceras texanum, qui paraît avoir spécialement une grande extension, a été indiqué encore dans la craie de PAfrique du Nord; 1 existe d'ailleurs au Texas, qui a fourni le type de cette espèce.

Je ne crois pas qu'on ait signalé de vrais Mortoniceras dans la craie de l'Inde.

Ce genre apparaît dès le début de l'étage coniacien et à son maximum de développement vers sa limite supérieure. Le dernier représentant connu appartient à la base du campanien, où il se trouve assez isolé, puisque aucun

Mortoniceras n’a encore été indiqué dans le santonien supérieur.

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