‹ Recherches sur la croissance des cultures bactériennesChapitre 60 sur 105 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Le rendement au cours de la croissance.

Les expériences rapportées dans les chapitres précédents montrent que d’une manière générale le rendement matériel de la croissance est indépendant de son taux.

On doit cependant se demander si le rendement est réellement constant au cours de la croissance, ou si au contraire il est sujet à des variations qui exprimeraient le « vieillissement » des cultures et les modifications de leurs constantes physiologiques. On sait que la croissance des cultures bactériennes a souvent été comparée à celle des individus d'espèces supérieures, et qu’on a voulu y trouver les mêmes signes de jeunesse, les mêmes symptômes de vieillissement. Cette analogie assez douteuse contient peut-être une part de vérité. Elle ne paraît pas d’ailleurs manquer de supports expérimentaux. Parmi d’autres travaux, il faut citer en premier lieu ceux d’un groupe de bactériologistes américains qui se sont efforcés de démontrer que la notion d’âge physiologique, appliquée aux cultures bactériennes, répond en effet à des modifications profondes des propriétés des organismes au cours de la croissance des cultures. Celle-ci comporterait une véritable « phase d’adolescence », correspondant à la fin de la phase de latence et au début de la phase exponentielle. Cette phase d’adolescence serait caractérisée par une intensification considérable de tous les processus métaboliques : consommation d'oxygène, production de C0?, fermentation (MarTiN 1932, BAYNE Jones et Rues 1929, WazxEr et WinsLow 19532, WALKER, WixsLow, Hunrineron et Mooney 1934, HunriNGron et Wins- LOW 1937).

Si ces résultats signifient réellement que les propriétés physiologiques des organismes se modifient au cours des diverses phases de la croissance, il n’est pas douteux que ces modifications doivent

MANOOTE

s'accompagner de variations du rendement, que l’on peut considérer comme le paramètre fondamental de la croissance. La mesure du rendement au cours de la croissance permettra donc de contrôler ces interprétations. Ces mesures s'imposent d’autre part comme contrôle des expériences rapportées au chapitre III. On sait que le rendement y a été évalué en mesurant la « croissance totale » des cultures. Si le rendement réel variait au cours de la croissance, cette évaluation ne correspondrait plus qu’à un rendement moyen, résumant les valeurs successive: prises pendant les diverses phases de la croissance. Il importe d’être fixé sur ce point.

Les expériences exposées dans ce chapitre ont donc pour but de vérifier si le rendement de la croissance aux dépens de l’aliment limitant, en l’espèce l’aliment ternaire, varie ou non au cours de la croissance d’une même culture. Il s’agit par conséquent de suivre à

la fois l'accroissement de la culture et la disparition de l’aliment carboné.

Résultats expérimentaux.

Technique des dosages. — Les expériences ont été conduites dans les conditions habituelles. Les prélèvements, de 25 cc. environ étaient divisés en deux fractions. L’une était utilisée pour les mesures de densité optique. Sur l’autre, de 20 cc., on pratiquait le dosage de l’aliment ternaire. Toutes les cultures sont faites en milieu synthétique S, additionné d’un sucre réducteur. On doit rechercher le maximum de précision dans l’évaluation de la densité comme dans le dosage du sucre, puisqu'il s’agit de comparer les résultats de ces deux mesures et que les erreurs pourraient, en s’ajoutant, devenir considérables.

Après plusieurs essais on a adopté une technique basée sur la méthode au iodo-mercurate de Braupouix et LEWIN, qui a paru donner des résultats particulièrement fidèles et précis. Les opérations successives sont les suivantes :

19 À 20 ce. de culture on ajoute 1 ce. de réactif iodo-mercurique (1) ;

20 Centrifugation très énergique (9.000 tours pendant 5) ;

30 Ajouter 2 ce. de soude NV à 20 cc. du liquide centrifugé ;

(1) Pour la composition des solutions utilisées voir Denicès, Cages et, L'ABAT 1930 M2 p.022

40 Bain-marie bouillant pendant 130" ;

50 Refroidir rapidement et ajouter 3 ce. de la solution titrée d’iodate, mesurés avec la plus grande précision.

60 Dosage de l’excès d’iode par le thiosulfate N/100.

Ce mode opératoire appelle quelques remarques : a) on observe que le dosage ne comporte pas de défécation. Celle-ci s’avère inutile, les nombreux défécants employés n’ayant jamais provoqué de précipitation. D'ailleurs l’inutilité de la défécation a été signalée par Jacquor (1937) pour le dosage des sucres dans les cultures d’Aspergullus. MAGGEE et Sir (1930), KLemme et Por 1936), après avoir comparé plusieurs méthodes de dosage de sucres dans les cultures bactériennes arrivent à la même conclusion. b) C’est à dessein que le réactif 1odo-mercurique est ajouté avant la centrifugation. On obtient ainsi un culot beaucoup plus dense et la décantation est alors facile.

Résultats. — Ils se rapportent à la croissance de B. coli en milieu synthétique, sur trois sucres dont un pentose (xylose), un hexose (glucose) et un dissaccharide (lactose). La concentration initiale était de 200 mg. par litre environ. Les valeurs relatives entrant seules en ligne de compte, les tableaux expriment les résultats en unités de densité optique et en cc. de thiosulfate. La quatrième colonne donne le nombre de cc. de thiosulfate utilisés ; la cinquième, la différence entre ce nombre et le nombre de cc. nécessaires lorsque le milieu ne contient pas de sucre. Ce dernier chiffre correspond done à la quantité de sucre restant dans le milieu à l'instant considéré.

Page 1