IBIS RELIGIOSA
Savigny, Deser. de l'Égypte; Hartlaub, Madagascar, p. 77; Schlegel, Muséum, Ibis, p. 12. — Threskiornis aethiopica, Gray. — Ibis religiosa et Bernieri, Bonaparte.
Nous possédons de cette espèce trois individus tués à Madagascar. Ils ne diffèrent pas de ceux de l’Afrique et présentent, par rapport à la longueur de leur bec, des variations individuelles communes aux espèces de ce genre, et dont nous avons déjà cité de nombreux exemples dans notre ouvrage intitulé Muséum.
Aile 13 pouces 3 lignes à 14 pouces. Queue 5 pouces 5 lignes à 5 pouces 9 lignes. Bec 4 pouces 11 lignes à 6 pouces 11 lignes. Tarse 3 pouces à 3 pouces 6 lignes. Doigt du milieu 2 pouces 5 lignes à 2 pouces 9 lignes.
Oeil brun. Bec et pieds noirs.
Cette espèce n'est pas rare dans la partie Nord-Ouest de Madagascar, où elle se tient
sur les bancs de sable qui se trouvent à la marée basse dans les fleuves ou bien sur la plage. Elle vit par bandes composées chacune de 6 à 8 individus, souvent en compagnie d’autres échassiers. Sa nourriture consiste en petits crustacés et autres insectes aquatiques. Ces oiseaux volent et planent assez bien, et toujours le cou étendu. Ils vont à la recherche de leur nourriture pendant le reflux; mais aussitôt que la mer est haute, ils se perchent sur les arbres du voisinage. Ils sont farouches et difficiles à surprendre et à tuer. La chair des Fitili-Bènguïs, nom qu'ils portent dans le pays, et
qui signifie oiseau cabri, est assez bonne à manger. Les indigènes prennent ces oiseaux au lacet et les tiennent quelquefois en captivité parmi la volaille.
IBIS CRISTATA.
Vieillot. — Tantalus cristatus, Gmelin. — Lophotibis cristatus, Reichenbach; Hartlaub, Madagascar, p. 76.
Espèce propre, à ce qu'il paraît, à Madagascar, mais répandue sur toutes les parties marécageuses de l’île.
Tour de l'oeil rouge. Pieds rouge de corail. Bec jaune-vert.
Point de différence dans les teintes des deux sexes.
Les jeunes de l’année ont les teintes moins vives que les adultes; les plumes blanches des ailes sont tachetées et terminées de blanc, et les plumes du dessus de la tête sont d’un noirâtre terne et largement bordées de roux.
Aile 11 pouces 7 lignes à 12 pouces 2 lignes; queue 4 pouces 10 lignes; bec 4 pouces 4 lignes à 4 pouces 6 lignes; tarse 2 pouces 5 lignes; doigt du milieu 23 lignes.
Cet oiseau curieux est en général rare dans la partie Nord-Ouest de Madagascar, mais il parait qu'il habite certaines parties de l’île en assez grand nombre. Mon ami Jules Verger m'a assuré, entre autres, en avoir tué beaucoup à Bavatoubé. (Ceux que nous avons observés et tués, fréquentaient un lac formé par la rivière de Congonie dans l’intérieur de la baie de Passandava, à deux lieues de distance de notre bivouac. Cet oiseau vit ordinairement par couples, court excessivement vite, vole avec assez de rapidité, et se perche le soir dans les arbres des forêts, d’où il fait entendre, pendant la nuit, de forts cris qui ressemblent à ceux des hiboux. Aussitôt que cet oiseau aperçoit un danger quelconque, il commence à courir de toutes jambes en relevant à chaque instant sa huppe de la même manière que notre vanneau, ce qui fait qu'il est assez diflicile à tuer. Il se nourrit de vers de terre, qu'il tire du sol en perçant la terre avec son long bec. Sa chair est d’un goût agréable et très recherchée des habitants français et anglais de Madagascar. On le voit quelquefois dans les basse-cours, parmi la volaille, chez les indigènes de la grande île africaine. La partie nue de la région auriculaire est d’un beau rouge de corail, ainsi que les yeux; les pieds et le bec sont, par contre, d’un vert jaunâtre.
IBIS FALCINELLUS.
Cette espèce n’est pas rare dans la partie Nord-Ouest de Madagascar, où nous l'avons observée sur les bancs de sable qui traversent les embouchures du fleuve Sambéranou dans la baie de Passandava. Ces oiseaux se réunissent par petites bandes de 6 à 8 individus, quelquefois en société de l’Anastomus lamelligerus et de l'Ibis religiosa. Îls sont très méfiants et difficiles à approcher.
SCOPUS UMBRETTA.
Notre préparateur, M. Grévé, m'a certifié qu'il a vu cet oiseau sur les bords du lac d’Ankineke dans la partie Nord-Ouest de la grande île Malgache. Il était très farouche et 1l lui était impossible d'en tuer. J'ai vu chez M. Edward Newton à Maurice deux individus de cette espèce, provenant des environs d’Antannarivo. Il les avait reçus de l’infortuné naturaliste voyageur Anglais Gerrard, qui a dernièrement succombé à la fièvre paludienne, ce redoutable fléau malgache.
PLATALEA CHLORORHYNCHA.
Drapiez; Schlegel, Muséum, Ciconiae, p. 22. — Platalea luzioniensis, Scopoh. Platalea Telfaini, Vigors;.Hartlaub, Madagascar, p.76. — Platalea nudifrons, Cuvier. — Platalea tenuirostris, Temminck.
Les individus de Madagascar ne diffèrent pas de ceux de l'Afrique.
Cette espèce a été une fois observée par nous à l'embouchure du fleuve Ambassuana, mais il nous fut impossible de l’approcher. Un jour, un Antancar nous en apportait un individu qu'il avait tué près du lac Ankineke, mais il était tellement abimé par le coup de fusil qu'il nous fut impossible de l’empailler: nous avons cependant réussi d'en conserver la tête. Les Antancars nomment cet oiseau Sototoui, ce qui signifie bec à cuillier.
ANASTOMUS LAMELLIGERUS.
Temminck, PI. col. 236; Hartlaub, Madagascar, p. 76; Schlegel, Muséum, Ciconiae, p. 15.
Nous possédons de cette espèce trois individus tués à Madagascar, savoir le mâle et la femelle adultes, parfaitement semblables l’un à l’autre, et une femelle dans la livrée de passage, aux plumes noires du eou entremélées de plumes blanches, et au cou encore dépourvu des plumes en lamelles.
Pieds noirs. Iris de l’oeil brun. Bec d'un rouge brunâtre pâle.
Ces oiseaux se trouvent en abondance dans la partie Nord-Ouest de Madagascar, où on les voit presque toujours en société des Ibis religiosa et falcinellus, ainsi que d’autres échassiers et palmipèdes. Ils vivent en bandes de 6 à 12 individus, à l'embouchure des rivières, ou bien le long de la côte, où ils se nourrissent de crustacés et de
coquilles qu'ils écrasent avec leurs fortes mandibules avant de les manger. A la côte Nord-Ouest, ils portent le nom de famak’ancora, ce qui signifie haches-coquilles. Ils sont méfiants et difficiles à approcher. Dès qu'ils aperçoivent un danger quelconque, ils s’élèvent et se rendent à une grande distance. Leur vol est léger et ils planent la plupart du temps, absolument comme nos cicognes. Ils sont très nombreux dans la plaine qui s'étend entre le village de Mourounsang et le fort hova voisin. Quand la marée est haute, ils se perchent, par bandes, sur les branches des arbres; mais aussitôt que la mer se retire, ils se rendent sur la plage pour y chercher leur nourriture. Ces oiseaux sont durs à tuer et souvent on doit avoir recours aux chevrotines pour les abattre à une certaine distance. Leur chair est très bonne à manger. Je ne leur ai jamais entendu pousser le moindre cri.
CHARADRIUS GEOFFROYI.
Wagler; Hartlaub, Madagascar, p. 72. — Voir pour la synonymie et la répartition géographique de cette espèce: Schlegel, Muséum des Pays-Bas, Cursores, p. 39.
M. Hartlaub a introduit cette espèce dans la Faune de Madagascar d’après la description faite par d. Verreaux sur un individu tué par Sganzin à Madagascar. Nous sommes à même de constater que l’espèce se trouve, en effet, dans cette grande île, MM. Pollen et van Dam en ayant tué, en Novembre 1864 et en Octobre 1865, quatre individus. Ces individus sont tous revêtus de la livrée d'hiver. Ils ne diffèrent en rien de ceux obtenus des bords de la Mer rouge et de l'Inde, tant continentale qu'archipélagique.
Cette espèce n’est pas rare à Madagascar, où elle vit par petites bandes de 6 à 8 individus le long de la côte. Elle est plus défiante que l'espèce suivante. C'est surtout vers le soir, au commencement du crépuscule, que ces oiseaux se réunissent par bandes pour chercher leur nourriture. [ls courent excessivement” vite et volent à fleur d'eau l’un après l’autre.
CHARADRIUS TENELLUS.
Hartlaub, Madagascar, p. 72: individus dans la livrée parfaite.
Le petit pluvier de Madagascar, introduit par Hartlaub sous le nom de Charadrius tenellus ne diffère du Charadrius nivifrons de l'Afrique australe que par sa taille tant soit peu plus forte, par son dos et ses ailes plus foncées, par le noir de la tête plus prononcé, et parce que l’occiput, le dessus du cou, le manteau et le jabot sont fortement lavés de roux. Ces traits, certes, ne sont guère spécifiques; ceux, du moins, tirés des teintes ne paraissent indiquer que les différences existant entre les deux principales livrées de ces oiseaux: le tenellus n'étant connu que dans la livrée d'été, le nivifrons
que dans celle d’hiver.
Nos individus ont été tués, en 1865, dans la deuxième moitié du mois de Septembre, époque de l’année qui correspond à notre printemps.
Aile 3 pouces 9 lignes à 3 pouces 11 lignes; queue 21 lignes; bec 6 lignes et demie à 7 lignes et demie; tarse 10 lignes et demie à 11 lignes et demie; doigt du milieu 6 lignes à G lignes et trois quarts de ligne.
Bec noir. Pieds bruns. [ris de l'oeil d’un brun-noir.
Nous avons tué ce charmant petit pluvier dans la partie Nord-Ouest de Madagascar, où il vit par petites bandes de 6 à 12 individus, le long de la côte. Ces oiseaux courent très vite à l'approche du chasseur et s’envolent quand on arrive de très près, ce qui fait qu'on se fatigue beaucoup en leur faisant la chasse. Leur nourriture consiste en petits insectes aquatiques, que les lames jettent sur la plage. Leur cri est doux et sifflant. Je n’ai jamais vu ces oiseaux en plus grande quantité qu'à Mourounsanga, où ils s’approchaient du village, sans montrer de la défiance.
STREPSILAS INTERPRES.
Hartlaub, Madagascar, p. 78. — Voir, pour la synonymie et la répartition géographique de cette espèce: Schlegel, Muséum d’hist. nat. des Pays-Bas, Cursores, p. 48.
On savait par une notice communiquée à M. Hartlaub par M. J. Verreaux, que cet oiseau, répandu sur toutes les parties du monde, n’est pas non plus étranger à l’île de Madagascar. Il y a élé observé par nos voyageurs en Juillet, Octobre et Novembre 1865, à la Côte Nord-Ouest. Nous en avons pu examiner trois individus adultes, encore revêtus en partie de la livrée d'été. Ils ne présentent pas la moindre différence d'avec ceux de l'Europe et des autres parties du Monde.
Le tourne-pierre est assez commun le long des côtes de Madagascar et de Mayotte, où j'ai souvent vu des bandes de 12 à 30 individus, mais il vit le plus souvent solitaire ou bien par couples le long de la côte. Il n’est pas farouche, mais méfiant; car aussitôt qu'il aperçoit un danger quelconque, il avertit par son cri perçant les autres oiseaux de rivage qui se sauvent le plus souvent à toute aile. On le voit pendant toute l’année dans ce pays. À l'embouchure du fleuve Sambéranou, j'en ai vu, tous les soirs, pendant le reflux, des bandes considérables qui venaient toujours du Sud, pour se réunir sur les bancs de sable. Les Sakalaves nomment cette espèce Kytury. Elle visite aussi de temps en temps les îles de la Réunion et Maurice.
GLAREOLA OCULARIS.
Verreaux, South Afric. Journal, 1833, p. 80. — Glareola Geoffroyi, Pucheran, Rev. 2001. , 1845, p. 51; Magas. de Zool., 4845, pl. 57. — Hartlaub, Madagascar, p. 71.
M. le professeur Alfr. Newton a bien voulu nous communiquer le mâle adulte de cette espèce, tué à Madagascar par M. Ed. Newton, le 24 Août 1862.
Elle appartient au nombre de celles dont la gorge n’est pas ceinte d’une écharpe foncée. Elle est très reconnaissable à ses jolies tetes et plus particulièrement à une raie blanche ‘s'étendant depuis l'angle de la bouche jusque sous l’oeil et longeant ensuite le bord supérieur de la région des oreilles.
Bec d’un noir remplacé, en arrière des narines, par du rouge vermillon. Pieds d’un brun foncé rougeâtre. Iris de l'oeil brun Queue peu fourchue. Pennes de la queue larges et noires; mais la deuxième, troisième et quatrième terminées de blanc, et toutes, à l'exception de la paire mitoyenne, blanches à leur partie basale; ce blanc cependant est distribué de la sorte qu'il va en s'étendant régulièrement à mesure que l’on approche de la paire externe des pennes. Rémiges, couvertures externes de la face supérieure ainsi que les grandes couvertures de la face inférieure des ailes d’un noir mat, mais avec de légers reflets verdâtres à leur barbe externe. Grandes couvertures supérieures de la queue blanches. Les autres parties supérieures de l'oiseau, le jabot, le cou et les flancs d’un brun olivâtre, tirant au gris sur le cou et le jabot, très foncé sur la tête, tirant même au noir sur le front et les freins, et passant au gris roussâtre sur la gorge et les côtés de la tête. Poitrne, côtés du ventre, plumes axillaires moyennes et petites couvertures de la face inférieure des ailes teintes de roux rougeñtre. Milieu de l'abdomen, bas-ventre et plumes des jambes blancs.
Aïle 7 pouces 1 ligne. Queue: pennes externes 3 pouces 9 lignes; pennes internes 2 pouces 4 lignes. Bec, depuis le front, 7 lignes. Tarse 12 lignes et demie. Doigt du
milieu sans son ongle 7 lignes et demie.
RHYNCHAEA VARIEGATA.
Vieillot; Schlegel, Muséum, Scolopaces, p. 16. — Rhynchaea capensis, auctorum; Hartlaub, Madagascar, p. 78.
On a pu voir, par ma Monographie des Scolopaces ci-dessus citée, que je n’adopte qu’une seule espèce de Rhynchée de l’ancien Monde.
Nous en avons pu examiner quatre individus tués à Madagascar, dont l’un au plumage parfait. Ils ne présentent absolument rien de particulier.
Iris de l'oeil brun. Pieds noirâtres. Bec brun.
Aile 4 pouces 4 lignes à 4 pouces 5 lignes; queue 19 à 21 lignes; bec 18 lignes et demie à 20 lignes; tarse 17 à 49 lignes; doigt du milieu 14 lignes à 15 lignes et demie.
Ces oiseaux sont assez communs dans les marais étendus de la partie Nord-Ouest de Madagascar, ainsi que dans l’île de Nossi-bé. Ils portent chez les Sakalaves le nom de Fétjou, et ont à peu près les mêmes habitudes que les hécassines. On les voit rarement
parce qu'ils se cachent dans l'herbe et les hautes fougères aquatiques, ce qui fait qu'ils sont difficiles à chasser sans chien. Le vol de ces oiseaux est très rapide et en zig-zag. Ils se reposent à chaque instant. Les Fétjou’s se nourrissent de vers de terre et d'insectes aquatiques. Ils aiment surtout à fréquenter, réunis en petites bandes de quatre à six, les endroits qui sont visités par les boeufs, où ils trouvent de la nourriture en abondance dans les empreintes profondes des pieds de boeufs qu’on voit partout dans le sol vaseux des marécages où le bétail va paître. La chair de ces oiseaux est très délicate et très recherchée par les habitants français de Madagascar qui les désignent sous le nom de bécassine.
NUMENIUS PHAEOPUS.
Numenius minor, Brisson (nec S. Müller).
On se rappelera que j'ai réuni, dans mon Muséum des Pays-Bas, Scolopaces, p. 93, sous un seul nom, tous les Courlis de moyenne taille de l’ancien Monde, dont le brun-noir du dessus de la tête est divisé par une raie médiane claire; constatant toutefois que les individus de l'Australie (Numenius uropygialis, Gould) et ceux de l’Asie orientale ont le plus souvent le croupion couvert de taches en partie transversales et plus grandes que cela a ordinairement lieu dans les individus Européens.
Nous avons devant les yeux quatre individus de cette espèce, tués à Madagascar en Août et Octobre 1865. Ils sont en tout point semblables à ceux qui habitent l’Europe. Voici les mesures de leurs principales parties. Aile 8 pouces 2 lignes à 8 pouces 11 lignes; queue 3 pouces 7 lignes à 3 pouces 10 lignes; bec, depuis le front, 3 pouces à 3 pouces 8 lignes, tarse 25 à 28 lignes; doigt du milieu 14 à 16 lignes.
Cette espèce appartient à Madagascar et à Mayotte, au nombre des oiseaux les plus communs. Elle est connue chez les malgaches sous le nom de Montavaza. Ces oiseaux se tiennent sur la plage de la mer et sur le rivage des fleuves. Ils y cherchent leur nourriture; mais aussitôt que la mer est haute et que les bords des fleuves sont inondés, ils se perchent six à huit individus ensemble, sur les branches des paletuviers. C'est l'oiseau le plus méfiant que j'ai trouvé à Madagascar. Aussitôt qu'il aperçoit un danger quelconque, il s'enfuit à la hâte, en volant rapidement et en poussant des cris percants, pour se reposer de nouveau, à une grande distance du lieu qu'il venait d'occuper. Ceci le rend fort ennuyant pour le chasseur, qui manque souvent un coup de fusil sur d’autres oiseaux de rivage plus précieux pour la science, puisqu'ils se lèvent averbis par la voix criarde de ce Courlis. Le meilleur moyen de le surprendre, c’est d’épier le moment quand il est perché, pendant la grande chaleur du jour, sur les branches des paletuviers. On les voit alors souvent endormis, reposant sur un seul pied et la tête fourrée entre les plumes, de sorte que le chasseur peut les approcher de très près. Ils se nourrissent d'insectes aquatiques qu'ils tirent de la vase à l’aide de leur
bec allongé. Je n’ai jamais vu un plus grand nombre de ces oiseaux que pendant mon séjour à Mourounsang : ils paraissaient alors se réunir pour entreprendre un long voyage. Ceci fait croire que c’est un oiseau de passage, mais mon ami Jules Verger m’assure qu'il se trouve à Madagascar pendant toute l’année. Sa chair est très bonne à manger et fournissait souvent, avec le riz, notre seul repas.
NUMENIUS MADAGASCARIENSIS..
Le grand courlis est beaucoup plus rare que le petit Numenius phaeopus, et très dificile à surprendre. Ils se tient presque toujours isolé parmi les autres oiseaux de rivage et fréquente les bancs de sable le long de la côte. Son cri est très fort et bien distinct de celui de Numenius phaeopus. C’est un oiseau très défiant, qui ne vit que rarement en société de la petite espèce. Il se nourrit, comme ses congénères, de petits crustacés et d'insectes aquatiques. Son vol est rapide. Il se trouve non seulement à Madagascar, mais aussi quelquefois à Mayotte, à la Réunion et à Maurice. Les Sakalaves lui donnent le nom de Montavaza-hé.
ACTITIS HYPOLEUCOS.
Cette espèce, répandue dans presque toutes les parties de l’ancien Monde (voir mon Muséum des Pays-Bas, Scolopaces, p. 80), se trouve également dans l’île de Madagascar. Nous en avons devant les yeux plusieurs individus tués en Juillet et Août à la Côte Nord-Ouest de cette grande île. Ils ne présentent pas la moindre différence d'avec ceux de l’Europe et des autres parties de l’ancien Monde.
Cest un des oiseaux de rivage les plus communs à Madagascar, à Mayotte, à Nossibé, à la Réunion et à Maurice. On le voit presque toujours solitaire ou par couples. Il est très reconnaissable à son cri perçant qu'il fait entendre à chaque instant en balangant sa queue, quand il marche rapidement sur la plage, où il cherche sa nourriture qui consiste en insectes aquatiques. Il est nullement farouche et très facile à tuer. Le mâle, en faisant sa cour à la femelle, a l'habitude de courir autour d’elle en battant de ses ailes trainantes, et en haussant et baissant la tête. La femelle de son côté reste presque immobile à regarder les grimaces de son mari. A Madagascar, on voit ces oiseaux en toute saison. Ils portent, chez les Sakalaves, le nom de Twi-twi, à cause
de leur cri. ù
TRINGA SUBARQUATA.
On voit ces oiseaux réunis par bandes considérables le long de la côte Nord-Ouest de Madagascar. Je ne les y ai observés que depuis le mois d'Octobre, et jamais avant
celle époque, ce qui fait supposer que ce sont des oiseaux de passage et non pas sédentaires. Ils sont nullement farouches et faciles à tuer. Ils portent chez les Antancars le nom de Tui-tui, à cause de leur petit cri pergant. Il paraît qu'ils visitent aussi de
temps en temps les îles Mascareignes.
RALLUS GULARIS.
Cuvier; Guérin, Iconographie, pl. 58, fig. 1; Schlegel, Muséum, Ralli, p. 18. — Rougetius gularis et Bernieri, Bonaparte; Hartlaub, Madagascar, p. 79. — Rallus Cuvieri, Pucheran.
On sait que cette espèce est commune dans les rivières et étangs de Madagascar. Elle ne se trouve pas à la Réunion, mais il existe, au Musée de Paris, un individu indiqué comme provenant de Mauritius, et que Bonaparte, Pucheran et Hartlaub croient même appartenir, en faveur de quelques légères différences dans les nuances des teintes, à une espèce particulière. Pour eux, le Rougetius Bernieri serait propre à l'île de Madagascar, le Rougetius gularis à celle de Mauritius. (Cet oiseau se trouve en effet à Mauritius; mais l'examen d’une grande série d'individus nous a appris que les traits sur lesquels repose la soi-disante espèce de Mauritius rentrent parfaitement dans le cercle des variations individuelles. (Ces variations ont plus particulièrement rapport aux parties suivantes. Les plumes de la poitrine sont quelquefois terminées de blanc. Les bandelettes claires du ventre, des plumes des jambes et des souscaudales antérieures sont tantôt blanchâtres et très distinctes, tantôt roussâtres et variant en largeur, même très étroites et comme effacées. Les souscaudales postérieures sont tantôt d'un blanc uniforme, tantôt pourvues de taches, grandes, cordiformes et noires dans les uns, petites, transversales et roussâtres dans d’autres individus. Le rouge-brun intense du dessus de la tête ou du cou est souvent remplacé par une teinte olivâtre semblable à celle des autres parties supérieures. Cette teinte olivâtre, enfin, tire au grisâtre dans les uns, au jaune verdâtre dans d’autres. Ajoutez à ces faits que la taille de ces oiseaux, même dans les adultes, est sujette à des variations très considérables.
Aile 5 pouces 2 lignes à 6 pouces; queue 2 pouces 5 lignes à 2 pouces 7 lignes; bec 17 lignes et demie à 49 lignes; tarse 20 lignes et demie à 23 lignes et demie; doigt du milieu 19 à 22 lignes.
Bee et pieds d’un brun rougeâtre. Iris de l'oeil rouge.
Cette espèce, commune dans la partie Nord-Ouest de Madagascar, y habite les forêts marécageuses. Dans les environs du village de Congony, cet oiseau était très abondant et venait même manger le riz tout près des cases. Les indigènes n'aiment pas qu'on le tue, prétendant que c’est lui qui fait venir la pluie pendant la grande sécheresse; aussi le regardent-ils avec une certaine superstition. Il n’est nullement farouche et facile à tuer.
Ses habitudes ressemblent beaucoup à celles de nos râles. En marchant, il remue, comme ceux-ci, à chaque instant, sa petite queue, et se retire à l'approche d'un danger quelconque dans les broussailles ou dans les fougères. Son vol est difficile, aussi ne vole-t:1l que très rarement et presque toujours à fleur d’eau. Le cri de ces oiseaux est très fort et aussitôt que l’un d’entre eux fait entendre sa voix, tous les autres, qui se trouvent dans le voisinage, ne manquent pas d'y répondre. C’est presque toujours vers le soir qu'ils font entendre leur cri sifflant et tremblotant. Ces oiseaux sont tellement attachés à leur nid que, pendant le temps de la ponte, qui a lieu dans les derniers jours du mois d'Octobre, on les peut faciléèment saisir de la main. Ceci réussit également quand ils se trouvent dans des lieux, où ils ne se peuvent cacher dans les herbes ou les broussailles. Ils aiment alors plutôt de se laisser prendre, que de s'envoler. dJ’ai vu une fois une femelle, qui ne quittait point l’endroit où se trouvait son nid, autour duquel elle marcha, les plumes gonflées et les ailes trainantes de la même manière que les mères-poules, quand elles défendent leurs petits. Ils placent leur nid, à une hauteur de trois pieds du sol, dans une touffe de fougères aquatiques. Ce nid offre un diamètre d’un demi-pied et est construit d’une espèce de jonc. Il contient trois oeufs d’un blanc jaunâtre tacheté de brun noirâtre, et de la grandeur de ceux de la corneille. Ces oiseaux se nourrissent d'insectes aquatiques, ainsi que de certains grains. Ils sont assez difficiles à apprivoiser et languissent, au bout de quelque temps, en captivité. Les indigènes de Madagascar donnent à cet oiseau le nom de Chikoza.
RALLINA KIOLOIDES.
Gallmula Kioloïdes, Pucheran, Revue Zool., 1845, p. 279. — Canirallus Kioloides, Bonaparte; Hartlaub, Madagascar, p. 80.
Nous ne possédons que deux mâles de cette espèce très rare dans les collections. Ils s'accordent avec la description qu’en ont donné Pucheran et Hartlaub.
C’est un fait curieux que la ressemblance générale qu'ont entre eux le Rallus gularis et la Rallina Kioloïdes, tandis que la forme de leur bec, les proportions de leur doigts, et leur manière de vivre présentent des différences assez sensibles.
Aile 5 pouces à 5 pouces À ligne; queue 2 pouces 8 lignes; bec 12 lignes et demie; tarse 19 lignes à 19 lignes et demie; doigt du milieu 16 à 17 lignes.
Bec d’un noir passant, vers le devant, au blanchâtre. Pieds d'un brun noirâtre. Iris de l’oeil brun rougeâtre.
Cette espèce est beaucoup plus rare que le Rallus gularis. Elle habite exclusivement les forêts, où elle se nourrit d'insectes et de limaçons. Les individus que nous en avons obtenu ont été tués dans les environs de Congony, à une hauteur considérable où il n'existe guère de l’eau.
GALLINULA CHLOROPUS.
Latham, Index ornithologicus, p. 770, n°. 143; Schlegel, Muséum, Rallhi, p. 45; Hartlaub, Madagascar, p. 81. — Fulica chloropus, Linné. — Gallinula pyrrhorhoa, Newton, Proc. Zool. Soc., 1861, p. 18.
La poule d’eau qui habite Madagascar, la Réunion et Mauritius ne diffère pas de l'espèce commune. Le caractère emprunté, par A. Newton, de la couleur isabelle des souscaudales n'est pas constant et de trop peu d'importance pour mériler le titre de spécifique, puisqu'il peut tenir du genre de nourriture où mêmes de causes extérieures, telles par exemple que des sels ferrugineux dissous dans les eaux.
Nous avons sous les yeux des adultes, des jeunes et de très petits individus recueillis, et à Madagascar et à la Réunion, ce qui prouve que l’espèce niche dans ces deux localités.
Aile 5 pouces 41 lignes à G pouces 8 lignes; queue 2 pouces 8 lignes à 2 pouces 11 lignes; bec, depuis l’angle de la bouche, 12 à 14 lignes; tarse 21 lignes à 24 lignes et demie; doigt du milieu 23 lignes et demie à 80 lignes.
Cette espèce est assez commune à Madagascar, à Nossi-bé et à la Réunion. Elle habite principalement les étangs. Les Antancars à Madagascar lui donnent le nom d’Aretteka et les Créoles de la Réunion celui de Poule d'eau. La principale localité où elle se trouve à la Réunion, est l'étang de Saint-Paul.
PARRA ALBINUCHA.
Is. Geoffroy de St. Hilaire, dans Guérin, Mag. de Zool., 1832, pl. 6; Schlegel, Muséum, Ralli, p. 70; Hartlaub, Madagascar, p. 78. — Metopidius albinucha, G. R. Gray.
Nous n'avons pu examiner que quatre individus de cette espèce rare dans les collections. À juger de ces individus tués en Septembre et Octobre, c’est à dire au printemps, l'espèce subit à cette époque une mue des plumes de la tête et du cou, et cette mue produit un changement complet et tout-à-fait opposé des teintes. On voit, en effet que les plumes blanches du dessus de la tête et du cou sont remplacées par des plumes noires, et que le noir de la gorge et du dessous du cou a remplacé le blanc, qui apparait encore sur les plumes usées de ces parties. (Cette indication suflira pour engager les naturalistes voyageurs futurs de porter leur attention sur ce phénomène.
Nos individus s'accordent du reste avec ceux décrits par les auteurs, et dont nous possédions depuis longtemps un individu type, cédé à notre Musée par feu Isid. Geoffroy.
Aile 5 pouces 8 lignes à 5 pouces 11 lignes; queue 20 à 22 lignes; bec 15 à 16 lignes; tarse 25 à 98 lignes; doigt du milieu 25 à 28 lignes.
Bec et pieds d’un bleu foncé, mais terne. [ris de l'oeil brun.
Cet oiseau est rare dans la partie Nord-Ouest de Madagascar. Il vit dans les étangs et marche avec facilité sur les grandes feuilles des plantes aquatiques. Il plonge admirablement, ce qui fait qu'il est difficile à tirer. Son vol et ses habitudes ressemblent à ceux de notre poule d’eau. Il se nourrit d'insectes aquatiques. Les Antancars et Sakalaves lui donnent le nom de Simadeci-Tatamma.
PARRA AFRICANA.
Gmelin, [, p. 709, N°. 14; Schlegel, Muséum, Ralli, p. 69; Hartlaub, Madagascar, p. 79. — Metopidius africana, Wagler. — Parra capensis, Smith: juv.
L'existence à Madagascar de cette espèce, commune dans presque toutes les parties de l'Afrique chaude jusqu'au Cap de Bonne Espérance, vient d’être confirmée de rechef par un individu mâle, tué le 2 Septembre 1865 à la Côte Nord-Ouest de Madagascar. Il s’accorde en tout point avec ceux originaires de l'Afrique.
Bec, pieds et iris de l'oeil comme dans la Parra albinucha.
Cette espèce a les mêmes habitudes que la Parra albinucha, et elle fréquente les mêmes localités. On la voit souvent en société de cet oiseau et les indigènes la prennent même pour la femelle de cette espèce. Elle porte dans le pays le nom de Tjimawa-Titamamma.
PLOTUS MELANOGASTER.
Gmelin, 1, p. 580 (exc. synon. plurim.); Schlegel, Muséum, Pelecani, p. 26. — Plotus Novae Hollandiae, Gould.
Nous avons exposé, dans notre Muséum, 1. c., les caractères des trois espèces d’Anhinga, reconnaissables entre elles, dans tous les âges, au système de coloration de leurs grandes couvertures alaires, et distribuées de la sorte que l’une, le Plotus anhinga, habite exclusivement l’Amérique, l’autre le Plotus Levaillantü, l'Afrique, et la troisième, le Plotus melanogaster, les Indes orientales et l'Australie. C’est un fait très curieux que l’Anhinga de Madagascar appartient à l'espèce Indienne et non pas à celle d'Afrique; fait, dont le Scops manadensis et la Noctua hirsuta nous offrent d’autres exemples non moins frappants que celui-ci.
Notre individu est une femelle en mue et revêtu en partie de la livrée imparfaite, en partie de la livrée parfaite. Il ressemble sous tous les rapports aux individus dans la même livrée tués aux Indes et dans l'Australie.
Iris de l'oeil rouge. Bec rougeûtre. Pieds d'un jaune brunâtre.
Nous avons observé cet oiseau de temps en temps, dans la partie Nord-Ouest de Madagascar et au lac de Pomby-lave à Nossi-bé. Nous devons l'individu que nous avons
rapporté de nos voyages à notre excellent ami, M. Jules Verger, propriétaire à Nossi-bé.
Chasseur habile et hardi, il nous a accompagné plusieurs fois, comme amateur, dans nos excursions scientifiques à Madagascar, où il tua cet individu le 22 Juillet 4865 en descendant le fleuve d’Ambassuana. Cet oiseau est un plongeur des plus habiles; il reste longtemps sous l’eau avant de se présenter à la surface de la rivière; de là la difficulté de le tirer. Les autres individus observés par nous, étaient trop farouches pour pouvoir les approcher. Ces oiseaux volent très vite; ils plongent et nagent avec beaucoup d’adresse et se nourrissent de petits poissons. Ils ont l'habitude de se percher souvent sur les branches des arbres qui se trouvent sur les bords de l’eau, ou bien sur les arbres morts qui y flottent. Du reste, ils ont à peu près la même manière de vivre que le Graculus africanus et portent comme celui-ci, chez les indigènes, le nom de Rengi-voai. Ils vivent en solitaires ou ‘parfois par couples.
GRACULUS AFRICANUS.
G. R. Gray, Gen. of Birds; Schlegel, Muséum, Pelecani, p. 15. — Pelecanus africanus, Gmelin. — Carbo longicaudus, Swainson. — Haliaeus africanus, Bonaparte; Hartlaub, p. 86.
Cette espèce de l'Afrique chaude habite également l’île de Madagascar.
Elle a l'iris de l'oeil rouge, le bec brun et les pieds noirs.
Nous avons vu cette espèce assez fréquemment en montant les fleuves de la partie Nord-Ouest de Madagascar, surtout pendant nos excursions sur la rivière de Sambéranou. Elle a l'habitude de se percher sur les branches mortes des arbres du rivage. De là, ils épient continuellement la surface de l’eau pour se lancer avec rapidité sur les poissons qui se présentent, se laissant, pour ainsi dire, tomber soudainement sur eux. Ils ne sont nullement farouches et se laissent approcher de si près qu'il est facile de les tuer. Il n’en est pas ainsi quand ils se trouvent sur l'eau, car ce sont d’excellents plongeurs qui nagent encore très bien sous l’eau. Leur nourriture consiste en poissons. Leur vol n’est point rapide. Les Sakalaves donnent à cet oiseau le nom de Rengi-voai, parce qu'ils prétendent qu'il est la sentinelle des crocodiles qui portent chez eux le nom de Voai. Ils disent que là, où l’on voit, sur les bords des fleuves, un de ces oiseaux perché sur une branche, on est certain d’y trouver tout près, une bande de ces monstres.