PHAËTON CANDIDUS
Gray, Gen. of Birds, pl. 183; Schlegel, Muséum, Pelecani, p. 43. — Lepturus candidus, Brisson. — Phaëton flavirostris, Brandt; Hartlaub, Madagascar, p. 86.
Adulte: bec jaune; tarse bleuâtre; doigts avec leurs membranes noirâtres; iris de l'oeil brun. Jeune: bec brunâtre; pieds grisâtres; oeil brun.
Cet oiseau est assez commun à l'ile de la Réunion. On le voit, par couples ou bien seul, voler haut dans l’air, soit le long de la côte, soit en pleine mer; suivant les assertions des marins, il ne s'éloigne jamais d’une centaine de lieues de la côte. Son vol est rapide, mais souvent interrompu par de légers coups d’aile. Aussitôt qu'il aperçoit des poissons à la surface de l’eau, il se lance soudainement sur eux, en plongeant quelquefois à une grande profondeur. Ayant saisi sa proie, il se lève à l’aide de quelques puissants coups d’aile et avale sa proie, en volant à fleur d’eau. En l’avalant, il commence par la tête et la tourne dans le bec jusqu'à ce que les arrêtes se trouvent broyées. Cet acte terminé, il s'élève de nouveau haut dans l'air, pour recommencer la pêche. Ces oiseaux nichent dans l’île de la Réunion, dans les trous et les fentes des rochers escarpés longeant la côte, et qui y forment un vaste rempart entourant l'ile. Ils y déposent, au mois de Mars, sur un lit de quelques plumes, un seul oeuf de la grandeur de celui du corbeau, de forme ovale et teint d’un brun rougeâtre, légèrement entremêlé de blanc sale. Ces fentes étant très profondes et étroites, on ne parvient souvent qu'avec difficulté de se rendre maître du nid. Cependant, on trouve parmi les créoles de l'ile de la Réunion des individus assez hardis pour dénicher de leurs trous le petit et de prendre en même temps les adultes. Quand ils ont découvert l'endroit où les paillesen-queue nichent ou passent la nuit, l’un d’entre eux, attaché à une forte corde, descend le long des rochers, tandis que les autres qui se trouvent en haut, laissent filer la corde au point voulu. Aussitôt que celui qui est descendu, s’est emparé du jeune oiseau et très souvent en même temps des adultes et qu'il les a mis dans un sac, les autres qui tiennent la corde le hissent doucement en haut. Les adultes défendent du reste leur nid, en distribuant des coups de bec qui produisent quelquefois des blessures assez graves. Îl est inutile de constater que ce métier est fort dangereux. Ces remparts ont souvent un profondeur de plusieurs centaines de mètres; pendant la saison de pluie il s’y forme de véritables cascades et torrents sur le lit d'énormes roches et de blocs de basalt dont leur fond est encombré en tout sens; on y voit des arbres, des lianes et d'innombrables alvés dont les épines occasionnent des blessures douleureuses. Les personnes qui vont à la recherche de ces nids choisissent de préférence les jours où il fait une forte brise au large. C'est alors que les pailles-en-queue se tiennent dans les trous des rochers ou bien qu'ils volent le long des remparts, ce qui facilite les recherches de ces hommes hardis en leur indiquant l'endroit où se trouve l'asile de ces oiseaux. Ces gens m'ont assuré qu'ils se tiennent toujours pendant la nuit dans les trous, qu'ils les quittent le matin vers six heures pour aller faire la pêche au large, et qu'ils retournent ordinairement à midi pour y séjourner jusqu'au lendemain. Ces gens ont l'habitude de tirer ces oiseaux de leurs trous au moyen d'un bâton garni de glu, ou bien il les prennent par les longues pennes de la
queue qu'ils arrachent souvent. On conçoit que ces procédés sont fort regrettables 18*
pour le naturaliste qui désire se procurer, de cette manière, des individus bien conditionnés de ces oiseaux. On peut, du reste, les tuer facilement, en les attirant au moyen d’un mouchoir attaché à un bâton. Quand ils sont au large et qu'ils aperçoivent un navire, tous ceux qui se trouvent dans le voisinage viennent, pendant quelque temps, voltiger au dessus de la mâture et offrent alors au naturaliste également l'occasion de s’en procurer. Ces oiseaux perdent, pendant le temps qu'ils couvent, une des longues pennes de leur queue. C’est très curieux que de les voir se rendre dans les trous des rochers avec une adresse vraiment admirable; ils ne se trompent jamais parmi les milliers de trous de celui qu'ils habitent. Les créoles de l’île de la Réunion mangent la chair de ces oiseaux, soit fraîche, soit boucanée. Attaqués dans leur asile, ces oiseaux ont l'habitude de lever les plumes de leur tête, de claquer avec leurs mandibules à la manière des hiboux et de pousser un cri perçant. Îls ne savent guère marcher, ne se tiennent jamais debout, mais se couchent sur leurs pieds, aussi ces membres ne servent-ils que pour plonger et nager. Ces oiseaux peuvent rester plusieurs jours sans nourriture. Nous n'avons jamais observé cette espèce à Madagascar ou à Mayotte, mais bien à Maurice et dans les parages des îles Tromlin et Cargados.
PHAËTON RUBRICAUDA.
Cette espèce n’a été observée par nous qu'une seule fois à la hauteur des îles Cargados pendant notre traversée de Nossi bé à l’ile de la Réunion. Son vol est le même que celui du Phaëton candidus. Nous n'avons jamais vu cet oiseau à Madagascar, ni à Mayotte, ni à Maurice ou à la Réunion. Il paraît cependant qu'il visite de temps en temps ces îles. Les habitants de l’île de la Réunion lui donnent le nom de Paille-enqueue de Rodrigue.
SULA PISCATRIX.
Cet oiseau a été observé par nous pendant nos traversées de la Réunion à Mayotte et de Nossi-bé à la Réunion. Les marins français lui donnent le nom de Fou, à cause de sa stupidité; en effet, il se laisse prendre de la main, quand il se repose parfois sur les verges de la mâture, se contentant seulement d'ouvrir, en menaçant, le bec et de crier de toute sa force. Les frégates (Fregata minor) font continuellement la chasse à ces oiseaux, c’est à dire qu'ils les forcent de rendre les poissons qu’ils ont pêchés. On voit ces oiseaux toujours par petites bandes de 6 à 12 individus, rarement par couples. Leur vol est sans cesse interrompu par des coups d’aile. Ce sont d'excellents pêcheurs, et ils plongent admirablement. Ils habitent surtout les petites îles désertes qui entourent l’île de Madagascar comme celles de Juan de Nuova, Aldabra, Tromlin, Cargados, et autres. C’est encore là qu'ils nichent en grand nombre.
FREGATA MINOR.
Ces oiseaux ne sont pas rares dans les mers qui entourent les côtes et les îles de Madagascar. On les voit presque toujours voler très haut dans l’air et le plus souvent solitaires. Cependant, j'en ai vu quelquefois des bandes composées d’une douzaine d'individus planer en traçant des cercles dans l’espace. (Ce sont de vrais pirates; vivant aux dépens des autres oïseaux-pêcheurs, ils les forcent, quand ils sont plus faibles qu'eux, de rendre les poissons qu'ils ont pris. Cependant, j'ai vu les frégates exercer elles mêmes la pêche en se lançant, à la manière des hirondelles de mer, sur les poissons, qui se montrent à la surface de la mer. Suivant les indigènes, ils nichent dans les trous des rochers, et pondent un seul oeuf. Pendant le temps des ouragans, on rencontre ces oiseaux aussi aux iles Mascareignes.
NETTAPUS AURITUS.
Gray, List, Anatidae, p. 128; Hartlaub, Madagascar, p. 82; Schlegel, Muséum, Anseres, p. 75. :
On savait depuis longtemps que cette espèce, qui habite l'Afrique chaude jusqu’au Cap de Bonne Espérance se trouve également dans l’île de Madagascar.
Bec, dans le mâle jaune à ongle noir, dans la femelle brun; pieds noirs; iris de l'oeil brun.
Nous avons observé et tué cette petite oïe sur le lac de Pombylava à Nossi-bé, qu'elle fréquente de temps à autre en petites bandes de 4 à 6 individus. Le vol de ces oiseaux est lourd et n’a pas la rapidité de celui des autres canards; mais ce sont d'excellents nageurs, qui se tiennent pendant toute la journée dans l’eau et ne se reposent que vers la nuit. Ils ont aussi l'habitude de se percher souvent pendant la grande chaleur du jour sur les branches des arbres. Il sont très farouches et plongent à chaque instant pour reparaître à une grande distance à la surface de l’eau, ce qui rend leur chasse très difficile. Leur nourriture consiste en petits insectes, poissons, crustacés, mollusques et certaines plantes aquatiques. Nous n'avons jamais observé nous-même cette espèce à Madagascar; cependant elle s’y trouve, ayant acheté moi-même un individu vivant dans le village d’Ambatorangene dans la partie Nord-Ouest de ce pays. Je tâchais de le garder vivant, mais Je ne pouvais réussir. Îl languissait quelques jours après l'avoir obtenu, ne voulant pas manger le riz-en-paille mêlé à l’eau que je lui offrais.
ANAS ERYTHRORHYNCHA.
L Gmelin, 1, p.517; Schlegel, Muséum, Anseres, p. 56. — Dafla erythrorhyncha apud Hartlaub, Madagascar, p. 82.
Nos deux individus recueillis par M. Lantz à la Côte Nord-Est de Madagascar, ne diffèrent en rien de ceux de l'Afrique australe.
Nous n'avons jamais observé cette espèce dans la partie Nord-Ouest de Madagascar. M. M. Lantz et Grandidier l'ont, par contre, rapportée de la partie occidentale de l’île. J'en ai souvent vu des individus en captivité à l’île de la Réunion et à Maurice, où les uavires les avaient apporté de Tamatave. Ceci porte à croire qu’elle se trouve en grand nombre à la Côte Est de Madagascar. Les individus que j'ai observés dans les bassins du Jardin de la société Impériale d’Acclimatation et d'histoire naturelle à Saint-Dénis, étaient très bien portants; ils nageaient et plongeaient avec beaucoup d'adresse. On leur donnait pour nourriture du riz-en-paille mêlé à l’eau, ainsi que du maïs.
ANAS MELANOTUS.
Pennant; Schlegel, Muséum, Anseres, p. 74. — Sarkidiornis africana apud Hartlaub, Madagascar, p. 80.
Je crois avoir démontré dans l'ouvrage cité que les espèces réunies par les auteurs dans le genre Sarkidiornis se réduisent à une seule, savoir celle du présent article.
Les individus tués à Madagascar ne diffèrent pas de ceux de l’Abyssinie.
Bec et pieds d’un noir-bleu; iris de l'oeil brun clair.
Le canard à bosse se trouve assez fréquemment dans certaines parties de l'ile de Madagascar. Il y habite les lacs et les rivières, que l’on rencontre à chaque instant sur ses pas, en voyageant dans ce pays. On le trouve toujours en société des sarcelles (Dendrocygna viduata) qui y vivent par bandes considérables. Dans une bande de trente sarcelles, on trouve rarement plus de quatre canards à bosse, et je n’ai jamais vu de cette espèce plus de cinq à six individus ensemble. Suivant mes maramites Antancars, on rencontre cet oiseau en grand nombre depuis le mois de Janvier jusqu’au mois de Mars; à cette époque les pluies tombent abondamment et les vallées qui se trouvent entre de nombreuses collines sont devenues de véritables torrents et constituent de grands lacs. Les Antancars et les Sakalaves prennent ces canards souvent à l’époque de la mue, ou bien quand ils sont jeunes, pour les élever parmi leurs oiseaux domestiques. Il existe cependant, parmi eux, une autre manière bien plus simple de leur faire la chasse. A cet effet, ils tendent, sur les lacs qui sont visités par ces oiseaux, de l’un à l’autre bord, deux cordes bien serrées, et dont l’interstice est garni, au niveau de l’eau, de lacets très rapprochés, dans lesquels ces canards et d’autres oiseaux aquatiques se prennent en nageant. Les malgaches s'emparent, de cette manière, dans la saison des pluies, d’une grande quantité de ces oïseaux qui leur procurent un mets plus délicat que leurs canards domestiques. Ees naturels m'ont également assuré que ces canards s’accouplent avec les canards manilles. J'avais de la peine à le croire, mais mon ami M. Jules Verger
me l'a certifié, ajoutant toutefois que cet accouplement n’a lieu que lorsqu'on les a apprivoisés jeunes. Du reste, ils ne vivent pas en si bonne intelligence avec ces canards ordinaires. Leur nourriture consiste, à l’état sauvage, en petits mollusques, en insectes et en plantes aquatiques, tandis que dans l’état domestique ils se contentent de riz-en-paille mêlé à l’eau, ainsi que d'herbes. Nous avons souvent mangé ces canards et nous pouvons assurer que c'est un mets fort délicat et très recherché par les habitants français de Madagascar. L'espèce porte, chez les Antancars et les Sakalaves, le nom de Syvongou.
DENDROCYGNA VIDUATA.
Eyton, Monogr. Anat., p. 110; Schlegel, Muséum, Anseres, p. 90; Hartlaub, Madagascar, p. 83. — Anas viduata, Linné. — Anas personata, Pr. Paul de Wurtemberg.
Cette espèce qui habite non seulement l’Amérique chaude, mais encore l'Afrique chaude, se trouve également à Madagascar et dans l’île de Mayotte.
Bec d'un noir bleuâtre; pieds d'un noir verdâtre; iris de l'oeil brun.
Les Sakalaves et les Antancars nomment ce canard wy-wy à cause de son er. Il est excessivement commun à Madagascar, se trouve également à Mayotte et aux autres îles adjacentes de Madagascar excepté aux îles Mascareignes, Maurice et la Réunion, où on le trouve bien en captivité, mais Jamais à l’état sauvage. Il habite les fleuves, les lacs et les bords de la mer. A Mourounsang, je vis un jour une bande d’une centaine de ces oiseaux aux bords de la mer, parmi d’autres masses d'oiseaux aquatiques. Les Français qui visitent ces parages désignent ces oiseaux sous le simple nom de sarcelles. Ils ne sont pas aussi farouches que les autres canards, mais quelquefois assez difficiles à surprendre. Ils nagent et plongent avec une grande adresse, et leur vol est excessivement rapide. Le cri sifflant et perçant qu'ils font entendre à chaque instant surtout au vol, consiste dans les syllabes pyswy-pyswy. Ils se nourrissent d'insectes, de mollusques, de poissons et de crustacés qu'ils cherchent dans les fleuves, dans les lacs et dans la mer. Ils font souvent beaucoup de tort aux rizières en les parcourant en tout sens. Îls s’attachent très vite à la place où on les nourrit; ceux par exemple que l’on garde dans les bassins du Jardin d’Acclimatation à Saint-Dénis, sont parfaitement libres et ne manquent pas de se rendre, au soir, sur les bords de la mer pour revenir le lendemain matin à l’heure qu’on les nourrit dans les bassins. Les malgaches prennent, dans le temps de la mue, une grande quantité de ces oïseaux, qu’ils vendent aux blancs qui résident dans le voisinage de leur pays ou bien aux capitaines de navires qui les transportent à l’île de la Réunion et à Maurice. Il est probable que ces canards nichent à Madagascar, vu que nous y avons souvent tué de jeunes individus. Leur chair est excellente, mais ils sont presque toujours maigres.
PHOENICOPTERUS.
Nous n'avons, lors de nos voyages, jamais rencontré des flamants. (Cependant, mon préparateur, Léopold Grévé, .m'assure qu'il a vu ces oiseaux non seulement dans l’île de la Réunion, principalement sur l'étang de Saint-Paul, mais aussi sur le lac d'Ankineke dans la partie Nord-Ouest de Madagascar; mais ils étaient tellement farouches que, malgré tous ses efforts, il n’a pas été à même de s’en procurer.
PROCELLARIA FULIGINOSA.
J'ai observé cet oiseau le 16 Février 1864 à 38° 39’ Lat. Sud. 28° 38’ Long. Est de Paris, environ une vingtaine de jours de distance des îles Mascareignes. Nos matelots lui donnaient le nom de Cordonnier. Son vol est tellement rapide qu'on ne peut guère le suivre des yeux.
PROCELLARIA ATERRIMA.
Cette espèce connue dans l'ile de la Réunion sous le nom de Fougnet s'y trouve en assez grande quantité, mais elle est très difficile à obtenir. Elle se tient, pendant le jour, dans les trous et les fentes des rochers escarpés qu’elle n’abandonne que vers le crépuscule pour faire la pêche pendant la nuit et n’y retourner qu'avant l'aurore. Les vieux créoles de cette île m'assuraient que ces oiseaux ne peuvent guère voir en plein jour et qu'il suffit de faire un grand feu près des endroits où ils se tiennent et à l'heure qu'ils abandonnent leurs asiles pour que l'éclat des flammes les éblouit et les fait tomber.