‹ Recherches sur la faune de Madagascar et de ses dépendancesChapitre 29 sur 61 · PASTOR TRISTIS · texte numérisé non relu

PASTOR TRISTIS

Cet oiseau, si commun aux îles de la Réunion et de Maurice, où il a été introduit du Continent Indien par feu Poivre, n’a jamais été observé par nous à Madagascar. Quant aux naturalistes Anglais Roch et Newton, ils prétendent l'avoir vu à Fénérif et à Foule pointe dans la partie orientale de Madagascar, et ils supposent que cet oiseau a été encore introduit dans l’île Sainte-Marie (Nossi-Bourrah). Pendant une relâche de quelques jours dans cette île, nous ne l’y avons pas observé et nous n’en avons pas même entendu parler. (Cet oiseau est connu aux îles Maurice et de la Réunion sous le nom de ”Martin”. Il y vit en grandes bandes dans les plantations cultivées pour lesquelles il est un grand bienfaiteur comme destructeur d'insectes nuisibles, notamment de sauterelles. Cependant il se nourrit aussi, à certaines époques, de fruits. Pendant le temps des amours il vit par couples et niche dans des trous d'arbres, dans les fentes des rochers, ainsi que sous les toits des maisons et des édifices publics. Le nid est composé de brins grossièrement entremêlés de plumes et de vieux chiffons. Les oeufs, d’un bleu pâle, offrent la grandeur et la forme de ceux de notre étourneau; leur nombre varie de deux à quatre ou même cinq, mais je n’ai jamais vu dépasser ce chiffre. Le mâle et la femelle partagent le travail de l’incubation et les soins à donner aux petits. Quelques jours avant l’éclosion, la femelle ne quitte plus les oeufs et le mâle lui apporte sa nourriture. Les jeunes oiseaux sont nourris par le père et la mère qui leur portent des insectes et des larves, et continuent les soins encore plusieurs jours après qu'ils ont quitté le nid. Ces oiseaux ont l'habitude de se réunir tous les soirs en bandes considérables dans les arbres afin d'y passer la nuit, et ce sont surtout les tamariniers qu'ils préfèrent pour ce but. Avant de dormir, ils font entendre un concert désagréable par leur chant monotone qui rappelle à l'Européen, vivant dans ces contrées, celui des étourneaux de sa patrie.

ESTRELDA ASTRILD.

Ce petit et charmant oiseau se trouve en abondance dans l'ile de la Réunion et principalement sur le littoral de cette belle colonie. Il y est connu sous le nom de Sénégali et est très recherché par les habitants comme oiseau d'agrément. Sa nourriture consiste surtout dans les fleurs et les grains d’une plante connue chez eux sous le nom de Camomille. (C'était surtout dans les arbustes qui abordent les champs de cannes à sucre, sur la route de la Possession à Saint-Paul, que nous avons souvent vu voltiger ces oiseaux par bandes de centaines d'individus. Leur cri sifflant est doux et monotone. On les prend très facilement à la glu. Cet oiseau se trouve aussi dans l’île de Maurice, mais jamais Je ne l'ai vu à Madagascar, ni à Mayotte.

ESTRELDA AMANDA VA.

Ce superbe oiseau est, dans l’île de la Réunion, beaucoup plus rare que le Sénégali. Il fréquente, comme celui-ci, le littoral, principalement les environs de Saint-Paul. Il est beaucoup plus farouche, mais a les mêmes habitudes. On en voit rarement plus d’une douzaine ensemble, et presque jamais en société de l’Estrelda astrild. Il est très recherché des habitants pour son chant qui est court et agréable. On le prend de la même manière que le Sénégali; mais, à cet effet, on a toujours besoin d’un appel. Il se trouve aussi à Maurice, mais nous ne l’avons jamais trouvé à Madagascar ni à Mayotte. Les Créoles des îles Mascareignes lui donnent le nom de Bengali.

LOXIA PUNCTULARIA.

Ces oiseaux sont assez abondants dans certaines localités de la Réunion, principalement sur le littoral de l’île. Ils sont très recherchés par les Créoles qui les tiennent en volière. Leur chant est très court et monotone. Le cri qu’ils poussent à chaque instant, en sautant de branche en branche, rappelle les syllabes Tec-tec. Ils vivent en bandes, quelquefois par cinquantaines. La forme de leur nid est celle d’une boule pourvue d’une ouverture latérale. Il est construit d’une espèce d'herbe connue sous le nom de fatac et placé dans la branche fourchue d’un arbre, le plus souvent d’un mimoza. Les oeufs sont au nombre de 4 à 8 et d'un blanc pur. Les jeunes, longtemps après avoir quitté le nid, ne manquent pas d'y retourner tous les soirs pour y dormir, ce qui fait qu'on les peut facilement attraper pendant ce temps. Ces oiseaux portent à l’île de la Réunion le nom de Coutil.

PASSER DOMESTICUS.

Le moineau a été introduit de la France dans l'île de la Réunion par M. Héry, qui en laissa un seul couple en liberté. Ce couple s’est tellement multiplié en peu de temps qu'on trouve ces oiseaux déjà dans beaucoup de lieux de la partie septentrionale de l’île. Ils se tiennent, à Saint-Dénis, le soir, quelquefois par centaines, dans les Tamarindiers, où ils font entendre leur concert bien connu. En entendant leur chant monotone, on pense involontairement à la patrie lointaine.

LOXIA ORYZIVORA.

Cet oiseau, commun dans l'Inde, a été introduit à l’île de la Réunion et à Maurice, mais dans la première île, où il porte le nom de Calfat, il est devenu rare. Nous avons vu nicher ces oiseaux, en compagnie des moineaux, dans la façade de l’hôtel de ville à Saint-Dénis et on m'a assuré qu'ils s’accouplent même avec les derniers.

CRITHAGRA CHRYSOPYGA.

Cette espèce originaire de Mossambique est très commune à la Réunion où elle vit par bandes de 6 à 12 individus, dans les montagnes et sur le littoral. Elle est très recherchée des Créoles de cette île comme oïiseau de chambre, parce que c’est non seulement un excellent chanteur, mais aussi parce que la couleur jaune de citron du ventre lui donne un joli aspect. Ces oiseaux sont nullement farouches et se laissent facilement attraper à la glu, à l’aide d’un bon appel. Cétait surtout dans les environs de la Possession que j'ai vu ces oiseaux en grand nombre perchés dans les mimosas. Leur chant est agréable, fort varié et ressemble assez à celui du métis du chardonneret et de la femelle du serin de Canarie. Îls se nourrissent de céréales et de grains de camomille. Ces oiseaux, introduits de la côte d'Afrique aux îles de la Réunion et de Maurice, n’ont jamais été observés par nous à l'état sauvage dans les îles de Madagascar et de Mayotte. Nous les avons souvent vus dans ces îles, en cage, apportés par les Arabes de Zanzibar et de Mossambique. Les Créoles de la Réunion donnent à cet oiseau le nom de Serin.

CRITHAGRA GANICOLLIS.

Cet oiseau provenant de l'Afrique se trouve également à la Réunion, où il a été d'abord considéré par les savants de cette île comme notre verdier et mentionné pour

la première fois, dans la liste des oiseaux, qui accompagne l'ouvrage de M. Maillard, sous le nom de Chlorospyza chloris. Plus tard feu le Dr. Coquerel, voyant que cette espèce est très différente du verdier commun, la fit connaître sous le nom de Coccothraustes Moreli, mais après mon arrivée dans la colonie, il s’est aperçu qu'il avait fait une nouvelle erreur et que l'oiseau n’est autre chose que l'espèce africaine Crithagra canicollis, ce qui fut également constaté par M. Jules Verreaux. (Ces oiseaux sont assez nombreux dans certaines localités des montagnes, où ils vivent à une hauteur de 800 à 1200 mètres au dessus du niveau de la mer. Quelquefois, mais rarement, je les ai observés dans la contrée située entre la Possession et Saint-Paul. Ils vivent par bandes composées chacune de 6 à 12 ou même d’un plus grand nombre d'individus, et se nourrissent de céréales et de grains des camomilles. Leur chant est court, mais fort et agréable, et il offre plusieurs sons ressemblant à ceux de notre serin de canarie. Les Créoles, qui les tiennent souvent en cage, nomment cet oïseau Montardier, et ils m'ont assuré quil s’accouple avec le serin de canarie. Nous n'avons jamais observé ces

oiseaux dans l’île de Madagascar.

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