‹ Recherches sur la faune des eaux douces des AçoresChapitre 12 sur 63 · ER · texte numérisé non relu

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reprirent la route du Portugal, les yeux tournés vers l’île jusqu’à ce qu’ils la perdissent de vue. Ils notérent avec soin la silhouette de S. Miguel, afin de pouvoir la reconnaître plus tard etremarquèrent l'existence, dans la région Ouest, d’un or pic qui dominait tous les autres.

« À peine les caravelles étaient-elles de retour à Sagres, dans la mère-patrie, que l’infant don Henrique organisa, à destination des Açores, une nouvelle expédition dont il confia encore le commandement au pilote Fr. Gonçallo Velho; cette expédition emportait tout particulièrement des graines et des légumes, que les hardis navigateurs se proposaient d’acclimater dans l’archipel.

« La flotte quitta donc Sagres et, après une heureuse traversée, arriva en vue de S. Miguel, que le pilote ne reconnut point tout d’abord ; il ne retrouvait plus en effet le grand pic qu’il avait remarqué dans la région Nord-Ouest, tout près de la pointe de Mosteiros, en l’endroit où se trouve situé maintenant le cratère de Sete-Cidades.

« Le 29 Septembre, jour de la fête de l’archange St-Michel, Velho débarqua pour la seconde fois sur la rive de S. Miguel, et retrouva quelques colons qu’il avait laissés dans l’ile lors de son premier voyage. Ces malheureux habitaient Povoaçäo (1), sur le versant Sud ; ils racontèrent au pilote que, durant toute l’année, l'ile avait été en proie à des tremblements et à des secousses terribles, accompagnés de grondements effrayants, etqu’ils auraient certainement fui ces contrées bouleversées, s’ils avaient eu quelque barque à leur disposition ».

Ici s'arrête, dans les Archivo dos Açores, la citation empruntée au vieux chroniqueur; l’auteur anonyme de l’article, qui n’est autre, selon toute probabilité, que M' le Docteur Ernesto do Canto, l’infatigable et dévoué fondateurdirecteur des Archives, fait suivre cette relation de quelques

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(4) Ce bourg existe encore aujourd'hui sous le même nom.

réflexions, que nous croyons devoir reproduire, sur l’époque de la découverte de l’île.

Selon M" Ernesto do Canto, la date de 1444 est certainement controuvée; non seulement 1] est surabondamment prouvé maintenantqueS. Miguel avait été déjà visitée pur les Portugais en 1439, maisilest plus que probable que cette ile a été découverte en même temps que l'ile de Santa-\faria, ou tout au moins dans la imnême année, c’est-à-dire en 1432. Comme l’éruption a eu lieu entre le premier et le second voyage, la date n’en peut donc être fixée d’une manière absolue : elle oscille entre 1432 et 1444.

Hartung, d'autre part, qui s’est occupé au point de vue géologique de la formation du cratère de Sete-Cidades, a été amené par ses observations à croire que, contrairement au dire de Fructuoso, la dernière éruption (1444?) n’a pu donner naissance à cet énorme cirque. Voici les faits sur lesquels se base le géologue allemand (1) pour combattre l'opinion du vieux chroniqueur açoréen: Les parois du plus grand des cratères secondaires, la Caldeira grande, sont recouvertes de débris de tuff, de ponces, d’obsidienne, etc... ; à l'Est, au Nord-Est et au Nord, ces roches forment probablement en majeure partie les flancs mêmes du cratère, tandis qu à l'Ouest on voit partout affleurer sous ces débris les roches de lave trachytique. Sous les fragments de tuff, de ponces, d’obsidienne, dont certains blocs atteignent jusqu’à deux et trois pieds de diamètre, on rencontre des galets de lave urondis et polis par les eaux, uinsi que de puissants troncs J'arbres. À la base d’une ce ces couches, atteignant au moins cent pieds d'épaisseur, Hartung a trouvé deux troncs de Juniperus brevifolia, dont l’un mesurait un pied et demi de diamètre et l’autre deux pieds et demi.

Cette partie du cratère devait donc être boisée galets de lave avaient été déjà arrondis par érosion

et les au

eût — 2e

(1) HARTUNG, loc, rit., p. 190.

ne.

moment où se produisait l’éruption qui recouvrit cesarbres et ces galets. Ce fait démontre péremptoirement qu’il estimpossible d'admettre, comme le veut Fructuoso, que la dernière éruption, celle qui a eut lieu entrele moment dela découverte et le retour des Portugais, ait intéressé toute la vallée de Sete-Cidades. Les fragments de tuff, de ponces, etc., recouvrant en maint endroit les vestiges de la superbe végétation qui s’étalait autrefois sur les flancs des cratères secondaires, proviennent sûrement de la dernière éruption quia eu lieu dans la Caldeira das Sete-Cidades, or, la catastrophe de 1444 (? est bien la dernière que l’histoire ait enregistrée : c’est donc elle qui a enseveli sous ses déjections les galets arrondis et les troncs de /uniperus. Il s’en suit tout naturellement que le cratère de Sete-Cidades était déjà en 1444 (?\, au moins dans son ensemble, tel que nous le connaissons aujourd’hui.

C'est également l'avis du capitaine Chaves, qui explore si consciencieusement,au point de vue de l’histoire naturelle, l'ile S. Miguel. Voici ce que ce savant, aussi distingué que modeste, veut bien écrire à ce sujet : « Sur les flancs de la Caldeira grande, du côté de la Grotta do Inferno (1), tout près du Pico da Cruz, on trouve à la surface du sol, ou à une très faible profondeur, de grandes quantités de roches diverses : andésites, trachytes, et basaltes, qui ne se rencontrent point dans le reste du cratère de Sete-Cidades, plus spécialement formé de tuffs et de couches de pierre-ponce ». Sans entrer ici dans plus de détails nous pouvons dès maintenant dire que les observations de notre ami le conduisent à penser, comme Hartung, que la vallée de Sete-Cidades était formée longtemps avant le cataclysme de 1444 (?); M. Chaves croit en outre pouvoir avancer que cette dernière grande éruption a eu lieu aux environs du Pico do Carvüo, c’est-àdire au Sud-Est de Sete-Cidades, dans la région des petits lacs.

(4 Les Portugais désignent par ce mot de Grotta le lit desséché d'un torrent.

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