REGION ORIENTALE DE L'ILE DE SAN-MIGUEL
Beaucoup plus considérable en surface que la précédente, Ja région Est de l’île de S. Miguel ne comprend qu’un nombre relativement restreint de Lagoas: le Lagoa das Furnass, le Lagoa do Fogo, le Lagoa do Congro et le Lagoa de S. Braz (1), soit quatre en tout (au moins d’après mes excursions et les renseignements que j’ai pu recueillir) (2). Cette infériorité numérique est compensée par les dimensions et la profondeur des lagoas — tous de véritables lacs et non des marécages — qui sont supérieures à celles que nous avons généralement relevées dans les caldeiras de la région occidentale : la superficie des Tagoas das Furnas et do Fogo, sans atteindre celle du Lagoa grande, dépasse pourtant d’une façon notable celle du Lagoa azul; les Lagoa do Congro et de S. Braz, bien que de proportions plus modestes, offrent néanmoins une surface plus étendue que celle de tous les petits lacs de la région occidentale, à part peut-être celui qui remplit le fond de la Caldeira grande (encore appelé Caldeira do Peixe ; ne pas confondre avec le petit marécage désigné sous la nom de Lagoa do Peixe, dont nous venons de parler).
LAGOA DAS FURNAS
Ce lac s’écarte considérablement, par son aspect physique, de tous ceux que nous avons vus jusqu’à présent; ce n’esl plus, en effet, un Lagoa type, formé par les pluies amassées au fond d’une Caldeira éteinte, mais bien plutôt un lac ordinaire étalant ses eaux dans une sorte de vallée d’origine
(4) Ce dernier ne figure pas sur la carte de Vidal.
(2) Chaves m'a écrit tout récemment que les bergers lui avaient indiqué l'existence d'un cinquième lac, tout petit, à quelques kilomètres au Sud-Est du Lagos de S. Braz, le Lagoa dos Espraiadoes; il ne l'a pas visité, mais il a indiqué sur la carte Il sa situation approximative d'ajrès le dire des montagnards de la région
LS
volcanique. Les montagnes qui bordent le lac au Nord, à l'Ouest, et aussi un peu au Sud, sont hautes et escarpées ; à l'Est au contraire, la pente est beaucoup plus douce et c’esl sans aucune difficulté qu’on a tracé la superbe route qui, en longeant le Lagoa dans presque toute son étendue, conduit de Villa-Franca au village de Furnas. Si l’on n’était mis en éveil par la constitution volcanique spéciale du sol et par le cachet particulier de désolation qu'imprime aux lacs açoréens l’absence de toute végétation littorale. on pourrait se croire en Suisse, ou mieux en Ecosse.
Le Lagoa das Furnas représente assez exactement un 8 dont la grande boucle serait au Sud, la petite boucle, de dimensions très restreintes, étant naturellement située au Nord. A l'extrémité tout à fait septentrionale de cette dernière, au pied des grands escarpements du Pico do Ferro, d’abondantes et épaisses vapeurs blanchâtres annoncent au voyageur que des sources minérales jaillissent sur les bords mêmes du lac. Je transcris ici l’excellente description qu'en donne M. Fouqué :
« En ce point un espace d’une étendue d’un demi-hectare environ est le siège de dégagements mulüipliés de gaz et de vapeurs à une haute température. La quantité d’eau qui sort en même temps que les gaz est peu abondante, et le terrain serait bientôt débarrassé des flaques d’eau bouillante qui le couvrent si l’on détournait le cours d’un ruisseau d’eau douce (1) qui descend de la grande cascade voisine et alimente les bassins.
« Ce ruisseau, abondant en hiver, fournit à peine en été une quantité d’eau suffisante pour compenser la perte que les flaques d’eau bouillante subissent par évaporation. On a donc là de petites nappes d’eau très circonscrites, traversées par un afflux extrêmement abondant de gaz chaud et largement aérées.
(1) Ce torrent est figuré sur la carte de Vidal ; la grande cascade s'appelle le «Sulto do Barqato.