ILE DE FAYAL
La Caldeira de Fayal est située au centre de l'ile; sa projection sur la carte a la forme d’un cercle presque régulier, d'environ 2 kilomètres de diamètre, soit approximaltivement 6* 3)0 de circonférence: dimensions déjà fort respectables, mais notablement inférieures à celles que nous avons signalées à Sete-Cidades, où le diamètre mesurait un peu plus de 5 kilomètres et la circonférence 15" 5. La crète qui couronne les flancs du cratère court à une altitude moyenne d’un millier de mètres ; son point culminant est à l'Ouest, par 1022 mètres d'altitude, d’après Hartung (1); au Sud-Est, du côté de Flamengos, par où J'ai faitl’ascensiun, la cime est moins élevée et ne dépasse pas 920 mètres, d'après nes observations barométriques, 890 d'après celles de Chaves.
Siluée dans une région déserte et sauvage, la Caldeira de Fayal est d'un accès beaucoup plus difficile que celle de Sete-Cidades ; les pentes en sont très raides à l'extérieur, presque taillées à pic à l’intérieur. Je n'oublierai Jamais, pour ma part, les conditions particulièrement pénibles dans lesquelles j'ai accompli cette dure excursion. Le temps était mauvais, lalimosphére était tellement surchargée de vapeur d'eau, qu'à partir de 500 mètres d'altitude nous entrions dans d'épais nuages qui rendaient la marche plus difficile encore au milieu de ces coteaux abrupts. Arrivés à la cime du cratère, nous ne vîimes devant nous qu’un gouffre énorme, béant et insondable, où le vent brassait
(1) HARTUNG : loc. cit., pl. XVI, fig. 4.
furieusement les nuages, qui nous imbibaïent, en passant, de leur pénétrante humidité. Notre guide, redoutant de perdre son chemin au mihieu du brouillard opaque qui nous enveloppait, se refusait obstinément à descendre dans la Caldeira. Je ne pus le décider qu’en lui suggérant l’idée de placer tous les trente ou quarante mètres une baguette ornée d’un morceau de papier, qui nous permettrait de retrouver notre route aussi aisément que le faisait le Petit-Poucet des contes de fées à l’aide de ses cailloux blancs. Aïnsi fut fait, et nous commençâmes alors à nous laisser glisser au milieu des rocs, des arbrisseaux, des ravins et des fondrières, sur une pente effroyablement raide, pataugeant dans les Sphaignes gonflés d’eau, qui donnaient naissance de toutes parts à de nombreux ruisselets (1). Les papiers indicateurs étaient scrupuleusement placés en évidence, et, au bout d’une heure et quart de cette dégringolade vers un but invisible, nous avions la satisfaction de toucher le fond de la Caldeira. À ce moment même, il était une heure après-midi, le soleil parvint à percer les nues et, en peu de temps, le brouillard se dissipa complètement. Nous pûmes alors nous rendre compte de la disposition des lieux. Vers la partie Nord-Est s'élève un petit cratère secondaire, qu’on voit très bien figuré sur la carte de Vidal ; le lac, toutefois, ne parait plus avoir les mêmes contours, ni la même position qu’au moment où l’oflicier anglais en leva le croquis; il est moins étendu en surface, tout en s avançant davantage vers l'Ouest. A l’heure présente, ce Lagoa n’est plus qu un marais à moitié desséché, bien qu’il reçoive constamment les eaux de trois ou quatre torrents assez importants qui, d’après l'inspection de leur lit, semblent couler été et hiver. Les variations de niveau doivent ètre
(4) J'ai retrouvé en abondance, dans ces ruisselets, l'intressante Hydrachnide, décrite par Kœnike sous le nom de Sperchon brerirostris, et dont j'ai signalé plus haut la présence à S. Miguel ; elle est d'ailleurs égalenient répandue dans les torrents de Terceira, ceux du moins que j'ai explorés : l'eau de ces torrents est toujours froide (14° à 14°).
considérables, car une grande partie de la cuvette est tapissée d’une herbe fine. drue et serrée, comme il en pousse dans les marais détrempés que l'eau abandonne par instants pour y revenir lors des crues. [a moitié de la nappe liquide actuelle recouvre ainsi un fond herbacé sur une hauteur de 20 à 40 centimètres à peine; l’autre moitié. dont la profondeur ne dépasse guère un mètre. est au contraire tapissée d’une épaisse couche de Potamots.
Altitude. — D'après mes relevés barométriques, le fond de la Caldeira de Fayal, au bord du Lagoa, est à 592 mètres au-dessus du niveau de la mer; Chaves, dont les observations sont certainement plus rigoureusement exactes que les miennes, arrive au chiffre de 557 mètres. Ces cotes diffèrent assez notablement de celles de M. Fouqué (données probablement d’après la planche XVI, fig. 6, d'Hartung); voici en effet ce que dit le savant géologue : « le point culminant de la Caldeira est à une altitude de 1022 mètres, et le fond se trouve à 400 mètres au-dessous (li »
Dimensions. — 11 est hnpossible d’assigner quelque dimension, même approximative, à ce marécage superficiel qui doit varier pour ainsi dire d’une semaine à l’autre.
Profondeur. — J'ai dit plus haut qu’à l'époque de mon passage, le 12 septembre 1887, la nappe liquide mesurait au plus un mètre dans sa profondeur maximale.
Température. —
Le 12 septembre 18K7 Température extérieure. .....,.... 1865 à 1 h. 1/2 du soir. » de la surface........ 19"15 Fanne. — La faune de ce Lagoa a été fort bien éludiée
par de Guerne 2), et nous n'avons pas grand’chose à ajouter
(1) Fouqué. Voyages geolog'qres aux Açores. Revue des Deux Mondes, 1° Février 1873, pr. (539.
(2) DE GUERNE. Ercursions 500logiqnes, ete, p. 33 et suiv.
au tableau qu'il en a soigneusement tracé. Je signalerai seulement l’abondance, sous les pierres submergées, de Plumatella repens L., qui avait échappé à mon savant collègue, ainsi que la présence, mais en beaucoup moins grande quantité, del’Asplanchna Inhofi de Guerne. Pour avoir quelque chance d'augmenter cette liste, il faudrait pouvoir faire sur place des recherches imicroscopiques.
Protozoaires. —
Difflugia constrictu Ehr. Centropyris aculeata Ehr. Nehela collaris Khr. Hyalosphenta sp.
Arcella vulgaris Ehr.
Vers.
Nais elinguis O. F. Müller. Enchytrœus sp. Rotifères. —
Monostyla lunaris Ehr. Asplanchne Imhofi de Guerne
Tardigrades. — Macrobiotus sp.
Ostracodes — Cypris virens Jur.
Copépodes. —
Cyclops viridis Fischer. Canthocamptus sp.?
Cladocères. —
Alona costata G. O. Sars. Chydorns spherieus OK, Müller.
À. testudinaria Fischer. Pleurorus nanus Baird. Insectes. —
Agabus (rodmunt Croich. 1Iydroporus (rnerner Ré.
J’ai retrouvé en outre, ainsi que le signale de Guerne, de nombreuses larves de Chironomides, de Phryganides, de Drtscides et de Pseudo-Névroptères.
Bryozoaires. — Plumatella repens L.
Lamellibranches. — Pisidium Dabneyr de Guerne.
Je n'ai pas recueilh moi-même ce Lamellibranche à Faval, où il a été indiqué par de Guerne : peut-être est-il identique au ?. fossarinum Clessin, signalé à S. Miguel par Simroth(li et que J'ai retrouvé maintes fois dans cette ile.
Poissons. — Cyprinopsis auralus L.
Batraciens. — ana esculenta L.
(1) V. NSimRotTH: Zwr Kenntniss der Asorenfauna. Archiv. für Naturgeschichte, Jahry. 51, Bd. 1, p. 231, 1888.