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Voici quelques documents complémentaires d’après Elisée Reclus :
Du cap Race (Terre-Neuve) à Corvo . . . . 1800* » Des Bermudes aux Açores . . . . . . . 3000 »
De St-Thomas (Antilles) aux Açores . . . 4000 »
Les mers qui baignent l'archipel et qui constituent « l'Atlantique Açorien », suivant l'expression de Reclus, sont généralement d’une grande profondeur, et le savant géographe admet qu’elles atteignent en moyenne 4,000 m. et plus. Il suffit de jeter un coup d’œæil sur la carte des sondages du capitaine Vidal pour voir combien les côtes sont accores et combien les fonds augmentent rapidement à une distance relativement minime de la terre. Les relevés récemment exécutés par S. À. le Prince de Monaco (1) ont fourni à ce sujet des données extrèmement intéressantes. Cent trente kilomètres à peine séparent Terceira de S. Miguel et pourtant la sonde a marqué jusqu’à 3.309 mètres entre ces deux îles! Fait plus remarquable encore, on compte environ 17 kilomètres de Pico à S. Jorge, et pourtant les sondes de l’Æiondelle ont décélé des fonds de 1.300 mètres!
D'origine entièrement volcanique, les iles de l'archipel açoréen offrent toutes une constitution identique dans ses grands traits et présentent un cachet de famille des plus net. Toutes sont montueuses, parsemées de nombreux cratères éteints, au profil tourmenté, dont la plupart dressent leurs cimes tronquées à des altitudes variant entre 700 et 1000 mètres ; le sommet le plus élevé de l’archipel, le volcan de Pico, atteint seul une hauteur supérieure à 2000 mètres; l’allitude en a été fort diversement appréciée par les différents observateurs qui en ont parlé, mais, tout dernièrement, elle vient d’ètre fixée à 2.275 mètres par le capitaine
(4) S. A. S. le PriNce DE Monaco: lLtinéraire du yacht « l'Hirondelle » dans l'archipel des Açores. 1885-1887-1888. Carte deuxième.
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Chaves, à la suite de nivellements barométriques fort soignés (1).
Les éléments géologiques qui composent ces chaines puissantes, ces massifs formidables, sont tout naturellement des laves diverses, trachytiques ou basaltiques, des tufs, des ponces, des scories (2). Ces dernières forment en certains points des côtes, dans la baie de Joäo-Bom, par exemple, sur la rive Nord de S. Miguel, de telles falaises que l'esprit demeure confondu à la pensée des manifestations terribles qui ont dû donner naissance à ces puissantes assises. Du haut du pic de Maffa, la haute et sinistre muraille s’élance à pic, d’une hauteur de 350 à 400 mètres, dans la mer qui déferle à ses pieds, n’offrant au regard étonné qu’uneinfinie succession d'immenses couches ondulées de scories noires et ternes. Quelle formidable éruption a dû gronder en ces lieux, semant aux alentours d'aussi gigantesques débris ! C’est seulement devant un pareil spectacle que l’homme peut arriver à se figurer la formation de l’archipel açoréen, émergeant pour ainsi dire du fond des abimes sous l’incessante poussée des puissants volcans dont l’activité devait être effrayante, si l’on en juge d’après les témoins qu’elle a laissés partout.
En d’autres points de l'ile de S. Miguel, la falaise est composée tantôt de ponces grisâtres, comme aux environs de Villafranca, tantôt de tuf d’un brun jaunätre, comme à Capellas. Dans ce dernier cas, la roche est souvent creusée par la violence des flots d’une multitude de cavités natu-
(4) F. A. Caves: Contribuiçäo para os estudos hypsometriquos dos Acores : Altitude de Pico. Arvhivo dos Açores, vol. XII, 14893.
(2).Je renvoiele lecteurque ces questions intéressent spécialement aux excellents travaux de HARTUNG (Die A:oren tin ihrer äusseren Erscheinung und nach ihrer g'ognostichen Natur geschildert, Leipzig. 1860), de FOUQuÉ Voyages géologiques aux Açores, Revue des Deux-Mondes, 43° année, t. CIII et CIV, 1873), et enfin à unintéressant mémoire de pétrographie(Recherchesmicrographiques sur quelques roches de l'ile de S.-Miquel, Lishonne, 1888) publié plus récemment par M. le Dr: EUGENIO PACHEGO DE CASTRO.
relles, dont quelques-unes sont très spacieuses à l’intérieur, bien que la crevasse d’entrée soit en général assez étroite. Rien n’est plus pittoresque el d’aspect plus féerique que ces vastes grottes où le flotd’un bleu profond et étrange vous entraineendéferlant, au risque de vous déchirersurles roches aiguës, gardiennes du passage, au moindre coup d’aviron donné à faux par le hardi baleinier qui vous guide.
D'une façon générale, le pourtour desiles est protégé par une bordure de laves basaltiques noirâtres, aux vives arètes, aux brillants cristaux d’olivine, sur lesquelles le flot se brise en mugissant et rejaillit ensuite en blancs tourbillons d’écume. Les plages sablonneuses (areal) sont extrêmement rares, elles ne sont pas formées, comme chez nous, de sable blanc, fin et doux, mais bien de sable grossier dur, d’un gris noirâtre, sans cesse agité par le ressac. J'ai dit plus haut que les îles de l’archipel açoréen sont d’origine entièrement volcanique ; une exception toutefois doit être faite en faveur de Santa-Maria où l’on rencontre, aux environs de Praïa, une couche assez importante de calcaire fossilifère, que sa faune a permis de rattacher à l'étage des faluns de Bordeaux, c’est-à-dire au miocène supérieur. Malheureusement ce lambeau est de trop peu d'importance, etsurtout trop isolé, pour qu’on en puisse tirer des conclusions de quelque valeur sur l’âge exact des roches volcaniques de l'archipel ; tout ce que les géologues ont avancé semble se résumer en cette proposition : les laves des Açores paraissent d'origine plus récente que celles qui constituent les massifs des autres archipels de l'Atlantique, c’est-à-dire des Madères et des Canaries.
Toute activité volcanique n’a point encore cessé aux Açores, et les trembtements de terre, bien que peu considérables et sans conséquences graves, y sont encore très fréquents. Le monstre n’est qu’endormi et on peut encore tous les jours constater les preuves de sa puissante vitalité en.deux points opposés: de S. Miguel, à Ferraria, et surtout dans la vallée de Furnas. A l'extrémité occidentale de
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l'île, au pied du Pico das Camarinhas(\), quelques sources chaudes viennent sourdre au pied même de la mer (2), qui les recouvre à marée haute ; latempérature de ces sources est d'environ 96° et l’on a construit en cetendroit un établissement de bains, très couru des gens du peuple. Entre la pointe de Ferraria et celle de Varzea, à environ un mille de la côte, eut lieu enjuin 1811 Péruption sous-marine qui donna naissance à l’ilot « Sabrina » ; lorsque les tremblements de terre, les pluies de cendres et de scories, les détonations incessantes et les éclairs qui avaient accompagné ce cataclysme eurent cessé, le capitaine de la frégate britannique Sabrina put descendre sur l’ilot, le baptiser du nom de son navire, et, en bon anglais, y planter le drapeau du Royaume-uni. Cetîlot, composé en majeure partie de pierres et de cendres, mesurait euviron un mille de circonférence et s'élevait à près de 300 pieds de hauteur. Son existence fut fort éphémère ; il disparut presque aussi rapidement qu’il s’était formé : dès le mois d’octobre 1811, il commença à s’émietter sous l’action puissante et continue du ressac et, quelques mois plus tard, il n’en restait plus trace au-dessus des flots (3). Comme seul témoignage de ce cataclysme, on retrouve en cetendroit un banc sur lequel la sonde accusa au capitaine Vidal, en 1843, une profondeur de quinze brasses.
(1) Camarinhas se dit en portuwais des petits fruits blancs du Corema albuin, qui croît en grande quantité sur le pie en question et lui a valu cette dénomination. Les Açoréens de la campasne mangent ces fruits et certains, prétend-on, en retirent une sorte de boisson fermentée. Chaves m'a pourtant assuré, malgré ce qu'en dit Morelet, que niàS. Miguel, ni à Fayal, ni même à Pico, où on trouve les Camarinhas en beaucoup plus grande quantité, il n'a jamais vu employer ces fruits à la fabrication d'une boisson alcoolique quelconque.
(2) Le Pedipes afer Fèr., petit Gastéropode de la famille des Pulmonés, et d'origine africaine, comme l'indique son nom, habite commuménent à Ferraria, sur les rochers que le voisinage des sources chaudes maintient toujours à une température relativement élevée.
(3) Je traduis ces renseignements d'un très intéressant article paru dans « Archivo dos Açores » sous le titre de Anno 1811. — Erupçio submarina em S. Miguel (t. V, 1883, p. 448-454), qu'accompaygne le fac-simile d'une superbe planche en couleurs, parue à Londres en 1812.
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C’est vers l’autre extrémité de l’île de S. Miguel, dans la vallée de Furnas, que les phénomènes volcaniques se manifestent avec le plus d'activité, mais seulement sous forme de sources thermules, de geysers, de Caldeiras comme disent les Acoréens (1). Rien n’est plus curieux que ce « Valle das Furnas » ; tousles voyageurs qui ont passé par les Açores ont été vivement frappés des manifestations puissantes de ce feu souterrain qui brûle sous leurs pieds. C'est un spectacle vraiment extraordinaire que la réunion, sur un espace de quelques centaines de mètres carrés, d’une foule de sources les plusdiverses: froides, tièdes, brûlantes, sulfureuses, gazeuses, ferrugineuses! Dans le Jit d’une source ferrugineuse froide bouillonne une source chaude sulfureuse, et vingt mètres plus loin, sur la rive même du ruisselet formé par la réunion de ces deux sources, jaillitune eau fraiche, extrêmement chargée d'acide carbonique. Ici, de véritables geysers bouillants lancent leur jet puissant, qui n’atteint guère plus de deux mètres de hauteur, mais dont le diamètre mesure plusieurs pieds; là, une Caldeira vomit en mugissant d’incessants flots d’une boue liquide et grisâtre. Partout le sol fume et semble en ébullition; l'air est empesté de vapeurs sulfureuses ; de larges plaques jaunes, de soufre, et rouges, de fer, s’étalent de toutes parts comme des lèpres hideuses. Bizarre contraste! c'est dans le bourg de Furnas, à moins d’un kilomètre des Caldeiras fumantes, que les riches Açoréens viennent passer en villégiature les mois d'été; la vallée s’est couverte de charmantes et mème de luxueuses habitations, noyées dans un océan de végétation tropicale ; depuis le commencement de juillet jusqu’à la fin d’août, les villas et les hôtels regorgent de monde, il y a bal le soir comme dans toute ville d’eau qui se respecte. L'habitude est une seconde
(4) Nous verrons plus loin que ce mot est également emplové pour désigner le fond d’un cratère éteint : on dit, par exemple, Caldeira das Sete-Cidades.
nature, et l’on voit qu'aux Açores « danser sur un volcan » n’est plus une métaphore | |
Dans les autres îles, les manifestations volcaniques extérieures semblent être fort restreintes, en dehors des tremblements de terre. légers pourla plupart, qui ont été assez fréquents dans ces dernières années, surtoutaux environs de Pico et de Fayal. Pourtant il existe à Terceira une petite solfatare et au moins une source d’eau chargée d’acide carbonique ; à Gracioza, à Fayal et à Florès, on connaît des sources chaudes, sulfureuses parfois; enfin le volcan de Pico laisse échapper souvent à son sommet quelques vapeurs.
Un des résultats les plus intéressants auxquels soit arrivé Hartung dans son étude géologique des Açores, est certainement l’existence possible, en quelques points de l’archipel, de vestiges de la période glaciaire. Sur la côte Sud-Ouest de l’île de Santa-Maria, dans la baie de Villa do Porto, on rencontre de nombreux fragments urrondis d’un gneiss qui contient une forte proportion de mica blanc et de mica noir. Ces fragments sont mêlés sur la rive aux galets ordinaires de lave basaltique, et leur nombre est si grand que l’on ne saurait songer à les considérer, d’après le géologue allemand, comme du lest inutile rejeté par les navires. Des blocs erratiques auxquels on ne peut attribuer une origine volcanique ont été également rencontrés en d’autres points des Açores. C’est ainsi qu’à Praïa, sur la côte Est de Pile de Terceira, Hartung a pu recueillir, au milieu des galets de roches ignées, des fragments polis et lisses de grés rouge, de calcaire dense, de quartz, de granite graphique, d’un autre granite contenant du feldspath blanc Jaunâtre, du quartz, du mica blanc, du mica noir et de la tourmaline. Tous ces blocs, dont quelques-uns mesurent jusqu’à plusieurs pieds de diamètre, ne s’observent pas seulement sur le rivage, mais bien encore jusqu'à une demi-minute géographique (926 mètres) dans l’intérieur des terres, en différents points où les paysans s’en sont servi, conjointement avec des fragments de lave, pour élever autour de
leurs champs des murs de clôture. D’après Hartung, 1l n’est pas admissible que les blocs aient été transportés en cet endroit par la main des hommes, tout comme il est impossible de concevoir, après examen de la disposition actuelle des lieux, qu'ils aient été amenés sur la côte au travers des brisants.
Il est plus rationnel, dit le géologue allemand, de penser que ces roches d’origine étrangère ont été charriées par des glaces flottantes qui, en venant échouer et fondre le long des côtes, lesabandonnaïent sur la rive. Un soulèvement léger, dans le genre de celui qui s’est certainement produit à Santa-Maria, a exhaussé les fonds voisins de la côte et mis au Jour les blocs tels qu’on les retrouve maintenant. Ces faits sont d’autant plus probables que de semblables fragments ont été signalés dans le Canada et les États-Unis jusqu’au 38° degré de latitude Nord (1).
Telle est la théorie de Hartung; cette manière de voir a été entièrement acceptée par Darwin, qui en a tiré d’excellents arguments pour expliquer le cachet septentrional de la flore açoréenne 2).
Il est bien certain que, si le fait des échouages de glaçons élait prouvé, des conséquences très importantes en pourraient être tirées au sujet du peuplement des Açores; la question de l’origine des espèces animales, soit terrestres, soit d’eau douce, en recevrait un jour nouveau. L'opinion d’Hartung, je dois le dire, n’a point été acceptée sans contestation; malgré tout, certains estiment que les blocs erratiques en question pourraient bien avoir été amenés comme lest par les navires qnis’en seraient ensuite débarrassés lors de leur arrivée au mouillage. C’est l’avis de mon ami, le capitaine Chaves, qui a parcouru une grande partie des îles de l'archipel, el exploré en particulier, avec un soin tout minu-
(1) HarTuNG : loc. cit. p. 291-265.
(2) DARwIN : De l'origine des espèces, trad. Barhier, p. 441, Paris 1880.
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tieux, les côtes entières de S. Miguel. Voici ce qu'il a bien voulu m'écrire à ce sujet :
« Lorsque le commerce des oranges était florissant aux Açores, les navires anglais qui mouillaient à la Praïa (ile de Terceira) utilisaient comme lest à l’aller des roches dont vous avez vu des échantillons, et qui sont celles qu'Hartung a prises pour des blocs erratiques, vestiges de la période glaciaire. L’ancre jetée, le lest était culbuté par dessus bord et, comme le lieu de mouillage est peu profond, comme le fond monte en pente douce à la côte au dire des pècheurs de Praïa (1), 1l est aisé de penser que les roches, après avoir été roulées par le flot durant quelque temps, sont venues échouer à la rive, pêle-mêle, avec les autres galets, d'origine volcanique ceux-ci, et formés sur place. Le résultat aurait été le même si un navire sur lest était venu se briser sur les côtes de Praïa: cette hypothèse n’a rien de hasardé, car les naufrages sont fréquents dans l’archipel.
« Les paysans açoréens, habitués à ne voir que des laves, des scories, des roches volcaniques noires et ternes, ont probablement ramassé avec curiosité ces minéraux de teinte claire, parsemés pour la plupart de brillantes paillettes de mica. Ils s’en sont servi pour construire ces petits murs bas, sans mortier, qu'on rencontre partout aux Açores ; un beau jour, le mur s’est écroulé et les roches étrangères se sont trouvées dispersées au milieu des laves, en un lieu où la mer n’a certes pu les transporter directement.
«Je n'ai point d’ailleurs rencontré à la Praïa les granites, les gneiss, etc... en aussi forte proportion que l'indique Hartung. Ceci peut s'expliquer à mon sens de la façon suivante : l'exportation des oranges, en sensible diminution déjà lors du séjour du naturaliste allemand dans l’archipel, estaujourd’hui en pleine décadence et les navires anglais, non plus que les navires portugais, ne jettent plus l'ancre
(1) C'est également co qui ressort de l'examen de la carte de Vidal.
devant la Villa da Praïa{(l). Le peu de trafic quise pratique encore actuellement en cette localité, jadis si florissante, se fait totalement, par voie de terre, avec la ville d’Angra, douée d’un port profond et de quais d'embarquement mieux organisés.
« Au sujetde Santa-Maria , Hartung n'entre guère dans les détails et nous sommes autorisés à supposer que ce géologue n’a point trouvé de roches étrangères en plus grande quantité que j'en pourrais rencontrer aujourd’hui sur les côtes de Ponta-Delgada. Or, personne ne songerait jamais à considérer ces dernières comine des restes de la période glaciaire, mais bien plutôt comme des roches apportés de l'étranger par les navires, en guise de lest. Il est bon de noter que le port de Villa do Porto n’est pas situé en un point de la côte favorable à l'atterrissage des glaçons arrivant du Nord, à moins de supposer que ces icebergs, après avoir flotté plus bas dans le Sud, aient rebroussé chemin pour venir échouer juste à point dans le seul port de Santa-Maria qui devait être plus tard fréquenté par les navires marchands et aux abords duquel on a eu à déplorer déjà, depuis les temps historiques, maints naufrages !
«Dans les autres îles, Hartung n’a rencontré aucun bloc erratique et, pour ma part, je n'ai pu trouver les moindres vestiges de la période glaciaire sur la côte Nord de l'ile de S. Miguel, bien que je les y aie cherchés avec le plus grand soin, surtout dans les endroits qui me paraissaient particulièrement favorables à l'atterrissage des glaçons flottants.
« Resterait à expliquer l’absence ou la rareté relative de ces roches étrangères sur des côtes comme celles de Ponta- Delgada et d’Angra, où le trafic a été autrefois très important etoù, par conséquent, les navires ont dû maintes fois se débarrasser de leur lest. On peut, ce me semble, en trouver la raison dans la profondeur du mouillage, ainsi que dans
(1) Villa se dit en portugais d'une localité moins importaute qu'une ville (Cidade), mais plus considérable qu'un village (Aldeia).
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son éloignement de la côte, généralement très abrupte en ces points. De nos jours d’ailleurs, le maigre commerce d’oranges qui se fait encore à Ponta-Delgada est monopolisé par des vapeurs qui jettent l’ancre dans le dock, profond de 5 à 18 mètres ; à Terceira, toute exportation a cessé ».
J’ai tenu à reproduire entièrement cette argumentation fort intéressante, due au naturaliste que ses recherches minutieuses et suivies mettent le mieux à même de se faire une opinion sur la question, mais je ne cache point que cette théorie soulève quelques objections.
Hartung dit expressément que quelques-uns des blocs erratiques observés par lui sur la côte de la Praïa mesuraient plusieurs pieds de diamètre. Il est bien difficile d'admettre que de pareilles masses, après avoir servi de lest et été jetées par dessus bord, aient pu être roulées à la côte comme de simples galets (1). Il faudrait aussi que le capitaine Chaves, pour étayer sa manière de voir, nous montrât de ces mêmes roches draguées dans les ports de Ponta-Delgada et d’Angra aux endroits que fréquentaient autrefois de préférence les bateaux chargés du trafic des oranges (2). Certes la question est du plus haut intérêt et mériterait d’être étudiée avec soin dans tout l’archipel des Açores: elle ne peut toutefois être tranchée d’une façon définitive qu’à l’aide de dragages institués méthodiquement par un navire bien oulillé.
Mais si, dans l’état actuel de la science, on ne peut affirmer que la période glaciaire a laissé des traces certaines
(1) IL est bon de rappeler toutefois qu'Hartung s'était embarqué pour les Açores avec l'idée qu'il devait rencontrer des vestiges de la périvde glaciaire, idée qui lui avait été sugyérée par Lyell à l'instigation de Darwin. Cette opinion précouçue a peut-être porté le géologue allemand à exagérer les dimensions réelles de ces blocs qui, d'ailleurs, perdent dans l’eau de mer une partio de leur poids. Rappelons aussi que le mouvement des vagues est si intense qu'il se fait sentir jusqu'à des profondeurs de 14 mètres, et peut-être au-delà.
(2) Le capitaine Chaves me fait savoir qu'à Ponta-Delgada la plus grande partie du fond de l'ancion ancrage est maintenant recouvert par les blocs du dock ; il ajoute qu'il a retrouvé sur la côte de l'ile de S. Miguel, à Ponta-Delgada, les mêmes roches étrangères qu'il avait recueillies à Praïa.
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aux Açores mêmes, 1l semblerait, si les observations du Talisman (1) reçoivent confirmation, que les glaces flottantes s’étendaient autrefois beaucoup plus au Sud que de nos jours, toutau moins jusque dans le voisinage de l’archipel, et que les conditions climatériques de ces îles, ainsi que des mers qui les baignaient, en étaient fortement modifiées.
Aujourd’hui, le climat des Açores est chaud et humide, mais d’une égalité et d’une salubrité remarquables. Les indications climatériques ont été toujours données, même dans les meilleurs ouvrages, d’après d'anciens auteurs dont les observations étaient souvent incomplètes à cause de l'insuffisance des instruments qu’ils avaient à leur disposition. Depuis plus de vingt ans, un observatoire météorologique soigneusement tenu a été installé à Ponta-Delgada ; toutefois, c’est seulement à partir du mois d’Août 1893, époque à laquelle le capitaine Chaves en prit la direction, que le service fut pourvu d’un commencement d’outillage en rapport avec les perfectionnements modernes. Grâce à l'entremise de l'Association commerciale de Ponta-Delgada — qu'on ne saurait trop féliciter en cette circonstance — notre ami a obtenu toute une série d'excellents instruments enregistreurs. C’est d’un heureux augure, et 1l est à espérer que l'initiative privée — à défaut du gouvernement portugais — aura la louable ambition de parachever ce
(1) « Le fond de la mer est tapissé dans toute cette rézion (N.-E. des Açores) d'une vase blanche formée presque uniquement de Globigérines ; des ponces et des pierres volcaniques y sont mélangées ; maïs ce qui nous surprit davantage, ce fut de trouver des cailloux polis et striés par les glaces à une distance de plus de 700 milles des côtes de l'Eurvpe. La netteté des stries ne permet pas d'admettre que ces cailloux ont été transportés par des courants, car ils auraient été roulés ; d'ailleurs ils restent à une profondeur telle que la tranquilité des eaux doit y être très grande, à en juger d'après la nature des limons qui s'y déposent. Leur présence est probablement due au transport par des glaces flottantes qui, à l'époque quaternaire, s'avançaient plus loin au Sud que de nos jours et qui, en venant fondre dans la partie de l'Océan atlantique comprise entre les Açores et la France, laissaient tomber sur le fond les cailloux et les fragments de roches arrachés au lit des glaciers et qu'elles avaient charriés jusque là ».
A. Mnxe-Epwarps : L'expédition du « Talisman » dans l'Océan atlantique. Bull. hebdom. de l’Assoc. scient. de France, 16 et 23 Décembre 1883.
qu’elle a si bien commencé. S. A. S. le prince de Monaco, dans une récente communication à l’Académie des Sciences, a rappelé tout l'intérêt qu’il y aurait à installer un observatoire complet aux Açores, «que leur situation met presque au centre des courbes tracées par le déplacement des perturbations atmosphériques nées sur l’Atlantique et par la circulation tourbillonnaire des courants marins superficiels (1) ». Cette manière de voir fut chaudement appuyée par M. Mascart qui ajouta que « depuis longtemps les météorologistes ont signalé l'importance que présenteraient les observations des Açores, en particulier s’il était possible de les transmettre en Europe par le télégraphe. C’est, en effet, dans cetle région que parait être l’origine des principaux troubles atmosphériques qui abordent nos côtes ».
Depuis cette époque, un cable télégraphique relie les Açores à l’Europe, et il n’est par douteux que le Portugal tiendra à honneur de compléter l'installation de l’observatoire de Ponta-Delgada. Il serait également fort utile de pourvoir cet établissement des instruments nécessaires à l’étude des poussières atmosphériques; ces recherches fourniraient certainement des résullats intéressants au point de vue de la dispersion des organismes et du mode de peuplement des Açores. Les vents dominants sont ceux du Nord-Est, soufflant par conséquent d'Europe, et il est probable que ce facteur doit entrer en ligne de compte pour expliquer, du moins en partie, le cachet européen de la faune et de la flore açoréennes. L'étude des poussières atmosphériques, pratiquée en des points convenablement choisis, apporterait de précieux renseignements sur la question.
Mais fermons cette longue parenthèse pour revenir au climat des Açores, tel qu’il ressort des tableaux ci-dessous, tirés des bulletins de l’observatoire de Ponta-Delgada.
(1) S. À. S. ALBERT Î*", PRINCE DE Monaco : Project d'observatoires méleorologiques sur l'Océan Atlantique. Compt.-rend. Acad. Sciences Paris, t. CXV, p. 100, 1892.
I. — Resume de 9,969 observations failes à l'observatoire méleorologique de Ponta-Delgada, de 1866 à 1872 (1).