H. ÉTUDES. — $C. NAT. XXV, {4 == ART. N
9 ALPH. MILNE EDWWARDS.
produire toujours les mêmes effets. Par conséquent, si tous les oiseaux descendent d’une même souche et si les diverses formesreconnues aujourd’hui parmi ces animaux n'étaient que le résultat des influences exercées sur les produits d’un type primitif unique par les conditions d'existence au milieu des quelles ces produits ont été placés, il faudrait, ce me semble, trouver des représentants d’un même type secondaire dans les deux régions circumpolaires extrêmes, mais similaires. Or, dans la région antarctique où les Manchots abondent, ainsi que nous venons de le constater, il n’y a pas de Pingouins, et dans la région boréale il ya beaucoup de Pingouins et pas de Manchots.
Cette différence entre les formes aviennes qui se trouvent aujourd’hui autour du pôle nord et autour du pôle sud, suppose des différences entre les premiers producteurs, ou bien l'intervention d’une autre puissance modificatrice. On répondra peut-être que le climat boréal et le climat antarctique, quoique similaires, ne sont pas identiques, et que cette différence explique la diversité des types organiques dont nous voyons les caractères accessoires se ressembler sous certains rapports aux antipodes; maisje ne m'arrêterai pas à examiner la valeur de cette objection, car l'étude de la faune antarctique fournit d’autres faits qui, à mon avis, sont encore plus significatifs et à l’égard desquels une argumentation de ce genre ne saurait être soutenue.
Effectivement si les particularités organiques offertes par les Manchots étaient une conséquence de linfluence exercée par le climat antarctique et par les autres conditions biologiques auxquelles les oiseaux sont soumis dans les parties circumpolaires de l'hémisphère austral, la faune ornithologique de cette région devrait ne posséder que des palmipèdes brachyptères, à moins d'admettre l’existence de différences primordiales dans la nature des oiseaux qui y vivent, supposition qui serait on AE bases essentielles de hypothèse de la formation de tous les types zoologiques actuels par sélection naturelle.
ARTICLE N° à.
Or, il en est tout autrement. Partout où vivent les Manchots vivent aussi des oiseaux piscivores qui, au lieu d’être complètement apténiens, comme eux, sont des Palmipèdes grands voiliers, pourvus d'ailes immenses et organisés sous tous les rapports de la manière la plus favorable pour une locomotion aérienne rapide et soutenue : les Albatros par exemple.
Ce serait peu logique, ce me semble, d'attribuer à l’influence des mêmes circonstances biologiques, ou, en d’autres mots, à la même cause modificatrice de l'organisme animal, l’atrophie des organes du vol chez les Manchots et le développement extraordinaire de ces mêmes organes chez les Albatros. Je ne concevrais la possibilité d'effets si contraires dus à une même cause qu'en supposant des différences préexistantes dans la nature des organismes ainsi modifiés, et cette supposition, je le répète, serait incompatible avec l’hypothèse fondamentale du système darwimien.
L’argument que je viens d'employer repose essentiellement sur le fait de la similitude des circonstances extérieures dans lesquelles vivent et se reproduisent les Manchots, les Albatros et d’autres Palmipèdes grands voiliers. Or, pour mettre en évidence ce fait fondamental, 1! m'a fallu étudier plus attentivement qu'on ne le fait d'ordinaire la distribution géographique de ces oiseaux pélagiens à vol puissant ; je crois donc utile de présenter ici quelques détails à ce sujet.
Les Albatros, de même que les Manchots, sontau nombre des Oiseaux les plus remarquables de la région antarctique. Ils abondent dans les parties froides et tempérées de l’hémisphère sud ; on les rencontre presque partout où les Manchots se montrent, et ce n’est pas seulement d’une manière temporaire qu'ils habitent des parages identiques ; leurs stations de reproduction sont souvent les mêmes.
Ainsi à Tristan d'Acunha, îlot qui n’a que 9 lieues de tour, on trouve, à côté des rookeries appartenant aux Manchots, de nombreux nids où les Albatros couvent leurs œufs et élèvent leurs petits (1).
(4) Carmichael, Some account o the Island of Tristan d'Acunha (Trans.
Il en est de même à Falkland (1), à la Géorgie australe (2), aux îles Crozet (3) et à Kerguelen (4). Ils nichent aussi sur quelques-uns des rochers qui bordent la côte de la Tasmanie et qui constituent des stations de multiphcation pour certains Manchots (5).
Enfin ils se reproduisent avec plus d’abondance au sud de la Nouvelle-Zélande, sur l'ile Auckland (6) et sur l'ile Campbell. Ce dernier point paraît être même un de leurs principaux rendez-vous à l’époque de la ponte (7).
Ces deux types aviens, si différents par leur organisation et leurs facultés locomotrices, ont par conséquent la même patrie et les mêmes stations de reproduction(8); mais l’un de ces types, conformé pour la nage seulement, n’a répandu ses dérivés que dans le voisinage de la région qui semble avoir été le berceau commun de leurs races, tandis que l’autre, doué d’organes de vol d’une puissance extraordinaire, a envahi une portion plus considérable de la surface du globe.
Le
Le mode de distribution géographique des Albatros fournit un autre argument contre l'opinion des naturalistes qui attribuent aux climats ou à d’autres circonstances indépendantes de l'organisme, le pouvoir de modifier profondément la constitution des animaux. En effet, ces grands Palmipèdes dont les caractères essentiels sont partout les mêmes, vivent et prospèrent sous des climats fort différents. Ainsi, d’une part, ils
of the Linn. Soc., 1817, t. XI, p. 489). — Earle, op. cit., p. 327. — Layard, op. cit., p. 265.
(1) Fanning, Voyage round the world, p.87.
(2) Abbott, Birds of the Falkland islands (Ibis, 1867, t. II], p. 165).
3) Layard, Birds of South-Africa, pl. 363.
(4) Morrell, Voyages in the South-sea, p. 62.—Ross, op. cit., p. 88.
(5) Gould, Birds of Australia, t. VIT.
(6) Ross, Voyage in the Southern Antarctic Regions, p. 149.
(7) Mac Cornick, A sketch of the Australian regions (Tasmanian journal of natural science, 1841, t. I, p.243.)
— Ross, op. cit., t. Il, p. 414, et renseignements fournis par M. H. Filhol.
(8) Voy. les cartes n° { et n° 2.
habitent les parties les plus reculées et les plus froides de la région antarctique : le capitaine Gook en a vu sous le 60° parallèle austral, et le commandant Wilkes en signale l'existence en deçà du 65° degré de latitude sud, dans le voisinage des terres polaires qui portent le nom de ce navigateur (1); mais, d'autre part, on en rencontre aussi jusque dans la zone torride ; ils sont communs dans les mers qui entourent les îles Philippines, et une de leurs stations de reproduction se trouve dans la partie de l’océan Pacifique comprise entre l'équateur et le tropique du Cancer.
Le géant de cette famille avienne, l’Albatros commun ou Diomedea exulans (2), qui parfois mesure #4 mètres d'envergure etqui, à raison de son port majestueux quand il sillonne la mer, a été appelé par quelques marins le Vaisseau de ligne (3), et qui est plus connu des matelots sous le nom de Mouton du Cap (4), voyage sans cesse el fait presque le tour du globe, mais il ne descend que rarement au-dessous du 30° degré de latitude sud; il abonde aux environs du cap de Bonne-Espérance et dans le voisinage de l’île Saint-Paul et de l'ile d’Amsterdam, ainsi que vers les attérages de l'Australie méridionale:; enfin le Muséum d'histoire naturelle de Paris en a reçu plusieurs individus pris, dans le voisinage des îles Sandwich vers le 40° degré de latitude nord, et, au dire de quelques ornithologistes, sa présence accidentelle sur la côte ouest de l'Amérique septentrionale a été signalée par plusieurs observateurs (5), cependant cela parait incertain (6). Mais sa vatrie
(4) Il est néanmoins à noter que les Albatros ne figurent pas au némbre des oiseaux dont Ross a signalé l’existence dans le voisinage de la Terre Victoria (Op. cit.,t. I, p. 190, 192, 215, etc.
(2) Albatross, G. Edwards, Nat. hist. of uncommon Birds, etc., pl. 88 (1751). — Diomedea exulans, Linné, Syst. nat. édit. 10°, t.1, p. 132 (1758). — Albatros du cap de Bonne-Espérance, Buffon, Planches enluminées, n° 2871 ou 962.
(3) Man of War. Albin, Nat. hist. of Birds, t. NI, p.34.
(4) Voyez Buffon, Hist. nat. des Oiseau, t. IX, p. 399.
(5) Ch. Bonaparte, loc. cit.
(6) Baird, Cassin and Lawrence, The Birds of North America, p. S21
proprement dite, ou, en d’autres termes, les lieux où il naît et se reproduit sont fort circonserits. Il niche à l'ile Campbell (4), à Kerguelen (2), à l’ile du Prince Édouard (3), à Tristan d'Acunha (4), à la Nouvelle-Géorgie du Sud (5) et sur un petit nombre d’autres points de la région antarctique. Pendant le jeune âge, il reste fort longtemps sédentaire dans ces stations, mais lorsque, parvenu à sa seconde année, il a pris ses grandes plumes, et quand ses ailes sont assez fortes, 1l quitte ces terres et se répand au loin.
Plusieurs autres espèces ou races appartenant à la même famille naturelle se distinguent de l’Albatros errant ou Diomedea exulans par diverses particularités de minime importance, et sont inscrites sur les catalogues ornithologiques sous les noms de Diomedea brachyura, D. melanophrys, D: chlororhyncha, D. fuliginosa, ete. La plupart des auteurs les plus récents forment même parmi les Albatros plusieurs groupes auxquels ils attribuent une valeur générique.
Ainsi G. Gray, à l'exemple de Reichenbach, les répartit en quatre genres (6) savoir :
Le genre Diomedea proprement dit qui ne comprend que l’Albatros errant dont je viens de parler.
Le genre Phæbastria qui est constitué essentiellement par l’Albatros à courte queue.
Le genre Thalassarcha comprenant l’Albatros mélanophrys, Albatros chlororhynque, etc. |
Legenre Phæbetria établi pour recevoir PAlbatros fuligineux.
(4) Ross, Voyage in the Southern and Arctic regions, t. II, p. M4 — M. H. Filhol a rapporté au Muséum une nombreuse série d'œufs et de jeunes oiseaux de cette espèce pris au nid, ainsi que d'individus adultes.
(2) Kidder, Contributions to the natural history of Kerguelen Island, p. 19 et 21 (Bulletin of the United States national Museum, n° 2, 1875). — Sharpe, op. cit. (Transact. philosoph., t. CXVIIT, p.145 et 148).
(3) Hutton, Notes on some Birds inhabiling the Southern Ocean (Ibis, 1865. n° 5, t. 1, p. 279).
(4) Carmichael, Some account of the Island of Tristan d'Acunha (Trans. of the Linn. Soc., t. XI, p. 489).
(5) Weddell, À voyage towards the South Pole, p. 59.
(6) G. R. Gray, Handlist of genera and species of Birds, part. 3, p. 109.
Le prince Ch. Bonaparte, tout en réunissant les Albatros brachyures aux Albatros ordinaires, adopte les trois autres genres, mais il ne fait pas connaître les raisons qui l'ont guidé dans son choix (1).
Toutes ces divisions et subdivisions ne me paraissent pas suffisamment motivées et, je ne saurais admettre dans cetté petite famille naturelle l'existence de plusieure types génériques; mais lorsqu'on applique à la classification des Albatros les données fournies par leur mode de distribution géographique, on est conduit à reconnaître, parmi ces oiseaux, au moins trois espèces primordiales dont les caractères disünctifs ne sont pas expliquables par l’action des causes locales auxquelles on est disposé à attribuer la formation de races différentes. Or, il est à noter que ces types spécifiques correspondent précisément aux trois types considérés par le prince Charles Bonaparte comme ayant une valeur générique.
Effectivement, en étudiant les affinités naturelles des Manchots, j'ai fait remarquer que, si les particularités que présentent des lignées d'individus habitant des lieux différents peuvent être attribuées à des Influences biologiques locales, et être considérées comme caractérisant seulement des races différentes issues d’une souche commune, il ne saurait en être de même pour des êtres qui vivent réunis dans une même station et subissent les mêmes influences extérieures. Dans ce cas, la diversité constante et héréditaire suppose des différences physiologiques préexistantes. Or, cette similitude dans les conditions biologiques existe pour le Diomedea exulans et pour le Diomedea fuliginosa dont les ornithologistes que je viens de citer forment le sous-genre Phæbetria. À Kerguelen, par exemple, ces deux espèces d’Albatros vivent et se reproduisent à côté l’une de l’autre ; elles ont également pour patrie
(1) M. Elliott-Coues a publié plus récemment une révision spécifique des Albatros et de leurs caractères distinctifs ; il n’a adopté aucune de ces divisions réputées génériques (Critical review of the family Procellaridæ, in Proceedings of the Academy of natural sciences of Philadelphia, 1866, p. 174 et suivantes).
commune l'ile du Prince-Édouard (1) et l’île de Tristan d'Acunha (2). Cependant leur mode de coloration est très différent; car le Diomedea fuliginosa a le plumage complètement brun noirâtre et la queue pointue (3), tandis que le Diomedea exulans est presque entièrement blanc et la queue est tronquée.
Cet Albatros fuligineux se montre dans l’océan Atlantique depuis le 31° degré de latitude sud jusque sur les côtes de la Nouvelle-Géorgie australe (4), sur lile Campbell (5) et même beaucoup plus loin vers le sud-est (6). Il niche à l’île Saint-Paul, mais il fréquente surtout la région comprise entre le cap de Bonne-Espérance, la Tasmanie vers l’est et les îles Falkland du côté du couchant. Parfois il visite même la côte ouest de la Californie et de l'Orégon (7). Il est aussi à noter que cet Albatros paraît être meilleur voilier que toutes les autres espèces de la même famille.
Des raisons analogues à celles dont je viens d’arguer me portent à considérer comme une troisième espèce d’Albatros le Diomedea melanophrys qui appartient au groupe désigné communément aujourd’hui sous le nom générique de Thalassarcha. Get oiseau, d’un tiers moins grand que lAlbatros errant, s’en distingue aussi par la forme du bord postérieur de la mandibule supérieure qui est tronquée transversalement et ne s’avance pas sur la partie adjacente du front comme chez l'espèce précédente, par la teinte des côtés du bec, par l’existence d’une raie sourcilière noirâtre et par quelques autres caractères. [l est très commun dans le grand Océan entre le 35° et le 55° degré de latitude sud, depuis la
(1) Hutton, op. cit. (Ibis,, 1865 ,p. 283).
(2) Snow, Two years cruise of Terra del Fuego; voy. Carmichael, op. cit. (Transact. of the Linnean Society, t. XIT, p. 489).
(3) Voy. Gould, Birds of Australia, t. VIT, pl. 41.
(4) Weddel, op. cit., p. 59.
(5) Ross, op. cit., t. I, p. 415.
(6) Ross, op. cit.t. II, p. 143.
(7) Baird, Cassin and Lawrence, Birds of America, p. 823. — Vigors, Ornithologie, Voyage of Beechey, p. Hi.
FAUNE DES RÉGIONS AUSTRALES. 9 côte méridionale de la Tasmanie jusqu’au cap de Bonne- Espérance d'où 1l s'étend dans l'Atlantique jusque dans le voisinage du cap Horn et sur la côte du Chili (1). De même que le Diomedea exulans, À niche à l’île du Prince-Edouard (2), ainsi qu'aux iles Falkland, et l’on assure qu’il se reproduit aussi dans l'archipel Fuegien (3) et à l'île Auckland (4).
Une quatrième et plus petite espèce d’Albatros, le Diomedea chlororhyncha, qui à été aussi rangée à côté du Thalassarque à sourcis noirs, niche sur l’île de Tristan d’Acunha (5). Il est facile de le reconnaitre à son bec d’une couleur jaune intense en dessus. On ne lui connaît pas d’autre station de reproduction ; mais on rencontre des Imdividus de cette espèce en grand nombre dans le voisinage du cap de Bonne-Espérance ainsi qu’à l’ouest de l'Australie (6), et, de même que les espèces précédentes, il s’égare parfois dans l'océan Pacifique jusqu’à l'embouchure du fleuve Colombia (7).
M. Gould à cru devoir séparer spécifiquement un autre Albatros qu'il a nommé Diomedea culminata (8); cet oiseau est très commun dans les parties du grand Océan qui avoisinent l’Australie, mais on n’en connaît pas la patrie, et je suis disposé à croire que ce n’est qu'une variété du Diomedea melanophrys. n’en diffère guère que par l'existence d’une bande jaune du dessus du bec qui s'arrête à quelque distance de l’extrémité de cet organe, ce caractère est d’ailleurs très variable.
(1) Sharpe, Birds collected by the Alert (Proceed. Zool. Soc., 1881, p. 12).
(2) Hution, op. cit. (Ibis, 1865, n° 51, t. I, p. 283).
(3) Cet Albatros est si commun sur quelques-uns des îlots de ce petit archipel, que ses œufs sont vendus en grand nombre sur le marché de Stanley (Abbot, On the Birds of the Falkland Islands. The Ibis, 1861, t. III, p. 165).
(4) Des œufs de l’Albatros melanophrys ont été trouvés dans cette localité (Potts, Notes on the Birds of New-Zealand. Transactions of the New-Zealand Institute, 1873, t. VI, p. 152).
(5) Carmichael, op. cit., Transact. Linneun Society, t. XII, p. 489.
(6) Gould, Birds of Australia, t. VII, pl. 42.
(7) Baird, Cassin and Lawrence, Birds of America, p. 822.
(8) Gould, Annals and magazine of natural history, t. XII, p. 361, et Birds of Australia,t. VI, pl. 41
On rencontre aussi dans les mêmes parages un Albatros qui, par son mode de coloration, est intermédiaire au Diomedea exulans et au Diomedea fuliginosa, car 1l ressemble beaucoup au premier par la teinte jaunâtre très pâle de son bec, ainsi que par le plumage blanc de sa tête, de son cou et du dessous du corps, et il tient du second par la teinte d’un brun noiràtre de la totalité de ses ailes et de la partie dorsale de son corps.
M. Gould, qui fut le premier à signaler l'existence de cette espèce ou race qu'il a appelée Diomedea cauta (4), croit qu’elle niche sur les rochers situés près de la côte sud de la Tasmanie ; mais on ne sait rien de positif à ce sujet.
Le seul Albatros qui niche dans lhémisphère nord est le Diomedea brachyura, et c’est peut-être à cause de cette circonstance plutôt qu’à raison de ses caractères propres que quelques auteurs ont cru devoir en former un genre particulier auquel ils ont donné le nom de Phæbastria, mais en réalité il ne diffère du Diomedea exulans par aucun caractère importanL.
Le prince Charles Bonaparte, qui était très bon appréciateur des affinités naturelles en ornithologie, le range dans le sous-genre dont cette espèce est le principal membre. Je serais même très disposé à aller plus loin, et à ne le considérer comme n'étant qu'une race ou variété locale dérivée de l’Albatros errant dont je viens de parler.
C’est dans les mers de la Chine que les Albatros à courte queue sont les plus communs; et la seule station de reproduction qu’on leur connaisse est un ilot désert, appelé l'ile Wake, et situé sous le 20° parallèle nord, à distance à peu près égale des iles Sandwich et des îles Mariannes (2). Mais ils s'étendent fort loin vers le nord ainsi que vers l’est et même au sud, car ils ont été trouvés sur les côtes du
(4) Gould, Birds of Australia, t. VII, pl. 40.
(2) Des œufs du Diomedea brachyura ont été trouvés dans cette localité par l'expédition américaine sous le commandement de Wilkes. Peale, Mamm. and Ornithology, p. 290 (U. S., Exploring Expedition).
FAUNE DES RÉGIONS AUSTRALES. 11 Kamtschatka (1), de l'Orégon (2) et de l'Australie (3). [ls sont communs autour des îles Sandwich (4).
Cette grande dispersion d'oiseaux pélagiens à ailes immenses, dans une région où les vents dominants soufflent fréquemment du sud-ouest, n’a rien qui doive nous surprendre et ne soulève aucune objection contre l’hypothèse de l’origine de la famille diomédéenne dans la zone australe. En effet, on conçoit sans difficulté, non seulement que des individus solitaires puissent être entrainés au loin par les ouragans, mais aussi que des bandes d’Albatros aient pu être emportées de la sorte depuis la mer du Sud jusque dans l'Océanie septentrionale. Là, trouvant desstations favorables, telles que l’île Wake, ces troupes peuvent y avoir formé des colonies dont les émigrants se seralent avancés ensuite Jusque dans les eaux de la Chine, du Japon, du Kamtschatka, de l’Orégon et de la Californie. On conçoit aussi que des Albatros établis à une si grande distance de leur lieu d’origine, de l’ile Campbell, de Kerguelen et de Tristan d’Acunha, par exemple, aient pu, sous l'influence de conditions biologiques nouvelles, subir à la longue les légères modifications qui distinguent les Albatros à queue courte de leurs ancêtres présumés. Ils ont, il est vrai, le bec plus allongé, moins fort et à bord frontal presque droit, les parties noires de l'aile se prolongent davantage vers l'épaule et les pennes caudales sont moins développées, mais aucun de ces caractères n’a assez d'importance pour impliquer une différence originelle entre ces oiseaux et le Diomedea exulans.
Plusieurs autres espèces ou variétés d’Albatros ont été rencontrées dans diverses parties de l'océan Pacifique et elles ont été désignées par les ornithologistes sous des noms différents.
(1) Pallas, Spicilegia zoologica, fase. V, p. 28 (d’après Steller), — Beechey, Narrative of a voyage to the Pacific and Bering Straits, p. 296 (Ce navigateur le confond avec le D. exulans.)
(2) Cassin, Illustrations of the Birds of California, ete., p. 291, pl, 50 (1856).
(3) Gould, Birds of Australia, t. VII, pl. 39.
(4) Dole, List of Birds of the Hawaiïian Islands, p. 17 (Honolulu, 1870)
Mais on ne connait pas les lieux de reproduction de ces oiseaux pélagiens, et leur mode de distribution géographique ne présente rien de particulier, par conséquent il me paraît Imutile de m'y arrêter ici. J'ajouterai seulement que, dans cette famille naturelle, les variations de couleur sont en général très considérables aux différents âges d’un même individu (1). Il y a souvent une livrée intermédiaire qui ne ressemble n1 au plumage du premier âge, ni à celui de l'oiseau complètement adulte, de sorte qu'avant la constatation de ces changements le Diomedea exulans à plumage intermédiare a été considéré comme étant spécifiquement distinct du Diomedea exulans adulte et a été désigné sous le nom de Diomedea spadicea (Q), et il est probable que d’autres erreurs du même genre ont été commises.
Ge.
En résumé, nous voyons que les Albatros, de même que les = Manchots, appartiennent essentiellement à la zone froide de l'hémisphère austral (3). Nous avons constaté que leurs prin-
cipaux foyers de reproduction sont les mêmes que pour ces oiseaux apténiens, mais que, pourvus de moyens de locomotion
(4) Ainsi Gould a appelé Diomedea gibbosa un Albatros qui ne diffère que peu du D. melanophrys, mais qui présente quelques particularités dans les proportions des diverses parties du bec et dans l’étendue des parties blanches de la région dorsale. Cet oiseau a été capturé dans l’océan Pacifique septentrional (Gould, Annals and magazine of natural history, 1844, t. AIT, p. 561). Je citerai aussi le Diomedea olivaceorhyncha du même auteur (op. cit., Ann. and mag. ofnat. hist., 1844, t. XII, p. 561), ou D. olivaceirostris de Ch. Bonaparte (Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1859,t. XLI, p. 768.) Le Diomedrea gilliana de M. Elliott Coues (Proc. of the Acad. of nat. sc. of Philadelphia, 1866, p. 181). Cette espèce paraît tenir à la fois du Diomedea exulans, du D. melanophrys et du D. fuliginosa : sa provenance n’est pas connue. Le Diomedea leptorhyncha du même auteur (op. cit., p. 178) paraît être une variété du D. brachyur a; on ne connaît pas sa patrie.
(2) Gmelin, Systema naturæ Linnei, édit. 13, vol. I, p. 568. — Chocolate Albatros, Cook, Voyage, t. I, p. 116. — Carmichael, op, cit. (Trans. Linn. Soc.,t. II, p. 489).
(3) Ce paragraphe et la fin du précédent ne se trouvent pas dans le manuscrit présenté à l’Académie en 1873.
puissants dont ces derniers sont privés, ils se sont étendus sur une partie beaucoup plus considérable de la surface du globe. Nous savons que, si dans l'océan Atlantique ils ne se sont avancés que très peu dans la zone torride, dans l'océan Pacifique ils ont franchi cette hmite et ont peuplé les terres tempérées comprises entre la Ghine et la Californie.
La température élevée des mers tropicales semble être un obstacle à leur progression vers le nord dans l’océan Atlantique, et si ces oiseaux se comportent autrement dans l'océan Pacifique, cela dépend probablement d’une réunion de errconstances favorables à leurs migrations. Au nombre de celles-ci se placera, au premier rang, le développement fréquent de courants atmosphériques d’une violence extrême, qui sont presqu'inconnus ailleurs et qui peuvent entrainer au loin avec une vitesse vertigineuse les oiseaux pélagiens et particulièrement ceux dont le corps est léger et les ailes extrèmement grandes. Les cyclones qui balayent la surface des mers comprises entre le cap de Bonne-Espérance et la Papouasie sont des agents de transport d’une puissance irrésistible, et l’on conçoit facilement que souvent 1ls puissent emporter les Albatros loin de leur patrie originaire. Les individus jetés de la sorte dans le nord de l’océan Indien n’y peuvent trouver de stations favorables à leur multiplication ou même compatibles avec leur genre de vie; ils doivent périr sans perpétuer leur espèce. Mais plus loin vers l’est, où l’espace ne leur manque pas pour fuir devant le vent, ils peuvent, dans certains cas, dépasser assez vite la zone équatoriale, pour ne pas avoir à souffrir de la chaleur qui y règne et gagner dans l'océan Pacifique septentrional des stations en rapport avec leurs besoins. C’est apparemment de la sorte que les individus solitaires rencontrés par divers naturalistes voyageurs sur la côte nord-ouest de l'Amé rique septentrionale y sont parvenus, et que des bandes emportées dans une direction un peu différente ont pu fonder la grande colonie avienne dont sortent les nombreux Albatros brachyures répandus dans les mers de la Chine, du Japon et des Philippines.
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Mais ces données fournies par la météorologie ne suffisent pas pour expliquer toutes les différences que nous offre le mode de distribution géographique des Albatros. Il est une partie considérable de l’océan Pacifique austral où les navigateurs n'en aperçoivent presque Jamais et où leur absence ne saurait être attribuée n1 à la température, ni à la direction des vents régnants. C’est cette vaste étendue de mers comprise entre les îles néo-zélandaises et l'extrémité sud des terres américaines qui dans les cartes jointes à ce mémoire est désignée sous le nom de région inhabitée.
Il me semble également impossible d'attribuer à des différences de température le changement brusque que présente la faune avienne, lorsque, dans l'océan Atlantique en se dirigeant vers le cap de Bonne-Espérance, on dépasse le 30° degré de latitude sud. Quand on approche de ce parallèle, on aperçoit quelques Albatros, mais aussitôt après l'avoir franchi on en rencontre à chaque instant, et cette particularité, de même que la délimitation orientale du domaine de ces oiseaux pélaoiens, me semble devoir être en relation intune avec le mode de distribution géographique des animaux marins sédentaires ou presque sédentaires dont ils se nourrissent.
D’après ce que les navigateurs racontent de leurs mœurs, les Albatros paraissent ne pas avoir l'habitude de plonger à la poursuite des poissons. Ils ne se repaissent que de mollusques nus, de méduses ou de débris d'animaux morts flottant accidentellement à la surface de la mer. Lorsqu'on ouvre leur estomac, on n’y trouve que des matières molles provenant d'aliments de ce genre, et par conséquent leur présence dans telle ou telle région de l'Océan doit être subordonnée, non seulement à la température locale, mais aussi à la nature de sa faune pélagienne. À ces grands oiseaux il faut non seulement de nombreux animaux mous, mais il faut aussi que la mer ne soil généralement pas très agitée, car c’est seulement par les temps de calme que les invertébrés nageurs se montrent à la surface de l’eau.
Nos connaissances relatives au mode de distribution géogra-
phique de ces animaux inférieurs sont trop incomplètes pour que, dans l’état actuel de la science, il soit possible d'entrer dans des détails au sujet de l'influence exercée de la sorte sur la délimitation des parties de la surface du globe fréquentées par les oiseaux dont je viens de m'occuper. Ce que nous en savons suffit cependant pour montrer que, dans la discussion de questions de cet ordre, il faut tenir grand compte des ressources alimentaires offertes par les diverses régions maritimes. Ces considérations sont d'ordinaire laissées beaucoup trop de côté par les ornithologistes.
CHAPITRE IV. — LES STERCORAIRES, LES GOÉLANDS ET LES HIRONDELLES DE MER (1).
Les îles et les autres terres antarctiques où les Manchots et les Albatros se multiplient sont fréquentées aussi par les Stercoraires. Ces Palmipèdes de moyenne taille diffèrent beaucoup par leurs mœurs ainsi que par leur conformation des types aviens dont j'ai déjà parlé et ils appartiennent au petit groupe des Lestrides, subdivision de la famille des Goélands dont plusieurs membreshabitent les parties froides de l'hémisphère boréal, et dont les caractères zoologiques sont assez généralement connus pour qu’il me paraisse inutile de les rappeler ici.
Ces oiseaux, très voraces, vivent de rapine plutôt que de chasse et de pêche, et 1ls sont, même pour les Albatros, des ennemisredoutables,car ils dévorent leurs œufs en grand nom bre ; mais la particularité la plus remarquable de leurs mœurs consiste dans la manière dont ils harcèlent par derrière divers oiseaux piscivores pour leur faire dégorger les aliments dont ceux-ci viennent de s'emparer et pour s’en repailre. Ce sont ces manœuvres, mal comprises et mal interprétées qui leur
(1) La rédaction de ce chapitre et des suivants a été profondément modifiée depuis la présentation de ce travail à l’Académie, en 1873.
16 ALPH. MILNE EDWADS.
ont valu dans le Nord le nom de Chasse-fientes et de Stercoraires (1). Quelques ornithologistes ont cru devoir les considérer comme constituant deux genres naturels et ont conservé ce dernier nom pour les espèces à longue queue, tandis qu'ils appliquent aux autres représentants de ce type celui de Buphagus employé d’une manière plus générale par un auteur du siècle dernier mais n'ayant plus cours dans le langage scientifique (2). D'ailleurs, je n’ai pas à examiner 11 la valeur de cette opinion, car la partie du globe dont nous étudions la faune avienne ne possède que des Stercoraires brévicaudes. Ces Lestrides sont très répandus dans toute la région antarctique, et ils diffèrent si peu du Stercoraire cataracte des
(1) Les pêcheurs les appellent Stund-Jægers (chasseurs de fiente), expression d'où dérive le nom de Stercoraires sous lequel, en 1760, Brisson désigna le groupe générique constitué par ces Oiseaux (Ornithologie, t. VI, p. 149). Précédemment, Willughby avait appelé Palmipèdes ravisseurs les Cataractes (Willughby et Ray, Ornithologie, p. 265, 1676), et il fut imité par Brünnich (Ornithologia borealis, 1764), et, dès l’année 1752, Mürhring avait créé pour le même genre le nom de Buphagus, dont l’étymologie est analogue (Avium genera, p. 66). Enfin, à une époque plus récente, Illiger en a formé le genre Lestris, dont l’origine est presque la même (lliger, Prodromus Systematis Mammalium et Avium, p. 272, 1811). J'ajouterai que les marins anglais les appellent communément Skua-qulils, ou simplement Skua (Hoier, Ap. Clusius Exoticorum libri decem, p. 369, 1605. — Fleming, Hist. of British animals, p. 137). Le nom de Labbes employé dans la même acception par Raffinesque, dérive du mot Lab dont les pêcheurs suédois font usage. Pour comprendre les écrits dans lesquels il est question de ces oiseaux, il faut avoir présente à l’esprit cette nomenclature assez confuse.
(2) Aujourd'hui, les ornithologistes américains réservent le nom générique de Stercorarius pour les Lestrides à longue queue, tandis que les espèces à courte queue constituent, dans leur système de classification, le genre Buphagus (Elliott-Coues. On the Lestris Richardsoni of Swainson, with a critical review of the subfamily Lestridinæ, in Proceedings of the Academy of natural scrences of Philadelphia, 1863, p. 124, Kidder, Contributions to the natural history of Kerguelen Island, in Bulletin of the U.S. National Museum, n° 1, p. 9. 1875). Je rappellerai aussi que le prince Ch. Bonaparte a proposé de désigner cette subdivision sous le nom de Megalestris ou de Stercorarius, et de réserver le nom de Lestris au groupe formé par les espèces à longue queue (Conspectus Avium, t. II, p. 206); mais M. Saunders et M. Sharpe ne considèrent pas ces sections comme ayant une valeur générique et ils conservent à tous ces oiseaux Je nom de Stercorarius (Saunders, On the Slercorarinæ or Skua-Gulls, Proceedings of the Zoological Society of London, 1876, p. 317).
FAUNE DES RÉGIONS AUSTRALES. 47 mers boréales que plusieurs ornithologistes habiles déclarent ne pouvoir les en distinguer spécifiquement. M. Schlegel pense que ce sont de simples variétés d’une seule et même espèce (1), et Gould, qui d'ordinaire pousse très loin les divisions spécifiques, professe la même opinion (2); mais M. Saunders qui a fait récemment une étude très attentive de la question et qui a eu à sa disposition des éléments d'étude plus abondants que ceux possédés par ses prédécesseurs, est d’un avis différent. À l’exemple de Lesson, il donne aux Stercoraires rencontrés pour la première fois dans le sud de l'océan Atlantique, aux îles Falkland, le nom de Séercorarius antarcticus (3).
J’ajouterai que la plupart des ornithologistes de nos jours classent de la même manière ces oiseaux, et que n'ayant pas sous les yeux un nombre suffisant d'exemplaires du Stercorarius cataractes de nos mers pour apprécier l'étendue des variations dont il est susceptible, je m'en rapporte au jugement de cet auteur.
Il est utile de remarquer que des désignations spécifiques particulières ont été données à certains Stercoraires de l’hémisphère austral, qui diffèrent un peu des représentants du même groupe dont je viens de parler et qui figurent dans nos catalogues méthodiques sous les noms de Stercorarius chilensis (4) et de Stercorarius magellanicus (5).
(1) M. Schlegel dit formellement qu'entre les Stercoraires des mers du Nord et ceux des mers du Sud, il n’y a pas de différence (Muséum d'histoire naturelle des Pays-Bas, Lari, p. 46, 1863).
(2) Les différences entre le Stercoraire de la région australienne et le Lestris cataractes de nos mers sont si faibles, que j'ai été forcé, dit Gould, de les considérer comme appartenant à la même espèce (Birds of Australia, t. VII. Explication de la planche 21). MM. Sclater et Salvin disent aussi que la distinction spécifique entre le Skua du Nord et le Stercoraire antarctique leur paraît très douteuse, mais que, n'ayant pas sous les yeux un nombre suffisant d’exemplaires pour trancher la question, ils n’osent rien affirmer à cet égard (A revised list of neotropical Laridæ. Proc. of the Zool. Soc., 1871, p. 580).
(3) Lesson, Traité d'Ornithologie, p. 616.
(4) Ch. Bonaparte, Conspectus generum Avium, p. 207, 1857. — Sharpe, Birds collected by the Alert (Proceed. Zool. Soc., 1881, p. 17).
(5) Ch. Bonaparte, op. cit., p. 207.
48 ALPH. MILNE EDWADS.
Les oiseaux de ce genre, de même que les Manchots et les Albatros, se répandent très loin vers le pôle sud, et ils semblent n'être arrêtés que par la barrière que les glaces éternelles forment dans ces parages. Le capitaine Ross a trouvé que les Stercoraires habitent l'ile Franklin, située près de la terre Victoria par delà le 76% degré de latitude australe (1), il en a aussi constaté l’existence plus à l’est sur la terre Louis- Philippe, fort loin au sud du cap Horn (2). D’autres voyageurs avaient signalé leur présence sur la terre de Palmer (3) et sur divers points de l’archipel feugien (4). Ces oiseaux nichent en grand nombre aux Falkland, et ce fut à raison de leur abondance sur l’un de ces ilots que déjà au dix-huitième siècle les matelots anglais les appelaient les Poules du port Egmont (5). Is fréquentent aussi l’île de Tristan d’Acunha (6); parfois, ils se montrent sur la côte du continent africain près du cap de Bonne-Espérance (7), mais ils ne s’y établissent pas et ils y viennent de l’ile du Prince-Edouard où ils ont une de leurs principales stations de reproduction (8). Ils nichent aussi à
(1) Ce navigateur a trouvé des Stercoraires sur plusieurs autres points dans les mêmes parages (Voyage in the Southern and antarctic regions during the years 1839-1843, t. I, p. 215 et suivantes).
(2) J. CG. Ross, op. cit., t. Il, p. 420.
(3) Fanning, Voyages round the World, p. 439 (1834).
-- Weddell, op. cit., p. 144.
(4) G. Forster, À voyage round the World, t. I, p. 484 et 493.
— Cassin, Mammalogy and Ornithology (United states exploring expedition, n. 150.
— Gay, Historia de Chile, t. 1, p. 480.
— Quoy et Gaimard, Voyage de l'Uranie, Zoologie, p. 168.
— Abbott, op. cit. (Ibis, 1860, t. II, p. 338.)
— Sclater, Catalogue of the Birds of the Falkland Islands (Proceedings of the Zoclogical Society, 1860, p. 390).
(5) Le port Egmont est l’une des baies de la côte nord de la grande ile oceidentale de l'archipel Falkland.
(6) Carmichael, Some account of the Island of Tristan d'Acunha and its natural productions (Transactions of the Linnean Society, t. XII, p. 497, 1817).
(7) E. L. Layard, The Birds of South Africa, p. 366, 1867.
(8) Huttou, Notes on some Birds inhabiting the Southern Ocean (The Ibis, 1865, 2° série, t. I, p. 271).
FAUNE DES RÉGIONS AUSTRALES. 19 Kerguelen (1), à l’île Saint-Paul (2); ils sont fort nombreux dans cette dernière localité où les pècheurs les désignent sous le nom de Poules-mauves ; is paraissent ne jamais abandonner l’île et n'émigrent pas pendant la mauvaise saison, c’està-dire en mai et en juin, quand la neige couvre les sommets. Leur voracité est extrême et ils font un grand carnage du petit Pétrel bleu (Prion vittatus) dont ils dévorent seulement les entrailles. M. Velain a observé aussi ces Stercoraires à l’île Amsterdam (3). On les a vus à l’île Auckland (4) et à l'ile Campbell (5). Ils visitent souvent la côte sud de la Tasmanie (6) ; de loin en loin, ils s’avancent jusqu’à la Nouvelle-Zélande (7) et ils se montrent même à l’ile Norfolk (8); vers l’est, ils nichent aux îles Chatham (9), mais on n’en voit pas plus loin au nord vers l’Océanie. Enfin, à peu près sous le méridien des iles Crozet, le capitaine Cook et son compagnon de voyage Forster rencontrèrent des Stercoraires ou poules du Port-Egmont, au milieu des iles de glace dans le cerele polaire du sud (10).
(1) Larus cataractes, Forster, Descriptio animalium, p. 312.
— Lestris cataractes, Hutton, op. cit. (Ibis, 1865, p. 277).
— Buphagus antarcticus, Elliott-Coues. Proceedings of the Acad. of nat. sc. of Philadelphia, 1863, p. 127. — Kidder, Contributions to the natural history of Kerguelen island (Bulletin of the U. S. national Museum, n° 2, p.9, 1875). — Sharpe, Birds of Kerguelen (Philosophical Transactions, t. CLAVIIT, p.110).
(2) A. von Pelzeln, Vogel. Novara Exped. Zool., t. I, p. 150.
— Velain, Recherches sur la faune des îles Saint-Paul et Amsterdam, p. 56. Thèse de la Faculté des sciences, 1878, p. 92.
(3) Velain, op. cit., p. 96.
(4) Ross, op. cit., t. I, p. 149.
(3) Collections rapportées au Muséum d'histoire naturelle par M. H. Filhol. — Gray, Zoology of the voyage of the Erebus and Terror, Birds, p. 18. — Ch. Bonaparte, Conspectus, t. II, p. 207. — Gould, op. cit.
(6) Gould, Birds of Australia, t. VIT. Expl. de la planche 21.
(7) Gray, Fauna of New-Zealand (Diffenbach, Travels in New-Zealan:, t. 11, p. 200). — Buller, Birds of New-Zealand, p. 267.
(8) Saunders, On the Stercorariinæ (Procced. Zool. Soc., 1876, p. 322).
(9) Hutton, Note on some Birds from Chatham Island (The Ibis, serie 5, 1. 11, p. 248, 1872). — Travers, On the Birds of Chatham islands (Transactions uf New-Zealand institute, t. V, p. 218).
(10) Cook, Voyage dans l'hémisphère austral sur les vaisseaux l'Aventure el la Résolution, t. F, p. 123. — Forster, A voyage round the World, t. |, p. 109.
En résumé, nous voyons donc que dans la partie froide de la région antarctique les Stercoraires font letour du globe, car l’île Campbell ainsi que les autres points dont je viens de faire mention en dernier lieu, se trouvent à peu près sous le même méridien que la terre Victoria que j'ai prise comme point de départ dans cette énumération.
Tous ces Stercoraires se ressemblent beaucoup, cependant suivant les parties de la région antarctique dont ils proviennent, ils offrent sous le rapport de la taille, de la teinte du plumage et de la grosseur du bec, certaines particularités qui semblent être caractéristiques de plusieurs races distinctes. M. Saunders les considère même comme pouvant motiver une distinction spécifique entre les représentants de ce type qui habitent la côte occidentale de l'Amérique du Sud, etceux qui vivent dans les parties australes de l'océan Atlantique et de l'océan Sud-Pacifique. Cette opinion peut paraitre fondée quand on se borne à comparer entre eux les Stercoraires de la côte chilienne et ceux de Kerguelen, mais elle ne me semble pas être en accord avec les résultats fournis par l’examen de l’ensemble de ces oiseaux recueillis sur toutes les stations qu'ils occupent.
Les Stercoraires de l’île Campbell dont le Muséum d’histoire naturelle possède une belle série provenant du voyage de M. Filhol, se font remarquer par leur grande taille, la forme de leur bec et la teinte sombre de leur plumage. Chez les individus mâles adultes, la longueur totale, mesurée de la pointe du bec jusqu’à l'extrémité de la queue en suivant la ligne médiane du dos, varie entre 70 et 72 centimètres ; les femelles sont un peu moins grandes. Le plumage est d'une couleur brune tirant sur le noir grisâtre et plombé, plutôt que sur le noir roussätre; chez les femelles, les côtés et le dessus du corps sont moins foncés, et les plumes de la poitrine sont faiblement lisérées de brun pâle. Sur le dos, il y a aussi quelques plumes dont le bord est d’un blanc grisâtre, et l’on peut se former une idée très exacte de
l'aspect de ces individus par Ja figure que Gould a donnée ARTICLE N° 9,
d’un de ces oiseaux provenant de la côte sud de la Tasmanie.
Les Stercoraires provenant de l’île Saint-Paul dont le Muséum possède aussi plusieurs exemplaires, sont moins grands que ceux de l’île Campbell, mais ils offrent à peu près le même mode de coloration.
Les individus rapportés des îles Falkland par Quoy et Gaimard et d’après lesquels Lesson a établi l’espèce appelée Stercorarius antarcticus, sont notablement plus petits que les précédents et le plumage est à la fois moins foncé et plus roussâtre, ainsi qu'on peut le voir par la figure coloriée publiée dans l’atlas du Voyage de l'Uranie (1). D’autres individus provenant du même archipel etexaminés par M. Saunders paraissent offrir à peu près les mêmes teintes effacées (2). Un Stercoraire provenant du voyage de l’Astrolabe et de la Zélée et recueilli sur les terres magellaniques, a tout le dessous de la gorge et du corps roussâtre; sur les côtés du cou les plumes sont striées en long par des lignes blanchâtres; il établit manifestement le passage entre la variété à plumage terne des Falkland et la variété à plumage beaucoup plus roux figurée par M. Saunders sous le nom de Séercorarius chilensis d’après un exemplaire tué sur la côte occidentale de l'Amérique à Meyjillones par 23°,5 de latitude sud (3).
Les Stercoraires que le prince Charles Bonaparte a examinés au musée de Berlin, et que cet auteur a appelés Stercorarius antarcticus chilensis (4), paraissent ne se distinguer en rien de celui représenté par M. Saunders. Enfin, l'oiseau trouvé dans le détroit de Magellan par M. Cunningham et désigné par MM. Sclater et Salvin sous le nom de Lestris antarctica (5), paraît devoir être rapporté aussi à cette espèce ou variété à plumage roux (6). Les différences semblent donc augmenter avec
(1) Voyage de l'Uranie. Zool, atlas, pl. 38.
(2) Saunders, loc. cit., p. 322.
(3) Saunders, op. cit. (Proceed. Zool. Soc., 1876, pl. 27).
(4) Ch. Bonaparte, Conspectus Avium, t. 11, p. 209.
() Sclater and Salvin. List of Birds (The Ibis, 1869, p. 284). (6) Saunders, loc. cit., p. 323.
les distances géographiques (1),et, à ce sujet, je rappellerai que M. Saunders a remarqué d’autres particularités de coloration sur les plumes des Stercoraires rapportés de la mer Glaciale par le capitaine Ross (2) et déposés dans la collection ornithologique du Musée britannique (3). Il est aussi à noter que le Stercoraire de Madagascar dont le prince Ch. Bonaparte a fait mention est beaucoup plus petit que les autres représentants du même type générique provenant de la zone antarctique, et qu’en dessous, au lieu d’être d’un gris plombé, il est d’un brun roux bien caractérisé (4).
Dans la région atlantique, les Stercoraires à courte queue dont on a proposé de former le sous-genre Buphagus ne descendent guère au-dessous du 30° degré de latitude sud, etaucun représentant de ce groupe ornithologique ne se montre dans cette partie de la zone équatoriale ; mais dans l'océan Atlantique boréal il existe, ainsi que je l’ai déjà dit, des Lestrides fort semblables à ceux dont je viens de parler, bien que dans la plupart des méthodes zoologiques, ils portent un nom spécifique différent. Ce sont les Stercorarius cataractes qui nichent sur les iles comprises entre la Norvège, l'Islande et le nord de l’Ecosse, et qui parfois se montrent non seulement sur les côtes du continent européen, jusque dans le voisinage du détroit de Gibraltar, mais aussi sur le littoral marocain. Ils ne fréquentent pas les parties occidentales de l’océan Atlantique, mais leur présence a été signalée sur divers points de la côte opposée du continent américain, notamment en Californie.
(1) Pour se former une idée nette de ces graduations de couleur chez les Stercoraires, en allant de l’est à l’ouest dans la région australienne, jusque dans le voisinage du Pérou, il suffit de comparer entre elles les figures de trois de ces oiseaux donnés : 1° par Gould; 2° par Quoy et Gaimard; 3° par M. Saunders.
(2) Ces Stercoraires, dit M. Saunders, ont une sorte de collier d'un jaune d’or (op. cit., p. 322).
(3) Gray, List of the specimens of Birds in the Collection of the British Museum, part. Il, p. 168.
(4) Conspectus Avium, t. Il, p. 207. L'oiseau en question a été rapporté de Madagascar, en 1834, par Bernier. M. Saunders pense que ce Stercoraire a été aperçu aussi aux îles Comores (op. cit., p. 322).
Ces Stercoraires de l'hémisphère nord sont un peu moins grands que les Stercoraires antarctiques provenant de Campbell, de Kerguelen et des stations adjacentes; ils ont le bec moins gros et d’une forme un peu différente ; enfin leur plumage est plus brun et coloré d’une manière moins uniforme. Aujourd’hui la plupart des ornithologistes s'accordent pour attribuer à ces différences une valeur spécifique. Quoi qu’il en soit à cet égard, les Stercoraires de la région magellanique et du littoral chilien établissent un passage entre ces deux formes extrêmes, et, ainsi que l’a très bien fait remarquer M. Saunders, les Stercoraires de la région sud-américaine ressemblent aux Stercoraires cataractes des mers boréales plus qu'aux Stercoraires antarctiques de l’océan Indien austral (1).
A raison de la tendance générale des faits fournis par la distribution géographique de ces oiseaux, on est donc conduit à se demander si le Stercorarius antarcticus, le Stercorarius madagascariensis, le Stercorarius chilensis et le Stercorarius caturactes ne seraient pas autant de races ou de variétés locales, issues d’une souche commune et appartenant à une même espèce physiologique. J’incline à le croire, mais, dans l’état actuel de nos connaissances, il serait imprudent de se prononcer sur cette question. Si l’on adoptait cette manière de voir, il faudrait chercher quelle a pu être la patrie originaire de ce type avien. Les Stercoraires antarctiques sont-ils une colonie des Stercoraires cataractes du nord, ou ceux-e1 sontils au contraire descendus des premiers?
Cette dernière hypothèse me parait la plus probable, car le Stercorarius cataractes est peu répandu dans lhémisphère boréal (2) et il paraît ne pas y prospérer beaucoup, car depuis quelques années le nombre de ces oiseaux a tant diminué aux iles Féroé et aux îles Shetland, que M. Saunders considère leur extinction complète comme devant être probablement très prochaine (3).
(1) Saunders, op. cil., p. 324.
(2) Saunders, op. cit., p. 320.
(3) Saunders, op. cit., p. 421.
A l’époque actuelle, les lieux de reproduction des Stercoraires de l'hémisphère sud et des Stercoraires du nord sont si éloignés les uns des autres, qu'il serait difficile de croire que ces oiseaux aient pu émigrer de la région antarctique pour aller s'établir dans la région boréale ou vice versa, mais à l’époque glaciaire le voyage aurait 616 moins long. Nous savons que pendant cette période géologique les climats froids s’étendaient très loin vers la région équatoriale et qu’à l’âge du Renne il y avait dans le centre de la France des oiseaux qui de nos jours sont confinés dans le voisinage du cerele polaire ; le Harfang et le Tétras des saules, par exemple (1).
En résumé, nous voyons donc que les représentants de ce genre, les plus grands, les mieux armés et les plus mélanisés, habitent l’ile Campbelletles stationsadjacentes ; qu’à Saint-Paul et à Kerguelen, ces oiseaux présentent à peu près les mêmes caractères, mais que plus loin vers le nord, dans les parages de Madagascar, ainsi qu’à l’ouest dans l’archipel falklandien, ils sont moins robustes et que leur plumage est moins foncé ; que dans l’archipel magellanique leur couleur est plus roussâtre, et que sur les côtes du Chili et de la Bolivie ils offrent en dessous une teinte plus vive. Nous remarquons enfin que l’espèce ou race boréale appelée Séercorarius cataractes, également moins grande que les Stercoraires de la région indienne des mers antaretiques, a le bec moins gros proportionnellement à sa taille et le plumage d’un brun plus roussâtre, comme si l'espèce originaire de la partie orientale de la région antarctique s’était modifiée graduellement en s'étendant au nord et à l’ouest, et avait subi des changements du même ordre en passant le long de la côte occidentale de l'Amérique, pour gagner les mers boréales. Je ferai remarquer aussi que les Stercoraires antarctiques de l’île Saint-Paul, transportés sous notre climat ne semblent pas y souffrir (2), mais que leur plu-
(1) Alph. Milne Edwards, Oiseaux fossiles, 1.11, p. 503.
(2) La ménagerie du Muséum d'histoire naturelle a reçu de M. Velain, en 1875, une paire de ces Oiseaux provenant de cette localité, et l’un de ces individus était encore vivant en 1880; l’autre est mort l’année dernière.
mage s’éclaircit notablement au bout de quelques années.
J'inclinetais donc à croire que le type avien dont tous ces Lestrides sont des dérivés, appartenait originairement à la faune antarctique, et que ses représentants auraient émigré vers le nord en longeant la partie américaine de l'océan Pacifique.
Si j'avais à traiter ici du mode de distribution de tout le groupe des Lestrides, il me faudrait examiner attentivement les relations zoologiques qui existent entre les Stercoraires désignés par quelques naturalistes sous le nom de Megalestris, et les espèces de taille plus réduite qui s’en distinguent par l'allongement des pennes médianes de la queue, ainsi que par quelques autres caractères de médiocre importance et qui se trouvent disséminés sur diverses parties de l’Amérique, de l'Europe et même du littoral occidental de Afrique, jusqu’au voisinage du cap de Bonne-Espérance (1) ; il faudrait chercher aussi à relier entre eux les Stercoraires du nord et les Stercoraires antarctiques, mais cette étude me détournerait de mon but actuel et par conséquent je ne l’aborderai pas.
Les Stercoraires ne sont pas les seuls oiseaux du groupe des Larides qui habitent les régions antarctiques. Le type d’où dérivent nos Goélands et nos Mouettes, ou Mauves, à aussi des représentants dans cette partie du globe ; mais ces grands voiliers y sont moins abondants et moins variés que dans le nord et ils n’offrent aucune particularité importante à noter. On n’est qu'incomplètement renseigné relativement à leurs stations de reproduction, et les ornithologistes sont très divisés
(1) Le Stercoraire de Brissan, ou Lestris crepidatus (appelé aussi Lestris Cephus, L. Richardsonie, L. asiaticus, etc.), niche au Spitzherg ainsi que sur d’autres points de la région arctique et même sur les côtes de l'Irlande. I] fréquente la Méditerranée, et se montre sur la côte ouest de l'Afrique jusque dans le voisinage du cap de Bonne+Espérance, et il parait ne pas être rare dans l’ouest de l’océan Indien, jusque sur la côte de Bombay. Enfin, il fréquente également la côte occidentale de l'Amérique, depuis l'Alaska jusqu’au Callao, et sa présence a été signalée à la Nouvelle-Zélande ainsi que sur les côtes du Brésil. (Voy. Saundess, loc. cit., p. 330.)
d'opinion au sujet du degré de parenté zoologique qu'ils peuvent avoir entre eux. D'après G. R. Gray (1), Ch. Bonaparte (2), Bruch (3) et quelques autres naturalistes, ce type serait représenté dans l’hémisphère austral par un nombre considérable d'espèces qui appartiendraient même à trois ou quatre genres différents (4). Mais la plupart de ces distinctions sont nominales seulement et ne correspondent qu’à des variétés de faible importance, ou même elles ne résultent que de doubles emplois.
En effet, les Goélands ou Mouettes des régions australes paraissent ne constituer que trois espèces bien caractérisées : le Larus dominicanus, le Larus scopulinus et le Larus Scoresbu. Déjà en 1863, M. Schlegel émettait une opinion analogue (5), et les études récentes faites d’un côté par M. Elliott-Coues et d'autre part par M. Saunders et par M. Sharpe, à l’aide des collections nombreuses dont les Musées d'Amérique et d’Angleterre se sont enrichis, la confirment pleinement.
Les collections formées à l’île Campbell par M. H. Filhol me conduisent même à aller plus loin dans cette voie et à me demander si le Larus dominicanus de l'hémisphère sud ne serait pas seulement une race particulière du Goéland à manteau noir, qui habite nos mers et qui a été désigné par Linné sous le nom de Larus marinus (6).
Dans quelques localités, notamment sur les rivages de la Nouvelle-Zélande (7), le Larus dominicanus et le Larus scopulinus vivent à côté l’un de l’autre et nichent sans se mêler; circonstance qui corrobore leur séparation spécifique, fondée
(1) G. Gray, Hand-list of the genera and species of Birds, t. II, p. 111 et suivantes.
(2) Ch. Bonaparte, Conspeclus Avium.
(3) Bruch, Revision der Gattung Larus (Journal fur Ornithologie, 1855, t. IL, p. 273).
(4) Dans le système ornithologique du prince Ch. Bonaparte, ces Goélands sont répartis dans les genres Gabianus, Dominicanus, Clupeilarus et Bruchigavia (Conspectus generum Aviwm, t. II, p. 212 et suiv.).
(5) Museum d'histoire naturelle des Pays-Bas, Lari, p. 12.
(6) Linné, Systema naturæ, édit. 10°, t. I, p. 130.
(7) Buller, History of the Birds of New-Zealand.
principalement sur des différences dans leur taille et dans leur mode de coloration.
Dans d’autres stations, on ne rencontre que le premier de ces Goélands, par exemple à Kerguélen. Pendant les deux premières années de sa vie, son plumage est partout d'un brun plus ou moins grisâtre, marqué de stries blanchâtres, et la femelle conserve à peu près le même mode de coloration, mais le mâle devient peu à peu d’un blanc pur en-dessous, ainsi que sur la tête et dans toute la partie cervicale de son corps, et lorsqu'il est à l’état complètement adulte, la disposition de son manteau noir varie beaucoup. M. Buller, qui a pu observer un grand nombre de ces oiseaux sur les côtes de la Nouvelle-Zélande, assure qu’on peut à peine en trouver deux qui soient tout à fait semblables entre eux sous ce rapport, et que parfois on trouve des individus entièrement blancs (1). Il n’est donc pas surprenant que les ornithologistes européens qui n'avaient à leur disposition que peu d'individus aient, au premier abord, cru devoir multiplier parmi ces oiseaux les distinctions spécifiques. Mais aujourd'hui ils s'accordent généralement à considérer le Larus hitoreus de Forster (2), le Larus antipodus de Gray (3), le Larus vociferus de Burmeister (4), le Larus Azaræ de Ch. Bonaparte (5), le Larus fuscus d’'Ellmann (6), et le Larus pacificus de Latham (7) comme ne devant pas être sé-
(1) Buller, op. cit., p. 272.
(2) Forster, Descriptio animalium, p. 46.
(3) C. Gray, Catal. Anseres. British Museum, p. 169, 1844; Ibis, 1869, p 248. — Dominicanus antipodus, Bruch, op. cit. (Journ. fur Ornithologie, 1853, p. 100). — Clupeilarus antipodus. Ch. Bonaparte, Conspectus generum Avium, t. Il, p. 214.
(4) Burmeister, Ubersicht der Thiere Brasiliens, p. 44.
(5) Ch. Bonaparte, Conspectus, t. II, p. 214.— Larus Azarw, Pelzeln, Reise Novara, p. 151.
(6) Ellmann, Zool., p. 741.
(7) Pacific Gull, Latham, Supplement 2 to the general synopsis of Birds, p. 332. — Layard, Ibis, 1863, p. 245.
Je dois faire remarquer néanmoins que M. Saunders, auteur d’une monographie des Larides, qui a paru récemment, considère le Larus pacificus de
parés (1); cependant les représentants de ce type spécifique sont répandus dans presque toutes les parties de la zone tempérée ou froide de l'hémisphère sud, et ils nichent dans un grand nombre de stations où les conditions biologiques doivent différer considérablement.
Ainsi le Larus dominicanus est commun aux environs du cap de Bonne-Espérance, où il fut observé pour la première fois en 1772 par Forster (2), et il niche sur les ilots de la côte occidentale du sud de l'Afrique (3). Il habite aussi les iles Crozet (4) et Kerguelen (5). Son existence n’a pas été signalée à Saint-Paul. Mais, ainsi que je l'ai déjà dit, il est commun à la Nouvelle-Zélande (6) et à l'ile Chatham (7) ; on le trouve sur la côte sud de l'Australie et en Tasmanie, ainsi qu’à l'île Auckland (5) et à l’île Campbell (9).
Dans la région sud-américaine, le Larus domimicanus niche à la terre Louis-Philippe (10), non loin du cercle polaire antarctique, ainsi que dans l'archipel magellanique (11), à
Latham, comme se distinguant spécifiquement du Larus dominicanus (Saunders, on the Laridæ. Proceedings of the Zoolagical Society, 1878, p. 181).
(1) M. Elliott-Coues, après avoir fait une étude attentive de ces oiseaux, s'exprime ainsi : € | have no faith whatever in the specific distinctions which Bonaparte, Bruch and other have sought to establish among these form, and do not hesitate to bring them all under one head following Schlegel and Blasius (Bulletin U. S. national Museum, n° 2, p. 14). M. Sharpe a comparé, avec non moins de soin, les nombreux Goélands à manteau noir de l'hémisphère austra appartenant à la collection du Musée britannique, et il déclare aussi n'avoir pu y découvrir aucune différence autre que celles attribuables à l'âge (Op. cit. Philosoph., Transactions, t. CLVIIL, p. 108).
(2) Forster, Voyage round the world, t. I, p. 50.
(3) Layard, The Birds of South Africa, p. 267 (1867).
(4) Darwin, Voyage of the Beagle, t. LI, p. 142.
(5) Coues, op. cit. (Bulletin United Stales national Museum, n° 2, p. 13).
— Sharpe, 0p. cit. Philosophical Transactions, t. CLXVIIL, p. 107.
(6) Buller, Birds of New-Zealand, p. 270.
(7) Hutton, On some Birds from Chatham Island (The Ibis, 1872, t. IH, p. 248).
(8) Gray, Voyage of the Erebus and Terror. Birds, p. 18.
(9) Collections rapportées au Muséum par M. H. Filhol.
(10) Mac Cormic; voy. Ross, op. cit., t. IL, p. 420.
(11) Sclater et Salvin, List. (Ibis, 1869, p. 284).
FAUNE DES RÉGIONS AUSTRALES. 29 Falkland (1). Du côté ouest de l'Atlantique, 1l fréquente non seulement les Shetland du sud, les côtes de la Patagonie et la Plata (2), mais aussi les attérages du httoral brésilien (3) jusque dans le voisinage de Rio-Janeiro, près de la limite méridionale de la zone intertropicale (4); et du côté de l’océan Pacifique, il fréquente le détroit de Magellan, la côte de Patasonie (2), l’île Ghiloe, les environs de Valparaiso (6) et les îles Chinchas sur les côtes du Pérou (7).
On a constaté parmi les Goélands de ces localités quelques petites différences, à raison desquelles des noms spécifiques particuliers ont été donnés à quelques-uns d’entre eux; mais ces distinctions ne paraissent avoir aucune importance zoologique.
Une Mouette moins grande que lespèce dont je viens de parler a été rencontrée à l'extrémité sud-ouest de l'Australie, etelle a été désignée sous le nom de Larus Georgü (8). Le Muséum d'histoire naturelle en possède un bel individu rapporté de ces parages par Quoy et Gaimard; mais après avoir comparé attentivement cet oiseau au Larus dominicanus (ou L. pacificus) des côtes de la Tasmanie, je suis disposé à partager l'opinion des auteurs qui le considèrent comme n’en différant pas spécifiquement (9).
La distribution géographique du Larus scopulinus est moins
(1) Sclater et Salvin, Catalogue of the Birds of the Falkland island (Proceedings of the Zoological Society, 1860, p. 390).
— Abbott, Notes on the Birds of the Falkland island (the Ibis, 1861, p. 165).
(2) Dans cette partie de l'Amérique du Sud, ce Goéland pénètre assez loin dans l’intérieur des terres (Darwin, Voyage of the Beagle, Birds, p. 142).
(3) Traill, Descript. of a new species of Larus (Mem. of the Wernerian Soc., 1823, t. 1V, p. 516).
(4) M. Pelzeln fait mention du Larus Azaræ à l’île Marambay (Zur ornithologie Brasiliens, p. 323, 1871).
(5) Sharpe, Birds collected by the Alert (Proceed. Zool. Soc., 1881, p. 17).
(6) Cap. Brett; voy. Sharpe, op. cit. (Philos. Transact., t. GLX VIE, p. 108).
— Larus Azare, Pelzeln, Novara, Vogel, p. 151.
(7) Schlegel, op. cit., p. 13.
(S) King, Narrative of a Survey of the intertropical and western cousis of Australia, t. 11, p. 425. — Vigors, Zoological journal, 1838, t. IL, p. 136.
(9) Larus pacificus, Gould, Birds of Australia, t. VIE, p. 19.