‹ Recherches sur la faune des régions australesChapitre 20 sur 23 · H. ÉTUDES. — SC. NAT. XXVI. 6: — ART. N · texte numérisé non relu

H. ÉTUDES. — SC. NAT. XXVI. 6: — ART. N

A la Géorgie, quiest située à peu près sous le même parallèle que la Terre de Feu, mais à plus d’environ@5 degrés de latitude à l’est de l'archipel fuegien, il ne paraît y avoir que peu d'espèces d’oiseaux terrestres.

Tristan d’Acunha (ou si lon veut écrire plus correctement ce nom, Tristan da Cunha) est un groupe de trois petites iles d’origine volcanique, fort rapprochées entre elles et pour ainsi dire perdues au milieu du grand océan Atlantique, car elles se trouvent à distance presque égale de l'Amérique

Une Fauvette, Sylvia Macloviana: Muscisaxicola macloviana Abbott, loc. cit.

Une autre Fauvette ressemblant à la S. Cisticola.

Un Bruant, Emberiza melanodera Q. et G. 109; Phrygillus melanoderus Abbott, loc. cit.

L'Étourneau magellanique de Buffon, Sturnus militaris Gm., Sturnella militaris Abbott, loc. cit.

Un Grimpereau, Certhia antarctica Garnot, Cinclodes antarctica Abbott, loc. cit.

Un Pluvier, Charadrius pyrocephalus Garnot.

Un Vanneau, Tringa Urvillei Garnot.

Deux espèces d’Huîtriers, l'Hematopus leucopodus Garnot, et l'Hematopus niger.

Le Bihoreau pouacre.

Une Bécassine, Scolopax longirostris.

Un Sanderling, Charadrius calidris.

Le Chionis.

Divers palmipèdes, dont j'ai parle précédemment.

M. Abbott n’y a trouvé que les espèces suivantes dont la plupart figurent dans la liste précédente (voy. Abbott, Notes on the Birds of the Falkland . Islands, in The Ibis, 1861, p. 149) :

Turdus Falklandicus Q. et G.

Cistothorus platensis Gm.

Anthus correndera Vieill.

Sturnella militaris Gm.

Phrygilus melanoderus Quoy et G.

P. xanthogramma.

Chrysomitris magellanica Gm.

Cinclodes antarcticus Garnot.

Muscisaxicola macloviana Garnot.

Attagis malouinus.

FAUNE DES RÉGIONS AUSTRALES. 99 et de l’Afrique, sans être reliées à l’un ou à l’autre de ces continents par des stations intermédiaires. Elles sont situées beaucoup moins au sud que Falkland; cependant leur faune avienne est constituée principalement par les oiseaux pélagiens propres à la région australe, savoir : des Manchots, des Albatros et d’autres palmipèdes de haute mer, mais elles ne sont pas complètement dépourvues d'oiseaux essentiellement terrestres, Ceux-C1 appartiennent à trois espèces différentes et ne sont aptes ni à nager, ni à bien voler, car tous ont les ailes courtes et leurs habitudes sont sédentaires.

D’après le nom donné à l’une de ces iles, on pourrait supposer qu'elle est habitée par des Passereaux chanteurs analogues à ceux qui viennent au printemps nicher dans nos bois, car les marins anglais l’appellent Nightingale Island, mais ce n'est pas à raison des Rossignols que l’on yaurait trouvés, c’est parce que sa découverte a êté faite par un petit navire hollandais de ce nom.

Les oiseaux non nageurs que l’on trouve à Tristan d’Acunha sont un Ràle, une Grive et un Conirostre voisin des Moineaux.

La présence de ces oiseaux non nageurs ne peut être expliquée que de trois manières : en supposant que ce petit groupe isolé à été un foyer zoogénique spécial, en admettant que jadis il était relié à d’autres terres aujourd’hui disparues sous les eaux, ou bien qu’il y a là une colonie de provenance lointaine dont les caractères réputés spécifiques ont été modifiés d'une manière particulière.

La première de ces hypothèses me paraît inacceptable, car elle serait en désaccord avec la tendance de l’ensemble des faits fournis par l'étude de la distribution géographique des animaux.

Aucun fait connu ne militerait en faveur de la seconde supposition. Tristan d'Acunha est séparée du reste du monde par une mer extrêmement profonde et d’une vaste étendue, et si ces ilots étaient les restes d’un ancien continent ou d’un grand archipel comme paraissent l’être les îles Mascareignes, on y

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retrouverait probablement des représentants de types z0ologiques très différents de ceux connus ailleurs. s

Voyons donc jusqu'à quel point la troisième hypothèse est compatible avec ce que lon sait relativement aux colonisations aviennes, et aux modifications que les membres d’une même lignée peuvent subir peu à peu.

Si ces oiseaux terrestres étaient de puissants voiliers, comme le sont les Hirondelles et beaucoup de Rapaces, la fondation de colonies de cet ordre parailrait devoir être facile ; mais ils ont tous les ailes courtes ou médiocres, et pour juger de la valeur de l’hypothèse en question, il faut examiner d'abord si l'accomplissement de longs voyages serait admissible pour les représentants des types dont ils seraient les dérivés.

Un de ces oiseaux terrestres appelé par les habitants de Tristan d’Acunha la Poule de l'intérieur « Inland Hen », appartient au genre Gallinula et ressemble beaucoup à notre Poule d’eau commune (G. chloropus), ainsi que M. Sclater a pu s’en assurer par l'examen d’un mdividu vivant reçu au Jardin de Zoologie de Londres en 1861 ; mais en étudiant attentivement ce Rallide, cet ornithologiste y a reconnu des particularités à raison desquelles il Pa séparé spécifiquement. Il lui a donné le nom de Gallinula nesiotis (1). Les caractères qui ui sont propres sont fournis principalement par la grande brièveté des ailes, par le développement plus considérable des pattes et par quelques modifications des os du bassin et de l'appareil sterno-scapulaire en rapport avec la conformation des membres. Cet oiseau se tient dans la région élevée de l'ile et l’on assure qu'il peut à peine voler. D'après quelques renseignements recueillis par sir Wyville Thomson, il habiterait aussi l'ile Gouch, petite terre située fort loin au sud de Tristan d’Acunha, et il y aurait à l'ile Inaccessible une espèce différente du même genre (2).

(4) Sclater. On the Inland Hen of Tristan d’Acunha (Proceed. Zool. Soc., 1861, p. 260, pl. 50).

(2) W. Thomson, Voyage of the Challenger in the Atlantic, t. I, p.185 (1877).

FAUNE DES RÉGIONS AUSTRALES. Gi

Un autre de ces oiseaux tristaniens est une espèce de la famille des Grives, que le voyageur Carmichael auquel on doit les premières observations méthodiques sur la faune de ces iles, considère comme pouvant être rapportée au genre Turdus (4) ; mais elle en diffère notablement et Gould à cru devoir le ranger dans un genre spécial sous le nom de Nesocichla eremita (2), mode de classification adopté aussi par M. Sharpe qui a donné de cette espèce une très bonne figure (3).

Enfin un second Passereau trouvé à Tristan d’Acunha par Carmichael à été rapporté par cet auteur à l’'Emberiza brasiliensis de Gmelin (4). M. Cabanis l’a appelé Nesospiza Acunhæe (3). L'expédition du Challenger en à constaté l’existence à l'ile Inaccessible ; mais il y a lieu de croire que cet oiseau à disparu de la terre principale du groupe tristanien (6).

Nous voyons donc que Tristan d’Acunha ne possède en propre aucun type avien particulier et que les oiseaux terrestres sont en très petit nombre, qu’ils appartiennent tous à des types très répandus, non seulement en Afrique et dans PAmérique méridionale, mais aussi sur beaucoup d’autres parties du globe, et que les particularités par lesquelles ils diffèrent de ceux-ci n’ont que peu d'importance zoologique ; elles sont de l’ordre de celles qui paraissent être compatibles avec une origine commune et pouvoir être dues à l'influence de certaines conditions biologiques. Les trois espèces tristaniennes ont les grandes plumes des ailes plus courtes que d'ordinaire, et l’on sait par maints exemples que l’inactivité fonctionnelle d’un organe tend à en amener l’amoindrissement où même l’atrophie. M. Wallace a fait remarquer la fréquence de parti-

(1) Some account of the Island of Tristan da Cunha (Trans. of lhe Linnean Society, vol. XII, p. 483).

(2) Gould, On some new species of Bird collected by M. Mac Gillivray (Proc. Zool. Soc., 1855, p. 165).

(3) Voyage of the Challenger, Lool., vol. I, p. 111, pl. 23.

(4) Loc. cit.

(5) Journal für Ornithologie, 1873, p. 154

(6) Voyage of the Challenger, Zool., t. IE, p. 112.

cularités de cet ordre chez les animaux insulaires ; il les attribue à la vie sédentaire de ces êtres, et ses vues à ce sujec me paraissent être, dans certaines limites, très admissibles. J’incline donc à croire que les oiseaux terrestres de Tristan d'Acunha constituent des races locales ou des espèces dérivées dont les ancêtres n’avaient pas exactement le même mode de conformation et étaient des émigrants venus de l’un des continents adjacents. La distance que ces colons auraient eu à franchir pour passer de l'Amérique ou de l’Afrique à cette station insulaire, aurait été, 1l est vrai, très considérable et un tel voyage n'aurait pu s'effectuer que sous l'influence de vents d'une violence rare; mais des faits analogues ont été constalés pour d’autres oiseaux médiocres voiliers et d’habitudes sédentaires. Ainsi Jules Verreaux, naviguant au milieu de l'océan Atlantique à plusieurs centaines de lieues des côtes les plus voisines, a vu plusieurs petits oiseaux faibles voiliers chercher refuge sur son navire; il a reconnu l’Emberira cia et VE. ctrinella qui habitent l'Europe, le Sylvia ruticilla qui se trouve sur ce continent et dans l'Afrique occidentale, vlusieurs espèces de Grives et divers autres Oiseaux terrestres.

La flore de Tristan d’Acunha ressemble beaucoup à celle des Falkland et les oiseaux pélagiens de cette station appartiennent à la faune marine de l'Amérique australe ; mais les oiseaux terrestres paraissent être plutôt des descendants des espèces correspondantes qui habitent l'Afrique, et j'incline à croire que la petite colonie avienne dont l'étude vient de m'occuper, est originaire de cette partie de l’ancien monde.

Quoi qu'il en soit à cet égard, la faune ornithologique de Tristan d'Acunha ne présente rien qui ne soit en accord avec la tendance générale des faits constatés dans les autres parties de la région antarctique.

Ji - S 9.

En résumé, nous voyons que la région antaretique, tout en étant fort pauvre en oiseaux terrestres et n’en possédant aucun qui ne puisse être considéré comme étant originairement de

FAUNE DES RÉGIONS AUSTRALES,. 65 provenance étrangère, est nettement caractérisée par ses o1seaux nageurs dont plusieurs constituent des types zoologiques très importants.

Ni les influences biologiques connues, ni la sélection naturelle opérant sur les descendants d'animaux issus d’une même souche, ne peuvent expliquer la diversité des organismes qui s’y trouvent réunis.

Cette faune pélagienne spéciale parait s'être étendue progressivement du continent polaire, situé sous le méridien de lAustralie, vers le nord et vers l’est de manière à gagner, en se divisant en deux branches, d’une part les parages de la Nouvelle- Zélande, d'autre part les iles américaines antarctiques, puis les iles de la région kerguélienne, les côtes du sud de lAustralie, et la région neo-zélandaise, en jalonnant cette route par diverses espèces restées en chemin. 7 7

Nous voyons également que là où les communications entre la région antarctique et les régions zoologiques adjacentes ne sont pas faciles, cette faune avienne spéciale est restée presque pure et ne s’est que peu étendue au delà de ses limites générales, mais que sur quelques points elle a envahi plus ou moins loin les parties adjacentes du globe, tandis qu'ailleurs elle a été modifiée par l'établissement de quelques colonies venues les unes de l'Amérique continentale où de l'Afrique du sud, d’autres de la Nouvelle-Zélande, suivant les relations g6ographiques qui existent entre ces terres et les stations antarctiques peuplées de la sorte.

L'extension de la faune antarctique vers le nord s’est effectuée principalement par le bord oriental du grand océan Pacifique, et le mélange de cette faune avec des colonies progressant en sens inverse, a eu lieu principalement dans la région magellanique où les communications entre les terres antarctiques et les continents adjacents sont plus faciles que partout ailleurs.

Quant aux connexions de la faune avienne antarctique avec celle d la région océanienne, elles n’ont pu être indiquées que d'une manière très Imcomplète dans le mémoire que je viens de

présenter, mais je me propose de revenir prochainement sur ce sujet, en détachant du travail présenté à l'Agadémie en 1873, le chapitre relatif aux oiseaux de la Nouvelle-Zélande et des

iles adjacentes.

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