‹ Recherches sur la faune littorale de Belgique (volume 2)Chapitre 17 sur 70 · GENRE TANAIS · texte numérisé non relu

GENRE TANAIS

Parmi les formes plus ou moins insolites, pour les classifications systématiques, le genre T'anais réclame une place à côté des Cuma et des mysis.

Nous avons observé un mäle et six femelles, provenant de la carapace

d'une Chelonia mydas, échouée sur nos côtes à Klemskerke, à une lieue d’Ostende.

Ces crustacés rappellent assez bien les décapodes par la présence d'une carapace et la transformation en pince de la première paire de pattes, mais ils portent, comme les vrais isopodes , sept paires de pattes véritables sur la nature desquelles il ne peut y avoir le moindre doute.

Ce genre a été créé par M. Milne Edwards. Voisin du genre Ahoë, il s’en distingue toutefois par les antennes, qui sont courtes et non terminées par une tige multi-articulée.

Taxaïs DuLoGi, Saw.

La carapace, de forme triangulaire, large et arrondie en arriére, se termine en avant en pointe aiguë et présente sur le côté deux échancrures pour loger les veux.

Ces yeux sont très-remarquables : sans être pédiculés comme dans les podophthalmes, ils sont cependant portés sur une tige courte, mais complétement immobile.

Nous avons déjà fait connaitre quelques particularités de l’organisation de ces crustacés !.

! Bulletins de l’Acad. roy. de Belgique, 2° sér. & VE, n°1

LES CAPRELLIDÉS.

HISTORIQUE

Les Caprella et les genres qui s'y rattachent ne sont pas souvent étudiés, quoiqu'on les trouve assez communément sur nos côtes; elles vivent tantôt librement dans la mer, tantôt au milieu de touffes de sertulariens. Il y en a aussi parmi elles, et c’est même le plus grand nombre, qui se font voiturer par quelque cétacé obligeant, prennent, de même que les eyames, le dos d’une baleine ou d’un dauphin pour gite, et ne sont pourtant pas plus parasites que ces derniers. Nous en avons trouvé même plusieurs sur la carapace d’une chélonée échouée à Mariakerke et d’autres sur la peau d'un Scëmnus glacialus, au milieu de beaux Dinemoura qui nous ont été remis par notre ami Eschricht.

Des cinq genres qui composent cette famille, Leptomera, Nauprediu, Cercops, Ægina et Caprella, nous avons eu l'occasion d'en étudier deux.

Comme l’histoire des chevrolles est étroitement liée à celle des eyames, il ne sera pas sans intérêt de joindre ici le résultat de quelques observations faites sur des cyames de Balaena australis qui nous paraissent identiques avec les cyames de Balaena mysticetus. Ces eyames proviennent du morceau de peau de baleine, incrusté de tubicinelles, que nous devons également à l’obligeance de M. Eschricht. Autour de l'orifice d’une tubicinelle se trouvait, couché sur les valves et encore accroché par les pattes postérieures, un màle au milieu de deux femelles et, autour d'eux, quinze à vingt jeunes à divers degrés de développement. Une des femelles avait encore un œuf dans son sac ; l’autre avait le sac entièrement vide.

L’embryon le plus petit n’a que deux à trois fois le volume de l'œuf : c'est évidemment le dernier éclos et il a déjà tous les caractères de l'adulte. Les pièces de la bouche même ne doivent plus subir de modifications notables ;

seulement la tête, en s'allongeant, les éloigne un peu plus les unes des autres, et, il est presque inutile de le faire remarquer, ces appendices de la bouche ne croissent pas dans la même proportion que les pattes véritables.

Les jeunes cyames qui sont logés autour des femelles sont bien la progéniture de celles-ci; aussi, d’après le nombre d'individus qui sont en voie de développement autour d'elles, peut-on admettre que chaque couvée compte en moyenne une dizaine d'œufs.

Il faut conclure aussi de la différence d'age de ces embryons, que les œufs sont pondus successivement et que l'éclosion a lieu également à des intervalles fixes et réglés.

Nul doute que les principaux changements de forme de ces embryons ne s'effectuent dans l'intérieur de l'œuf avant leur éclosion ; les eyames sont bien, par conséquent, des crustacés sans métamorphoses véritables.

Au milieu de ces cyames se trouvait encore en abondance le cétochile australe, le même que Roussel de Vauzème a vu en si grand nombre dans l'océan Pacifique, ainsi qu'un Acarus très-poilu d’une physionomie toute particulière. Nous parlerons plus loin de ce cétochile. Nous ferons remarquer seulement en passant que Kroyer a trouvé également au milieu de Caprella (Ægina longicornus), pris par le capitaine Holbüll, à six milles de Frédériks-Haab, un Acarus d’un ‘/6'!! de longueur, voisin de celui dont il est question ici et dont il n’a figuré que la partie postérieure du corps !.

GEexre NAUPREDIA, Larr.

(Planche XVII.)

Ce genre, formé par Latreille, n’a été étudié encore avec quelque soin par aucun naturaliste. Les nauprédies n’ont que dix pieds, dit Latreille ?, tous dans une série continue ; la seconde paire et les deux paires suivantes ont à leur base un corps vésiculaire. Latreille ajoute en note : espèce de nos côtes qui me parait inédite. Elle appartient également aux côtes de Belgique.

1 Krover, Vaturhistorisk Tidskrift, vol. IV, p. 515, pl. VIT, fig. 12. 2 Règne animal, 2° édit, vol. IV, p. 128.— Milne Edwards, AHist. nat. des crust., vol. IE — Desmarest, Consid. génér. sur les crustacés. — Kroyer; Naturhistorisk Tidskrift, vol. IV,

M. Milne Edwards, dans son Histoire naturelle des crustacés, fait mention de ce genre, mais sans rien en faire connaitre de plus.

Nous l'avons trouvé à diverses reprises sur le littoral de Belgique, et nous allons lever tout doute au sujet de son existence et de ses caractères.

Les caractères génériques assignés par Latreille sont exacts; mais on verra, par la description, qu'on peut joindre divers caractères également importants à ceux que ce savant leur a attribués déjà. Ces Naupredia s’éloignent notablement des chevrolles, quoique , par leur physionomie, ils semblent à peine s’en distinguer.

Il est inutile de faire remarquer que des carcinologistes ont eu tort de supposer que ces Naupredia ne sont que des Leptomera mutilés : ce sont bien des crustacés complets, et les genres sont parfaitement caractérisés.

Nous allons donner ici la description de l'espèce jusqu’à présent unique du genre et à laquelle nous donnons le nom de :

NauPrEDIA TRistis, Van Ben.

(Planche XVIL.)

Les antennules comme les antennes sont très-développées; les premières ont un quart de plus en longueur que les autres. On voit cinq paires de pattes qui se suivent et qui sont insérées sur les premiers somites thoraciques; les deux antérieures sont terminées par une main ovalaire; les trois premiers segments thoraciques portent, à la base des pattes, chacun une vésicule branchiale; le cinquième est seul privé d’appendices, tandis que le segment caudal en porte deux paires.

Ce crustacé n’a guère plus de 5 millimètres de longueur.

Nous l'avons trouvé au milieu de touffes de sertulaires et de tubulaires.

Le corps est assez grêle, sans être cependant aussi effilé que celui des chevrolles en général ; la physionomie rappelle à l'instant ces derniers.

Tout l'animal est divisé en sept somites, dont l'antérieur, le céphalique, est le plus grand et le dernier le plus petit. L'avant-dernier, comme nous venons de le dire, est seul sans appendices.

Le segment céphalique est bombé, globuleux , sans proéminence frontale.

Sur le côté on voit des yeux assez grands composés d’une douzaine de facettes.

Les antennules sont très-longues ; elles atteignent à peu près le milieu du troisième segment thoracique; elles sont composées de six articles garnis au bout de quelques soies , surtout l’article terminal. Le troisième et le cmquième article sont les plus longs. Les antennes proprement dites aboutissent par la pointe au milieu du pénultième article de l’antennule; leur article basilaire est le plus développé, et c’est le quatrième qui est le plus long. Les mêmes soies éparses recouvrent ces appendices, et si on les voyait séparés du corps, l'on pourrait aisément prendre lun pour l’autre.

Les pièces de la bouche forment une proéminence assez forte , de maniere et que de profil on peut les distinguer entre elles.

Les mandibules, ou protognathes, sont fortes, armées de plusieurs dents et portent chacune une palpe composée de deux articles semblables.

La première paire de mächoires, ou les deutognathes, est assez simple; elle dépasse un peu les mandibules en longueur.

Le tritognathe est un peu plus court. Le dernier article est dentelé au bout, de manière qu'on pourrait bien le comparer à une ratissoire dont les dents ne sont plus placées régulièrement.

Le tétrognathe ressemble à une paire de pattes et recouvre les appendices précédents, y compris même les mandibules. Il est composé de quatre articles distincts, dont le dernier est légèrement recourbé en griffe.

Les pattes, c’est-à-dire les péréiopodes, sont au nombre de cinq paires qui se suivent sans intervalle. Elles sont insérées sur le segment céphalique et les quatre premiers segments du thorax.

La première paire est insérée à la hauteur de la dernière pièce de la bouche. Elle est composée de einq articles bien distincts et d’un article basilaire. L’avant-dernier article, ou le propodite, est comprimé , élargi, à bord interne assez fortement dentelé et pouvant servir de main.

La seconde paire est conformée exactement comme la première , mais tous les articles sont plus forts, et la patte est aussi plus longue. Elle porte à sa base , comme les deux pattes suivantes, une vésicule branchiale.

Les trois paires de pattes suivantes, insérées sur le deuxième , le troisième et le quatrième segment , sont conformées exactement de même et ne diffèrent

entre elles que par leur longueur respective. C’est la pénultième qui est la plus longue et la suivante la plus courte.

Le segment caudal porte en dessous de chaque côté deux paires d’appendices formés de trois articles qui correspondent à ceux du segment caudal des décapodes et des isopodes.

Nous n'avons rien observé ni sur les organes intérieurs, ni sur les sexes et leurs mœurs.

Ces crustacés ne sont pas rares sur nos côtes, mais on est très-disposé, en les voyant, à les prendre pour des Caprella mutilés, ce qui est probablement cause que si peu de naturalistes en ont fait mention : ce sont cependant bien, comme nous venons de le voir, des animaux entiers.

CAPRELLA OBESA, Van Ben.

Cette espèce, qui n’a que deux millimètres de longueur, se trouvait au milieu de Dinemoura elongata provenant de Scimnus glacialis.

La tête est de forme ovalaire, sans épines ni aucune apparence de tubercules, et à peu près de la grandeur du premier segment thoracique. Les antennes sont loin d’avoir la ténuité qu’on trouve dans les autres espèces. Les segments du thorax sont gros, ramassés, lisses, sans renflement aucun, et différent très-peu entre eux sous le rapport du volume. Les cinq paires de pattes vont en s’allongeant légèrement d'avant en arrière. Le pénultième article n’est pas plus renflé que les autres et sans dents. La griffe est longue et fortement courbée, sauf à la première patte.

LES PRANIZADES.

LITTÉRATURE

SLasser, Vatuurkundige Verlustigingen.

MonraGu, Trans. Soc. Linn., tom. XI, part. I.

Leacu, Transact. Linn. Soc., 1. XI, 1815.

Dana, American Journal of science, septembre 1852.

Hesse, Mémoire sur la transformation des Praniza en Anceus, Comptes rendus de l’Académie des sciences, 26 novembre 1855, idem mars 1858. — Annales des sciences naturelles , 1858, tom. IX, pag. 95.

Micxe Epwarps, Comptes rendus, 98 juin 1858, pag. 1256. — Rapport sur un travail de M. Hesse, relatif aux mélamorphoses des ancées et des caliges, ANNALES DES SCIENC. NATURELLES, 1858, tom. IX, pag. 89.

SrimpsoN, Marin. invertebr. of gr. manan. Washington , 1855.

Knoyer, Voyage scientifique en Scandinavie, en Laponie et aux iles Feroë.

SPENcE BaTEe, On PRaniza and Anceus, and their affinity to each other, ANNAL. AND. MAG. 0F NAT. HisT., 1858, 5, sec. II, pag. 165. — Ann. des scienc. natur., 1858, tom. IX, pag. 224.

HISTORIQUE

Ce n’est pas, comme on le pense généralement, Montagu qui à découvert, vers le commencement de ce siècle, ces crustacés remarquables, mais bien le naturaliste hollandais Slabber, qui en pécha, le 15 juin 1768, et qui les fit connaitre le premier sous le nom de Asilus marinus où Zeebrems. On les trouve pendant quatre mois de l’année, dit-il, en assez grande quantité et ils sont d'une très-grande agilité dans l’eau ?.

! Slabber, Natuurkundige Verlustigingen, pl. IX, fig. 1-2.

Les noms de Praniza et d’Anceus, que tous les naturalistes ont adoptés, ont été introduits dans la science par Leach.

En 1852, Dana considérait les Praniza comme un animal irrégulier et anomal, tant par la forme singulière du corps que par le nombre insolite des pattes !.

C'est vers la même époque, le 29 août 1852, qu'un naturaliste francais, M. Hesse, commenca, dans le port de Brest, une série d'observations intéressantes sur ces singuliers animaux articulés, et, au mois de novembre 1855, il annonça à l'Académie des sciences de Paris, une des plus jolies découvertes qui aient été faites dans ce groupe d'animaux. Les Praniza et les Ancea figuraient partout comme des crustacés appartenant au moins à deux genres différents, lorsque M. Hesse fit connaitre que les Praniza ne sont qu’une forme larvaire, qu’elles deviennent des Ancea sexuelles et adultes ? en subissant une véritable métamorphose, semblable à celle qui fait changer la chenille en papillon.

Depuis la publication des observations du commissaire de l'inscription maritime de Brest, M. Spence Bate, qui a fait tant de beaux travaux sur les crustacés, à prétendu que les Praniza ne se transforment pas toujours en ancées, que la métamorphose ne s'effectue peut-être d’une manière constante que chez les mâles. M. Spence Bate assure avoir observé des Praniza femelles adultes chargées d'œufs et d’embryons assez avancés 5.

M. Hesse assure, de son côté, que les ancées femelles seules portent des œufs; il resterait done encore un doute à éclaircir qui ne tardera pas à être levé #,

! Dana, Appendix, Americ. Journ. of Science, sept. 1852, p. 299.

? Hesse, Mémoire sur la transformation des Pranizes en Ancées, sur les mœurs et les habrtudes de ces crustacés, Compres RENDUS, 26 novembre 1855; Compres RENDUS, mars 1858, p. 568.

Milne Edwards, Rapport sur un travail de M. Hesse, relatif aux métamorphes des ancées et des caliges, L'Ixsrirur, 14 juillet 1858, p. 252. — Ann. de sc. natur., 1858, t IX, p. 89.

5 Ann. and mag. of nat. histor., sér. 5, vol. XI, p. 165. — Ann. sc. nal., 1858, L IX, p.224.

# A la date du 15 février 1860, M. Hesse m'écrit à ce sujet : « Je n'ai qu'un mot à répondre à l’assertion de M. Bate: Si vous prenez des pranizes d’une certaine dimension, c’est-à-dire près de l’époque de leur transformation, vous n’avez plus, au bout de quelques jours, des pranizes, mais des ancées des deux sexes. Ce sont des expériences que j'ai répétées plusieurs fois et sur des quantités notables de ces crustacés.

» Ce qui à pu induire M. Bate en erreur, c'est que, quelques jours avant la transformation

ANCEUS MARINUS, Slabber.

(Planche XVI.)

Synonymie. — ASILUS MARINUS où Z£esrens, Slabber, Natuurk. Verlustig., pl. IX, fig. 4-2, p. 75. Praniza marina, M. Edwards, ist. nal. crustacés, vol. IT, p. 195.

Nous l'avons péché avec le petit filet en pleine mer, au mois d'avril.

Longueur de trois à cinq millimètres.

Nous donnerons d’abord la description de l’état larvaire ou des Praniza que nous ferons suivre de la description de l’état adulte ou des Anceus.

Etat larvaire. — Par la forme singulière de la tête, le grand développement des derniers somites thoraciques et le nombre singulier, peut-on dire, de leurs paires de pattes, ces crustacés ont une physionomie qui les éloigne de tous les groupes de crustacés connus. Ils ne sont pas moins remarquables par leur coloration. Tout le corps, mais surtout le thorax, a une teinte verdâtre ; toutefois les deux derniers segments de cette région deviennent d’un Jaune pâle, tandis que la plupart ont le milieu du corps coloré en rouge, comme s'ils venaient d’avaler du sang.

Le corps est divisé fort distinctement en tête, thorax, abdomen et queue.

La tête est parfaitement séparée du thorax ; elle a une forme triangulaire. Sur le côté, dans la partie la plus large, on voit les grands yeux à facettes s'étendre en dessus et en dessous.

Au-devant de la tête on aperçoit un cône membraneux au bout duquel on découvre deux appendices très-petits terminés par de fines soies roides qui leur donnent l'aspect d'un goupillon.

C'est en dessus, entre le cône membraneux et la tête, que sont insérées les deux paires d'antennes.

Le thorax se compose d’abord de trois somites mobiles parfaitement séparés les uns des autres et portant chacun une paire de pattes. Ils vont en des pranizes femelles en ancées, les œufs qui préexistent s’aperçoivent à travers la peau, et si M. Bate avait vu la suite de cette opération, il eût constaté que sa pranize était devenue ancée, chose qui à pu lui échapper, puisque, à l'exception de la tête et du thorax, qui se modifient

un peu, le reste de l'animal se maintient dans le même état. J'ai d'ailleurs de nouvelles observations. »

augmentant légèrement d'avant en arrière, de sorte que le troisième est le plus large et le premier le plus étroit.

Deux autres somites sont très-volumineux et terminent cette région. ls sont coalescents. Chacun d'eux porte aussi sa paire de pattes. Ces deux derniers segments thoraciques ont une forme ovale et montrent, au milieu ou au centre, une ligne longitudinale coupée par une ligne transverse en forme de croix grecque.

L’abdomen est formé comme le thorax, de cinq autres somites distincts, qui sont tous également mobiles les uns sur les autres. Ceux du milieu sont un peu plus larges. [ls portent tous une paire d’appendices biramés et plumeux.

Le somite caudal est visible seulement du côté du dos; les appendices biramés le cachent en dessous; il a une forme triangulaire dont la base est en avant. Il est terminé en pointe arrondie; il porte, comme les segments abdominaux , une paire d’appendices biramés un peu plus grands que les autres, mais formés de la même manière et qui constituent des rames de natation d’une grande puissance.

Il y à deux paires d'antennes complétement séparées jusqu’à la base. Leur insertion a lieu à la partie antérieure et supérieure de la tête.

Les antérieures, ou les antennules , sont les plus longues , et se composent d’abord de deux articles assez courts , puis de deux autres plus longs, et sont terminées par un procérithe multiarticulé dans lequel nous avons compté huit pièces. Ces pièces diminuent insensiblement de volume vers la pointe, de sorte que la dernière, tout en portant trois soies, est fort petite. Chaque pièce est armée d’une soie assez forte au bord antérieur. Indépendamment de ces organes, le bord antérieur des deux longs articles est encore barbu en avant.

Les antennes sont composées de six articles ; les deux basilaires et les deux terminaux sont à peu près également développés. Les deux articles moyens sont les plus longs. Ils portent tous des soies, surtout les avant-derniers. L'article terminal en porte trois qui sont assez longs et assez forts.

L'entonnoir membraneux qui précède la tête diffère par sa direction de l’entonnoir membraneux des crustacés suceurs ordinaires. Dans ces derniers,

il est placé d'avant en arrière, et son orifice est dirigé vers la partie postérieure du corps. lei l’entonnoir est placé également dans l'axe du corps, mais en sens inverse. Cette différence de direction explique ce que la tête des Praniza offre de particulier.

Les mandibules, où protognathes, sont formées d’une portion basilaire assez large et d'une portion terminale droite, roide et dentelée sur le bord interne comme une scie : c’est tout à fait la mandibule des siphonostomes. Elles dépassent très-légèrement le bord membraneux de l’entonnoir, de manière qu'elles forment une petite saillie en avant.

Au-dessous des mandibules, on voit une autre paire de pièces, également terminées en scie, mais un peu plus étroites et plus délicates, et dont la pointe n’atteint pas l'extrémité des mandibules : ce sont les mâchoires ou les deutognathes.

Une troisième paire de pièces, de la même longueur à peu près que ces dernières, mais restant toujours à l’état membraneux et se joignant à la base sur la ligne médiane , correspond probablement à la lèvre inférieure des insectes : ce sônt les tritognathes.

À la face inférieure de la tête, nous trouvons ensuite deux autres paires d'appendices très-développées et qui diffèrent notablement par leur forme et leur composition.

La paire antérieure, qui correspond sans doute au tétrognathe, est composée d'abord d'un long article basilaire qui touche presque son congénère à la base, puis d’un second article plus court mais également gros, et enfin d'un article terminal sétifère, obtus, assez semblable à une brosse. L’avantdernier article est terminé par une saillie dentelée sur le bord et qui n’est pas sans ressemblance avec une pince de décapode. C’est cet appendice qu'on voit saillir à côté de l'entonnoir et qu'on serait fort tenté de prendre pour une antenne , lorsqu'on regarde la tête en dessous, si les deux paires d'antennes n'étaient pas si faciles à reconnaitre.

La dernière paire céphalique est insérée sur la limite postérieure de ce segment, immédiatement au-devant de la première paire thoracique : ce sont des appendices forts, composés de six articles, dont le dernier est fortement recourbé en pointe et semblable au crochet qui termine la troisième

paire de pieds-mâchoires chez beaucoup de crustacés suceurs. [ls sont toujours placés d’arrière en avant, parallèlement l'un à l'autre, de manière que le côté convexe de chaque crochet touche sur la ligne médiane celui du côté opposé : c’est un gnathopode.

Les cinq paires de pattes thoraciques, ou les péréiopodes, sont semblables entre elles. Elles ne diffèrent en effet que par la longueur. Elles augmentent légèrement sous ce rapport d'avant en arrière. La premiére paire est souvent en partie cachée sous le thorax. Chaque patte est formée de sept articles, dont le dernier, ou le dactylopode, est en forme de crochet.

Les cinq somites abdominaux portent chacun une paire de pléiopodes biramés qui sont tous exactement conformés de la même manière. On trouve dans chacun d’eux une pièce basilaire assez large, terminée par une lamelle garnie sur son bord postérieur de neuf fortes soies plumeuses formant un large éventail et d’une autre lamelle un peu plus grande terminée seulement par deux soies plumeuses.

Le segment caudal porte de même de chaque côté une paire de lamelles ou d’uropodes qui sont garnis tous les deux de soies plumeuses ; le bord de l'externe est, en outre, garni de trois piquants; on y compte quatre fortes soies plumeuses et trois plus petites. L’uropode interne porte le même nombre de piquants, mais une des soies est placée plus près de la base.

Ces rames plumeuses sont, pour ces crustacés, de puissants moyens de locomotion, et il serait difficile de dire s'ils sont mieux organisés pour la vie libre et indépendante que pour la vie sédentaire. C'est peut-être le seul exemple d'animaux réunissant à un appareil locomoteur aussi important des amarres aussi solides. C’est un excellent voilier qui peut en toute sécurité jeter ses ancres. Celui qui doit l'héberger le remorquera aussi longtemps qu'il lui plaira de lui fournir un gîte, mais il ne sera aucunement en danger de périr, quand il sera abandonné à ses propres ressources.

Nous avons vu aussi quelques organes internes.

Le cœur est situé non au-dessous des derniers segments thoraciques , mais sous les premiers anneaux de l'abdomen. El est fort allongé et s'étend jusqu'aux derniers segments de la région abdominale. On ne voit toutefois dis-

tinctement les pulsations que dans la partie antérieure.

Vers le milieu de chacun des segments de l'abdomen , on aperçoit un courant remonter des flancs et se jeter à angle droit dans la cavité du cœur.

En avant, ce cœur donne naissance à deux aortes qui se côtoient sur la ligne médiane et que l’on peut suivre à travers les parois des deux grands segments thoraciques. En dehors de ces aortes, on apercoït en outre, à droite et à gauche, une autre artère assez large qui gagne les flancs vers le milieu de la dilatation thoracique.

Le sang est incolore et montre des globules régulièrement arrondis et transparents.

État adulte. — Les changements les plus notables portent sur les mandibules, la tête et le thorax , ainsi que sur la taille et la couleur.

Notre Anceus a une longueur totale du double du Praniza ; la teinte verte a complétement disparu ; la tête tend à se confondre avec les deux premiers segments thoraciques, tandis qu'il existe un étranglement entre le deuxième et le troisième segment. L'abdomen est comparativement petit, puisqu'il ne dépasse pas le volume de la tête avec les deux premiers segments.

Sauf la modification profonde du troisième somite thoracique, les cinq paires de pattes, comme l'abdomen et ses dépendances, ne présentent pas de changement notable, tandis que les pièces de la bouche, indépendamment des mandibules, sont très-notablement modifiées.

En résumé donc, ces crustacés portent cinq paires de pattes, comme les décapodes, mais le somite céphalique est distinet, et il n’y a pas d'apparence de céphalothorax. Les yeux sont sessiles; ils ont des antennules et des antennes simples et cinq paires de pléiopodes portés par autant de somites distinets et des uropodes biramés très-développés. Les pièces de la bouche sont au nombre de cinq paires, y compris les mandibules, de manière que tout l'animal, d’après ses appendices, est formé de dix-huit somites, deux pour les antennes, cinq pour la tête, cinq pour le thorax, cinq encore pour l'abdomen et un pour la queue.

SYSTÉMATISATION

Les ancées ont été placées tour à tour dans les amphipodes et les isopodes. Aux yeux de quelques-uns, ces crustacés doivent prendre place à côté des sphéroniens, mais ce rapprochement ne résiste pas à un examen comparatif, soit sous le rapport de la structure, soit sous le rapport du développement : la physionomie même de ces crustacés les en éloigne. On pourrait se demander si on les connait suffisamment pour leur assigner une place définitive. Nous pensons qu'oui.

Selon Dana , les Praniza sont une forme irrégulière des anisopodes avec un nombre anomal de pattes, et il les place, après les Tanaïs, à côté des Serolis 1.

M. Hesse croit devoir retirer les ancées des isopodes nageurs, pour les intercaler entre les cymothoadiens parasites avec lesquels ils ont, dit-il, des rapports de conformation et de manière de vivre ?.

Il nous semble que les ancées n’appartiennent aucunement aux cymothoadiens, mais qu’ils doivent former plutôt un groupe à part, à cause de la conformation et du nombre de leurs appendices : ce sont les siphonostomes des malacostracés ; ils doivent occuper le dernier rang de ce grand groupe, qui commence par les décapodes véritables, comprend les mysis, les squilles et les Cuma, et finit par les amphipodes et les isopodes.

l American Journal of Science; Appendix, septembre 1852, p. 299. ? Ann. se. nat., 1858, vol. IX, p. 117.

LES SACCULINIDES.

LITTÉRATURE

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Tuowpson, Vatur. hist. and metam. of an anomal. crust. paras. of carcin. mœn., the Saccurina carani, The Entom. Mag., vol. IT, 1856, p. 452.

Kroyer, Monografisk Fremstelling of Slegten hippolyte. Kibenhavn , 1842, p. 56.— Vid. Selsk. Naturg. og Math., Aft. IX, D. — Oversigt Kongl. Danske Vidensk. Selsk. Forhandl., 1855, pag. 127.— Zeits. f. d. gesammt. Naturwissensch., VIT, p. 419.

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Waaicur et AxpersoN, Vew Edinb. phil. Journal, VI, pag. 512.

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HISTORIQUE

Parmi les nombreux phénomènes que les recherches sur le parasitisme animal nous ont dévoilés dans ces dernières années, la découverte des Entoconcha, par Müller, n’est pas un des moins remarquables. Un mollusque viant avec une holothurie dans un état de fusion si complétement intime , qu'on

croyait devoir admettre un instant que lun descendait de l’autre, est en effet un phénomène bien extraordinaire, on pourrait dire presque insolite. Des savants plus philosophes que naturalistes croyaient avoir mis la main sur un de ces grands secrets de la nature qui devait nous dévoiler le mode d'apparition successive des diverses classes d'animaux.

Celui qui visite la plage sablonneuse d'Ostende à marée basse et qui ne recule pas devant une visite des Æateyen, S'il veut bien remuer quelques pierres ou fouiller dans les anfractuosités des flaques d’eau, ne tardera pas à voir des crabes quitter brusquement leur paisible retraite et fuir à leur facon l’importun visiteur.

Ces crabes peuvent nous rendre témoin d’un phénomène au moins aussi curieux que celui des Entoconcha. Les trois quarts d’entre eux portent sous leur abdomen, de manière à ne pas pouvoir coller celui-ci contre leur sternum, une petite boule, de la grosseur d’une aveline, de couleur jaunàtre et qu'un étroit pédicule attache, sur la ligne médiane, à la portion molle de cette région : l’on croit voir un sac à œufs de l’animal lui-même, une dépendance de l'appareil incubateur ou quelque excroissance morbide qu'une mauvaise diathèse a engendrée.

Cette galle ou cette tumeur, tout en ressemblant à un sac informe, n'est cependant autre chose qu'un crustacé parasite, et ce parasite s’est si bien . confondu dans les chairs de son hôte, il a dépouillé si complétement lhabit de son ordre, que sa progéniture seule peut trahir sa nature véritable : il est en effet si intimement uni, soudé et greffé dans les chairs de sa victime, sa forme à changé si complétement, les caractères de l’animalité ont disparu si intégralement , qu'il n’est plus qu'un fardeau incommode que le crabe traine à sa suite comme un boulet. L'union est si intime, avait déjà dit Cavolini, que le crabe peut, par l'action de ses propres muscles de l'abdomen , faire pondre les œufs à son hôte parasite : c’est le coucou qui se métamorphose en nid, après s'être greffé lui-même dans les chairs de l'oiseau qui couve ses œufs.

On voit par là que nous avons affaire à un phénomène bien autrement important que celui des Entoconcha et, qu'indépendamment du parasitisme , il y à ici un exemple de développement récurrent tellement remarquable

qu'aucune autre classe du règne animal ne nous offre un exemple semblable.

L'on comprend que si les Entoconcha avec leurs hôtes les synaptes ont attiré, pendant un certain temps, l’attention des naturalistes et des philosophes, les crabes et leurs Sacculina, ou Peltogaster, méritent bien davantage d'occuper leurs loisirs. Le goût du merveilleux et des spéculations hardies, se basant sur l'observation directe, ne fera découvrir nulle part un phénomène aussi favorable aux élucubrations en apparence scientifiques.

Comme ces crustacés ont été le sujet de nombreuses recherches, nous jetterons d'abord un coup d'œil sur la partie historique. Il est assez remarquable, comme nous allons le voir, que ce sont précisément les premiers naturalistes, Cavolini et Thompson, qui ont le mieux apprécié la nature véritable de ces crustacés parasites.

Cavolini, qui a fait tant de belles observations, dont plusieurs commencent seulement à être comprises maintenant, parle, dans son mémoire Sulla Generazione dei Pesci e dei Granchi (Napoli, 1787), de trois espèces de crabes sur la région abdominale desquels il a observé une tumeur dans laquelle étaient logés de jeunes crustacés portant trois paires de pattes.

Ces crabes sont le Portunus puber, le Granchio piloso et di Pertugio, espèce voisine du Cancer arenarius de Linné, et le Cancer (Grapsus) Messor ou Granchio Spirito des Napolitains.

Î! à vu un orifice à ce sac, et ce sac devient quelquefois gros comme une . noix. Il pense que c’est par cet orifice et à l’aide des contractions des muscles de la queue du crabe que les jeunes sont évacués.

Cavolini sait fort bien que ce ne sont pas de jeunes crabes, mais 1l compare le sac à l'excroissance produite par un gallinsecte et, à ses yeux, le parasite des crabes n’est pas un animal distinct : c'est un crustacé étranger qui dépose ses œufs dans la peau délicate des intestins du crabe, et les embryons qui en proviennent se nourrissent du sang de hôte qui les héberge.

Il a mis en expérience quelques crabes portant de ces sacs, mais ils sont tous morts au bout de quelques jours, et les ovisacs comme les Honoculus qu'il a observés à la place n'avaient rien de commun avec cette progéniture parasite. Nous en avons tenu en vie pendant plusieurs semaines,

C’est en un mot, comme nous l'avons dit plus haut, l'histoire du coucou qui déposerait ses œufs, non dans le nid d’un autre oiseau, mais qui se logerait lui-même dans les tissus vivants d’un hôte qui doit forcément le nourrir.

Ces observations de Cavolini, malgré les bonnes figures qui les accompagnent, ont passé complétement inaperçues jusqu'au jour où Steenstrup les à signalées à l'attention des carcinologistes. Nous avions déjà les mêmes observations en portefeuille, quand Steenstrup a fait connaitre son travail.

En 1836, sans connaitre les recherches de Cavolini, un naturaliste anglais, excellent observateur, Thompson, étudia ce même parasite ; il en observa sur des crabes mâles et sur des crabes femelles. II donne une description détaillée de ce qu'il voit à l'intérieur et à l'extérieur; mais il croit à tort reconnaitre la jeune larve de ces crustacés dans l'Argulus armiger de Slabber (c’est une larve de cirripède). Le sac est, pour Thompson, un animal distinet quoique bizarre , auquel il donne le nom de Sacculina, … tts body being entirely filled ivith the ovaria, and an enormous testicular gland, ajoute-t-il. The Saccuuina, dit-il ailleurs, furnishes the only exemple on nature of an animal all generation organs, to the apparent exclusion 0f every other.

Le consciencieux naturaliste de Belfast dévoile donc d'emblée tout le secret de cette bizarre existence et ne se trompe nullement sur la nature de ce parasite et de ses œufs. Malheureusement ces travaux de Cavolini, et surtout ceux de Thompson, ne sont connus que d’un petit nombre de naturalistes, et c'est grâce à la bibliothèque de notre confrère Lacordaire que nous avons pu prendre connaissance des mémoires de ce dernier.

Rathke, le savant et illustre professeur de Kænigsberg, a publié le résultat de quelques observations faites peu d'années après, mais, sans avoir eu connaissance des recherches dont nous venons de parler, il a parfaitement reconnu la nature animale de la singulière exeroissance des crabes. Il désigne cet animal, qui est nouveau pour lui, sous le nom générique de Peltogaster. Rathke observa, en premier lieu, sur le corps de quelques pagures, une masse jaunâtre adhérant à la partie molle du corps par une sorte de ventouse et qui porte une bouche distincte; il ne doute pas que ce ne soit également un animal, et, à cause de son mode d’adhérence, il le place parmi les vers

trématodes. I a vu cette bouche communiquer avec une poche qui contient des œufs et, à côté de ces œufs, un petit crustacé nouveau qu'il désigne sous le nom de Liriope : ce sont des amphipodes microscopiques que Rathke suppose avoir servi de pâture au Peltogaster. Ainsi il considère le Peltogaster comme fixé seulement sur d’autres crustacés, et qui, sans vivre aux dépens de leur hôte, cherchent au contraire leur nourriture dans de petits crustacés microscopiques qui les entourent. Pour expliquer la présence dans l'estomac des œufs et des liriopes, Rathke pense que le tube digestif sert en même temps de canal alimentaire et de poche incubatrice ( Der Darmschlauch dient zugleich zum ausbrüten der Eier). L'ovaire est situé entre la peau et les parois du tube digestif, et, vers le milieu du corps, on voit de chaque côté un ovaire avee un court oviducte qui s’'abouche dans l'intérieur de l'organe de la digestion. Cet animal n’a ni cirres, ni yeux, et Rathke n’a pu y découvrir aucune trace de système nerveux !.

En 1843, Rathke décrivit une seconde espèce de Pelogaster, trouvée sur le Carcinus moenas, et donna une diagnose de ces deux singuliers parasites. Il n’ajouta rien de nouveau au sujet de l'organisation de ces êtres eurieux , mais un doute lui était venu sur leur nature de ver trématode ?.

En 1842, Kroyer parle également de ces parasites dans sa Monographie du genre Hippolyte : il en avait observé sur les Pagurus et même sur FHippolyte pusiola 5; mais si la nature animale de ces crustacés fut parfaitement reconnue par le professeur de Copenhague, il ne se prononça pas cependant sur leurs affinités ou sur la place qu'ils devaient occuper dans la série des animaux.

M. Mor. Diesing a cru voir une hirudinée dans ces Peltogaster de Rathke et a proposé, dans son Système des Helminthes, de les désigner sous le nom de Pachybdella. Plus tard, il a vu que les Peltogaster et les Pachybdella , qu'il ava itplacés dans les hirudinées, sont de véritables crustacés #.

Tout récemment, 0. Schmidt a reconnu que le Peltogaster de Rathke est

! Veueste Dantziger Schriften, vol. HI, Heft. IV, p. 105.

2? Now. act. acad. nat. curios., t. XX, p. I, p. 242, 1845.

5 Zeils. f. gesammt. Nalurwiss., Halle, p. 101, 1855.

# Diesing, Revision der Myzhelminthen, Srrzuxessericure, vol. XXXII, p. 507, 1858.

non pas un trématode, mais un crustacé dont l'embryon ressemble à lembryon des crustacés parasites et des lophyropodes ?.

La même année, Lindstrôm découvre les larves des Peltogaster et signale leur nature erustacée. O. Schmidt et Lindstrôm arrivent ainsi, chacun de son côté, au même résultat que Cavolini et Thompson.

M. Steenstrup a reconnu le premier que, depuis longtemps, Cavolini avait vu et très-bien figuré les Peltogaster de Rathke; mais M. Steenstrup fut induit en erreur au sujet de leurs affinités en les rattachant aux bopyres parmi les isopodes. C'est la présence des Liriope pygmea, observés dans la cavité commune par Rathke et l’aflinité de ceux-ci avec les bopyres qui ont fait croire au professeur de Copenhague que les liriopes pourraient bien être des Peltogaster mâles.

Depuis lors, Kroyer, en 1855, et Lindstrôm, en 1856, ont de nouveau confirmé les observations de Thompson et de O0. Schmidt, et M. Kroyer fait méme connaitre encore un genre nouveau sous le nom de Sylon, qui s’implante de la même manière sur un autre crustacé décapode, Hippolyte pusiolu.

Kroyer trouve des différences dans les embryons des divers Sacculina et admet trois genres, dont un, le Peltogaster, aurait déjà quatre ou cinq espèces, le Pachybdella deux et le Sylon une. Il à reconnu lovaire et une glande particulière, mais il n’a vu ni bouche, ni canal digestif, ni muscles, ni nerfs, et il ne pense pas qu'ils soient hermaphrodites, comme on la supposé.

En 1858, à son retour des iles Baléares, M. Carl Semper nous a remis un dessin de Peltogaster, provenant du Grapsus varius qu'il a trouvé sur les côtes de ces iles et qu'il suppose appartenir à une espèce nouvelle. IT m'a assuré que ces parasites sont grands comme un œuf de pigeon.

Enfin, dans un numéro des Archives de Troschel, qui vient de paraitre (1859), M. Leuckart, dans un article intitulé Carcinologisches ?, résume parfaitement tout ce qui a été écrit sur ces singuliers parasites et compare avee soin ses observations propres avec celles de ses prédécesseurs. M. Leuckart a étudié ces crustacés, à deux reprises différentes, d'abord à Helgoland

l Zeits. f. gesammt. Naturwissensch., Halle, 1855, p. 101. ? Leuckart, Carcinologisches. Einige Remark. über Saceurwa, Thomp., Troschel’s Archiv., 1859, p. 282.

puis à Nice, et il signale à son tour une nouvelle espèce sous le nom de Sacculina inflata, vivant sur un autre crabe, le Æyas aranea. Leuckart reconnait le premier, et depuis longtemps il avait eu la bonté de m'en informer par écrit, que Thompson a bien connu les Peltogaster de Raïhke, et il propose avec raison de leur rendre le nom de Sacculina que le naturaliste anglais avait proposé. C'est aussi par cette notice que nous venons d'apprendre que MM. Wright et Anderson se sont occupés de ces mêmes «rticulés 1.

Ainsi, aux yeux de Cavolini, le Sacculina n’est qu'une espèce de galle qui contient des larves de cyelopides; mais, aux yeux de Thompson , c'est un animal véritable qui vit en parasite et qui se rapproche des lernéens. Rathke reconnait aussi sa-nature animale et le désigne sous le nom de Peltogaster, croyant avoir affaire à un trématode. Kroyer reconnait, comme Rathke et ses prédécesseurs, la nature animale, mais il ne se prononce pas sur les affinités, lorsque enfin O. Schmidt aperçoit les embryons et vient confirmer les observations de Thompson depuis si longtemps négligées.

Après tant de travaux conduits par des naturalistes aussi éminents, on comprend qu'il n’y a plus guère qu'à glaner dans le champ de lobservation ; mais, sous le rapport de l'interprétation des faits, tout reste pour ainsi dire encore à faire. Ces parasites ont-ils une bouche et un anus, et, dans le cas affirmatif, où sont situés ces orifices ? Possèdent-ils encore un autre appareil , soit de la vie de relation, soit de la vie végétative, qui soit reconnaissable ? Trouve-t-on autre chose qu'une gaine vivante et contractile contenant un oviducte ramifié et des œufs ? Sont-ils dioïques et où est le mâle ? Voilà les points principaux qui restent à décider.

Nous avons observé, à Ostende, l'espèce des crabes et l'espèce des pagures, et c’est d’après les observations faites sur ces deux parasites que nous jugerons de leur structure et de leurs affinités. Nous ferons d’abord la description des deux genres, en énumérant tout ce que nous avons pu observer et en évitant autant que possible de regarder les organes comme déterminés ; nous verrons ensuite comment il faudra interpréter leur composition anatomique.

Ces parasites sont-ils pourvus d’un tube digestif, d’un orifice de la bouche ,

! New Edinb. phil. Journal, VIE, p. 512.

d’un estomac et d’un intestin ? Il est évident que l'orifice extérieur, que des naturalistes ont pris pour l’orifice buccal, n’a pas cette signification : l'eau du dehors pénètre par cet orifice dans une grande cavité et en sort par l'effet de la contraction des parois, entrainant les œufs qui ont été déposés dans son intérieur.

Nous avons parlé plus haut d’une espèce d'entonnoir dont les bords se prolongent en ramifications, qui plongent dans les tissus mêmes de leur hôte, de manière à se baigner dans le sang de celui-ei. Au milieu de cet entonnoir existe un trou par lequel le sang du crabe ou du pagure pénêtre dans une excavation plus ou moins grande, mais sans issue.

S'il existe une bouche dans ces crustacés, c’est cet orifice au fond de l’entonnoir qui doit en tenir lieu, puisque c’est par là que le liquide nourricier doit pénétrer.

C'est aussi l'avis de Rud. Leuckart et de Bell.

L’analogie vient à l'appui de cette interprétation. La Lernea branchialis a, comme les parasites dont nous parlons , au bout d’un prolongement sous forme de cou , une expansion également ramifiée et dont les diverses ramitications plongent comme des racines dans le tissu osseux de l'arc branchial du poisson qui la nourrit. C’est par cette tête bizarre que la lernée se procure la nourriture, et c’est par conséquent dans cette région que doit se trouver l'orifice de la bouche. Les Lerneonema et plusieurs autres, qui plongent de la même manière leur région céphalique comme une racine dans le sol vivant, sont dans le même cas.

Une excavation dans laquelle s’abouche cet orifice tient lieu d'estomac et d’intestin. Nous ne croyons pas qu'il existe un intestin complet, et, comme dans les vers trématodes , toute la matière nutritive, qui est la matière nutritive de lhôte lui-même , est consommée sans laisser de résidu. Dans tous les trématodes, qui sont bien les vers parasites par excellence, on sait que le tube digestif est incomplet.

Ces parasites n’ont donc ni ventouse, ni suçoir, ni aucun organe qui \ ressemble pour soutirer le fluide nourricier de leur proie : on dirait que la nutrition du parasite s'effectue comme dans une galle et que la présence de cet hôte étranger suffit pour y faire affluer le sang et la nourriture. La vie

propre de l’animal disparait à tel point qu'il n'y a plus que les phénomènes de l'accroissement et de la reproduction qui s’accomplissent encore.

L'appareil sexuel est, pour ainsi dire, le seul appareil qui persiste dans cette évolution rétrograde ; quand partout ailleurs la construction s’embellit à mesure qu'elle avance, ici au contraire elle recule à un tel point, que les caractères de lanimalité sont presque effacés.

Lits body being intirely filled with the ovaria, and an enormous testicular gland , dit Thompson, qui a reconnu le premier leur nature et leurs aflinités. Les Pellogaster seraient-ils donc des crustacés hermaphrodites ?

Jusqu'à présent, les lernéens sont tous dioïques, mais la différence entre les sexes est si grande que, si l’on peut considérer la femelle comme un sac à œufs ou une excroissance semblable à une galle, le male n’est le plus souvent qu'un sac à spermatozoïdes greffé sur le corps de la femelle.

Il est évident qu'il existe un ovaire sous forme de disque à côté de l'orifice commun et qu'à cet ovaire aboutissent, non deux tubes, comme c’est ordinairement le cas, mais plusieurs tubes qui à leur tour se divisent en se ramifiant et se perdent en de fines branches entortillées toutes également remplies d'œufs : ce sont les tubes ovifères qui ne flottent jamais à l'extérieur dans ces parasites.

Le Peliogaster du pagure à un ovaire plus allongé formé de bandes parallèles, et les œufs ne sont pas aussi régulièrement logés dans des tubes visiblement ramifiés.

Quant au mâle ou à un organe mäle, nous n’en avons pas trouvé de traces.

Il serait extrêmement curieux de suivre pas à pas ce développement récurrent et de connaitre comment, en se dépouillant successivement de tous les attributs de l’animalité , la larve cyelopide devient Sacculina.

En attendant que des observations directes viennent combler les lacunes, nous croyons pouvoir nous rendre compte de ces transformations par le singulier genre Nicothoë.

Que l’on se figure, en effet, des Vicothoë dont les deux poches s’étendraient tout autour du segment qui leur donne naissance, en d’autres termes, dont le segment tout entier se prolongerait en arrière de manière à envelopper l'abdomen et la queue ; il v aura un orifice postérieur d'évacuation, un vé-

rilable cloaque d'oiseau; en supposant ensuite que la tête s'allonge comme dans les Lernea branchialis et plonge de la même manière dans les chairs, que les segments en arrière et en avant s’effacent pour ne plus laisser place qu'au segment sexuel, nous aurons une idée de cette transformation singulière d’un animal régulier et symétrique en sac informe et gaine à œufs.

Il semblerait au premier abord que ces singuliers crustacés ne doivent plus présenter aucune apparence de mouvement, puisqu'ils sont condamnés à vivre et à mourir comme les plantes qui ont pris racine. Il n’en est pas tout à fait ainsi. En regardant attentivement le Sacculina du crabe surtout , au sortir de l’eau etavant d’avoir perdu de sa vitalité, on voit toute la surface du corps onduler à la manière des vagues de la mer et la forme de l'animal changer notablement sous les yeux de l'observateur. L'orifice lui-même est tantôt au milieu, tantôt sur le côté, et si parfois la surface est toute lisse et unie, on la voit aussi se couvrir de bosses et se rider comme la peau de la main gonflée par le séjour dans l'eau.

Nous devons nous attendre à voir bientôt ce groupe de crustacés notablement s'enrichir et former une famille à part sous tous les rapports d’une haute importance.

Il reste à dévoiler les péripéties des transformations, depuis l’âge embryonnaire jusqu'à sa transformation en sac à œufs, et à faire connaitre le sexe mâle ainsi que l’époque et le lieu de la fécondation.

PELTOGASTER PAGURI.

(Planche XXI.)

Au milieu de nombreux pagures logés dans la coquille du Buccinum undatuin (Pagurus pubescens), nous en avons trouvé deux qui portaient des Peltogaster : ils avaient été pris le long de la côte par des pêcheurs de crevettes.

Ces pagures ont vécu une huitaine de jours avec leurs parasites. Ces derniers sont placés tous les deux vers le tiers antérieur de l'abdomen, sur le côté, à la hauteur de la première paire d’appendices abdominaux.

Kroyer en signale sur les Pagurus bernhardus, Pagurus pubescens et Hippolyte pusiola.

Ils ont une forme ovale très-régulière et une couleur rouge qui est due au vitellus des œufs.

L'un est complétement adulte, tandis que l’autre est encore en voie de développement.

Commençons par le premier.

Au point d'adhérence, on voit une plaque étoilée assez irrégulière, chitineuse, de couleur brunâtre, qui rappelle complétement la tête des Lernea branchialis. Cette étoile est percée au centre, et il s'établit par elle une communication avec la cavité périgastrique du Pagurus.

Cette cavité dans le Peltogaster n’a pas d’issue.

Sous la plaque étoilée, il y a une autre lamelle chitineuse , assez consistante aussi, qui se modifie en peau de l'animal d’une manière insensible.

Il faut entamer la peau du pagure ou celle du parasite pour les séparer l'un de l'autre.

Près de l'extrémité antérieure, on voit à l'extérieur du Peltogaster un orilice assez grand, bordé d’une lèvre circulaire, légèrement frangée, qui fait l'effet d’une bouche.

Cet orifice communique avec une large cavité dont tout l'animal ne semble former que les parois.

Nous n'avons rien vu dans cette cavité, si ce n’est des œufs qui y étaient tombés à la suite de lincision que nous avions dû faire pour l'ouvrir : c’est absolument un sac.

A l'extérieur du sac on voit, à partir de l’orifice dont nous venons de parler, une bande de couleur et d'aspect différents de la masse et dans les parois de laquelle se trouvent des œufs en voie de formation : c’est l'ovaire. On voit ces œufs disposés en bandes transversales.

Tout le reste des parois est plein d'œufs contenant des embryons en voie de développement, serrés les uns contre les autres.

Ces embryons ont deux paires d’appendices biramés et en arrière deux courts appendices non articulés en forme de sabre.

La coque de l'œuf consiste dans une enveloppe très-minee.

Thompson et Ose. Schmidt ont vu des embryons plus avancés portant l'œil au front et une épine latérale au bouclier.

Le second individu est une femelle plus jeune dans laquelle on distingue encore quelques caractères de la disposition symétrique du jeune âge. Il occupe sur son hôte la même place que le précédent ; la taille est un peu moins grande; les parois semblent moins consistantes et la surface de la peau est plus unie.

Ce parasite adhère comme le premier, mais on voit un rudiment de tête et de cou, et une sorte de collerette sépare même l'extrémité céphalique du thorax , ainsi qu'on peut le voir dans une des figures de la pl. XXI.

L'animal semble ensuite courbé sur lui-même, et, près de l'extrémité, en apparence postérieure, on voit deux appendices rudimentaires, dont le supérieur n’est indiqué que par la peau, qui est un peu plus consistante ; elle est en même temps un peu plus blanche.

Dans une autre figure, nous avons représenté l'animal détaché ou vu de face et montrant ces mêmes organes disposés avec symétrie.

Il n'y à pas encore d’orifice externe dans eet individu.

Cet orifice se forme-t-il plus tard quand les œufs sont mürs? C’est probable.

Cette femelle est également rouge et renferme des œufs avec des embryons très-rudimentaires.

SACCULINA CARCINI.

(Planche XX.)

On la trouve communément sur le Cancer mœnas. La moitié des crabes pris dans les kateyen à Ostende, pendant le mois d'août, portent des Succulina. On en voit indistinetement sur les femelles et sur les mâles. Nous en avons trouvé jusqu’à deux réunies sur le même animal. Au mois d'avril, sur cent cinquante crabes de diverses grandeurs et de sexes différents, nous en avons vu quatre sur des femelles et une sur un mâle. Dans ce nombre se trouvait un jeune crabe logeant une Sacculina au tiers de sa croissance, mais qui avait déjà complétement la forme adulte et des œufs dans son intérieur.

Les Sacculina se logent sur un grand nombre d’autres décapodes brachyures. Cavolini en a trouvé, avons-nous dit, sur les Portunus puber, les Grapsus messor (Granchio spirito des Napolitains) et sur le Cancer arenarius (Granchio piloso des Napolitains, quand ils sont jeunes et adultes Granchio di

Pertugio); Bell en a reconnu sur le Portunus marmoreus ; M. Steenstrup sur le Portunus hirtellus ; M. R. Leuckart en a signalé sur lÆyas aranea, à Helgoland, qu'il croit former une espèce nouvelle (Sacculina inflata); M. Carl Semper en a vu sur le Grapsus varius, aux iles Baléares (Palma), et il a bien voulu me communiquer le dessin qu'il a fait sur les lieux; enfin, nous en avons trouvé nous-méême sur le Cancer mœnas et sur les Portunus marmoreus.

CÉTOCHILIDES.

LITTÉRATURE

Rousse DE VAUZÈME, Description du CérocmiLus AuSTRALIS, nouveau genre de crustacé branchiopode, ANNALES DES SCIENCES NATURELLES, 1834, sér. 2, vol. I, p. 555. Goopsir, New Edinb. phil. Journal, vol. XXXV, p. 559, pl. VI.

HISTORIQUE

Roussel de Vauzème, pendant la traversée des iles Tristan d’Acanha au cap Horn, vit la surface de la mer sillonnée de bandes rouges de plusieurs lieux d’étendue et comme ensanglantées : c'était au mois de février. Ces bandes rouges, formées de petits crustacés de deux lignes de longueur, annoncèrent aux hommes de l'équipage qu'on arrivait dans le parage des baleines. En effet, c'était leur pâture.

Roussel de Vauzème a donné à ces crustacés le nom de Cetochilus australis.

Nous avons eu l’occasion d'étudier cette espèce sur des individus que nous avons découverts au milieu des cyames et de tubicinelles provenant d’une baleine australe. Nous avions une petite faune sur un morceau de peau

de cet animal. Des cyames de tout âge remplissaient l'orifice du tube des tubicinelles, et, au milieu de ces cyames, étaient logés encore de singuliers Acarus, méconnaissables au premier abord par les longs poils qui les recouvrent complétement. Ces petits crustacés, que Roussel de Vauzème a trouvés en masse dans la mer Pacifique, sont remarquables par la longueur excessive de leurs antennes.

Nous devons ce morceau de peau à lobligeance extrême de notre illustre confrère et ami Eschricht.

Nous avons eu l’occasion d'étudier depuis un cétochile de la mer du Nord, qui n’est pas sans ressemblance avec l'espèce australe, et dont nous allons faire la description.

Cette espèce du nord n’est pas nouvelle pour la science, puisqu'elle a été décrite déjà par M. Goodsir, mais plusieurs organes, surtout ceux qui fournissent des caractères distinetifs, nous semblent demander un examen nouveau !, Ainsi M. Goodsir prend pour première paire d'antennes, comme, du reste, Roussel de Vauzème l'avait fait également, des appendices qui ont évidemment une autre signification, et, au lieu de cinq paires de pieds-màchoires, nous trouvons chez eux, sous la carapace céphalique, outre les deux paires d'antennes, une paire de fouets mandibulaires, deux paires de màchoires et une paire de pieds-mächoires.

Roussel de Vauzème ne nous parait pas plus heureux dans sa description. Il admet, sous le premier segment, la bouche avec un labre, deux mandibules et une paire de mâchoires. Ces màchoires ne méritent pas ce nom, et il n'existe pas cinq paires de pieds-mâchoires, comme il le pense. Il arrive à ce nombre cinq en comptant comme pieds-mâchoires les antennes inférieures et les palpes des mandibules. C’est ainsi qu'il donne aux deux premières paires une direction d'avant en arrière et aux autres paires la direction d'arrière en avant,

L'histoire de cet animal se rattache directement à l'histoire de la baleine australe. En octobre et en novembre, ces animaux restent cachés dans la profondeur des mers, dit Roussel de Vauzème, mais à l'époque de la ponte, ils paraissent à la surface. Ils sont d’abord tout rouges, puis deviennent

! New Edinb. phil. Journal, vol. XXXV, p. 559, pl VI.

jaunes, sans doute après la ponte, et les baleines émigrent vers le nord.

M. Goodsir fait mention de bandes rouges semblables sur les côtes d'Écosse (isle of May), formées également de cétochiles qui apparaissent surtout pendant les mois d'été. Cette maidre, comme l’appellent les pêcheurs anglais, attire à cette époque des banes de poissons (harengs, ete.) et même des cétacés, des dauphins et des rorquals !.

Il parait que ces petits crustacés méritent encore l'attention sous un autre rapport, et produisent un phénomène que l’on serait peu tenté d'attribuer à des êtres aussi microscopiques : ils nagent avec une rapidité si grande, leurs mouvements sont tellement rapides et incessants que toute la surface de Ja mer semble venir à la vie. Nous apercevions autour de nous, dit Roussel de Vauzème, l’eau de la mer comme en ébullition continuelle par le rapide mouvement des molécules vivantes.

Nous citerons aussi les paroles de Goodsir :

On one of my occasionnal visits to the isle of May, L'observed that, at « considerable distance from the Island, the sea had a slightly red colour, that this became deeper and deeper as me neared the Island ; and also that the surface of the water presented a very curious appearence, as if a quantity of fine sand were constantly folling on it.

Qui sait si, par des causes qui nous échappent, ce n’est pas à la disparition ou à la diminution de cette #aidre dans la Manche, que l’on doit léloignement des baleines que les Basques y harponnaient depuis le neuvième et le dixième siècle, et qu'Eschricht vient de distinguer comme une espèce nouvelle pour la science, par l'individu qui a échoué, en 1834, à Saint-Sébastien ?,

CETOCHILUS SEPTENTRIONALIS.

(Planche XVIIL.)

Le corps est distinctement divisé en carapace, thorax et abdomen. La ca-

1Toc: cit 1p: 4102:

= Comptes rendus des séances de l’Académie des sciences, t. XLVIT, séance du 12 juillet 1858. — Oversigt Kql. Danske V.S. fürh, traduit dans Giebel et Heintz Zeitschrift, 1859, t. XTIT, p. 518.

rapace occupe à peu près la place de deux anneaux thoraciques. Elle est obtuse en avant et se termine en dessous, au-devant des antennes, par un double prolongement dermique ou tégumentaire qu'on à pris à tort pour des antennes. Ces organes ne contiennent rien dans leur intérieur et ne sont pas plus articulés que les soies qui garnissent quelquefois le thorax ou les autres segments.

On voit en avant un œil au milieu du céphalothorax. Ce n’est toutefois qu'en hésitant que nous affirmons ce fait contrairement à nos devanciers, qui ont peut-être eu de meilleures occasions que nous d'étudier des animaux frais.

Cette région céphalique, unique en dessus, se divise nettement en dessous en plusieurs segments dont il importe de tenir compte pour la détermination des appendices. On voit d'abord un segment distinet pour les antennules, puis un second segment pour les antennes, et c’est le bord de ce dernier segment qui se transforme en labre. Le troisième somite correspond au protognathe avec les palpes, et derrière celui-ci, on en voit encore trois autres correspondre aux mâchoires et au pied-mâchoires. Nous avons donc distinctement six somites dans la région céphalique, dont les deux antérieurs sont antennaires. Nous eroyons que cette disposition , bien claire ici, pourra jeter quelque jour sur la composition du squelette tégumentaire.

La carapace est suivie de cinq somites thoraciques qui diminuent , d'avant en arrière, en hauteur comme en largeur. Ils se séparent facilement entre eux. [ls portent chacun une paire de pattes biramées. Le dernier segment est fortement échancré en arrière pour donner la liberté de mouvement à l'abdomen. On distingue à travers le tégument plusieurs cordons musculaires qui passent directement des derniers somites thoraciques à la région de la carapace. Chaque segment présente sur le côté un double cordon festonné.

L'abdomen se compose de quatre somites proportionnellement étroits et dont le second est le plus long. Ils sont plus mobiles que ceux du thorax.

Le dernier somite ou le quatrième porte une double lamelle ceaudale, et chaque lamelle est garnie, au bord libre, de cinq soies très-longues, fortes et plumeuses.

Il en résulte que l'abdomen est bifurqué en arrière.

Passons à la description des appendices.

I existe d’abord une paire d’antennules , excessivement développées, dépassant la longueur du corps, plus grosses que les appendices les plus forts et montrant vingt-quatre articles dans leur longueur. Ces divers articles ont des soies, mais ce sont surtout les deux avant-derniers qui portent des soies tellement fortes qu'on peut à peine les désigner sous ce nom. En effet, on dirait que cet appendice se divise en trois branches. Ces soies ont à peu près la moitié de la grosseur de l'article dont elles naissent et mesurent la longueur de plusieurs de ces organes. L'article terminal porte aussi plusieurs soies au bout.

On aperçoit très-bien les faisceaux musculaires dans lintérieur des antennes, et on voit clairement deux rubans assez gros au milieu d'eux et sur le côté deux rubans moins développés. Les uns et les autres montrent fort distinctement les fibres transverses.

I est à remarquer que les antennules dont parlent les auteurs ne sont à nos yeux que des prolongements de la partie frontale de la carapace. Au lieu d’un bec unique et médian, comme dans plusieurs crustacés, il y a un double prolongement flexible du tégument. Ce ne sont pas des appendices, ni par leur situation ni par leur structure anatomique.

La seconde paire d'appendices, ou les antennes, sont biramées ; elles sont situées en arrière et un peu en dehors des antennules ; elles ont à peu près la longueur des pattes et présentent aussi les mêmes mouvements. Ces antennes portent de longues soies plumeuses sur leur article basilaire et des soies plumeuses plus longues encore sur l'article terminal. Ces dernières atteignent jusqu'aux premières paires de pattes, en passant au-dessus de tous les autres appendices buccaux.

Après les antennes, on voit les protognathes, qui sont très-fortes et qui portent chacune une palpe biramée. Cet appendice est semblable en tout aux antennes précédentes, mais il est plus petit. Outre l'article basilaire unique, il y a deux articles soyeux et garnis au bout également de longues soies. Les mandibules elles-mêmes sont assez longues, fortes et étendues en éventail à l'orifice de la bouche. Le bout de l'éventail est formé par des dents solides.

C'est en comptant les antennes et les palpes mandibulaires avec les mächoires et la patte-mächoire qu'on arrive à cinq paires de pieds-mâchoires,

nombre évidemment faux et qui doit induire en erreur tous ceux qui voudraient assigner à ces crustacés leur véritable place.

La première paire de mächoires, ou deutognathes, consiste en un appendice très-large présentant une assez grande complication. On voit en dehors une pièce à trois bouts libres, terminés tous les trois par des soies fortes, surtout le bout externe. Une quatrième lamelle, plus large que les autres, est garnie de même sur son bord libre de soies assez longues. Les soies de la lamelle externe sont courtes et fortes.

Goodsir a comparé cet organe à une main dont les doigts porteraient de nombreuses et longues soies. Roussel de Vauzème en a donné une figure qui est loin de représenter exactement cette singulière formation.

La seconde paire de mâchoires est plus difficile à voir en place. Elle recouvre la base de la précédente et elle est comparativement moins développée. Elle est aussi moins large et moins compliquée. Il existe une pièce basilaire et des pièces terminales, dont la plus large a le bord libre formé de créneaux, au nombre de cinq. Le bout seul des cinq éminences digitiformes porte des soies plameuses.

La patte-mâchoire est grande et presque aussi forte que les pattes ellesmêmes. On voit distinctement, indépendamment de la pièce basilaire, deux longs articles assez bien proportionnés, suivis de trois articles à soies plumeuses à peu près également développés, et tous les trois beaucoup plus courts que les précédents. Le terminal est le plus long des trois. De fortes et longues soies garnissent le bord et le sommet.

Il y a cinq paires de pattes ayant la même direction d'avant en arrière; elles sont composées de même et toutes biramées. La paire antérieure seule est un peu plus courte que les autres.

Chaque patte ou péréiopode est formée d’une première pièce basilaire assez grande et armée d’une très-forte épine, qui est suivie d’un second article assez long et fort, puis d’un troisième très-court. Ce dernier est également armé d’une épine. Ces pattes sont biramées. La branche principale est formée de trois articles très-solides qui portent chacun une épine sur le bord externe. Au bout du dernier article, on voit une soie plus forte que les autres et sur son bord interne plusieurs soies plumeuses régulièrement espacées.

L'autre branche est formée de trois pièces plus courtes et moins solides, qui sont garnies surtout de Soies plumeuses à leur extrémité libre : la pièce terminale est la plus longue.

Ces pattes sont au fond conformées de la même manière dans les deux espèces de cétochiles, sauf quelques légères différences dans la disposition des épines.

La bouche est située à peu près vers la moitié de la hauteur du thorax. Entre chaque paire d’appendices, on voit très-bien les jointures des segments. Le bord inférieur du deuxième segment s’'échancre sur le côté et montre sur la ligne médiane une lamelle régulièrement arrondie comme une lèvre supérieure : on dirait un bec dans les broderies des dames. C’est bien la lèvre supérieure, qui n’est pas un appendice distinct, mais une dépendance du segment antennaire.

Le troisième segment thoracique est fendu sur la ligne médiane pour former l'orifice de la bouche. Cet orifice est fort étroit. À droite et à gauche, on voit les lamelles, les dentelures des mandibules et un peu en dehors deux lobules entre lesquels on distingue une petite lamelle en forme de V pour représenter la lèvre inférieure. Ce sont ces deux lobules que Roussel de Vauzème a pris pour des mâchoires.

CALIGIDÉS.

HISTORIQUE

Nous avons déjà publié des observations sur plusieurs genres de cette famille, dans les Bulletins de l Académie royale de Belgique et dans les Annales des sciences naturelles. Nous consignons ici quelques remarques sur un animal qui nous à paru nouveau et pour lequel nous avons dû former une nouvelle coupe générique.

GENRE CALIGINA, Van Ben.

Nous avons créé ce genre pour un crustacé peltocéphale, vivant sur la peau d’une jeune sole, de six lignes de longueur seulement et qui se fait remarquer, au milieu de tous ces parasites, par l'élégance et la régularité de sa forme.

Cette jeune sole vivait dans une flaque d’eau pendant la marée basse, et logeait, indépendamment de cette caligine, deux distomes encore enkystés dans son intestin, qui provenaient probablement des cétochiles qu'elle venait d’avaler, et un singulier rotifère vivait, en outre, à l'extérieur.

À cause de son séjour, nous désignons ce crustacé sous le nom de

CALIGINA SOLEÆ, Van Ben.

La tête, au lieu d’avoir la forme d'un bouclier, ressemble plutôt à une cuiller allongée un peu eflilée en avant et régulièrement arrondie. En arrière , elle est large et tronquée. Sa surface est lisse et unie.

Vers le milieu, à une assez notable distance du bord libre frontal, on aperçoit une grande tache de pigment symétrique, concave en arrière, tronquée en avant et légèrement creusée sur le côté portant à droite et à gauche, au milieu de cette excavation latérale , un globule solide et transparent comme un véritable cristallin : ce sont les yeux qui se sont ainsi fondus l'un dans l’autre sur la ligne médiane, tout en conservant cependant encore chacun son appareil optique.

Le thorax est formé de deux segments nettement séparés en dessus et en dessous et portant chacun une paire d’appendices biramés. [IS ont des taches de pigment en arborescence.

Le segment abdominal, à peu près de la longueur du thorax, montre une échancrure rudimentaire en avant sur le côté, et se termine en arrière par deux lobes portant chacun quatre fortes soies. Ce segment est également veiné de pigment brunâtre.

Les antennes sont robustes, à peine eflilées à leur sommet et sont garnies de fortes soies sur leur bord antérieur, surtout au sommet.

La première paire de pieds-mächoires est située fort en avant et recouvre la base des antennes ; ces pieds-mächoires sont terminés en pince très-

solide, dont deux articles dépassent le bord antérieur du bouclier céphalique.

La troisième paire, sans être aussi forte, conserve encore une certaine importance : les deux articles terminaux sont de longueur égale, replient l'un sur l'autre en formant également pince, et le dernier se termine en pointe légèrement recourbée.

Il y a quatre pattes thoraciques biramées toutes semblables, les deux antérieures insérées en arrière sous le segment céphalique, les deux postérieures implantées dans leur segment propre. Chaque article terminal porte trois ou quatre fortes soies à son extrémité libre.

On aperçoit le canal digestif à travers les parois; il est très-contractile et plein de boulettes d’une teinte verdâtre.

Ce genre nous semble devoir prendre place entre les frébies et les nogaques.

LES PANDARIDES.

GENRE LOEMARGUS.

LITTÉRATURE

H. Kroyer, Naturhistorisk Tidskrift, vol. 1, 1837, p. 587. Mizxe Evwarps, Hist. nat. de crustacés, vol. IIT, pag. 474. Van DER HOoEvEN, Mém. d’entomol., publiés par la Soc. entom. des Pays-Bas, vol. 1, p. 67.

HISTORIQUE

Ce genre a été créé par Kroyer, en 1837, d’après des crustacés recueillis par le docteur Sommerfeldt sur l'Orthagoriscus mola.

On n’en connait pas d’une autre origine, et tous les exemplaires mentionnés jusqu’à présent proviennent, si je ne me trompe, de cette même récolte faite par le docteur Sommerfeldt. Tous ceux que l’on possède ont donc passé par le musée de Copenhague.

LOEMARGUS MURICATUS, A7.

(Planche XIX, fig. 1-4.)

Ce genre, qui n’est pas sans analogie avec les cécrops, a été établi surtout parce que la femelle n’a pas la seconde paire de pieds plus grande que le mâle et que cette seconde paire est chéliforme. Quoique nous n’ayons pas observé ce caractère, ni sur nos cécrops, ni sur ceux qui sont déposés au muséum de Paris, nous croyons toutefois que le genre mérite d’être conservé.

Nous faisons mention de ce crustacé , non parce que nous lavons observé vivant, mais parce qu'il habite la cavité branchiale du poisson-lune, qui visite nos côtes, et que nous en avions fait une étude lors de la publication de notre notice sur le cécrops.

Depuis J. Van der Hoeven à fait un intéressant mémoire sur ces deux beaux genres !, et si notre travail n’était pas terminé, nous nous serions dispensé d'en parler après lui.

Voici le résultat de nos observations :

Comme les cécrops, les Loemarqgus ont des lames frontales avec des antennes sur le côté, mais, au lieu de deux articles, on en compte trois; l’article basilaire, qui est très-grand , est inséré un peu en dessous.

Les trois paires de pieds-mâchoires sont assez semblables, sauf quelques légères différences dans le contour; mais le sucoir est beaucoup plus volumineux, et les palpes, au contraire, sont plus petites et insérées sur sa longueur.

Le céphalothorax est plus large que long, divisé en régions et haussé de boucles symétriquement éparpillées. Le bord est dentelé.

Les deux premiers anneaux thoraciques sont séparés l'un de l'autre en dessus et en dessous et portent chacun une paire de pattes visibles du côté du dos. Les cécrops ont ces anneaux et les pattes logées en arrière et audessous du céphalothorax.

1 Over Cecrors en LorwanGus, twee geslachten van parasitische schaaldieren, MÉMOIRES D'EN- TOMOLOGIE PUBLIÉS PAR LA SOC. ENTOM. DES Pays-Bas, I, p. 67.

Les deux derniers anneaux thoraciques portent, en dessus, chacun une grande lamelle en forme d'élytre, qui recouvre toute la partie postérieure du corps et qui donne un singulier aspect à ces parasites.

Cette lamelle élytroïde est dentelée sur le bord comme le céphalothorax.

Dans une des deux femelles, la plus adulte, j'ai trouvé un spermatophore en place à la face supérieure de l'abdomen, immédiatement en arrière de

la quatrième paire de pattes.

Le siphon buccal est fort grand , unique, assez large à la base, et porte sur son trajet les deux palpes qui, dans le genre cécrops, sont situées au pied.

Il y a une grande lèvre fendue dans sa longueur, spatulée au bout et hérissée de petites pointes sur le bord libre.

Deux longues mandibules sont insérées entre la lèvre et le cône buceal : elles sont dentelées en scie au bout.

Le cône buccal proprement dit est renflé légèrement au bout, se termine comme un goupillon et porte de deux côtés un petit tubereule soyeux. Audessous du tubercule, on voit, à droite et à gauche , une épine longue comme le diamètre du cône à cette hauteur.

Les palpes sont formées de deux pièces articulées; la première, grande, de forme triangulaire et portant sur une éminence antérieure deux ou trois épines; le dernier article est très-court et se termine en pointe arrondie.

LES LERNÉADÉS.

LERNEA BRANCHIALIS.

(Planche XIX, fig. 5-12.)

LERNEA BRANCHIALIS, Lin., Syst. Natur.

— Gania, Müller, Zoo. Dan., pl. CXVIT, p. 4 — Enc. méth., pl. LXXVHT, fig. 2. LERNEOCERA BraNCHIALIS, De Blainville, Journal de physique, tom. XCV, pag. 376, fig. 2,

Dict. scienc. nat.

LenNEA 8rancHtALIS, Guérin, /conographie du règne animal, Zoorn., pl. IX, fig. 1.

Sur les branchies, ou plutôt sur les ares branchiaux du Gadus morrhuu. Des individus en tout semblables mais plus petits habitent les branchies du Gadus barbatus.

La longueur totale est de 40 à 50",

Le cou avec les cornes a 25" de long.

Les tubes ovifères, au lieu d’être droits et flottants, sont entortillés trèsirrégulièrement sur eux-mêmes et forment deux pelottes assez volumineuses logées en partie dans une excavation formée par le corps.

Le cou est long, grêle, corné, peu flexible et terminé en avant par trois cornes rameuses enchàssées dans les os des arcs : c’est ce qui rend ces parasites difliciles à obtenir entiers.

Le corps est assez large, recourbé en forme d'S. Les tubes ovifères ne sont point attachés au bout.

Ce parasite n’est pas rare.

Un des lernéens les plus singuliers par la forme, par la taille et par le genre de vie, est ce Lernea branchialis, qui envahit les arcs branchiaux de différentes espèces de gades (Gadus morrhua, Gadus aeglefinus, Gadus barbatus, Gadus merlangus), de callionymes, ete.

On croirait que le crustacé est une portion de l’are osseux dégénéré, tellement la tête et le cou sont solidement soudés dans la substance osseuse du poisson.

Ces poissons sont envahis de bonne heure par ces hôtes incommodes : dans un Gadus morrhua, qui n’a pas plus de quinze centimètres de longueur, Farc branchial portait un Lernea branchialis adulte dont les replis des tubes ovifères étaient déjà pleins d'œufs.

Jusqu'à présent, on ne connaissait que des femelles adultes entièrement déformées dans lesquelles on ne voit plus aucun des caractères du jeune âge. Nous avons eu le bonheur de trouver un individu femelle en cours de développement et dont les pièces de la bouche étaient encore très-reconnaissables.

Voici ce que nous avons écrit sur ce parasite :

À la surface interne d’un opercule de callionyme de deux pouces de long, nous avons trouvé une lernée très-intéressante montrant la forme transitoire entre le jeune crustacé symétrique nageant librement dans Peau et la lernée

bizarre et contournée, qui ne ressemble plus guère à une forme animale régulière.

Voici dans quelles conditions elle se trouvait :

La tête était déjà profondément engagée dans les os de lopereule, et ce n’est pas sans peine que nous avons réussi à dégager le parasite sans le mutiler.

Le corps est allongé, arrondi, présentant vers le milieu une courbure qui augmente avec l’âge et qui lui donne cet aspect particulier. Il est seulement un peu plus mince à l'extrémité caudale.

Tous les caractères du jeune âge se retrouvent encore.

À la tête, on voit encore l'œil au milieu du front, et on distingue deux énormes pinces qui seront sans usage, comme l'œil, du moment que l'animal sera définitivement fixé.

En regardant la tête de profil, on voit un prolongement en forme de casque semblable aux tubérosités qui recouvrent le bee des Buceros parmi les oiseaux.

Immédiatement derrière la région céphalique, on aperçoit quatre paires d’appendices également développés, légèrement contournés vers leur sommet et qui portent sur leur article terminal des filaments soyeux indispensables pendant la vie vagabonde.

La région thoracique ne diffère de la suivante que par la présence des appendices.

L'extrémité caudale est terminée par deux lobes garnis également de soies, mais qui n'ont probablement plus leur largeur primitive.

C'est l'espèce qui est peut-être la plus anciennement connue, la plus facile à distinguer par la bizarrerie de sa forme et qui se fait remarquer, en outre, par sa forte taille. C’est à peine si l’on prend cet organisme pour un animal, lorsqu'on le voit pour la première fois’.

! Une notice intéressante vient de paraitre, pendant la correction de ces épreuves, sur cette

famille de lernéens, sous le titre de Ueber die Familie der Lernœæen; par le professeur C. Claus. dans les Würzhurger naturwissenschaftl. Zeitschrift, I Band, 1861.

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