DESCRIPTION
ILest évident que les eumacés forment un groupe parfaitement distinct et qui deviendra par la suite très-riche. Mais pour l'établissement régulier des genres,
1 Quarterly Journal of the geol. Soc., 1856, Observations on the structure... of HimANTor- TERUS , p. D4.
il nous semble que les travaux, et surtout les recherches comparatives, ne sont pas encore assez complets. Jusqu'ici on n’a guère observé que des faits isolés.
Nous allons faire connaitre trois espèces et toutes les trois appartiennent à une division générique distincte : la première est un Bodothria, la deuxième un Ciona, la troisième un Leucon.
Les cumacés ressemblent, par leur céphalothorax, aux décapodes, mais ils n'ont positivement pas d'yeux pédiculés , et la carapace ne recouvre pas tous les segments thoraciques. Les appendices gnathopodiques sont au nombre de huit au lieu de dix, de manière qu'il y a deux paires de somites carapaciques qui manquent. Les pléopodes varient, tandis que leurs somites restent au nombre de cinq.
GENRE BODOTHRIA, Goodsir.
Ce genre à été établi par Goodsir et mérite , sans aucun doute , d'être conservé, quelles que soient les variations des appendices dans les divers membres de la famille, Nous tracerons iei un ensemble de caractères qui, à notre avis, justifie complétement cette séparation générique.
Le nombre total d'appendices céphalothoraciques ne varie guère; mais, au lieu de trois paires de pieds-mâchoires, comme dans les crustacés voisins, la dernière paire passe au thorax, et le nombre de paires de pattes ou de péréiopodes est de quatre : ils ne portent pas de flagelle. Les pléopodes, ou appendices abdominaux, sont au nombre de cinq paires, tous biramés et en méme temps presque aussi développés que ceux du thorax. Le segment caudal est moins grand que les précédents, mais les appendices ou uropodes sont d'une longueur excessive. Le telson est rudimentaire et tuberculeux.
Nous croyons cet animal, que nous avons trouvé sur nos côtes avec des mysis, nouveau pour la science et, en souvenir du service rendu par le savant professeur d'Édimbourg, nous proposons de lui donner le nom de BoporuriA Goopsir , Van Ben.
Les appendices abdominaux et caudaux, les pléopodes et les uropodes sont très-longs, surtout les derniers; la carapace est également assez longue et étroite, tout l'animal est grêle et délicat.
Le Bodothria de Goodsir diffère du Bodothria arenosa par plusieurs caractères importants et qui ne sont pas difficiles à disuinguer. Nous citerons parmi les plus saillants les différences dans les appendices abdominaux et caudaux. Dans le B. arenosa, les pièces terminales sont proportionnellement courtes, tandis que dans le B. Goodsir elles ont la même longueur que la pièce basilaire , et les pièces terminales des appendices abdominaux sont en même temps plus allongées. Si nous en jugeons d’après le dessin que Goodsir à donné de son Bodothria, 1 existe également une différence assez notable dans la carapace, aussi bien chez le mâle que chez la femelle.
Si maintenant nous comparons ce Bodothria, que nous dédions à Goodsir, au Cyrianassa gracilis de Spence Baie, on verra aisément qu'il existe déjà trois espèces de cumacés parfaitement distinctes dont l'abdomen porte cinq paires de pattes biramées.
Les différences que l'on observe entre ces deux espèces, du moins à en juger par le dessin que Spence Bate en a publié, portent sur iles lobes antérieurs du céphalothorax, qui paraissent plus proéminents chez le Cyrianassa gracilis ; sur les segments thoraciques plus minces dans ce dernier et qui justifient le nom spécifique de gracilis ; enfin, sur les segments abdominaux qui, par contre, sont plus grands, surtout le sixième ou le dernier. Ce segment porte, dans l'espèce appelée gracilis, un tubercule au bout, qui est séparé par une légère échancrure et qui a la même dimension que les autres, tandis que, dans l'espèce que nous dédions à Goodsir, ce dernier segment n’a guère plus de la moitié des autres, aussi bien en longueur qu'en hauteur. Nous trouvons encore des différences notables dans les appendices, surtout dans ceux de la queue; mais il est prudent de ne pas trop s’en rapporter au dessin et aux descriptions , et d'attendre que l'on ait l’occasion de comparer les objets en nature.
Le mâle et la femelle ont la même taille, cinq millimètres de longueur, mais ils différent notablement entre eux par presque tous leurs appendices. Les antennules des mâles sont multiarticulées, comme celles des femelles, et à peu près de la même longueur, mais elles sont terminées par des faisceaux de soies qui en font un véritable goupillon. Les mâles ont les antennes longues et fort grêles, atteignant par leur sommet, quand elles sont couchées le
long du corps, le quatrième somite abdominal; chez les femelles, elles n’atteignent qu'avec peine le premier segment thoracique. Les mâles ont les pléopodes couverts de soies plumeuses, tandis que celles-ci manquent chez les femelles, et la présence de ces soies se fait remarquer également aux uropodes, mais chez les mâles exclusivement. La carapace même présente des différences dans les deux sexes: elle est terminée sur le côté et en arrière par un prolongement annelé sous forme de corne qui semble protéger ses flancs.
Ïl parait résulter de ceci que le mäle est bien meilleur nageur que la femelle, et qu’à cet effet ses antennules ont été allongées pour informer à de plus grandes distances des dangers qu'il peut courir.
Avant de comparer cette nouvelle espèce au Bodoihria arenosa décrite par Goodsir , faisons la description des caractères extérieurs de notre nouvelle espèce.
Ce crustacé est fort allongé ; le thorax et l'abdomen ont deux fois et demie la longueur de la carapace. Le corps se rétrécit insensiblement d'avant en arrière , et c’est à la partie antérieure de la carapace qu'il a le plus de largeur.
La carapace est assez fortement comprimée. La pointe frontale ou Île rostre est un peu obtus; les deux lobes latéraux le dépassent légèrement. Toute la pointe est couverte de taches de pigment qui représentent Pœil.
Aprés que M. Kroyer eut décrit ces crustacés avec soin et avec une parfaite connaissance de leur structure, M. Goodsir prétendit de nouveau que leurs yeux sont pédiculés comme ceux des décapodes et qu'ils avaient échappé à l'attention de Kroyer, à cause de leur situation sous la carapace. Comme on le pense bien, ce point était excessivement important pour décider la question des affinités naturelles de ces animaux.
Erichson , en rendant compte, dans ses Archives, du travail de Goodsir, et acceptant ces faits sans hésitation, erut la question définitivement tranchée et mit les cumacés parmi les véritables décapodes.
M. Kroyer a repris cette question peu de temps après et maintient avec raison son opinion. Nous ne savons quelles sont les espèces que M. Goodsir a étudiées; mais ce qui est certain , c’est que dans trois espèces, dont une trèsgrande, le Cuma Rathkii, nous avons vu des individus vivants des deux
sexes, et qu'aucune d'elles ne présente une apparence d’yeux pédoneulés.
Sur les flancs, on voit fort bien que la carapace est formée des épimères qui sont venus se souder avec les pièces médianes et dont on peut reconnaitre encore fort bien les jointures.
Dix somites concourent à la formation de la carapace. Elle est arrondie sur le côté en arrière dans le mâle; dans la femelle, au contraire, la carapace présente de chaque côté une forte pointe qui n’est pas disposée comme une véritable épine, mais plutôt annelée sur toute sa longueur, comme un appendiee antennaire,
On voit à la surface de la carapace de fines ramifications de pigment qui se groupent avec symétrie et forment des taches ou plutôt des arborisations, comme dans les mysis.
Il y a quatre anneaux thoraciques entièrement à nu et qui sont à peu près également développés. Nous ne trouvons guère de différences entre eux chez les deux sexes. Chacun de ces somites porte une paire de pattes et présente à sa surface comme sur le côté ces fines ramifications que nous avons signalées déjà sur le segment carapacique.
La région abdominale est formée de cinq somites à peu près aussi larges que longs, à l'exception du dernier, qui est toujours plus allongé que les autres. Chaque segment de cette région abdominale montre également des taches dendritiques de pigment.
Le dernier somite, ou le caudal, est le plus petit; il est pour ainsi dire tronqué en arrière et porte deux appendices bifides, qui sont presque aussi longs que l'abdomen.
Les antennules sont petites et formées de plusieurs pièces ; elles atteignent à peu près le tiers de la longueur de la carapace. Elles diffèrent beaucoup , comme nous l’avons déjà dit, chez les deux sexes.
Le mâle montre d'abord, dans chaque antennule, trois articles assez forts, dont le dernier est un peu allongé; ces trois articles forment en quelque sorte un premier étage. Dans le second étage, on compte également trois articles, mais qui sont considérablement plus petits. À trois, ils ne dépassent guère un autre en longueur. A la base de cet étage, l’article est entouré, d’un côté, d'un faisceau de filaments qui forment là un véritable goupillon. Ces filaments
sont aplatis à la base comme des lanières et eflilés au bout; ils sont placés irréguliérement.
La femelle a les trois articles du premier étage un peu plus faibles, et tout le second étage est constitué par un article terminal portant à son sommet trois petites soies. Le goupillon manque complétement chez elle.
Les antennes sont formées de trois articles basilaires au moins, le coxocérithe , le basocérithe et l'ischiocérithe ; le dernier est le plus développé et porte une longue tigelle articulée ou procérithes, dont la pointe terminale atteint le milieu du quatrième segment abdominal, du moins dans le mâle. Ces antennes portent, sur leur bord antérieur, dans toute la longueur et jusqu'à la pointe, des soies fort courtes. C'est vers le bout libre qu'on distingue le mieux les articles, et ils y sont trois ou quatre fois plus longs que larges.
Les antennes des femelles occupent la même place; elles sont moins longues et plus robustes. Elles ne dépassent pas beaucoup la longueur de la carapace. On voit distinetement des traces d’articulations dans son intérieur, mais elles sont beaucoup plus rapprochées que dans les antennes mâles.
Les pièces de la bouche ne sont pas réparties comme dans les Cuma véritables, puisque, au lieu de trois paires de pieds-mâchoires, il n'y en à que deux, une paire ayant passé au service de la région thoracique. Le nombre total des appendices de la tête et du thorax reste toutefois le même.
Les mandibules ou protognathes sont courtes et trapues. La pointe libre se couvre de petites soies roides en guise de brosse.
Sur le côté des mandibules, dans ces pièces détachées, nous avons vu un appendice membraneux assez court qui représente peut-être le palpe.
Nous passons sous silence les deux paires de mâchoires.
Les deux premières paires de pattes-mâchoires qui suivent sont fort grèles et délicates. Elles portent aussi des soies en forme d’épines; quelques-unes sont en forme de crochets, et d’autres même sont plumeuses. L'article basilaire est particulièrement long.
La troisième paire de pieds-màchoires est très-grande, surtout par sa portion basilaire ou son basognathite, qui forme la moitié de la largeur. Les cinq autres articles qui suivent ne diffèrent que peu entre eux. Les deux derniers portent des soies roides recourbées, tandis que, sur les autres, on voit quelques soies
SUR LES CRUSTACÉS. si
plumeuses en dedans et en dehors. Getie paire porte un exognathe qui à la même longueur, du moins si l’on y comprend les soies.
La première paire de pattes véritables ou de péréiopodes est exactement conformée, comme la précédente, aussi bien la patte même que l’exopode; seulement le pénultième article s’est un peu allongé, d’où résulte une longueur notablement plus grande. Les deux derniers articles atteignent la base des antennes dans leur situation naturelle.
Les pattes sont au nombre de quatre; il n°y a pas de doute à cet égard, et ce même nombre se retrouve dans les deux sexes. La dernière et lavantdernière paire sont les plus courtes ; la seconde, au contraire, est la plus longue. Ces appendices se composent en général de cinq articles et portent, surtout au bout, des soies plumeuses.
Les cinq somites abdominaux portent chacun une paire d’appendices biramés, dont les antérieurs sont les plus développés. Ces appendices sont presque aussi longs que les pattes mêmes. Chez les males, les deux lamelles terminales portent de très-longues et fortes soies plumeuses, tandis que chez les femelles, ces appendices en sont complétement dépourvus.
L’appendice caudal, ou l'uropode, est biramé aussi; la pièce basilaire est fort longue ; sur toute la longueur, le bord interne est garni de fortes épines dentelées. Les deux lamelles terminales sont formées de deux pièces qui ont ensembie à peu près la longueur de la pièce basilaire; linterne montre sur son bord intérieur de très-fortes épines dentelées, dont une grande est terminale; la lamelle externe est armée de longues soies plumeuses, dont une est isolée sur la première pièce; les autres sont placées, au nombre de neuf ou de dix, sur le tranchant interne et autour du bout libre. Les soies externes sont les plus courtes.
GENRE CUMA.
Nous comprenons dans le genre Cuma les crustacés qui ont trois paires de pattes, le segment caudal très-développé, et chez lesquels les mâles ont seuls les deux premiers anneaux abdominaux pourvus d'appendices.
Une des belles espèces de ce genre est le Cuna Rathkii dont nous allons
donner une courte description.
Cette espèce a été dédiée par Kroyer à lillustre naturaliste de Kænigsberg, qui à acquis un si beau nom dans la science par la consciencieuse exactitude qu'il a mise dans toutes ses recherches.
Cuma Rarakn, Ær.1.
(Planche XII.)
Les Cuma ont un squelette cutané assez solide; par leur abdomen et leur physionomie, ils se rapprochent des scorpions.
La carapace laisse à découvert les deux derniers somites céphaliques, de manière que les cinq somites qui suivent le céphalothorax semblent appartenir à la région thoracique.
Le thorax véritable est donc formé seulement de trois somites, très-distincts à l'extérieur et qui sont parfaitement séparés les uns des autres. On ne voit de différence entre eux que dans ce sens, qu'ils perdent en largeur d'avant en arrière et que le dernier ne dépasse que de bien peu le premier somite abdominal.
La région abdominale montre ses cinq somites ordinaires, dont le dernier est encore le plus volumineux.
Le somite caudal est remarquable par sa division en trois étages, et le telson ressemble à un sabre un peu moins long que les uropodes.
La disposition des appendices est très-instructive. Les antennules sont en partie cachées sous le bord antérieur de la carapace : elles sont composées d'un premier article basilaire ou coxocérithe assez long et garni sur son bord interne, en avant, d'une forte soie plumeuse. Le basocérithe est très-court, tandis que lischiocérithe a presque le double sans avoir perdu de son calibre. Ce dernier est terminé par un double procérithe, l’un de trois et l’autre, l'externe, de quatre articles. Les articles terminaux sont garnis de petites soies.
Les antennules du Cuma décrit par Spence Bate sous le même nom sont simples au bout, c'est-à-dire terminées par un appendice unique formé
! L'espèce que Spence Bate décrit sous le nom de Diastylis Rathkii et qu’il regarde comme synonyme du Cuma Rathkii de Kroyer, nous paraît différente de celle que nous décerivons ici.
SUR LES CRUSTACES. 85
de quatre pièces portant toutes une soie. 1} ÿ a done une différence très-grande entre ces deux Cuma décrits sous le même nom spécifique.
Les autres paires d'appendices ne diffèrent pas moins.
Les antennes sont très-longues dans le mâle et recourbées communément en arrière ou en dehors, atteignant, par leur extrémité, à peu près le milieu du thorax. Dans ces antennes, on voit le support formé de deux articles, le second ayant à peu près le double de la longueur de l’autre, et une bonne vingtaine de pièces mobiles un peu plus longues que larges, surtout les dernières, dans le procérithe.
Les mandibules, ou les protognathes, n'offrent rien de remarquable, si ce n'est qu'elles ne portent pas de palpes. Elles montrent un talon assez fort, pour produire le mouvement de bascule ordinaire, et des dents , assez fortes aussi, terminent sa pointe libre interne.
Les deux mâchoires, les deutognathes et les tritognathes, se ressemblent beaucoup entre elles. Elles ont la forme d’une patte ordinaire et montrent chacune cinq articles, dont le dernier est en forme de griffe. Elles sont toutes les deux armées de fortes soies plumeuses très-longues et très-fournies, surtout le pénultième article.
Les deux paires de mâchoires sont suivies de trois paires de pieds-màchoires, les tétrognathes et les gnathopodes, qui les recouvrent complétement et qui présentent exactement la même composition entre elles. Elles diffèrent seulement en longueur, la seconde dépassant toutes les autres et s'étendant méme en avant plus loin que le bout des antennules.
Les protognathes et les deutognathes sont simples, tandis que les trois paires de pièces qui suivent et qui complètent les appendices gnathopodiques sont doubles et biramées.
Voici la composition du tritognathe. Le fouet ou l’épipode montre d'abord une pièce basilaire assez longue et forte, puis une seconde plus faible, qui est suivie enfin de cinq autres articles aussi larges que longs. Ces cinq dernières pièces qui vont en diminuant portent toutes sur leur bord interne des soies assez fortes, longues et plumeuses. L'appendice principal est formé de trois articles.
Les deux paires de gnathopodes qui suivent présentent une composition
semblable, et c’est la pénultième qui est la plus longue; elle dépasse en avant les antennules.
Tous les appendices précédents sont au service de la bouche et se recouvrent les uns les autres d’arrière en avant. Les trois paires d’appendices qui suivent sont des pattes véritables, des péréiopodes, et se dirigent librement en dehors.
Les trois péréiopodes se ressemblent parfaitement, sauf pour Ia longueur ; l'épipode ou fouet des deux antérieurs montre en dehors une sorte d'épine. Ces appendices vont, en diminuant de longueur, d'avant en arrière , de sorte que la troisième ou dernière paire est la plus courte et la plus simple. Les dactylopodites sont garnis de soies dans les trois paires.
Les deux premiers somites abdominaux portent de courts pléiopodes uniarticulaires très-distinets, sans soies, tandis que les deux suivants ont des appendices plus simples encore; sans un examen très-attentif, ils échappent communément à l'attention.
Le nombre d’appendices céphalo-thoraciques, qui est de quatorze dans les crustacés décapodes, est done seulement de onze dans les Cuma, et la diminution porte sur les pédoncules oculaires comme sur les véritables paires de pattes : c’est là peut-être le caractère distinctif des crustacés de ce groupe.
Le segment terminal , ou plutôt l’urosomite, diffère notablement des autres par sa forme; des deux côtés, vers le milieu, il porte un uropode biramé qui masque en partie le telson et le dépasse un peu en longueur.
Le telson est droit, gréle et en forme de sabre légèrement dentelé sur les bords, mais sans soies.
Au premier abord, les Cuma, sous le rapport des somites surtout, semblent rentrer complétement dans la forme normale des décapodes. Leur céphalothorax est suivi de cinq somites séparés portant appendices, auxquels succèdent cinq autres somites abdominaux , un somite ural et le telson : on dirait un décapode dont la carapace n’a pas pris assez d'extension pour couvrir le thorax. Mais iei nous trouvons un nouvel exemple de la séparation arbitraire des pattes et des pièces de la bouche, puisque les appendices des deux premiers somites qui suivent la carapace dépendent plutôt de la tête que du thorax et se rattachent aux pièces accessoires de la mastication.
SUR LES CRUSTACÉS. s5
GENRE LEUCON.
Nous avons trouvé deux individus d’une même espèce qui se rapportent encore, par quelques caractères, au genre Cuma, mais qui semblent cependant mieux se rapprocher des Leucon de Kroyer. Nous avons heureusement pu observer ces crustacés en vie.
Le corps est fort grêle et allongé, et l'abdomen avec ses uropodes dépasse notablement la longueur de la région céphalo-thoracique. Tout le squelette tégumentaire est parsemé de taches pigmentaires régulièrement espacées et à peu près également développées. La carapace est courte, mais assez large, et montre en avant un rostre obtus séparé par deux profondes échancrures. La carapace, dans ses parties latérales, se termine en pointe, et le rostre est caché partiellement sous elles. Derrière la carapace, il y a quatre somites à appendices libres, dont le dernier est fort étroit.
Ne trouvant pas à rapporter ce Leucon à une espèce connue, nous lui avons donné le nom de
LEUCON CERCARIA, Van Ben.
(Planche XIV.)
Il est long de trois millimètres.
Nous l'avons péché avec le petit filet en mer devant Ostende.
L'individu vivant, que nous avons eu sous les yeux pendant que nous faisions nos recherches sur les mysis, nous a montré une grande ressemblance avec ces crustacés, surtout par la disposition des principaux appareils. Nous avons vu battre le cœur comme chez eux; nous avons vu distinetement tout l'appareil digestif et sexuel à travers lépaisseur du tégument, et nous aurions pu croire que nous avions recueilli quelque mysis déformé.
Donnons-en une courte description, du moins pour ce qui concerne les parties extérieures.
La carapace, comme nous l'avons dit plus haut, est remarquable par sa brièveté, et le rostre nous montre sur la ligne médiane des taches pigmentaires formant un dessin régulier; ces taches pourraient bien remplir le rôle d’yeux.
Des quatre somites libres qui suivent et qui semblent former le thorax, les trois antérieurs ont à peu près le même développement, tandis que le dernier se rétrécit considérablement, pour faire le passage aux somites abdominaux.
Ceux-ci sont assez longs et étroits, et du premier au cinquième, ils gagnent en longueur.
Le somite de la queue est fort court, et montre au bout un telson assez large, fort peu développé en longueur et tronqué à l'extrémité.
Quant aux appendices, nous voyons des antennules assez simples, terminées par deux soies et formées de plusieurs articles différant entre eux seulement par le calibre.
Les antennes de l'individu que nous avons eu l’occasion d'étudier avec le plus de loisir montrent un coxocérithe, un basocérithe et un ischiocérithe qui différent bien peu entre eux, mais on y voit au bout un procérithe soyeux très-développé, qui atteint à peu près la moitié de la longueur du thorax et qui montre un appendice rudimentaire à la base.
Les mandibules, ou protognathes, sont fortes, mais n’offrent de particulier que leur forme trapue et les courtes soies terminales qui servent à la mastication.
Les deutognathes sont très-développés, surtout le basognathe, qui occupe à peu près la moitié de la longueur totale. IT porte des soies plameuses. Les derniers articles sont hérissés de soies en brosse et de soies plumeuses. Les tritognathes sont moins complets et n’ont qu'un peu plus de la moitié de la longueur des précédents. L'article terminal est garni de fortes soies très-larges et serrées.
Les tritognathes et les deux paires de gnathopodes sont garnis d’un épipode très-volumineux. Ils se ressemblent beaucoup entre eux ; celui du milieu est le plus long. Le dernier est inséré sur le premier somite libre qui semble dépendre du thorax. |
Suivent trois paires de pattes véritables ou de péréiopodes qui montrent une composition identique et différent seulement de longueur. La dernière paire est la plus courte, et c’est aussi la seule qui ne porte pas un épipode rudimentaire.
Le premier somite abdominal porte un pléiopode très- court, formé de deux pièces seulement.
Les autres somites n’en ont pas, si ce n’est le somite ural, qui a deux longs uropodes formés de longs articles, dont le dernier porte quelques soies courtes et fortes.
SYSTÉMATISATION
Au lieu de quatorze somites à appendices , les cumadés n’en ont que onze; les podophthalmes et deux paires de péréiopodes manquent.
Ils ont bien, quoi qu'on en ait dit, les yeux sessiles, comme les édriophthalmes. Les appendices sont répartis ainsi : deux paires d'antennes variables, selon les espèces et même selon le sexe; une paire de mandibules qui tiennent beaucoup des mandibules des mysis; deux paires de mâchoires peu développées; trois paires de pieds-mâchoires armés d’un long plumet soyeux ou d’un épipode ; trois paires de pattes appendues directement à des anneaux thoraciques libres; des appendices abdominaux variables, selon le genre et les sexes, au nombre de einq chez les Bodothria ; enfin une paire d'appendices caudaux souvent extraordinairement allongés. Comme les mysis, les cumacés n’ont pas une cavité propre pour loger les branchies, et tout l'appareil digestif ressemble à celui de ces décapodes inférieurs. Nous pouvons en dire autant enfin des poches incubatrices, qui sont semblables dans ces deux groupes, et les œufs, comme les embryons dans le cours de leur développement, ont entre eux la plus grande ressemblance.
En tenant compte de l’ensemble de cette organisation , nous n'hésitons pas à placer les cumadés à eôté des mysis, comme un degré inférieur à ces derniers, par l'absence des pédoncules oculaires.
LES IDOTHÉIDÉS.
LITTÉRATURE
M. Szasser, Naluurkundige Verlustigingen behelzende microscopise waarnemingen van 1nen uitlandsche water en land-dieren. Haarlem , 1778.
Nous ne possédons dans cette famille qu'un seul genre sur lequel nous ayons réuni des obervations qui méritent de prendre place ici.
GENRE SLABBERINA, Van Ben.
HISTORIQUE
Il y a cent ans à peu près que le zélé observateur hollandais Slabber découvrit un joli crustacé isopode ayant le corps tout parsemé d'impressions dendritiques, comme on en voit si communément dans certains quartz-agates, et qu'il désigna , à cause de cela, sous le nom d’Agate pissebet ou Oniscus.
Il est assez étonnant que personne ne semble plus avoir revu cet Oniscus, car nous ne le voyons mentionné nulle part.
Ce n’est pas sans émotion que le naturaliste retrouve de ces formes, signalées par ses devanciers, que l’on croyait perdues ou que l’on considérait comme imaginaires. Nous avons éprouvé ceite émotion en voyant l'animal si curieux décrit et figuré par Slabber, et qui est loin d'être rare sur nos côtes, Sa forme gracieuse, jointe à la régularité de ses taches pigmentaires,
lui donne une physionomie à part, qui ne permet pas de le confondre avec un autre crustacé.
Les carcinologistes n’ont point assigné un rang à cet Oniscus de Slabber, probablement parce que cet observateur, toujours si exact, ne représente que quatre pattes, trois antérieures et une postérieure, et qu'il n'accorde pas d’onglet terminal à cette dernière comme aux autres.
Ce crustacé de Slabber ne se place bien dans aucun genre établi. I est le plus voisin des idothées, mais l’abdomen est garni en-dessous de cinq lames foliacées qui dépassent légèrement, par les soies plumeuses , le segment scutiforme terminal, sans se prolonger sur la face dorsale par le côté; il ny a pas de lames operculaires simples servant de battant, et les différentes paires de lames sont biramées et imbriquées.
Ainsi nous aurons pour caractères du genre : Antennules courtes et massives ; antennes longues et terminées par un procérithe dont la pointe aboutit au quatrième somite thoracique. Sept paires de pattes toutes terminées par un ongle crochu; abdomen garni en dessous de cinq lames foliacées, biramées, dont aucune paire ne fait office d’opercule, toutes logées en dessous des segments abdominaux, sans dépasser le segment scutiforme terminal, si ce n'est par les soies plumeuses.
Nous dédions ce genre à celui qui l'a observé le premier, et nous proposons, en conséquence, le nom de :
SLABBERIA AGATA, Van Ben.
(Planche XV.)
Synonymie.— Agaar- Pisseer, Oxiscus, Slabber, Natuurkundige Verlustigingen, ete., XVII": partie, p. 149, pl. XVIT, fig. 1 et 2.
Nous l'avons trouvé dans le port d'Ostende et assez abondamment le long de la plage, dans les flaques d’eau pendant la marée basse.
Ce joli crustacé nage avec une célérité incroyable. Placé dans un aquarium ou un bocal, il s'élance d’un bout du vase à l’autre comme une flèche, s'élève à la surface , plonge ensuite jusqu'au fond et se livre aux mêmes évo-
lutions que certains insectes d’eau douce.
Slabber en a donné une assez bonne figure; mais le corps nous parait moins large qu'il ne Fa représenté.
On le tient facilement en vie pendant quelques jours. Slabber en avait déjà conservé durant neuf jours, au mois d'août.
Ce n’est qu’en été que nous en avons observé.
Le corps est bombé en ovale allongé, presque linéaire et arrondi aux deux extrémités.
Les segments du corps sont faiblement indiqués, si ce n’est par les dessins qui les recouvrent; sous ce rapport, c'est un des plus beaux et des plus singuliers crustacés de nos parages. Slabber lui avait déjà donné le nom spécifique d’Agate, et avec beaucoup de raison. La surface du dos est couverte de petites taches de pigment qui, vues à un grossissement de quelques diamètres, font exactement le même effet que les arborisations souvent microscopiques que l'on voit dans certains agates. La comparaison est très-heureuse.
Le segment céphalique présente, outre les yeux, trois bandes composées seulement de deux taches disposées symétriquement : une paire au-devant des yeux, une paire entre les yeux et une paire derrière. Ge n’est pas un moyen à dédaigner pour connaitre la composition segmentaire de l’anneau céphalique. Nous avons déjà vu, du reste, ces taches pigmentaires des mysis avoir la même importance.
Les sept somites thoraciques qui suivent la tête portent chacun quatre paires de taches, toutes placées à peu près à la même distance les unes des autres. Elles ont au microscope l'aspect des corpuscules des os, et sont d’un noir foncé.
Le somite abdominal présente un arrangement pigmentaire tout différent. On voit d'abord cinq paires de taches Sur la ligne médiane, assez grandes et dendritiques, toutes liées en dehors à une plaque allongée en travers et présentant tout l'intérieur plein de stries noires régulières parallèles, de même épaisseur : on dirait les fils d’une toile d’araignée formant une échelle.
Un dernier somite, couvert seulement de quatre taches dendritiques , termine les somites pigmentaires.
Le segment terminal, ou le telson, est scutiforme, aplati où légèrement bombé au-dessus, arrondi en arrière et garni sur le bord de quelques fila-
ments plumeux. I n'y à aucune apparence de taches pigmentaires à la surface de cette portion tégumentaire.
Les sept somites thoraciques ont à peu près la même largeur.
Les veux sont très-grands, occupent la partie latérale de la tête et s’étendent autant à la partie inférieure qu'à la partie supérieure, e’est-à-dire que ces organes de sens, qui sont d’un noir foncé, s'exercent aussi bien du côté du ventre que du côté du dos. On voit très-facilement les facettes.
L'animal, placé sur le dos, montre distinctement les sept paires de pattes, ou péréiopodes , qui se joignent, sur la ligne médiane, à celles du côté opposé. Elles «sont toutes terminées par un crochet. Les trois antérieures sont dirigées en avant, les trois autres en arrière. La sixième et la septième paire sont les plus longues et atteignent la base du segment caudal.
Les appendices sous-caudaux, ou pléiopodes, sont biramés et se recouvrent également depuis le premier jusqu'au dernier. Ils diffèrent très-peu entre eux. l n'y a point de lames, avons-nous déjà dit, faisant fonction d’opercule.
En avant, on voit, entre les antennes et les yeux, un épistome de forme pyramidale qui fait saillie dans cette région du corps.
Les antennules ressemblent par leur disposition aux antennes des caligiens et forment la partie antérieure de la tête. On voit en avant, sur la ligne médiane , une légère échancrure, puis trois articles placés bout à bout, les deux premiers d’une longueur égale à la largeur, le dernier ayant à peu près une longueur double. Les articles basilaires portent des piquants sur le bord, tandis que l’article terminal est garni tout autour de soies.
Les antennes montrent, également à leur base, d’abord trois articles basilaires , à peu près aussi longs que larges, puis un article plus étroit et notablement plus allongé. C’est au milieu de cet article qu'aboutit la pointe des antennules. Le flagelle est ensuite très-long, puisque la pointe aboutit au quatrième segment thoracique. Il se compose d’une vingtaine d'articles. Ceux de la base sont à peu près aussi larges que longs, tandis que les terminaux sont au moins trois fois plus longs que larges. Chaque article porte sur son bord, à sa terminaison, des soies. Le dernier en porte deux ou trois un peu plus longues que les autres.
Ces antennes sont recourbées en arrière avec la pointe libre légèrement en dehors.
Les pièces de la bouche sont très-rapprochées et occupent à peu près la hauteur des yeux.
Les mandibules, ou protognathes , sont fort grandes, massives , terminées en dedans par une forte dent et par quatre ou cinq pointes réunies sur un talon, non loin de cette dent finale. Sur le bord postérieur on voit ensuite une lamelle en forme de feuille, très-solide et dont le bord interne est régulièrément denté. Chaque mandibule porte aussi en avant et en dehors une palpe composée de trois articles, à peu près également développés et dont le dernier porte une dizaine de soies roides.
Le deutognathe recouvre immédiatement la mandibule. On voit une tige assez longue et forte, portée sur un pédoncule, tronquée au bout et terminée par une dizaine de fortes dents recourbées vers la ligne médiane. Vers le milieu de la tige, on observe un article assez petit, portant trois forts goupillons, ou dents droites, fortes, obtuses et hérissées de soies courtes et roides.
La deuxième paire de mâchoires , ou le tritognathe, est conformée comme la précédente qu’elle recouvre entièrement. Le pédoncule qui porte la tige principale est plus long, mais il est tronqué et également denté au bout comme la première paire. L'article mobile, au lieu de porter des goupillons, montre sept où huit fortes dents recourbées dont le bord est aussi légèrement en scie. Le pédoncule porte, en outre, trois fortes dents roides et droites.
Les gnathopodes dépassent un peu les autres pièces en longueur. Les pédoncules se joignent sur la ligne médiane. Le basognathe est le plus long. Il est suivi de quatre autres articles qui diffèrent très-peu entre eux, du moins sous Île rapport de leur nature. Le premier qui suit le basognathe est le plus petit et porte en dedans une forte pointe hérissée de soies et trois ou quatre soies sur le côté. Le bord interne, comme le bord externe des trois articles suivants, est armé de dents assez nombreuses et surtout grandes et fortes en dehors.
Les trois premières pattes ou péréiopodes sont assez semblables entre elles. Elles sont pliées sur elles-mêmes. La pièce la plus longue est le basopode, qui se dirige d'avant en arrière; puis suivent trois articles et un crochet terminal.
Ces trois articles semblent partiellement emboités les uns dans les autres.
Les quatre dernières pattes ont le basopode dirigé de dehors en dedans et le reste de la patte d'avant en arrière. Les articles sont un peu plus longs, moins emboités, mais plus abondamment hérissés de soies. Le pénultième article est à étage et porte, outre les soies, de courts piquants sur le bord externe.
Une particularité digne de remarque, c'est qu'on voit si bien dans toutes ces pattes les cordons musculaires, qu'on pourrait faire la myologie même chez des individus conservés dans la liqueur.
L'abdomen porte cinq paires de lamelles biramées, dont le bord est garni de soies plumeuses très-longues, disposées, comme ailleurs, avec la plus grande régularité. Ces pléiopodes sont de puissants organes de locomotion.
Le Slabberina est un véritable isopode, dont la place, comme nous l'avons dit plus haut, est à côté des édothées et dans la tribu des édothéides ordinaires.
LES ASELLOTIDÉS.
Dans cette famille nous ne faisons également mention que d’un seul genre.