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Synonymie. — STEURGERNAAL MET TROMPETWHSE O0GEN, Slaber, Natuurkundige Verlustigingen. Haarlem, 1778, pl. XV, fig. 5 et 4.
Popopsis, Thompson, Zoological Researches, 1. Y, p. 59, pl. VIE, fig. 1. — Milne Edwards, Histoire naturelle des Crustacés, vol. I, p. 466.
Caractères. — Corps très-grêle ; rostre peu proéminent; telson excessivement court, non échancré; uropodes externes fort longs, garnis de soies sur les deux bords; appendice pénial obtus, couvert d’un demi-verticille de soies roides vers le milieu de la longueur.
Longueur 0,015, largeur O"m,5.
Cette espèce, considérée pendant si longtemps comme rare, vit en abondance dans nos huitrières, à Ostende, et 1e nombre en est souvent si grand qu'en pêchant au petit filet, l'eau en devient comme gélatineuse : on pourrait en remplir un sac en peu de temps.
Le 4° août 1768, Slabber fit la pêche d’un petit crustacé qu'il n’a plus revu depuis et dont il fait connaitre la merveilleuse structure. Le zélé et religieux observateur de la nature fait remarquer, à propos de l’organisation remarquable de ce crustacé, la puissance de la sagesse divine que lon touche au doigt à chaque pas, à chaque organe, dans chaque être organisé. Les gens du monde, dit-il, et il pourrait ajouter des savants et même des académiciens , voient d’un œil de pitié et de dédain ces laborieuses recherches du naturaliste qui s'occupe d’un insecte microscopique, comme si ce dernier n'était pas sorti des mains du Créateur aussi parfait et aussi admirable que les animaux des forêts ou les poissons de la mer : ce sont eux, au contraire, qui devraient le plus attirer l’attention si souvent distraite du vulgaire.— Si nous voyons une locomotive marcher devant nous, montrant son foyer, son piston el ses roues, certes, c’est une merveille de l’industrie humaine ; mais si cette locomotive était renfermée dans un grain de sable, ou si nous en voyions plusieurs fonctionner dans une goutte d’eau avec la même régularité et non moins de précision, ne serions-nous pas plus émerveillés encore? Ces éléphants ou rhinocéros en miniature mangent, boivent, respirent comme les
autres et, comme eux aussi, ils se reproduisent avant le terme fixé de la mise au rebut. Pour les petits aussi bien que pour les grands, Dieu a fait que toutes ces locomotives, vivant en elles-mêmes, renferment un atelier de construction, et il n’a fallu au Tout-Puissant que lancer un premier couple pour en semer indéfiniment l’espace et le temps.
Slabber a donné à ce crustacé le nom de Steurgernual met trompehwyze oogen (Palémon aux yeux en trompette !).
D'après ce que nous voyons dans l'Histoire naturelle des crustacés de M. Milne Edwards, ce crustacé n’est même pas connu, quant à ses caractères les plus importants. On ne sait ni le nombre, ni la conformation des pattes, et ce qui est dit de deux pattes plus longues que les autres est évidemment erroné : à notre avis, les podopsis sont de vrais mysis, pour l’ensemble de leur organisation , avec un corps plus allongé, une carapace plus courte et des pédoneules ordinaires plus développés.
Les antennules sont portées sur un pédicule formé de trois articles, dont le basilaire ou le coxocérite est le plus développé. Get article porte au bout un filament assez fort, presque comme un crochet, et quelques soies fines disposées en peigne. L'article terminal ou l’ischiocérite, plus large que les autres, est muni en dedans de trois ou quatre longues soies plumeuses. La tigelle interne est la plus délicate et montre sur le bord en dedans des filaments assez longs, espacés et flexibles. La tigelle externe étale, pendant la nage, sur son bord interne, qui devient alors antérieur, des soies roides, légèrement courbées, assez serrées , disposées comme les dents d’un peigne et qui garnissent cet appendice jusqu'au bout.
Ces appendices sont mutilés au bout comme ceux de la seconde paire, de manière que nous ne connaissons pas exactement leur longueur. À en juger par leur grosseur, nous croyons que la moitié à peu près manque.
Les antennes véritables montrent également deux tiges, comme dans les autres mysis : l’une est lamelleuse, un peu eflilée au bout, garnie de soies plumeuses sur les deux bords ; mais ces soies sont plus longues et plus nombreuses sur le bord interne ; on en compte une vingtaine, tandis que le
! Natuurkundige Verlustigingen, pl. XV, fol. 5, 4.
bord externe n’en a que seize : elles sont done un peu plus espacées sur le dernier bord. Cette tige lamelleuse est formée de deux pièces articulées, dont on ne voit la jointure que quand la lame est étalée de face. A l'endroit mince de la jointure, on voit, dans l’intérieur, une masse un peu opaque, d'un aspect différent du reste, et qui est probablement le siége du sens de lolfaction. Ces soies sont placées par étage avec une grande régularité. Dans chaeune d'elles, on voit pénétrer une partie de la masse molle qui remplit la lame.
La tigelle externe est comparativement fort grêle, très-longue , formée de plusieurs articles bien distincts, à la base surtout, et qui ne portent que quelques soies fines et très-courtes vers l'extrémité.
Les pédoneules oculaires sont composés d’un article basilaire très-court ou basophthalmite suivi d’un podophthalmite très-long , fort gros et atteignant au delà de la moitié de la longueur de la carapace.
Les pattes, ainsi que les pièces de la bouche, sont en même nombre que chez les mysis véritables etexactement conformées de la même manière. Nous ne comprenons pas ce que des auteurs ont voulu dire en attribuant une certaine longueur à deux pattes, et en indiquant la manière dont ces organes seraient terminés.
Les cinq appendices abdominaux ou les pléopodes sont gréles et soyeux, comme chez les mysis, mais ils sont bien différents entre les mâles et les femelles.
Le segment terminal ou le telson est très-court, de forme triangulaire, et n’atteint pas la moitié de la longueur de l'uropode interne.
L'uropode externe est très-long , courbé en dehors, vers le bout, et garni de soies plumeuses sur les deux bords.
L'uropode interne est à peu près de la même largeur que autre, mais il a un tiers de moins en longueur. Les deux bords sont également garnis de soies. C’est dans son intérieur et à sa base que loge l’otolithe qui a été signalé pour la première fois par Leuckart. Nous lavons dessiné en place. C’est une sphère déprimée, du centre de laquelle s'élève une- sphère plus petite qui semble enchâssée dans la précédente et qui est disposée , à l'extérieur, comme la cornée transparente relativement à la selérotique.
Cet organe est d’un blanc lactescent.
La description qui précède est faite d’après une femelle ; nous allons signaler quelques particularités de l’autre sexe.
L'appendice pénial n’est point eflilé, mais obtus et arrondi comme un casque, et, vers le milieu de la longueur, cet appendice porte une demi-douzaine de soies roides disposées en demi-verticille.
Sous le rapport de la taille, le mâle diffère très-peu de la femelle. Comme elle, il est transparent, et n’a d’autres taches pigmentaires qu'une petite ligne très-courte au-dessous de chaque somite abdominal.
Les antennules portent, comme dans la Hysis vulgaris, une pièce mobile, couverte de soies roides et fortes qu'on n’observe pas chez la femelle.
Les pléopodes ou appendices abdominaux différent notablement entre eux; les premiers sont les plus courts et ne comprennent que deux articles; les secondes en différent seulement, parce qu'ils sont un peu plus longs ; ceux de la troisième paire sont notablement plus longs, et, indépendamment d'un artiele qu'ils ont de plus, on voit un rudiment d’appendice biramé; la quatrième paire à plus du double de la longueur des autres et dépasse la longueur du corps en arrière. Cette quatrième paire est composée d’une pièce basilaire, suivie d'un article fort long et étroit, d’un basopodite, puis d’un article relativement court, puis enfin d’un quatrième aussi fort long et étroit, qui est terminé par une double soie comme le basopodite, Pune fort longue, large et courbée, l’autre roide et garnie d’une double rangée de dents roides qui le font ressembler à un râteau de jardin. Ces deux dernières pièces forment pince en se rapprochant.
‘La cinquième et dernière paire n’est formée que de deux articles, comme les deux premières, mais l'article terminal est fort long et étroit.
Cette énorme différence sexuelle dans les antennules, comme dans les appendices abdominaux, est propre aux mysidés.
Mœurs des mysis. — Les mysis vivent généralement en masse comme les crangons. Ils nagent près de la surface , même quand Peau est profonde, mais ils se tiennent quelquefois au fond de l'eau, marchant sur la vase, à l’aide de leurs pattes longues et effilées. Ils restent parfois assez longtemps dans une immobilité complète. Aussi la carapace se couvre-t-elle souvent de vorticelles, de bacillaires, etc.
Pendant les beaux jours d'été, les mysis viennent régulièrement visiter la surface de l'eau, quand elle est tranquille. On les voit alors nager sans secousse, faisant tourner leurs exopodes comme une roue de steamer. C'est, en effet, absolument un petit bateau à vapeur vivant. Quand ils nagent ainsi dans tous les sens, les filaments des antennes sont entièrement déployés. I y en à deux en avant qui dépassent un peu les lamelles et qui donnent l'éveil à la moindre résistance qu'ils éprouvent : c’est la sentinelle la plus avancée. Ils sont placés dans laxe du corps; puis, à la moitié de la longueur des lamelles, on voit, à droite et à gauche, deux autres filaments, beaucoup plus longs que les premiers, faisant un angle droit avec ces derniers et se recourbant légèrement en arrière : on dirait des gardes qui veillent à la sûreté des roues, et empêchent ces appendices mobiles et délicats de se blesser. Aussi, comme ce poste est fort important pour la sûreté de Panimal, chaque filament tentaculaire est-il double, et le second est fourni par les antennes inférieures : il se détache dès la base et se place parallèlement au premier. Au moindre obstacle qu'il trouve sur son chemin, le mysis se jette de côté avec la rapidité de l'éclair, et continue ensuite tranquillement sa course. Il s'élance même hors de l’eau comme un poisson volant, si un danger le menace, et va retomber à quelque distance de là. Quand on en place de vivants dans un vase, dès qu'ils se sentent un peu à l’étroit, ils bondissent avec force, s'élancent hors de l'eau, se débattent en frétillant comme des poissons, et finissent tous par échouer. On en trouve également collés sur les parois du bocal, lorsque les bords en sont trop élevés. C'est par instinct qu'ils agissent ainsi quand le hasard les jette dans une flaque d’eau trop petite ou trop pauvre pour les nourrir. En s’élançcant à diverses reprises, ils peuvent parcourir un assez grand espace et gagner l’eau qui leur convient.
On trouve ces derniers surtout près de la surface de l'eau , dit Thompson, et, à ceteffet, ils ont besoin de puissants moyens de locomotion, tandis que les autres crustacés décopodes accomplissent, du moins à l'état adulte, leurs pérégrinations au fond de l’eau à l’aide de leurs appendices ambulatoires.
L'animal rend des fèces qui ressemblent à des bâtonnets droits et conservent cette forme encore un certain temps dans l'eau.
Parmi les ennemis les plus redoutables des mysis se trouvent les acti-
nies. Ils disparaissent à vue d'œil là où ils rencontrent ces polypes. On peut en mettre des centaines, même des milliers, dans un aquarium; s’il s’y trouve des actinies d’une taille ordinaire , on ne doit pas s'attendre à en conserver un seul vivant vingt-quatre heures après.
On ne peut rien voir de plus gracieux dans l'eau. Is nagent à toutes les profondeurs, mais de préférence non loin de la surface, déploient leurs pattes natatoires, qui fonctionnent, ainsi que nous lavons déjà dit, comme les roues d’un steamer, et ils s’élancent avec grâce et mesure dans leur étroit océan : ce sont des navires vivants dont les longs tentacules servent de sonde, les yeux de boussole et la queue de gouvernail.
Les crustacés en général sont carnassiers et dévorent avec la même avidité la proie palpitante et le cadavre en pleine décomposition. Les mysis semblent, sous ce rapport, faire exception. Représenteraient-ils les herbivores parmi ce groupe si vorace ?
Nous avons ouvert un grand nombre de mysis de tout àge, de tout sexe et de diverses espèces, et nous n'avons jamais trouvé, dans leur cavité digestive, que des débris végétaux ou des végétaux microscopiques des familles les plus inférieures. Au milieu de débris rouges et verts de certaines algues marines, on voit des clostéries , des bacillaires, etc.
Thompson s’extasie avec raison sur l'abondance extrême, en été, de ces jolis crustacés dont des phalanges entières surgissent tout d’un coup, surtout là où l'eau est légèrement garantie de la violence des vagues. Dans les parcs aux huitres, on les voit communément mélés avec les palémons et les crangons. Pendant l'été, on peut les prendre par milliers à l’aide du petit filet.
Les mysis s’accouplent et la fécondation des œufs à lieu dans l'intérieur du corps de la femelle. Il n’y a pas de spermatophores. Comme nous le verrons plus loin, les œufs sont reçus dans une poche où les embryons parcourent toutes les phases de leur développement. Ils ont la forme des adultes et ne subissent pas de métamorphoses après la sortie de la poche incubatrice : ils les subissent dans la poche même.
Nous avons trouvé des œufs déjà au mois de février, mais c'est surtout aux mois de juin et de juillet que leur reproduction est le plus rapide sur
nos côtes. Nous croyons aussi qu'ils se reproduisent plusieurs fois dans le courant de l’année.
Nous ferons remarquer également que les mysis, comme la plupart des crustacés décapodes , produisent des œufs et se multiplient avant d'avoir atteint complétement leur taille. C’est ainsi qu'on voit des individus, jeunes à en juger par la taille, qui ont déjà leur poche incubatrice pleine d’embryons, ou le pénis rempli des spermatozoïdes mürs. Sous ce rapport, il y a une srande différence entre les crustacés et les articulés aériens.
Ce n’est pas par milliers ni par centaines d'œufs que les mysis pondent à la fois, c'est tout au plus si leur poche incubatrice en renferme une cinquantaine. Elle ne saurait en contenir davantage et encore moins les loger quand ils commencent à grandir. Malgré cela, leur fécondité ne le cède pas à celle des autres crustacés, par la raison surtout, qu’en venant au monde, ils sont doués de tous leurs moyens de défense et n’ont pas besoin de traverser cet âge critique où , sous une forme transitoire, tant d’autres crustacés servent de pâture.