DESCRIPTION DES ESPÈCES
Ces vers sont agrégés pendant la plus grande partie de leur existence; ils présentent dans cet état la forme d’un ruban composé d’un grand nombre d'articles. Au sortir de l'œuf, le ver est simple et agame; adulte, il est simple aussi, mais sa forme a complétement changé, et il porte un double appareil sexuel.
Chaque individu se féconde lui-même.
Tous ces vers sont parasites et, selon leur àge, ils habitent souvent des organes différents. À l’état adulte, on peut les rencontrer hors du corps des animaux.
L'éclosion a lieu ou dans l’eau ou dans le tube digestif de divers animaux inférieurs. Nous n’entendons parler ici que des Cestoïdes des poissons.
Le développement de la plupart de ces vers commence dans l'estomac, les cæœcums et l'intestin; il continue dans des poissons de plus en plus grands, quelquefois, mais plus rarement, dans l’intérieur d’autres organes, surtout dans les replis de la valvule spirale de poissons Plagiostomes.
Ces vers peuvent vivre assez longtemps dans l’eau, mais on doit naturellement mettre ceux qui proviennent de poissons marins dans l’eau de mer et ceux qui proviennent de poissons fluviatiles dans l’eau douce. J'en
SUR LES VERS CESTOIDES. ai
ai conservé en vie pendant plusieurs jours, aussi longtemps que l’on tient les vers libres ou les animaux inférieurs en général. J’ai trouvé assez souvent des Cestoïdes vivants sur la peau de divers Squales, qui nageaient fort bien quand on les plaçait dans l’eau, mais je n’oserais affirmer qu'ils vivaient ainsi sur le corps de ces poissons. On jette ces Squales pêle-mêle dans des paniers, où souvent on les entasse, et il se peut que ces Cestoïdes soient expulsés de l'intestin et s’attachent accidentellement à la peau.
Les mêmes poissons nourrissent ordinairement les mêmes espèces, toutefois on ne remarque rien de très-constant à ce sujet dans les Plagiostomes. J'ai souvent trouvé quatre ou cinq espèces différentes sur un seul individu. Il est probable que le même poisson ne nourrit le même ver que pour autant qu'il ne varie pas sa nourriture. Sous ce rapport, il faut croire que les Squales doivent assez souvent se faire une douce violence à leur appétit grossier. Si chacun d’eux trouve habituellement sa nourriture dans un cercle de poissons donné, on comprend qu'il ne peut pas toujours et partout faire choix de son poisson favori. Il y a toutefois des poissons, comme le Turbot, chez lesquels on trouve toujours la même espèce et toujours aussi en abondance. Le canal intestinal est généralement obstrué par leur présence. Ce n’est évidemment pas un état maladif. Il y a très-peu de poissons sur lesquels on ne trouve quelques-uns de ces parasites ; à l’état de Scolex, on les observe généralement dans les poissons osseux; à l’état de Strobila et de Proglottis, dans les poissons cartilagineux Plagiostomes.
Je ne connais aucune classification qui me permette de répartir ces Cestoïdes dans des groupes naturels, et je suis dans la nécessité de créer des divisions nouvelles, pour distribuer les genres d’après leurs affinités. Quoique. je considère ces vers autrement que mes prédécesseurs, les caractères distinctifs sont tirés cependant des mêmes organes.
Je divise ces vers en quatre sections d’après les caractères propres aux Scolex et qui ont l'avantage d'être reconnus aux différentes périodes de leur développement. Ces sections sont :
La première, les Tétraphyllés ;
La seconde, les Diphyllés;
La troisième, les Pseudophyllés;
La quatrième, les Téniens.
C'est dans la première section que viennent se placer presque toutes les espèces qui vivent sur les poissons Plagiostomes, et comme il s’agit ici principalement des parasites de ces poissons, il n’est guère question dans ce mémoire que des vers de la section des Tétraphyllés.
Dans la seconde section, ou les Diphyllés, il n’y a qu'une seule espèce qui soit connue jusqu’à présent; elle provient aussi d’un poisson Plagiostome.
La section des Pseudophyllés, qui comprend, à l'exception des deux sections dont je viens de parler, les Bothriocéphales des auteurs, a pour type le Bothriocéphale ponctué qui habite le Turbot et dont je donnerai ici une description. À cette espèce qui représente les Bothriocéphales inermes, j'ajouterai la description du Tricuspidaria nodosa pour représenter les autres. /
Enfin, la quatrième section, qui comprend tous les Ténias, n’a aucune espèce dans Ja classe des poissons; on ne les observe que chez les animaux à sang chaud. Jai réuni les matériaux pour une histoire presque complète d’une espèce de cette section et que je compte publier plus tard. C'est l'histoire du Ténia paradoxal qui habite les intestins de la Bécasse.
A section. — TÉTRAPHYLLÉS.
Cette section est caractérisée par quatre botbridies extraordinairement mobiles, douées d’un mouvement de reptation, semblable à celui du corps des sangsues; ces organes s’allongent et se contractent alternativement avec une très-grande rapidité; ce mouvement est propre aux Scolex ou à la tête de ces vers. Ces bothridies sont quelquefois réunies deux par deux, mais ne changent pas pour cela l’aspect général du ver; elles sont pédiculées ou sessiles, armées de crochets ou inermes.
4% Tribu. — PHYLLOBOTRIENS.
Les Bothridies sont toutes molles et ne présentent dans leur composition rien de semblable à un crochet ou à une épine.
Les genres sont établis surtout sur les modifications des Bothridies, l'absence, la présence ou la forme des crochets.
Genre ECHENEIBOTHRIUM. Van Ben.
Caractères. —Les quatre Bothridies du Scolex sont portées sur un pédicule long et protractile; elles sont extraordinairement variables dans leurs formes ; elles se distinguent par les replis réguliers qui se développent sur toute la longueur de ces organes, et qui les font ressembler aux lamelles qui recouvrent la tête des poissons du genre Echeneis.
Historique. — Bremser a envoyé à Rudolphi un fragment de Bothriocéphale de 5 lignes de long, provenant des intestins du Trygon pastinaca, et qui lui a servi de type pour l'espèce qu’il désigne sous le nom de B. tumidulus.
Dans le courant de la même année que Rudolphi publiait son Synopsis, Leuckaert faisait paraître, sous les auspices de Bremser, qui avait mis à sa disposition les riches collections helminthologiques du Musée de Vienne, une Monographie du genre Botriocephale. L'auteur avoue n'avoir étudié que des vers conservés dans la liqueur, à l'exception de deux espèces, le B. rectangulum et le B. tricuspis.
Cette même année parut aussi le magnifique atlas de Bremser, qui à si puissamment contribué à l'avancement de l’helminthologie. Bremser adopta les noms de Rudolphi.
C’est dans ces trois ouvrages que nous trouvons les seules recherches originales sur ces vers, et encore, Bremser, qui les a recueillis en Italie, n’en à publié que des figures sans texte. On comprend aisément, d’après cela, combien les descriptions et les figures doivent laisser à désirer, et combien il doit être difficile de reconnaître diverses espèces décrites par
ces auteurs. Il faut en eflet, pour bien distinguer ces vers, les avoir vus Tome XXV. 15
à différents âges, à divers degrés de vitalité, morts mais encore frais, et enfin, conservés dans la liqueur.
E. minimum. Van Ben.