‹ Recherches sur la faune littorale de Belgique (volume 3)Chapitre 12 sur 103 · COMPARAISON ENTRE LES CESTOÏDES ET LES TRÉMATODES · texte numérisé non relu

COMPARAISON ENTRE LES CESTOÏDES ET LES TRÉMATODES

Il est évident qu'il n'existe guère d’analogie entre les Trématodes et les Cestoïdes, si on considère ces derniers comme animaux simples; au contraire, en considérant le segment détaché ou le cucurbitain comme animal adulte et complet, cette analogie ne peut échapper à personne. C’est ainsi que M. Eschricht a été conduit à dire, depuis plusieurs années que les Bothriocéphales sont des Trématodes composés.

Jusqu'ici personne n’a songé à mettre en parallèle le développement de ces deux ordres d'Helminthes; on n’a pensé qu'à l’état adulte. Et comme la plupart des helminthologistes, même les plus distingués, ne songeaient à interpréter un Ténia autrement que comme un animal simple, on comprend aisément que la base de la comparaison manquait complétement; ils devaient comparer deux éléments différents, c’est-àdire le Trématode adulte avec le jeune Cestoïde.

Nous avons vu plus haut la grande affinité qui existe entre les Trématodes et les Cestoïdes en voie de développement, qu’une ou plusieurs générations agames précèdent la génération sexuée, que le Monostomum

mutabile de M. Von Siebold correspond au Scolex des Cestoïdes, et que les Cercaires métamorphosés en Distomes correspondent aux Proglottis; il ne nous reste qu'à établir le parallèle entre les deux formes adultes, entre le Proglottis et le Distome, par exemple.

Les partisans de la théorie qui a généralement été adoptée jusqu’à présent, ne pouvaient guère saisir les liens qui doivent unir ces vers les uns aux autres; toutefois, M. E. Blanchard semble avoir compris, depuis quelque temps déjà, les affinités qui existent entre ces deux types. Dans un de ses nouveaux mémoires, M. Blanchard, en parlant de mes observations et de ce rapprochement que je proposais déjà dans une de mes dernières notices, insiste sur les rapports qui lient entre eux les Trématodes et les Cestoïdes, et ses observations ont contribué, croit-il, à mettre en évidence les affinités existantes entre ces deux types.

Les affinités des Trématodes et des Cestoïdes résultent même de quelques erreurs commises par des helminthologistes distingués. Rudolphi n'a-t-il pas placé dans son genre Monostome des vers que Creplin a reconnus être de jeunes Bothriocéphales ?

L'appareil sexuel femelle est exactement conformé d’après le même type dans les deux sortes de vers. On voit un ovaire double présentant le même aspect chez les uns et chez les autres; à côté de lui se trouve cet organe que M. Von Siebold a découvert et qui produit les globules vitellins; le précédent ne produit que les vésicules germinatives. Les deux canaux excréteurs s’abouchent en même temps dans un seul et même oviducte, à côté de la vésicule séminale; les vésicules germinatives apparaissent à des intervalles réguliers, des globules vitellins, en nombre suffisant, se précipitent successivement autour d'elles, et l'œuf est formé ; ces œufs se rendent à une vésicule ou à un canal de dépôt, à une matrice véritable, y séjournent quelque temps, s’enveloppent d’une coque et sont évacués par le vagin dans les Trématodes, par les parois qui se rompent dans les Cestoïdes. La seule différence que l’on observe dans cet appareil se rapporte à la ponte des œufs; tous les autres organes sont parfaitement conformés, d’après le même plan.

Les canaux longitudinaux existent chez les uns et les autres, mais ils

ont été méconnus dans leur signification. Nous avons vu plus haut que ces organes étaient regardés comme digestifs dans les Cestoïdes et comme circulatoires dans les Trématodes. Il me suffira de dire que c’est le même appareil qui naît en avant ou sur le trajet de fines ramifications, que deux, quatre ou six troncs parcourent toute la longueur du corps en s’anastomosant sur leur trajet, et que ces canaux vont aboutir en arrière à une vésicule contractile qui s'ouvre au dehors et laisse échapper un liquide chargé de tout petits globules. Les Cestoïdes comme les Trématodes portent le même appareil.

La présence d’un tube digestif chez les uns et son absence chez les autres constitue une différence entre ces vers; mais depuis longtemps on a fait l'observation, et M. Blanchard est un des premiers qui ait fait remarquer que l'appareil digestif est celui de tous les appareils qui subit le mieux des modifications, sans réagir sur le reste de l’économie.

Enfin une différence plus notable s’observe dans la disposition du système nerveux; cet appareil existe dans les Trématodes en général, il atteint même un développement assez grand dans les Amphistomes, mais il manque dans les Proglottis. On a constaté sa présence dans les Scolex des Cestoïdes. Je crois, pour ma part, devoir accorder beaucoup moins d'importance à son absence qu'à une modification des ganglions.

Je n’attache pas, comme on le pense bien, un grand intérêt à la forme du ver, mais je ne crois pas non plus qu'il soit permis de la négliger entièrement; la forme de ces deux groupes correspond si bien l’une à l'autre que Rudolphi et d’autres helminthologistes ont placé, d’après ce seul caractère extérieur, des Cestoïdes parmi les Trématodes. Celui qui voit à l'œil nu un Proglottis vivant dans les mucosités intestinales d’un poisson Plagiostome, ne pourra se défendre de l’idée, qu'il a sous les yeux un animal voisin des Planaires ou des Trématodes.

La peau présente absolument le même aspect dans les deux groupes que je compare ici; non-seulement elle est semblable par ses caractères extérieurs, mais elle présente la même composition anatomique; les mêmes couches s’y reproduisent dans le même arrangement.

Le plus important des appareils est sans contredit celui de la repro-

duction. Les Cestoïdes et Les Trématodes sont, comme on le sait depuis longtemps, hermaphrodites, tandis que tous les autres Helminthes sont à sexes séparés. Dans chaque individu on voit, à l'extérieur, deux ouvertures situées l’une à côté de l’autre, dans les Cestoïdes comme dans les Trématodes, l’une livrant passage à un penis, l’autre correspondant à l'appareil femelle. Je ne connais pas d'exception. Dans les Trématodes , ces ouvertures s’observent généralement sur la ligne médiane à la face inférieure du corps ; dans les Cestoïdes, elles sont souvent situées sur le côté. Il est à remarquer toutefois que, dans les Proglottis, le côté disparaît souvent par la forme arrondie que prend le ver, et que ces Cestoïdes se trouvent alors dans des dispositions identiques avec les Trématodes.

L'appareil mâle et femelle sont toujours séparés l’un de l’autre dans les Cestoïdes; je crois qu'il en est de même dans les Trématodes, quoique l'on ait prétendu le contraire.

Dans les uns comme dans les autres, l'appareil màle se compose d’un penis quelquefois très-long, couvert souvent d’aspérités , et qui se déroule comme un doigt de gant; d’un testicule qui ne consiste, dans les Cestoïdes surtout, qu’en un long cœcum enroulé comme le testicule de plusieurs insectes; dans quelques Trématodes, cet organe est ramifié; mais dans tous indistinctement, il s’ouvre par un canal déférent, de la même manière, dans l’appendice que l’on a appelé tour à tour, cirrhe, lemnisque et penis.

Ne perdons pas de vue le rôle tout passif que ces Proglottis sont appelés à jouer dans l’économie de la nature. Des nerfs et des ganglions, aussi bien qu’un canal digestif, seraient entièrement superflus à des êtres qui ne servent plus qu'à disséminer aveuglément leur progéniture.

Je résume ma pensée en disant que les Cestoïdes sont des Trématodes sans canal digestif et sans nerfs.

Page 1