‹ Recherches sur la faune littorale de Belgique (volume 3)Chapitre 18 sur 103 · PI. VII · texte numérisé non relu

PI. VII

Les Bothridies se creusent aussi au milieu comme un vase, mais jamais comme un cornet; elles portent une ventouse près du bord et une autre au centre; les anneaux n’ont point de laciniures.

Description. — Le Strobila est moins long que dans l'espèce précédente; il atteint de 75 à 100 millimètres de longueur. Il n’y a point d’anneaux. immédiatement derrière les Bothridies; ceux du milieu sont carrés, tandis que les derniers sont allongés. On voit de bonne heure le vagin au milieu des cellules claires. Il est fort aplati et la surface en est extrêmement régulière.

Les Bothridies s’allongent dans les vers très-vivants, forment une gouttière à la surface et sont terminées en avant par une ventouse. En étudiant ces appendices à l’aide du compresseur, on voit d’autres caractères surgir et qui semblent propres à cette espèce; au milieu apparaît une bande circulaire entourée de faisceaux de fibres musculaires; tout à fait au centre un cercle qui fait l'effet d’une ventouse, et puis une autre ventouse près du bord. Pes fibres musculaires se croisent intérieurement dans tous les sens.

Le penis s'ouvre vers le tiers antérieur du corps. Le testicule est logé dans l’anse formée par le vagin. Le germigène se compose distinctement de cœæcums. La surface de la peau est couverte de sillons transverses parallèles qui se recouvrent.

Cette espèce est très-facile à distinguer au milieu des autres par sa minceur, par sa grande régularité, car c’est à peine si, à la loupe, on peut distinguer les anneaux, et enfin par sa ressemblance complète avec un ruban.

L’Ant. musteli diffère donc de l'espèce précédente et par sa taille, qui est moindre, par les laciniures qui manquent ici, par les Bothridies qui sont pourvues de deux ventouses et d’un anneau musculaire, et enfin, à l’âge adulte, par la disposition du testicule et du vagin.

J'ai vu quelques Strobilas en tout semblables à l'espèce que je décris ici, mais qui sont de beaucoup inférieurs en taille, tandis que le ver adulte est beaucoup plus long; ces vers appartiennent-ils à une autre espèce?

Habitat. — Cet Helminthe habite l'intestin du Mustelus vulgaris, où il est très-commun, ainsi que dans le Galeus canis et le Scillium canicula.

On voit encore les Bothridies pédiculées quand ces vers sont plongés dans la liqueur, quelques-unes même conservent fort bien leur forme, mais il n'est pas toujours facile de distinguer cette espèce de l’Ant. cornucopia.

de Tribu. — PuvirAcANTHIENs.

Ces vers portent au haut de chaque Bothridie deux ou quatre crochets, simples et légèrement courbés, ou bien fourchus comme un bois de cerf à un seul andouiller.

Depuis longtemps, on connaît trois-espèces de cette section que l’on conservait encore dans le genre Bothriocéphale; elles sont décrites toutes les trois par Rudolphi et Leuckaert; l’une d’elles, le B. verticillatus, paraît n’avoir été revue par personne. Leuckaert n’en a pas connu la tête; c’est celle dont je puis donner le plus de détail. Le B. uncinatus a été observé par M. Du Jardin une seule fois sur une Raie, et le B. coronatus n’a pas plus

été revu que le B. verticillatus. M. Du Jardin dit bien en avoir trouvé assez souvent dans l'intestin de la Raie, mais c’est probablement une espèce voisine, nouvelle pour la science, que ce savant aura confondue avec le B. coronatus.

A ces espèces que j'ai retrouvées et que je fais connaître avec le soin qu'exige actuellement la zoologie, j'en ajouterai trois autres qui ne sont pas moins intéressantes; je les ai dédiées à trois helminthologistes distingués.

Voici comment ces espèces sont réparties sur les poissons Plagiostomes :

L’Acanthobot. coronatum et l'Onchob. uncinatum habitent le Mustelus vulgaris et la Raia clavata; la première, en outre, se trouve dans le Scillium canicula.

L’Acanth. Dujardini habite seulement la Raia clavata.

Le Calliob. verticillatum se trouve en abondance dans le Galeus canis, dans le Mustelus vulgaris et dans le Squatina angelus.

Le Call. Leuchaertü et Eschrichtü dans le Mustelus vulgaris et le premier, en outre, dans le Scillium canicula.

M. de Blainville a proposé le nom d’Onchobothrium pour trois espèces décrites par Leuckaert, Rudolphi et Bremser, et qui se distinguent des Botriocéphales, avec lesquels on les confondait encore, par leur renflement céphalique, pourvu de quatre fossettes lobiformes; chacune est armée, au sommet, de deux crochets antérieurs, bi- ou trifurqués à leur base. Sous ce nom, Rudolphi comprenait les Botriocéphales armés sans trompe.

M. de Blainville avoue n’avoir vu aucune de ces espèces, et supposerait volontiers qu'elles n’en doivent former qu’une seule; puis, ce savant, donnant une importance exagérée, mais que l’on accordait à cette époque, à l’orifice de l'ovaire, qui est unifacial ou alterne, exprime lopinion que ces vers, d’après ce caractère, seraient plutôt des Ténias.

A l'exception de la dernière, toutes ces espèces sont parfaitement distinctes, et ces Onchobothri doivent même former plus d’un genre, si l'on a égard aux différences que présentent les crochets. Je propose de répartir les six espèces que j'ai étudiées en trois genres, et de laisser le nom d'Onchobothrium à l'espèce qui porte le nom d’Uncinatus et dont les crochets sont véritablement en forme de hamecçon.

Genre : ACANTHOBOTHRIUM. Van Ben.

Caractères. — « Les quatre Bothridies sont armées chacune de deux crochets unis à leur base et bifurqués au sommet. »

Ces crochets ont la forme d’un bois de chevreuil pourvu d’un seul andouiller.

A. CORONATUM. Rud.

(PI. VIII et IX.)

Syn. — TENIA RAIAE RATS, Rud., Entoz., vol. 2, part. II, pag. 215, n° 116, tab. X, fig. 7-10. BornniocepaLus coronarus, Rud., Synopsis, pag. 141, n° 20, mant. n° 20, pag. 481. — mieurcarus, Leuckaert, Zool. Bruchst., pag. 50, n° 5, pl. 1, fig. 3. — coronarus, Bremser, Zcon. helminth., pl. 14, fig. 1-2. BoruriocernaLus (oNcuosormrium) coroxarus, Debl., Dict. se. nat., art. Vers, vol. 57, p. 597, atlas, pl. 84, fig. 1, 1 a. (cop. de Bremser). — —— Guerin, Zconograph. du règn. animal, pl. 19, (même copie.) ACANTHOBOTHRIUM BIFURCATUM, Van B., Bullet. Acad. roy. de Belg., tom. XVI, pag. 11. AcanrnoBormRIUM CORONATUM , Blanchard, Ann. sc. nat., 1848, pl. 12, fig. 9.

L'espèce, dont il est question ici, m'a beaucoup embarrassé; elle porte des crochets bifurqués, semblables à ceux que l’on trouve dans une espèce très-commune de la Raïe ordinaire, mais qui est bien plus petite, et n’a de commun avec celle-ci que la forme de ces organes crochus. C'est tout à la fin de mes recherches que j'ai débrouillé cette synonymie, par la découverte de ce second Cestoïde à crochet fourchu.

Rudolphi a décrit ce ver d’abord sous le nom de Tenia raiae batis, ensuite sous celui de Bothriocephalus coronatus; il a donné une figure assez exacte de la tête et surtout des crochets, que l’on ne comprend bien toutefois que pour autant qu’on ait vu ces vers en vie; il est aisé de reconnaître que le célèbre helminthologiste de Berlin a observé ces vers vivants, et que ses dessins ne sont pas faits d’après des individus conservés comme ceux de ses successeurs.

Leuckaert décrit le même ver sous le nom de Bot. bifurcatus, mais 1l est

facile de voir que la figure et la description qu’il en a données sont faites Towe XXV. 17

d’après des exemplaires contractés dans l'alcool. Je dois en dire autant de la figure donnée par Bremser, qui est l’exacte reproduction de la tête et du cou figurés par Leuckaert.

M. Du Jardin n’a pas vu cette espèce, mais il a observé celle qui a Ka mème forme de crochets et que je lui ai dédiée; les caractères qu’il accorde au Bothr. couronné ne se rapportent qu’en partie à cette espèce. La figure qu'il en donne correspond à l'espèce commune de la Raie bouclée, qui ne dépasse pas un pouce de longueur et dont le cou est toujours fort court. J'ai, du reste, longtemps partagé l'erreur de M. Du Jardin, ne pouvant supposer que deux Cestoïdes complétement différents pussent porter exactement les mêmes crochets fourchus.

La figure que M. Blanchard vient de publier me semble faite aussi d’après un exemplaire conservé dans la liqueur et, en tout cas, d’après un exemplaire mort.

Scolex et Strobila. — La tète est de forme carrée; chaque angle est flanqué d’une Bothridie très-contractile, et par conséquent très-variable dans sa forme; cet organe est libre à son extrémité postérieure, de manière à faire ressembler cette partie du corps à une pointe de flèche, telle que la représentent communément les artistes. Ces lobules se divisent en trois compartiments qui produisent l'effet d'autant de ventouses; ce sont des brides qui forment les cloisons.

Chaque Bothridie est, en outre, terminée en avant par un autre lobule également contractile, qui se transforme aussi en ventouse, et que Rudolphi a bien représentée. C’est à sa base que sont situés les crochets.

Les crochets sont durs, cornés et de couleur brune; à chaque lobule correspondent deux tiges rapprochées à leur base en forme de V et terminées en avant par deux dents semblables à celles d’une fourche ou des andouillers d’un bois de cerf. Quand on observe l'animal en vie, ces quatre lobules sont en mouvement continuel : ils s'étendent et se contractent à l'envi les uns des autres comme quatre sangsues emprisonnées sous une plaque de verre. C’est par ces mouvements que s'opère la progression. Je n'ai pas observé de bulbe buccal.

Le cou est fort long, quoique lon distingue cependant, à un certain grossissement, des rainures transverses très-serrées immédiatement derrière la tête; ce sont plutôt des rides de la peau que des limites des articulations. Jai vu quatre cordons dans la région du cou : deux gros, et situés en dehors, ne s'étendent en arrière qu'à une courte distance de la tête; il m'a semblé qu'ils s'inséraient à la peau comme un muscle rétracteur. Les deux autres sont pliés en zigzag et s'étendent en arrière jusqu’au dernier article. Je crois aussi avoir remarqué deux bandes longitudinales de fibres musculaires. Le penis s'ouvre irrégulièrement sur le côté à droite et à gauche, mais souvent on le voit jusqu’à huit fois du même côté. Vers le milieu du Strobila, les segments affectent une forme carrée; vers l'extrémité au contraire, ils sont Jusqu'à trois ou quatre fois aussi longs que larges.

Jai vu plusieurs Strobilas adultes détacher spontanément leurs segments, et d’autres individus se diviser en segments au moindre attouchement.

Proglottis. — Tout le tissu devient plus transparent à l’état adulte, de manière que le testicule se distingue fort facilement à travers les parois; le blanc mat fait contraste avec les autres organes.

Le penis occupe à peu près la moitié de la longueur du corps : on le voit à l'extérieur dans un grand nombre d'individus. Il est proportionnellement gros, un peu renflé à la base et couvert de fines aspérités semblables à des soies. La pointe est dirigée en dehors et en avant. J'ai va le penis s'étendre à une longueur égale à la moitié de la largeur du corps. Cet organe apparaît déjà dans les articulations qui ont encore la forme carrée. Le testicule est celui de tous les organes que l’on distingue le plus facilement. On le reconnaît à travers la peau et à l'œil nu. Il se compose d’un long tube entortillé, dont on peut très-bien suivre les circonvolutions à travers la peau. Cet organe occupe à peu près la moitié supérieure du corps. Dans quelques anses broyées entre deux lames de verre, j'ai reconnu les filaments des spermatozoïdes, mais jusqu'ici je n'ai pas encore observé leurs mouvements. Ces filaments sont immobiles dans leur gaîne et dans l’eau. Dans la partie postérieure du corps, on reconnaît, de chaque côté, un organe glandulaire à anses boursouflées comme des vaisseaux lympha-

tiques : c’est le germigène au milieu duquel on voit un espace assez clair. Les œufs sont sphériques et ont une teinte verdûtre, lorsqu'ils sont encore réunis dans le corps.

Sur le côté et à la base du penis, il y a un canal qui s'ouvre au dehors: c'est la vulve.

Dans les Proglottis très-adultes, il apparaît, sur le côté, dans toute la longueur du ver, des corpuscules opaques que lon prendrait pour des œufs, mais qui sont plutôt, je crois, des dépôts formés dans l'épaisseur de la peau, analogues aux cryptes cutanés de quelques animaux aquatiques.

Quand les articles sont encore aussi larges que longs, le milieu du corps s’obscureit, à la place où doit se former le testicule. On dirait une masse spongieuse. On ne distingue les anses que quand la longueur du corps dépasse la largeur. Dans ces mêmes articles carrés, des cellules rondes et claires apparaissent et remplissent presque tout l'intérieur : c'est le commencement de l'ovaire.

Un individu de grandeur moyenne m'a montré, vers le milieu du corps, une vésicule centrale avec deux canaux, se dirigeant à côté l’un de l'autre vers le penis : c’est la bourse de cet organe et le vagin.

Dimensions. — Longueur du Stobila . . . . . . . . . . . 50à150% = AS CROCHELSL eue pus ro ete 2 MORE a TUE CODE T1 = CN EN RIUNEUR Épaisseur à la bise PEER EEE Proglottisislonguenrem tm Re een — TareUr. fe dde Te SC SE Penis; JONSUEUT Le de PCT TC RE RO OBUIS PP PEUT à COMPARER PR PEN RUES

Habitat. — J'ai trouvé ce ver dans la Raïa batis, clavata ,et Scillium canicule. Rudolphi l'a observé dans le Squalus stellaris et Squatina angelus, dans la Torpedo marmorata et ocellata, dans la Raia batis et Trygon pastinaca.

Ce ver n’est pas des plus rares : j'ai trouvé jusqu’à une dizaine d’individus dans un seul Scillium canicula.

La tête des individus morts et conservée dans la liqueur, présente sou-

vent un aspect tout différent; les lobules peuvent prendre la forme des ailes d’un télégraphe aérien. Dans la liqueur, on aperçoit encore la division des lobes en compartiments, mais on ne voit plus aussi distinctement le lobule antérieur.

A. Dusarninu. Van Ben.

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