Tome XXV
On ne trouve pas toujours le même Tétrarhynque sur le même poisson; j'ai observé sur la Sole le Tetrarhynchus lingualis et une autre espèce que je rapporte au Tetrarhynchus appendiculatus Rud. Cette dernière espèce est au moins d’un tiers inférieure en taille. Le Trigla hirundo nourrit aussi dans sa cavité abdominale au moins deux espèces différentes.
Si on fait la récapitulation des poissons sur lesquels on a observé ces vers, on est frappé de ce qu’il n’y a presque pas de poisson Acanthoptérygien et Malacoptérygien visité dans ce but, qui n'ait montré dans sa cavité abdominale quelques-uns de ces parasites. J’ai ouvert un nombre considérable de poissons Plagiostomes et jamais je n’ai trouvé un seul parasite dans leur cavité abdominale, si ce n’est, une seule fois, le Filaire des poissons autour des parois de l'estomac. Ces Filaires étaient logés dans des kystes péritonéaux comme dans les poissons osseux.
IL n’est pas rare de trouver dans l'estomac de la Raie blanche des Tétrarhynques libres, dégagés de leur vésicule et attachés aux parois à l’aide des trompes; ordinairement on ne voit pas de segments encore chez ceux qui sont logés dans cette cavité; ils ne deviennent Strobilas que dans les intestins. Toutefois j'ai vu deux exceptions à cette règle: j'ai trouvé, dans la cavité digestive de deux poissons, des Strobilas de Tétrarhynques en abondance au milieu des aliments. Peut-on conclure de cette observation que les poissons osseux servent de pâture aux Plagiostomes et que les premières phases de développement se passent chez ceux qui doivent servir de nourriture aux autres? Je le pense. J'ai dit plus haut, en parlant du développement des Tétrarhynques , quels sont les poissons sur lesquels ces vers se trouvent le plus communément 1.
Je ne mentionnerai comme espèces que les Tétrarhynques dont je connais l’état adulte. Toutefois, j'ai recueilli plusieurs faits sur de jeunes animaux de ce genre qui ne sont pas sans intérêt et que je publherai ici, n'ayant pas l'espoir de pouvoir continuer ces recherches.
Tétrarhynque du mulle (Murrus rarparus. L.). — J'ai observé ce ver singulier au milieu des mucosités gastriques de ce poisson, que l’on ne voit
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que très-rarement à Ostende. Tout le corps se contracte et ses mouvements sont analogues à ceux des Planaires et des Distomes. Aussi je croyais, en le découvrant, avoir un Distome sous les yeux.
Le ver est dans cette phase du développement où les segments apparaissent et où il prend les caractères des Strobilas.
Le corps est à peu près divisé en deux parties égales; la moitié antérieure est formée par le Scolex, la moitié postérieure par la vésicule que l’on a appelée Sporocyste. Le ver se débarrasse ordinairement de cette dernière partie, en prenant les caractères du Strobila.
Le Scolex porte en avant deux Bothridies qui s'étendent en guise de ventouses sur la lame de verre. Elles prennent la forme de deux ailes. I y a quatre trompes qui sortent de leur milieu. L'intérieur du Scolex ne présente rien de particulier.
La moitié postérieure est formée par une vésicule allongée dont les parois offrent les mêmes cellules si caractéristiques des jeunes Tétrarhynques; les hehminthologistes désignent cette forme sous le nom d’'Anthocéphale. Cette vésicule, si elle ne se détache pas spontanément, forme toujours l’extrémité postérieure des Strobilas; les segments doivent apparaître entre le Scolex et cette vésicule.
Je n'ai vu qu'un seul individu épanoui au milieu d’un grand nombre de ces vers invaginés; plusieurs habitent les cœcums pyloriques.
Tétrarhynque du Maquereau. — Au mois de juillet 1847, j'ai trouvé les cœcums pyloriques remplis de Scolex en vie de différentes grandeurs; j'ai pu en prendre quelques-uns à Fœil nu.
Ce qui les distingue de prime abord des autres Scolex, c’est que tous sont entourés d’une gaîne mince et transparente; cette gaîne ne ressemble pas mal à l'enveloppe membraneuse dont se couvrent diverses Annélides. Cette enveloppe ne consiste que dans une pellicule fort mince, transparente et flexible, formée par l’exsudation de la peau ; elle a une teinte légèrement jaunàtre.
Les plus petits Scolex, qui sont en même temps les plus jeunes, montrent en avant les quatre ventouses autour d’un bulbe central. Le ver est
épanoui. Les autres plus avancés en âge, ont le corps terminé en avant comme en arrière, et les ventouses avec le bulbe sont rentrés par invagination. Pendant ce temps, ces quatre ventouses deviennent les lobes ou les Bothridies, et les trompes se développent dans leur gaine. Le Tétrarhynque est formé. En ouvrant le sac, ou bien en exerçant une pression suffisante, on donne naissance à ce nouveau ver qui semble naître au milieu du premier.
Ce qu'il y a de particulier à cette espèce du Maquereau, c’est que la gaine sécrétée est extrêmement grande, et que le ver peut prendre dans son intérieur toutes les formes imaginables. Il s’allonge comme un cordon, se contracte comme une boule, ou s’allonge seulement d’un côté, ou bien s’étrangle au milieu comme un violon. Le sac que l’on a appelé sporocyste est criblé aussi de ces cellules à contour foncé si caractéristique de ces vers.
Quel est le poisson qui fait sa nourriture ordinaire du Maquereau? C'est chez lui qu’il faudra chercher l’âge adulte de ces Tétrarhynques, à moins qu'il n’y soit encore de transition, avant de passer aux Plagiostomes, car c’est dans ces derniers poissons que presque tous ces vers semblent atteindre leur âge adulte.
Tétrarhynque du Cabillaud (Gadus morrhua). — Une autre forme de Scolex est celle que l’on trouve si abondamment autour des cœcums pyloriques du Cabillaud et de plusieurs autres poissons.
Dans un kyste formé par le péritoine, on découvre un corps allongé, arrondi, enroulé souvent sur lui-même comme un jeune Filaire, et qui, dégagé de cette enveloppe, montre l’un des bouts élargi en forme de cuiller à soupe. Il habite quelquefois un seul et même kyste avec le Filaire des poissons, ce qui avait induit M. Miescher en erreur.
Tout autour du ver, nous trouvons une gaîne plus ou moins transparente, formée de couches concentriques et à parois d'autant plus épaisses que le Scolex est plus avancé en âge. Nous en verrons tout à l'heure la signification. Cette gaîne transparente enlevée, nous trouvons un ver de consistance molle, qui a une extrémité du corps renflée et qui se meut
lentement : c'est l’Amphistoma ropaloides de Le Blond. Si.l’on ouvre la portion élargie de ce ver, on met à nu un autre ver dont les mouvements brusques contrastent avec les mouvements lents de la prison vivanté d’où il sort. C’est un ver qui semble avoir été formé dans l’autre, et qui en est tout simplement la partie antérieure qui est rentrée par invagination.
Comment cet Anthocéphale prend-il ici une forme si particulière? Le Scolex à d’abord sa forme ordinaire, c’est-à-dire plus où moins ovale; ses mouvements à cette époque sont très-vifs; il habite encore le canal digestif. Mais il finit par traverser les parois du tube intestinal et surtout des cæœcums pyloriques, et va se loger en dessous du péritoine. Là il se forme autour du corps une première couche de mucosité qui se durcit et qui est bientôt suivie de plusieurs autres; le ver est encore allongé et offre la même largeur sur tout son trajet: à ce moment a lieu l'invagination définitive : les quatre ventouses et le bulbe rentrent, et tout l’accroissement est concentré sur cette partie du corps. À mesure que’ cette partie rentrée grossit, l'enveloppe doit s'étendre, pendant que le reste du corps se rétrécit par la sécrétion de nouvelles couches de mucus qui se forment à la surface, et de là provient cette forme singulière qui a déjà tant occupé les naturalistes. J'ai observé cette même forme sur plusieurs autres poissons, entre autres chez le Gadus eglefinis, Esox belone, Labrax lupus, Cottus scorpio, Trachinus viva, Trigla hirundo L., Caranx trachurus L., etc., etc.
Au mois de juillet 1848, j'avais sous les yeux des Anthocéphales de la forme que je viens de dire, mais à côté de ceux-là il y en avait d’autres chez lesquels le prolongement caudal avait ou en partie ou totalement disparu. J'ai été alors, pendant quelque temps, d'opinion que le Scolex commençait par la forme effilée pour finir par la forme trématode et que le Tétrarhynque même disparaissait dans l’intérieur par absorption; au mois de novembre suivant, j'eus la preuve du contraire, et, depuis lors, toutes les observations sont venues à l'appui de cette dernière interprétaion. Aujourd'hui je ne cite ce fait que pour montrer l'incertitude dans laquelle j'ai été longtemps, ne voulant me fier absolument qu'aux faits que j'avais eu l’occasion de constater moi-même. La voie a été longue et
difficile, mais au moins je suis arrivé au but. L'histoire si énigmatique des Tétrarhynques sera éclaircie, je pense, pour tout le monde.
Tétrarhynque du Merlan (MerLanGus vuLGARIS). — Le Merlan nourrit plusieurs espèces de Cestoïdes. On en trouve qui sont en tout semblables à ceux des Cabillauds, mais il y en a une qui mérite une mention particulière. Ce ver se distingue d’abord par une taille beaucoup plus forte et par l’absence de ce corps allongé et arrondi sous forme de queue qui distingue l'espèce du Cabillaud. Le Scolex, logé de la même manière dans un kyste du péritoine, présente toujours une même forme plus ou moins ovale et ordinairement aussi large que longue. La gaine qui l'entoure est ordinairement mince. Le corps ressemble parfaitement, quand l’invagination a eu lieu et que l’on observe un ver bien vivant, à un Trématode du genre Tristome, sauf les ventouses. Le Tétrarhynque qui est logé dans l'intérieur est développé dans la même proportion.
Ce Tétrarhynque a 4 millimètres de longueur.
Tétrarhyngue du Rouget (TricLa mmunno. Linn.).— J'ai trouvé au commencement dé mes recherches sur les Helminthes des poissons, un ver de cette famille qui est bien remarquable.
Ce ver a environ dix millimètres de longueur; il est divisé en deux moitiés comme celui du Mulle; la partie postérieure est renflée en une vésicule à parois très-consistantes et unie au Scolex par un étranglement. Les Bothridies sont au nombre de deux et échancrées à la partie infé-
rieure. La couleur de ce ver est foncée. Je n’en ai vu qu'un seul exemplaire.
Voici ses dimensions :
Longueur totale . : . . . DUÉVENE Are AN SU ce À UPS NE NN OS EU ORPI — sdui SCOlex.. + EE Le SC RO AS — denlatbourse. 7 es de loc Le M En ee CORRE
— desBothriqies EPA ORNE PRE RE
Genre TÉTRARHYNCHUS.
Ne connaissant qu’un seul genre dans cette famille, il est inutile de faire l’'énumération des caractères.